French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Mon, 11 Jun 2018 00:23:38 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.6 Le Messie juif en Pologne http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-pologne/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-pologne/#respond Tue, 05 Jun 2018 00:11:10 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3419 Tapez “Pologne” sur Google, et vous trouverez: « La Pologne est un pays d’Europe de l’Est situé au bord de la mer Baltique qui est réputé pour son architecture médiévale et son patrimoine juif. »

Voilà comment Google caractérise la patrie des fiers Polonais. Pour un Polonais, cette définition est plus blessante que les trois partages successifs du pays. Pourquoi est-ce qu’ils s’arrêtent sur la Pologne, s’écrira-t-il. Pourquoi est-ce qu’ils mettent, pour le Royaume Uni : « Le Royaume-Uni, composé de l’Angleterre, de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, est un pays insulaire au nord-ouest de l’Europe. L’Angleterre, berceau de Shakespeare et des Beatles,

Pourquoi n’écrivent-ils pas : l’Angleterre est un pays situé sur une île de la Mer du Nord, réputé pour ses Rastas jamaïcains » ?

Je suis de tout cœur avec vous, mes amis polonais. C’est vexant de ne pas être connu pour les hauts faits de vos ancêtres, ni pour l’épée redoutable de Jan Sobieski qui sauva Vienne pour la chrétienté, ni pour Copernic le stellaire, pas plus que pour l’aimable muse de Mickiewicz et de Chopin, mais pour quelque chose de parfaitement marginal dans votre culture et votre histoire, en tout cas aussi marginal que les Rastafaris pour les Britanniques.

Les Russes et les Allemands ont dépecé vos terres par trois fois, mais ils n’avaient pas imaginé que votre seul titre de gloire résiderait dans le fait que vous étiez hospitaliers pour les juifs. Cette attitude tellement juive est typique de l’Amérique de notre temps, parce que les US sont devenus plus juifs que la Pologne ne l’a jamais été. Et voilà comment ils vous remercient de votre hospitalité, comme ils vous jetteraient une piècette humiliante.

Les juifs ont vécu en terre polonaise pendant des siècles, et ils vivaient fort bien, jusqu’à ce qu’ils déménagent en quête de meilleurs pâturages, en Amérique, en Allemagne, en Russie, en Israël. Mon père était citoyen polonais, et il chérissait ses souvenirs du pays et de ses habitants, et bien des juifs de cette génération en faisaient autant. Mais la Juiverie organisée a des idées bien différentes.

Le conflit entre les juifs et la Pologne a commencé avec des publications hostiles aux Polonais dans les médias US il y a quelques années. Les juifs ont commencé à pousser à bout les Polonais. Ils ont fait revivre les heurts des Polonais avec les juifs dans les années 1930 et 40, ce qui ne relève pas exactement de l’histoire  polonaise seule. Bien des nations se sont heurtées aux juifs, jusqu’au peuple de Gaza de nos jours.

La dernière émeute anti-juive, ou pogrom, en Europe, a eu lieu en Angleterre en 1947, et non pas en Pologne, et n’avait pas pour origine une haine irrationnelle, pathologique et illogique de l’Autre ; il s’agissait d’un acte haineux commis par des juifs, l’assassinat de deux soldats anglais, qui furent pendus à un arbre, ensuite piégé par une mine enterrée. Cependant, les juifs ne choisissent pas de rappeler ces troubles britanniques, ils passent leur temps à vous rabâcher leurs ennuis en Pologne.

Ils ont dit que les camps de concentration nazis avaient été édifiés en Pologne parce que les Polonais voyaient avec sympathie les plans des Nazis pour éliminer les juifs. De plus en plus souvent, ils se sont référés aux « camps de concentration polonais » au lieu de dire  camps de concentration nazis en Pologne, impliquant lourdement les Polonais dans une complicité d’Holocauste. Les Polonais ont répondu à cette salve d’abus en votant une loi qui interdit à quiconque de les accuser de collaboration avec les Nazis sous peine d’emprisonnement.

Les juifs étaient furieux et ont appelé à bafouer la loi à grand tapage au cri de « Holocauste polonais » (on peut s’en remettre à leur courte vidéo pour mesurer leur fureur). Il y avait à cela une raison pratique, pas seulement au niveau du discours. En faisant pression sur les Polonais, les organisations juives suivaient le schéma mis en œuvre auparavant avec les Suisses, opération couronnée de succès. Les fonds juifs abrités par des banques suisses depuis la guerre étaient fort réduits, mais les Suisses s’étaient exécutés, sous la pression, et avaient payé des milliards de dollars aux organisations juives. C’est le même racket qui a été prévu contre la Pologne.

Voilà pour la raison pratique, tandis qu’au niveau de la bataille du discours, les juifs avaient besoin de protéger leur copyright, autrement dit, de garder en main l’autorité pour décider et légiférer sur ce que fut l’Holocauste et qui en est coupable. L’exemple polonais, d’autres pourraient le suivre, les Américains, les Britanniques, tous ceux qui commencent à en avoir assez d’être accusés de n’avoir pas été capables de bombarder les voies de chemin de fer menant aux camps de concentration. D’ailleurs Donald Trump a déjà essayé de parler de ces millions de « victimes de l’Holocauste » non juives. Il fallait en finir avec cette Pologne rebelle.

La communauté juive organisée a appelé la Pologne à leur restituer toute propriété ayant appartenu à des individus juifs en Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale, et bien des juifs possédaient des tas de biens. Ils en étaient propriétaires en tant que citoyens polonais privés, naturellement. Dans la période communiste, nombre de propriétés polonaises furent nationalisées, de quelque confession qu’ils relevassent. La Pologne avait offert des dédommagements aux citoyens américains dont les biens avaient été nationalisés par le gouvernement polonais, et les US avaient indemnisé la Pologne pour toute autre réclamation additionnelle éventuelle.

Et voilà qu’ils ont décidé de rouvrir le dossier en réclamant des propriétés qui appartenaient à des juifs morts sans héritiers. Quand un propriétaire meurt sans avoir statué sur ses biens, ceux-ci reviennent à l’Etat. C’est la règle de base partout dans le monde, et les juifs polonais ne font pas exception à la règle. Si un citoyen polonais, Jan ou Moïse, ou même Ahmed meurt intestat, ses biens en Pologne vont à l’Etat polonais. Mais les juifs ne l’entendent pas de cette oreille. Ils disent que les biens intestats de citoyens privés juifs polonais devraient revenir en propriété aux juifs, concrètement aux organisations judéo-américaines.

Ce sont des entités qui ont déjà empoché des milliards, relevant de fonds allemands ; cet argent sert à payer de somptueux salaires à des officiels juifs, à édifier des monuments mémoriels à l’Holocauste et des musées dans le même sens unique, et permet aux juifs de financer de nombreux procès visant à renforcer leur hégémonie. Maintenant ils veulent soulager la Pologne de 300 petits milliards, soit 60% du PNB. Cela permettra certainement à bien des fonctionnaires juifs de vivre conformément au style qu’ils affectionnent.

Les US ont appuyé cette revendication, et depuis quelques jours, le S. 447, le « Justice for Uncompensated Survivors Today (JUST) Act » de 2017, a force de loi, dès lors que le président Trump l’a contresigné après que la Chambre des Représentants et le Sénat l’aient dûment voté, dans un élan de solidarité bipartisane. Si bien que les Polonais ne peuvent plus s’asseoir tout simplement sur cette prétention. Il faut qu’ils transfèrent le moindre bien qui aurait pu appartenir à un juif entre les mains des organisations juives américaines.

 

Si une semblable loi devait passer aux US, les organisations juives américaines hériteraient de Chomsky et de Unz, de Gilad Atzmon et de moi-même, d’Amazon et des fonds de Soros. C’est parfaitement délirant ; en quelques années à peine, les organisations juives deviendraient plus riches que Rothschild et Rockefeller ne l’ont jamais été.

Les organisations juives qui collectent le tribut sont également fort riches. Elles ont une sale histoire de fraude avec des douzaines de chefs d’inculpation ; elles dépensent beaucoup plus d’argent en salaires pour leurs gérants qu’en aide aux survivants nécessiteux. Norman Finkelstein a écrit un livre bien connu, L’Industrie de l’Holocauste[1], débordant de critique solide et d’indignation, sur les  seigneurs holocaustiques et leurs salaires annuels à un  demi-million de dollars, et leurs vastes hôtels pour la tenue de leurs conférences.

 

Personnellement, je préférerais qu’ils dépensent toutes leurs richesses mal acquises en salaires et en hôtels, parce qu’ils utilisent tout ce qui reste (nous parlons ici de milliards de dollars) pour construire un Musée de l’Holocauste dans chaque ville, afin d’offrir des garanties à des peintres, des écrivains, des metteurs en scène, des éditorialistes. Ils achètent ainsi des communautés entières. Ils maintiennent une cohésion entre les descendants de juifs par les cursus universitaires, par des écoles gratuites et des cantines gratuites. Et ils opèrent la dés-émancipation des juifs.

Le plus important et le pire, dans ce schéma (ou arnaque), ce n’est pas l’aspect financier. C’est la restauration de l’ordre féodal, lorsque les juifs étaient les sujets de la Juiverie, une entité qui avait quasiment le rang d’Etat, et qui couvrait de nombreux territoires. J’ai écrit à ce sujet:

 

“La simple existence d’une entité corporatiste connue sous le nom de ‘peuple juif’ (ou ‘Juiverie’, ou encore ‘les juifs’ est souvent niée. Il y a environ deux siècles, la Juiverie existait de façon aussi peu ambiguë que la France ou l’Eglise. Nos ancêtres étaient les sujets de cet Etat extraterritorial, un ordre autoritaire et semi-criminel, dirigé par des gens riches et des rabbins. Sa direction, appelée Kahal (mot hébreu signifiant communauté) prenait les décisions importantes, et les juifs ordinaires suivaient leurs orientations. La direction pouvait disposer de la vie et des biens des juifs, comme n’importe quel seigneur féodal. Il n’y avait pas de liberté d’opinion dans les murs du ghetto. Un juif rebelle pouvait être puni de mort. L’émancipation est arrivée, et le pouvoir du Kahal s’est trouvé brisé de l’intérieur et de l’extérieur. Les juifs se sont retrouvés en liberté et sont devenus citoyens de leurs pays respectifs. » [« Une Medina yiddish », essai inclus dans L’autre Visage d’Israël, 2003]

 

La liberté des juifs n’a pas duré trop longtemps : maintenant les juifs sont en train de redevenir sujets de la Juiverie, gouvernés par les organisations judéo-américaines. Ils veulent faire rétroactivement de tous les juifs des membres de la Juiverie mondiale, de façon à ce que leurs propriétés restent entre des mains juives s’ils meurent intestats. C’est la revendication d’un Etat, pas celle d’une église ni d’une communauté, ni d’une diaspora.

 

Voilà pourquoi, par-dessus les deux entités politiques que sont Israël et les US, une troisième entité émerge, la Juiverie, un quasi Etat, dont l’existence fait souvent l’objet d’un déni, mais dès qu’il est question d’argent, l’obscurcissement du code est hors-sujet. Les US ont décidé, en promulguant l’Acte 447, qu’un juif polonais n’a jamais été un citoyen polonais ; c’était un membre de la Juiverie, et ses biens devraient être retournés à la Juiverie, nullement à l’Etat goy polonais. Il s’agit d’une prétention extraordinaire, peut-être compréhensible dans un cadre moyenâgeux, à l’époque où les juifs constituaient une caste séparée, mais de nos jours c’est un signe de reconnaissance qui consacre l’ère du messianisme juif.

 

C’est la fin des Lumières, et les juifs, libéraux ou conservateurs, ont été transformés, de personnes libres et de citoyens de leurs pays respectifs, en sujets de la juiverie. Cela se fait sans le consentement des intéressés. Les juifs ordinaires ou extraordinaires n’ont pas manifesté leur accord, n’ont pas voté, n’ont pas exprimé leur consentement à ce virage. J’écris ces lignes avec le récent décès de Philip Roth à l’esprit. La Juiverie a raflé son héritage spirituel et matériel malgré le fait que sa dernière volonté était que ses funérailles soient exemptes de toute cérémonie religieuse juive, et malgré le fait qu’il détestait être qualifié d’écrivain juif, insistant sur sa qualité d’écrivain américain.

 

Cela ne date pas d’aujourd’hui: l’Allemagne a déjà reconnu la Juiverie (ou juifs mondiaux) comme sujet d’une loi internationale. « La Conférence sur les revendications matérielles juives ou Conférence sur les réparations, représente les juifs mondiaux dans la négociation pour l’indemnisation et la restitution en faveur des victimes de la persécution nazi et de leurs héritiers”. Et c’est le tour de la Pologne, maintenant, avant une liste de quarante pays prévus pour l’écorchement à vif, de l’Estonie au Maroc. Ils vont tous devoir reconnaître que leurs citoyens juifs étaient en fait des étrangers, des membres d’une entité étrangère. Autrement, ils vont se retrouver sur la liste noire de l’administration US.

 

En voilà, un retournement ironique de situation pour la Pologne. La Pologne est le pays le plus pro-américain et anti-russe de toute l’Europe. En Pologne, il y a des chars américains et des bases américaines, et des lanceurs de missiles américains ; la Pologne est la porte de l’Est et la base avancée de l’Empire. En cas de guerre chaude avec la Russie, la Pologne sera le maillon le plus nécessaire dans la chaîne de commandement occidental. Les Polonais ont même abattu les vieux chênes de la forêt primaire de Białowieża à la frontière du Belarus pour ouvrir la voie vers l’Est aux chars américains (en fournissant des explications diverses). La rapacité du lobby juif et la complaisance de la classe politique américaine vont désormais pouvoir achever ce que Poutine n’a pas su obtenir.[2]

 

A moins que… Les Polonais refont la même coûteuse erreur à chaque fois : s’allier avec l’Ouest contre la Russie. Et chaque fois, ils ont été trahis par leurs alliés occidentaux, et ont été contraints d’en payer le prix.

 

Tout le monde peut se retrouver trahi une fois, mais la Pologne a été trahie si souvent que les Polonais devraient revoir leurs présupposés. La Pologne n’a aucun avenir en tant que base avancée contre Moscou, mais cela n’est pas encore rentré dans la tête des Polonais.

 

Les juifs continuent leur offensive contre la Pologne. On va même déménager [3]un monument mémoriel polonais à New Jersey, malgré les objections des Polonais. Le maire de New Jersey a qualifié le porte-parole du Sénat polonais Stanislas Karczewski « d’antisémite bien connu, nationaliste blanc et négationniste de l’Holocauste, dépourvu de toute crédibilité » et qui « tente de réécrire l’histoire du rôle de son pays dans un certain Holocauste ».

 

Dans la bonne société, on tolère les références au “lobby israélien”; cependant, la toute nouvelle Loi JUST n’a rien à voir avec Israël. La force qui réussit à imposer tout cela, c’est le lobby juif, c’est tout simple, et c’est indéniable.

 

La loi pour escroquer la Pologne répond à la vieille question de savoir si les intérêts impériaux des US et ceux du lobby juif US coïncident. La destruction de l’Irak, et de la Syrie, assortis du soutien aux Saoudiens, relevait des intérêts israéliens, c’est sûr, mais il y avait matière à débat quant à l’intérêt américain dans l’affaire. Nous nous trouvons maintenant dans un cas patent où le lobby juif américain a agi contre les « intérêts impériaux » américains, et nous constatons que l’establishment politique américain au complet a accepté les exigences du lobby, et fait de ce superpouvoir le plus puissant appui pour les juifs.

 

La signification spirituelle de ces évènements

 

(Attention, si vous avez une solide aversion pour les débats religieux et spirituels, sautez ce qui suit.)

 

Pourquoi est-ce que je parle du Messie juif, de qui s’agit-il ? J’ai écrit en long et en large sur la question dans mon livre Pardès.[4] Le Messie pour les juifs ce n’est pas une personne, mais une force spirituelle. C’est l’esprit de la Juiverie. Je l’ai appelée Juiverie ou Yisraël, par opposition à Israël. Yisraël est son propre Messie, c’est le point de vue des cabbalistes juifs. Le Messie juif, l’esprit de Yisraël, rend le monde parfait pour lui-même. Et nous entrons en ce moment dans sa période de domination. Quand il siègera dans le Temple sur le Mont Moriah, ce contrôle deviendra parfait, ce qui ne veut pas dire merveilleux pour les juifs individuellement et encore moins pour les Gentils pris séparément.

La prophétie dit qu’il sera détrôné et remplacé par le Christ, ou Messie chrétien, le véritable Sauveur et Dieu. C’est pour cette raison que le Messie juif est appelé l’Anté-Christ ou Anti-Christ, celui qui vient avant (comme on dit antipasti ou ante meridiem) et contre le Christ. Dans la mesure où le Messie juif est l’Anti-Christ, le Christ est anti-sémite. Ce qui signifie non seulement contre, mais précédent, parce que le Christ est relié à Melchisédech, en tant que « prêtre à jamais dans l’ordre de Melchisédech” (Ps. 110 :4) ; et Melchisédech avait précédé Israël, car c’est un Fils d’Adam.

 

Ce titre de Fils d’Adam, ou Fils de l’Homme, c’est l’un des titres du Christ, le vrai Messie, tandis que le Messie juif revendique le titre de Fils d’Abraham et de Fils d’Israël. La Juiverie nie le Christ, c’est là la signification essentielle de son existence. Alors que bien des juifs du temps de Jésus le suivirent en « Israël », c’est-à-dire en l’Eglise, une autre partie, Yisraël, ou la Juiverie, l’a combattu, a causé sa mort, et a poursuivi sa bataille contre Lui après sa résurrection.

 

Nous assistons à la victoire de Yisraël, malgré le fait que la prophétie affirme qu’il sera vaincu par Israël et le Christ. Les juifs nient que Melchisédech ait été anti-sémite : ils disent qu’il est Sem, le premier sémite, et qu’il a cédé sa prêtrise à Abraham et à Aaron dans certains cas. Selon le point de vue chrétien que je partage, Melchisédech n’a pas renoncé à son rang de prêtre, il a reçu le tribut d’Abraham, et l’a béni, mais cela n’a en rien diminué son rang antérieur de prêtre et descendant d’Adam.

 

J’ai déjà traité ailleurs de la prétention juive à être Adam à eux seuls, autrement dit à être les seuls enfants humains du premier homme. C’est une prétention fausse, c’est la source et la raison de la révolte de Yisraël contre Dieu et contre son Christ. Nous tous, et pas seulement les juifs, sommes pleinement les enfants humains du premier homme et plus que cela, par la vertu de la Communion que nous recevons, communion dans le sang et le corps du Christ. Cette ascension de l’Anti-Christ juif avait été annoncée ; il est quand même ahurissant d’en être les témoins. Je pensais que c’était une allégorie, une parabole, une fable ; mais c’est aussi réel qu’une tasse de thé.

[1] Quelques exemplaires de la toute première édition privée de l’ouvrage, en traduction française par Marie Bourhis, sont disponibles sur http://plumenclume.org/home/47-l-industrie-de-l-holocauste.html, au prix de 16 euros. Edition augmentée de notes, Avertissement, Annexes.

[2] Ils avaient soutenu l’invasion de la Russie par Napoléon. Ils ont refusé les offres russes avant la guerre en vue d’une alliance contre Hitler. Ils avaient préféré, en janvier 1934, s’allier avec Hitler contre la Russie, et en 1938, ils se sont joints au démembrement de la Tchécoslovaquie par Hitler, bloquant les plans russes pour sauver les Tchèques. Après quoi, ils se sont alliés avec la France et l’Angleterre, mais en tous les cas contre la Russie. Même en août 1939, la Pologne rechignait à recevoir la moindre assistance russe qui aurait pu metre un frein à l’invasion hitlérienne. L’Angleterre et la France ont déclaré la guerre à Hitler lorsqu’il a a envahi la Pologne, mais c’était une guerre « pour rire ». Ils n’ont rien fait pour sauver la Pologne. Ils ont saigné la Pologne à la bataille de Monte Cassino. L’Ouest a poussé les Polonais à se soulever contre les Allemands en 1944, dans l’espoir de ré-instaurer une Pologne russe à nouveau, mais n’ont rien fait quand les rebelles se vidaient de leur sang (enfin, pas exactement, car ils se sont plaints que les soldats russes ne veuillent par mourir pour eux). En 1945, les alliés occidentaux ont été d’accord pour que la Pologne passe sous contrôle russe.

[3] Il s’agit d’un monument rappelant le massacre de milliers d’officiers polonais à Katyn sur ordre du NKVD ; on explique, sur la stèle, qu’il s’agit de la Russie soviétique poignardant dans le dos un héros polonais. Ce projet de déménagement a fait l’objet de vives polémiques. C’est Laurenti Beria qui dirigeait le NKVD, et dont voulait se débarrasser Staline, selon Wikipedia : « En 1953, alors que Staline a déjà programmé son élimination en montant de toutes pièces un « complot mingrélien », la mort du dictateur le sauve in extremis. » Puis, « Quelques mois plus tard, alors qu’il est premier vice-président du Conseil des ministres de l’Union soviétique et prépare sa prise du pouvoir, il est piégé par les autres membres du Politburo à l’occasion d’une réunion de routine au Kremlin, arrêté et exécuté ». Beria était réputé pour sa cruauté, et pour avoir « joué la carte juive ». (ndt)

[4] L’essai Pardès est inclus, en version intégrale, dans le volume La Bataille du discours, disponible au prix de 20 euros à l’adresse suivante http:/plumenclume.org/home/23-la-bataille-du-discours-1643926114364.html

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Original publié sur Unz Review

Traduction: Maria Poumier

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Le Messie juif en Angleterre http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-angleterre/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-angleterre/#respond Sun, 27 May 2018 00:21:59 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3424 Non, la fraîchement promue duchesse du Sussex Meghan n’est pas juive. Elle a été mariée à un producteur juif (@hertoo!), mais c’est tout. Néanmoins le cri « Le Messie est arrivé » a résonné dans toute la communauté juive, parce qu’ils étaient bien partis pour la victoire. Ils ont prouvé au tribunal qu’un juif mort vaut mieux qu’un Anglais mort, et qu’il faut discriminer en faveur du juif. Encore un exploit au royaume du Messie juif !

La chasse aux antisémites a éclipsé la chasse à courre dans la catégorie des sports sanglants. Ken Livingstone, l’ex-maire très populaire de Londres, qui a milité toute sa vie au parti travailliste, a été chassé de son parti pour ses points de vue anti-israéliens, et réputés  antisémites. C’est une grosse victoire dans une campagne plus large contre Jeremy Corbyn, le dirigeant travailliste, chassé par les Amis d’Israël, en tant qu’antisioniste déterminé qui s’est distingué dans son soutien aux Palestiniens et à d’autres mouvements de résistance.

Il est aussi pour un raccommodement avec la Russie, et la BBC en a rajouté en le présentant avec un grand bonnet d’hiver russe devant une église russe, pour bien montrer que c’est un agent russe. Son fils Tommy a « liké » un lien de Facebook vers un de mes articles figurant sur un site palestinien, et cela a été dûment rappelé comme preuve des tendances antisémites de son père.

Livingstone, c’est un joyeux drille, un dur à cuire, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui est très populaire, un véritable atout pour le parti travailliste de Corbyn. Et voilà que Corbyn a refait la même erreur que Donald Trump, qui lui aussi avait  accepté de laisser tomber ses meilleurs soutiens aussitôt qu’ils avaient été accusés de bafouer les règles du Politiquement correct, et d’antisémitisme.

La Jewry organisée déteste Corbyn et Livingstone, et pas seulement pour leurs postions à l’endroit de la Palestine/Israël. C’est un indicateur de politique. La communauté juive organisée, à la différence des juifs ordinaires, juifs par accident, est un corps politique qui agit contre les travailleurs de l’Angleterre et pour eux-mêmes, c’est-à-dire pour les propriétaires terriens et les mécènes fortunés. Ils votent habituellement conservateur, et s’ils soutiennent les travaillistes, ils les font plier dans un sens blairiste. Le travaillisme façon Blair est un mouvement pro-juif, compatible avec les conservateurs. Blair a embringué l’Angleterre dans la guerre d’Irak et a accentué la destruction des classes laborieuses britanniques mise en route par la Dame de fer Margaret Thatcher.

Or ni Corbyn ni Livingstone ne sont blairistes. Ils sont contre les guerres, contre l’Otan, contre la vente d’armes à Israël et à l’Arabie saoudite. Corbyn a été parmi les rares voix raisonnables pendant l’accès de folie   lors de l’affaire Skripal. C’est pour cela que la communauté organisée veut se débarrasser de lui ; et l’antisémitisme est leur arme favorite.

Une fois que Corbyn sera maté, la Guerre froide avec la Russie deviendra plus froide, bien plus froide, ou bien brûlante, par le jeu de la dialectique. Plus de Yéménites et de Palestiniens seront abattus par des armes britanniques, et l’argent britannique ira au réarmement nucléaire, au lieu de restaurer les services de santé. Il est bien triste que Corbyn les ait autorisés à chasser Livingstone ; il a perdu un allié et il a donné un signe de faiblesse.

Ce n’est pas le premier. Corbyn est faible avec les juifs, et c’est son talon d’Achille. Jeremy Corbyn a accepté que les Anglais morts sont inférieurs aux juifs morts, et c’est pire que le départ de Livingstone (ajoutons pour garder l’équilibre que c’est la règle du royaume tout entier, aussi).i

En Angleterre, c’est le coroner, le médecin légiste, qui délivre le permis d’inhumer les cadavres, et cela prend du temps, en général. Les juifs ne veulent pas attendre avec les gens du commun, même après la mort. Ils demandent à être enterrés aussitôt, tandis que les non juifs peuvent avoir à attendre une semaine ou plus. Bien des coroners jouent le jeu, mais l’obstinée du quartier nord et de gauche de Londres, une certaine Mary Hassel[1], a décidé d’appliquer la règle « premier arrivé premier servi ». Selon ses propres termes, « aucun décès ne sera prioritaire par rapport à un autre ». Pour elle, un juif mort n’a pas la priorité face à un Anglais sur le chemin du cimetière. Cela semble juste, comme un rappel de la loi « tous égaux devant la faucheuse », mais cette égalité est opposée à la tradition juive.

La loi juive postule qu’un chien vaut mieux qu’un goy. Ceci a été statué par l’autorité directrice, Rashi, (le rabbin Shlomo Itzhaki, exégète du XI° siècle) dans son commentaire  au Livre de l’Exode, 22:30. Il faut préférer le chien à un goy, disait-il dans un débat sur la règle à suivre pour disposer d’une viande non cachère. Et nous avons là l’original avec une traduction moderne juive en anglais.

[“On peut jeter la viande aux chiens”. Mais peut-on alors vendre la charogne à un goy ou faut-il la donner à un chien, tel est l’enjeu.] La traduction adoucit le message en ajoutant “bénéficier d’une préférence dans ce domaine”, là où l’original dit brutalement qu’un chien “vaut mieux que lui [le goy] ». La traduction propose « païens », alors que l’original dit crûment « goy ». Avec une telle attitude, il est évident que les juifs n’ont pas à se gêner pour prendre la place de non juifs dans la file d’attente du coroner.

Mais voilà que l’affaire prend un tour à peine croyable. Un médecin légiste doit tenir compte des sensibilités juives. S’ils n’ont pas envie d’attendre, ne les faites pas souffrir d’avoir à attendre, car il est « contraire à la loi, irrationnel et discriminatoire » de refuser de discriminer en faveur des juifs. La décision ahurissante (et à mon avis extrêmement vexante pour un goy mortel ordinaire qui est obligé d’attendre des semaines avant de pouvoir se faire enterrer) a été prise par un juge du nom de Lord Justice Singh, et louée par l’instance supérieure, Lord Mayor Sadiq Khan.

 On pourrait grommeler sur ces Indiens qui importent leurs idées de castes dans la juste Angleterre, mais il n’y avait pas de raison de se presser, pour les juges autochtones, et pour passer outre un Singh. Et malheureusement Jeremy Corbyn a approuvé la décision, avec ces paroles : « la Haute Cour saisie dans ce cas est bienvenue et sera d’un grand secours pour les juifs qui ont souffert d’une anxiété significative et superflue». Pire encore : avant que l’affaire soit traitée par la Haute Cour, Jeremy Corbyn écrivait à la juge Hassel pour lui demander de reconsidérer la situation. 

 

Peut-être avaient-ils raison ? Les juifs disent qu’un enterrement urgent relève d’un devoir religieux. C’est vrai, mais il en est de même pour le devoir de tuer un juif baptisé comme moi ; c’est un devoir religieux de tuer un pareil apostat, même le jour de Kippour ; néanmoins les juifs se débrouillent habituellement pour échapper à cette obligation. Pour en rester à des choses plus douces, un juif n’a pas le droit de manger du pain boulangé par un non juif (נוכרי פת), mais la grande majorité des juifs transgressent cette prohibition. Il y a des centaines de lois juives et de prohibitions que les juifs n’observent pas si elles ne peuvent pas être suivies. Il est possible de ménager la loi juive en faisant appel à un autre précepte, celui de maintenir la paix avec les voisins (שלום דרכי), et il est bien évident que de passer en force avant ses voisins fragilise vos bons rapports avec eux.

Les juifs disent qu’ils font cela pour les musulmans. Mais Mary Hassel a été traînée devant le tribunal par les juifs, et non par des musulmans. Les juifs se servent souvent des musulmans comme d’un alibi : au lieu de dire : « nous n’avons pas envie de voir des sapins de Noël », ou « nous n’avons pas envie d’entendre sonner les cloches de l’église », ils disent : « c’est offensant pour les musulmans ». C’est offensant pour les musulmans d’être enfermés à Gaza, mais ça ne les atteint pas, les juifs, dans ce cas, la souffrance des musulmans. Ce prétexte n’est qu’un exercice dans la futilité.

Jeremy Corbyn, l’homme qui a voulu faire plaisir aux juifs, est un véritable appeau pour les chasseurs d’antisémites. Je n’essaie pas de le critiquer, parce que c’est un homme politique qui opère dans une Angleterre qui a le privilège de sa Haute Cour, de son Parlement et de ses médias monopolistiques.

Rien ne va pouvoir l’aider, rien ne va venir au secours du peuple britannique, tant qu’ils ne se libèreront pas eux-mêmes de cette vassalité envers les juifs.

Malgré ses efforts pour plaire aux juifs, lors d’un programme populaire à la télé “L’ordre du  nouveau monde”, Frankie Boyle, femme de gauche, a attaqué Corbyn pour sa « crise antisémite », pendant la semaine où les juifs ont commis le massacre de Gaza. Son action obscène avait été analysée et trouvée bien malheureuse par Jonathan Cook, le merveilleux journaliste britannique qui réside à Nazareth, la ville de l’Annonciation. Il a écrit : « La semaine même où les Palestiniens avaient besoin d’un soutien tonitruant, et d’une condamnation éclatante d’Israël, vous avez sorti des allégations frelatées de « crise » d’antisémitisme au parti travailliste précisément désigné (que vous le compreniez ou non) pour empêcher la critique d’Israël. C’est une trahison du peuple palestinien au moment où ils ont le plus besoin de nous. »

C’est aussi une trahison du peuple britannique, ou devrions-nous dire, une façon d’inaugurer le royaume du Messie juif?

 

[P.S. sur le site Unz Le jour même où cet article est publié (quelle frappante coïncidence), on a entendu résonner un autre grand pas en avant du Messie juif en angleterre. Une chanteuse a été condamnée pour s’être moquée d’Elie Wiesel. Le juge a dit qu’elle irait en prison ; on verra dans un mois la décision finale. Il s’agit d’Alison Chabloz [[la presse française tarde à nous mettre à jour sur cette affaire. Sa chanson incorrecte est censurée sur youtube en France. Se reporter pour le moment à Jewish Chronicle]]. “Elle est là, la ligne qui sépare la liberté d’expression et les dangereuses incitations à l’antisémitisme” [sic]. Il y a quelques années, l’Angleterre a dé-pénalisé les parodies du God save the Queen, maintenant une artiste va être envoyée en prison par les (((survivants))) pour crime de lèse-majesté, et cela va être inscrit dans la jurisprudence. La majesté a changé, on est passé de Windsor roi des goys au Messie roi des juifs. L’interrègne aura duré 70 ans pendant lesquels on pouvait se moquer des deux dynasties, le temps que l’ancienne s’effondre et que la nouvelle se mette en place.]

Traduction: Maria Poumier ; Israel Shamir peut être joint sur adam@israelshamir.net

Publication originale: The Unz Review.

 

[1]  “La Haute Cour britannique a ordonné à un médecin légiste de Londres de respecter les croyances religieuses de la famille d’une personne décédée lors de la détermination de l’ordre de priorité des enterrements. La médecin légiste supérieure Mary Hassell avait annoncé qu’elle ne donnerait pas la priorité aux enterrements juifs et musulmans sur les autres, bien que la loi juive et la loi islamique exigent que les corps des défunts soient enterrés le plus tôt possible après la mort, idéalement le même jour. Vendredi dernier, la Haute cour a qualifié la politique de « hiérarchie » de Hassell de politique « injustifiée », « irrationnelle » et « discriminatoire », selon le journal londonien Jewish Chronicle. Hassell est l’officier de police judiciaire chargé d’enquêter sur les décès par mort violente ou par accident principal du bureau du coroner de St. Pancras au centre de Londres. Sa juridiction couvre la plus grande zone de juifs orthodoxes haredi en Europe et la plus grande communauté musulmane du Royaume-Uni. L’Adath Yisrael Burial Society (pompes funèbres juives) basée à Londres, a poursuivi Hassell devant les tribunaux, l’accusant d’infliger une « détresse généralisée » parmi les deux communautés religieuses. « Le défaut fondamental de la politique actuelle adoptée par l’accusée est qu’il ne parvient pas à atteindre un équilibre, et encore moins un juste équilibre », a écrit Lord Justice Singh. « Ce qui, à première vue, ressemble à une politique générale qui s’applique à tous peut également se faire au détriment d’une minorité. En d’autres termes, traiter tout le monde de la même manière n’est pas nécessairement traiter également. « L’uniformité, ce n’est pas la même chose que l’égalité », a-t-il ajouté. Le Jewish Chronicle a rapporté en décembre qu’une femme avait passé 210 coups de fil au bureau du coroner de St. Pancras avant de s’entendre dire que son père serait enterré quatre jours après sa mort. Une autre famille a été informée qu’il faudrait attendre deux semaines avant d’effectuer une autopsie pour pouvoir effectuer l’enterrement. Après une réunion avec Hassell en janvier, les dirigeants juifs ont appelé à sa récusation. Suite à la décision du tribunal, Marie van der Zyl, vice-présidente du Conseil des députés de la communauté juive britannique, a demandé à Hassell de démissionner si elle ne pouvait se conformer à une politique qui permettait un traitement préférentiel des Juifs et des Musulmans. « Elle a déjà dit qu’elle estimait que ce n’était « pas juste » de faire usage de sa discrétion pour prioriser [les enterrements] dans le but de défendre la liberté religieuse des diverses communautés qu’elle est censée servir. Si elle ne peut pas assurer son rôle fondamental, elle doit quitter son poste », a déclaré Zyl, selon la BBC.”

https://fr.timesofisrael.com/gb-les-pompes-funebres-de-londres-donneront-la-priorite-aux-juifs-et-musulmans.

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Le Messie est arrivé http://www.israelshamir.com/french/le-messie-est-arrive/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-est-arrive/#respond Mon, 21 May 2018 23:42:55 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3410 Peut-être bien que le Messie juif est déjà là, même si nous ne l’avons pas vu venir ? Tous les rêves et vœux juifs se sont réalisés à la mi-mai. Enfin, presque tous. Deux grands dirigeants mondiaux ont rivalisé de bienveillance envers les juifs, tandis que les Israéliens ordinaires rigolaient comme jamais en s’entraînant au tir sur des Gazaouis désarmés, ou au moins en applaudissant les meilleurs tireurs. Les Iraniens ont grincé des dents mais n’ont rien fait. Le Congrès US a estimé que les Polonais devaient payer aux juifs un tribut de 300 milliards de dollars.  Et une donzelle excessivement désagréable, [une certaine Netta Barzilai], juive, a été couronnée sur la scène des arts européens. Au passage, elle a assuré que la nouvelle capitale d’Israël, Jérusalem, serait le siège d’un rassemblement international exceptionnel l’année prochaine.

Si vous pensez qu’une retombée quelconque de cette bienveillance pourrait vous échoir et améliorer votre sort, réfléchissez-y à deux fois. Personne ne vous a promis un lit de roses. Le Messie juif, c’est bon pour les juifs, mais les non-juifs auront juste à travailler plus et à se préparer à la vengeance divine. Il y a des débats, pour savoir si ce sont tous les goys qui seront frappés ou si quelques-uns resteront en vie afin de payer pour leur rachat. Quoi qu’il en soit, la bienveillance envers les non-juifs n’est pas un chapitre  brûlant dans cet arrangement.

J’avais de grosses appréhensions au début du mois. Le programme semblait effrayant. Les Iraniens s’étaient installés en Syrie, les Russes étaient prêts à équiper la Syrie de leurs meilleurs S 300 (un système plus fiable que le nouveau et quelque peu féérique S 400). Les Palestiniens envisageaient de manifester pour le 70° anniversaire de leur Nakba, qui tombait juste avant le déménagement de l’ambassade US à Jérusalem et le début du Ramadan. Une guerre avec l’Iran et le Hezbollah, des troubles dans les territoires palestiniens, la perte du droit que Dieu nous a octroyé de survoler et de bombarder tout le monde au Moyen Orient, ces dangers pléthoriques s’étaient accumulés en cette première moitié du mois de mai. J’ai beau être particulièrement critique, l’ultime destruction de la Terre bien aimée ne fait pas partie de mes rêveries intimes.

Les gens prudents marcheraient sur des œufs, et prendraient toutes leurs précautions, car ils préféreraient minimiser leurs risques dans une situation semblable, mais les juifs font tout pour les maximiser, ces risques. Si nous devons avoir des ennuis, mieux vaut que ça se passe tout de suite, pour en finir une fois pour toutes, a dit Netanyahou. Et toutes les choses quelque peu problématiques, l’accord sur le nucléaire iranien qui s’effondre, l’anniversaire de la Nakba, le déménagement de l’ambassade US à Jérusalem, la confrontation en Syrie, le début du Ramadan, tout s’est abattu d’un seul coup. L’Israël a réussi à passer au travers, haut la main. Ouf, on n’a pas eu de grosse guerre.

Palestine 

Certes, il y a eu soixante Palestiniens descendus, juste le nombre de ceux qui avaient été martyrisés lors du massacre de Sharpeville. Mais quelle différence ! L’Afrique du Sud était devenue un Etat paria du jour au lendemain, et la campagne globale pour démanteler l’apartheid avait commencé sérieusement. Le massacre de Gaza a été blanchi par les médias obéissants et régnants, a fait savoir RT. Cet évènement a prouvé une fois de plus que les médias de masse et les réseaux sociaux qui font le tour du monde sont bien tenus en main par les juifs, une main invisible mais ferme. Gouvernements, partis, diplomates pouvaient rouspéter, et ils ne s’en sont pas privés, mais le public en général a été tenu à l’écart du dit massacre.

Le système mondial de l’information de masse a beaucoup changé depuis 1960. Il y a une incroyable abondance d’information, on assiste à une véritable inondation qui nettoie tout. Les gens pensent seulement à ce qu’on leur raconte le jour même, et les campagnes de masse sont produites par les médias et les groupes de réflexion, elles ne produisent rien par elles-mêmes. On bassine les gens jour après jour avec par exemple l’Holocauste, ou les atrocités d’Assad, ou l’ingérence de Poutine, de sorte que cela leur reste présent à l’esprit. Au moment où on passe à un autre sujet de campagne, les alertes et le problème sombrent dans l’oubli, totalement, comme l’affaire Skripal a été oubliée aussitôt qu’elle a eu fini de se déployer. Maintenant, Skripal fait l’objet d’une disparition pour le compte des Services secrets britanniques, et c’est quelque chose qu’on ne mentionne nulle part, en dehors de cette publication-ci.

Et le massacre de masse à Gaza est déjà en train de passer à la trappe. Ils voulaient rappeler au monde qu’ils sont enterrés vivants dans la tombe qu’est Gaza, et maintenant les voilà morts. Les gens de Gaza sont enfermés là depuis 70 ans ; ces douze dernières années ont été les pires, car  la Bande de Gaza se retrouve assiégée par Israël depuis qu’ils ont voté pour le Hamas. Gaza est pratiquement invivable, car Israël a bombardé sa centrale électrique, ses équipements pour l’assainissement, son port et son aéroport. Ils ne peuvent même pas pêcher, parce que les garde-côtes tirent machinalement sur les bateaux de pêche. Ils peuvent voir leurs maisons et leurs champs raflés simplement parce qu’ils ne sont pas juifs, et ils ne peuvent même plus y accéder. Expulsions, expropriations, emprisonnement de trois générations, et le siège par-dessus, voilà un péché juif tout à fait unique.

Peut-être que l’Holocauste aura été une punition divine pour le traitement juif de Gaza, dans la mesure où pour Dieu, la séquence temporelle ne compte pas. Dans la Torah, il n’y a pas d’évènements antérieurs ou postérieurs, בתורה מאוחר ואין מוקדם אין, enseigne le Talmud, et c’est vrai. On peut être puni pour des péchés pas encore commis, et s’ils ne doivent pas être commis finalement, la punition elle-même s’en trouvera annulée. Si les juifs ne torturaient pas Gaza, il n’y aurait pas d’Auschwitz.

Gaza est une noble place malgré la dévastation. Dans bien des pays, les enfants des dirigeants deviennent milliardaires. La fille du président de l’Angola est la femme la plus riche d’Afrique : elle est le seul fournisseur d’accès à la téléphonie mobile dans ce pays exportateur de diamants. Mais il y a une autre tradition, celle des enfants de dirigeants qui sont les premiers à aller à la guerre. C’est la tradition de Gaza. Parmi ceux qui ont été descendus par les as de la gâchette israéliens, il y avait trois enfants de dirigeants de Gaza.

Le fils de l’ex-premier ministre de Gaza, Ismaël Haniyeh, Maas, s’est retrouvé parmi les blessés graves. Ahmed al-Rantisi, fils d’Abd el Aziz al-Rantisi, fondateur du Hamas, a été tué. Son père, qu’on appelait le lion de Palestine, avait été assassiné par les juifs en 2004 ; un hélicoptère armé avait tiré un missile sur sa voiture dans le centre de Gaza, le tuant lui et ses gardes-du-corps, et blessant les passants. Et son fils vient de prendre sa suite. Izz al-Din al-Sammak, fils de Musa al-Sammak, dirigeant du Hamas, a été tué, et il n’avait que quatorze ans.

Au total, plus d’une centaine de garçons et de jeunes hommes, la fleur de la Palestine, ont été moissonnés dans ces manifestations pacifiques d’avril et mai. Un objectif de cette frénésie de meurtre était de montrer que la résistance non-violente est futile. C’est plus excitant de tuer un opposant armé, si on est bien mieux armé soi-même. Quand on tue quelqu’un qui est sans armes, évidemment ce n’est pas comme une partie de cricket, mais c’est le genre de considération qui n’a jamais retenu un juif.

La raison à cela réside dans le doute sérieux sur l’humanité des non-juifs, qui se trouve installée au centre de la Weltanschaunng religieuse juive. Un bon Israélien qui condamne les tueries de Gaza est très probablement un végétarien qui s’oppose aussi au meurtre des animaux. Ce genre de braves Israéliens sont souvent anti-mâles, et préfèrent faire usage d’un nom féminin, comme l’association Zochrot  [centrée sur la compassion]. Ces gentils Israéliens sont en général anti autochtones, et soutiennent l’immigration sans limites des Africains en Palestine. Les gens de cette espèce ne sauraient être nombreux, et effectivement, ils ne le sont pas.

Et quant aux autres juifs, ils ont retenu la leçon du protagoniste de Matrix, Neo (Keanu Reeves) à qui on avait appris à ignorer les dangers évidents, en tant que maya, un mirage créé par la Matrix, si bien qu’il sautait du haut des gratte-ciel et qu’il esquivait les balles. Les juifs ont apparemment une attitude comparable dans leur rapport au réel. Un jour cela ne marchera pas, ce qui les étonnera beaucoup, mais cette fois-ci, ça a marché.

Le transfert de l’ambassade US avait été décrit comme la raison principale du bain de sang. Et pourtant, c’est dans la ligne de ceux qui fraternisent autour du mot d’ordre  « @ Trump au trou». Cette décision qui déborde de méchanceté a fait beaucoup de bien, car elle a ruiné la fiction soigneusement nourrie des US comme intermédiaires honnêtes. Très peu de Palestiniens se sont émus de la décision de Trump, quelques douzaines de gens ont manifesté contre, à Jérusalem et ailleurs, tandis que la manifestation monstre ne s’adressait pas à Trump, comme décrite ci-dessus. Ce n’est pas Trump qui a décrété le siège de Gaza, ce n’est pas Trump qui a chassé les Palestiniens de chez eux, ce n’est pas Trump qui a perpétué la Nakba, la catastrophe palestinienne. Trump a saboté les tactiques machiavéliques du Département d’Etat et il a rendu la tâche bien difficile aux faire-valoir arabes qui veulent marcher dans les pas de Washington, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

L’Iran

L’Iran, c’est un grand pays très éloigné, et il n’y a pas de raison pratique pour qu’Israël se querelle avec ces gens-là. Mais l’Iran est le dernier et le seul pays au Moyen Orient qui n’est pas assujetti par l’hégémonie juive. Netanyahou a fait de son mieux  pour que les US se jettent sur l’Iran avec un appât style Colin Powell. Les juifs ont pris le pas sur Trump pour faire sortir son pays de l’accord nucléaire signé par six puissances, et après cela, au moment le plus tendu, Israël a bombardé des bases dites iraniennes en Syrie : et il ne s’est rien passé. Les Iraniens, indignés et consternés, continuent d’être soumis aux lois de la Matrix, et ils ne vont pas se mettre à sauter du haut des gratte-ciels ou à contrattaquer, pour avoir à affronter la fureur de Trump. Car ce président est un éléphant domestiqué, pour les juifs.

Le meilleur cadeau que le tout-Puissant ait fait aux juifs en cette saison, ce sont les boules fragiles comme du pain azyme du président Trump. Le Peuple élu l’a pris par les pétoches de bien des façons. Il a été surpris avec une femme de petite vertu, juste comme le président Clinton, et il a eu raison de redouter d’avoir à démissionner. En cet instant de gros malaise, il a décidé de se mettre à la merci des juifs, et de faire ce qu’ils lui demandaient.

Il a déchiré l’accord nucléaire avec l’Iran, exactement ce que lui demandait Netanyahou. Il a promis d’en rajouter avec des sanctions contre l’Iran jusqu’à ce qu’ils se rendent et remplacent leur régime par un autre plus amical avec l’Israël. Puis il s’est exécuté, conformément à la promesse qu’il avait faite de  déménager l’ambassade US à Jérusalem. Grand bien lui fasse…

Je n’aimerais pas être à la place de Trump. La façon juive d’apporter un secours à un dirigeant relève de la torture par l’eau: le dirigeant est autorisé à survivre, mais c’est tout. La logique juive marche comme ceci : si nous le sauvons, il va nous oublier et négliger nos souhaits ; il vaut donc mieux le sauver, mais le laisser patauger dans les périls. C’est ce qui est arrivé au président US. Les juifs, et même des Israéliens, se sont  stratégiquement installés entre Stormy l’allumeuse et le Cohen de Trump ; ils tiennent les étages supérieurs du bureau du procureur général Mueller et des positions solides au Congrès. Comme dans un simulacre de noyade, Trump reste menacé de couler, et il est bien obligé de satisfaire aux vœux de ses persécuteurs.

Israël va continuer à provoquer l’Iran, en espérant déclencher une guerre américano-iranienne. Cela va de soi. Si Trump est malin, il ne va pas frapper l’Iran. En fait, il devrait s’en prendre à la Gestapo de Mueller. Tant que Rohani est président de l’Iran, l’Iran ne va sans doute pas riposter aux provocations israélo-US, mais la position de Rohani est précaire. Les Iraniens ont le sentiment que Kim le Roi du Nord a mieux su gérer la menace américaine, et ils peuvent changer de gouvernement et se mettre à emprunter la ligne Kim. C’est Israël qui, en tant que base avancée de l’Empire US, peut se retrouver sous la menace.

Le meilleur, dans la politique iranienne de Trump, c’est qu’il a brisé le lien qui semblait impossible à rompre entre les US et l’Europe. Là où  Obama cherchait à colmater les divergences, Trump a élargi la brèche, et même les Européens dociles sont arrivés à la conclusion qu’ils doivent être un peu plus indépendants de Washington. Cela peut amener une déconnection entre les banques US et européennes, et permettre aux Européens de désobéir aux sanctions US contre l’Iran et contre la Russie. Ce processus n’est pas près de s’achever, mais il est en route. L’Iran, la Russie et les affaires européennes en seront les bénéficiaires, tandis que les US se retrouveront hors-jeu

La Turquie

La voix la plus forte pour s’élever contre la brutalité israélienne a été celle du président de la Turquie, Erdogan. Il a renvoyé l’ambassadeur israélien, a rappelé son propre ambassadeur, et a organisé une rencontre entre dirigeants des Etats musulmans pour se mettre d’accord sur la façon de traiter le problème israélien. L’indépendance par rapport à Israël était la marque de fabrique d’Erdogan depuis longtemps : il avait affronté Shimon Peres à Davos il y a des années, et la tentative de putsch récente contre lui avait aussi un certain soutien du côté d’Israël.

Si on est contre l’Israël, il faut aussi être contre les US, qui sont le plus grand Etat juif. Cela convient à Erdogan. C’est à cause de son animosité que pas un avion américain n’a décollé de la base turque de l’OTAN pour bombarder la Syrie. La bataille turque contre les séparatistes kurdes a fait échouer le projet US de rester en Syrie par tous les moyens, et maintenant on a des indices solides pour penser que Trump tente de fermer le robinet du financement de l’enclave rebelle dans le Nord-Ouest de la Syrie, autour de la malheureuse Idlib. L’Israël pourrait bien se retrouver face à une Syrie unifiée et reconstruite, perspective qui n’a rien pour lui plaire.

La Russie

Le président russe Vladimir Poutine aurait pu lancer un bâton dans les roues des Israéliens. Il est lourdement investi en Syrie, il a besoin des troupes iraniennes là-bas, parce que sans elles, il faudrait qu’il envoie l’infanterie russe pour déloger les rebelles islamistes des ruines des villes syriennes. Il avait été humilié par les US lorsqu’ils avaient attaqué des bases syriennes et des villes alors que les Russes étaient à leurs côtés. Son chef de cabinet avait annoncé que la Syrie aurait ses S-300, après quoi il a maudit les transgresseurs israéliens et américains.

Les Israéliens ont reçu la menace sans sourciller. Le ministre israélien de la défense Avigdor Lieberman a annoncé que les Israéliens dégageraient les S-300 (et jusqu’aux S-700, a-t-il ajouté) s’ils les trouvaient sur leur chemin. Et Netanyahou a fait un geste politique fort : il s’est envolé vers Moscou et a passé toute la journée du 9 mai avec le président russe.

Le 9 mai, c’est le Jour de la Victoire des Russes ; c’est devenu le jour férié le plus important et le mieux observé sous Poutine, tandis que les vieilles fêtes soviétiques se voyaient abandonnées au profit de la mise en place des nouvelles.

Le choix de ce jour férié n’était pas naturel : la guerre est un évènement lointain pour une grande majorité de Russes. Leurs alliés dans la guerre sont leurs adversaires à présent, les US comme la Grande Bretagne. La Seconde Guerre mondiale a été privatisée par les juifs, au moins dans l’opinion publique occidentale. Pour les Occidentaux, c’était une guerre pour les juifs et contre les ennemis des juifs. Il y a peu de références à la guerre où l’on ne retrouve pas une mention de l’Holocauste. Conscients de ces déficiences dans le récit dominant, les dirigeants soviétiques ne faisaient pas beaucoup de tapage autour du Jour de la Victoire.

Poutine avait besoin d’un jour férié pour unir le peuple, dans sa construction de la nation, pour coopter la majorité prosoviétique sans faire des groupes anti-soviétiques des antagonistes. Il avait choisi le Jour de la Victoire pour en faire un grand évènement, malgré ce qui pouvait clocher.

L’arrivée de Benjamin Netanyahou ce jour-là tombait bien, un vrai cadeau du Ciel, pour Poutine. Il tenait là l’homme qui allait pouvoir interpeller le Sénat US, savoir s’y prendre avec le président US, il arrivait, en chair et en os, Monsieur Juiverie mondiale personnifiée, pour venir appuyer le récit officiel russe sur l’histoire. Bibi a agrafé son ruban de Saint Georges orange et noir, l’insigne des patriotes russes et des loyalistes dévoués à Poutine, il a pris une affiche avec le portrait d’un héros de guerre (juif) et a marché aux côtés de Poutine lors de la parade  du Régiment Immortel. Poutine, reconnaissant, a reconnu l’Holocauste et a fait une déclaration d’amitié avec le peuple juif.

Netanyahou a payé son hôte en retour avec un tir de missile sur la Syrie, presque aussitôt. C’est un procédé typiquement israélien : lors de chaque rencontre au sommet avec les Russes, bombarder ses alliés afin qu’ils sachent bien à qui ils ont affaire. Ils ont bombardé la Syrie au moment où le jet du ministre de la Défense russe, Shoygu, était encore en plein ciel, entre Moscou et Tel Aviv où il se rendait.

Poutine a avalé la couleuvre, et a promis de se retenir de fournir des S-300 à la Syrie, malgré les paroles de son chef de cabinet. Peu après, Israël attaquait la Syrie en force ; selon Israël, ils s’en prenaient à des bases iraniennes ; selon les Iraniens, il n’y avait rien de tel, il n’y a aucune base iranienne ni troupes iraniennes là-bas. Quoi qu’il en soit, cette agression israélienne est restée sans réponse.

Depuis ce néfaste 9 mai, les médias russes traitent Israël avec une grande prudence. Même le massacre de Gaza n’a pas été l’occasion de beaucoup de condamnations dans les médias russes, quoique le ministère des Affaires étrangères russes ait condamné cet acte brutal. L’agence officielle d’Etat RIA a témoigné que les soldats israéliens avaient tiré sur des « individus particulièrement agressifs ». La deuxième agence de presse, TASS, a réduit au minimum ses rapports sur le massacre.

Les Russes au pouvoir n’aiment pas beaucoup l’Iran et les Iraniens, m’a dit un ami iranien. Alors que l’Iran aimerait acheter tout ce que les Russes cherchent à vendre, les Russes traînent des pieds. Le volume du commerce entre la Russie et l’Iran est du même ordre de grandeur que le commerce entre la Russie et le chétif Israël, soit moins de deux milliards de dollars par an. Israël a énormément de soutiens parmi les élites russes, les Russes vont visiter Israël par milliers, tandis que l’Iran est un partenaire non désiré.

Bref, les juifs ont surmonté leurs problèmes à la mi-mai 2018, et se sont fait reconnaître comme entité politique de poids à l’échelle de la planète Terre, au même niveau que les deux superpuissances, et par leur capacité de contrôle mental sur des milliards de gens. Le massacre de Gaza a fourni la preuve qu’ils peuvent tuer en toute impunité. Et pourtant, jusqu’à maintenant, les juifs ont toujours dépassé les bornes et attiré des calamités sur eux. Aucune raison de douter que cela arrive cette fois aussi. Nous allons y revenir, à propos de l’assaut juif contre la Pologne et en matière d’esthétique européenne, dès le prochain article.

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

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Traduction: Maria Poumier

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Le sommet coréen http://www.israelshamir.com/french/le-sommet-coreen/ http://www.israelshamir.com/french/le-sommet-coreen/#respond Fri, 20 Apr 2018 23:40:35 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3408 Une magnifique journée, pleine d’allégresse, un sommet radieux ! Sur le sanglant 38ème parallèle, pour la première fois depuis de nombreuses années, les deux Coréens se sont rencontrés, les dirigeants des deux Etats coréens. Il y eut échange de sourires engageants, ainsi qu’une brève visite spontanée, improvisée du président de la Corée du Sud à la Corée du Nord, suivie d’une autre ; de celui  du Nord à celle du Sud. Kim guida son collègue par-dessus l’amas de béton qui matérialise la frontière entre les deux mondes. Enfin se dessine la perspective de sortir de l’impasse dans laquelle les Coréens avaient été conduits, et, à l’horizon, l’espoir d’une réunification des deux Etats.

Il y a quelques semaines, le président Trump menaçait encore de rayer la Corée du Nord de la carte du globe, et de tuer des dizaines de millions de civils, se vantant d’avoir un plus gros bouton rouge (ou était-ce un missile ?) que celui de Kim. Il s’avéra que la volonté de Kim était plus forte celle de l’Américain, et que la puissance de la volonté surpasse celle des armes. Et la puissance de la volonté est d’autant plus forte qu’elle s’appuie sur celle des armes.

Les menaces de Trump ont ouvert la voie à des avancées inattendues : le président de la Corée du Sud jeta un œil dans l’abîme où il aperçut son peuple destiné à être anéanti. C’est ce qu’il vit – puis il prit des initiatives, en faveur de la réconciliation, en faisant preuve d’une indépendance d’esprit inattendue.

Il est possible de comparer les deux Corées sous des angles variés. On peut dire de l’une qu’elle est riche, de l’autre qu’elle est pauvre, que l’une prône le libéralisme et l’autre le communisme. L’une des deux, c’est le pays de Samsung, tandis que l’autre possède des armes nucléaires. On peut, si vous préférez, dire d’un des deux Etats coréens qu’il est indépendant – la Corée du Nord – tandis que l’autre est occupé – la Corée du Sud. C’est un fait, pas une opinion.

Il y a belle lurette que les dernières forces armées, russes et chinoises, ses anciennes alliées, ont quitté le territoire nord-coréen, alors même que les Américains n’envisagent même pas de partir du Sud. Le dirigeant du Nord, Kim, peut faire tout ce que son peuple est prêt à faire. Mais le dirigeant du Sud, Moon, doit en référer à Washington, avant de prendre la moindre décision importante. Pas mal de présidents, au Sud, ont été destitués ou bien emprisonnés voire tués par les Américains et leurs agents pour leurs velléités de réconciliation avec le Nord. Nous verrons bien si Moon pourra se maintenir au palais présidentiel après ce sommet, mais il a saisi une opportunité, ce qui sera incontestablement porté à son crédit, dans les livres d’histoire.

Il ne fait aucun doute que les peuples de Corée, du Nord et du Sud, souhaitent une réunification pacifique et la prospérité de leur pays. Mais jusqu’à présent, les Etats-Unis l’avaient empêchée. L’état profond américain (des Etats-Unis ndt) préférait avoir ses propres bases militaires en Corée du Sud ; de là, les armes nucléaires ne pointaient pas seulement en direction de Pyongyang, mais aussi vers Pékin (Beijing) et Vladivostok. L’an passé, les Etats-Unis y ont implanté leur système de missiles THAAD (Terminal High Altitude Area Defence : système de missiles antibalistiques de portée moyenne en service depuis 2008ndt ) en Corée du Sud, menaçant directement le Nord, la Russie et la Chine.

Les Américains ont ainsi dévoilé leur conception des pourparlers : le désarmement nucléaire de la Corée du Nord, et c’est tout. Cela seul leur importe ; une Corée du Nord sans armes nucléaires reste vulnérable à une volée de Tomahawks, comme c’est le cas en Syrie. Mais Kim n’est pas bête à ce point. A la place du désarmement nucléaire de la Corée du Nord, il a suggéré « la libération de la péninsule coréenne de toutes les armes nucléaires » et, c’est important, ces mêmes termes ont été répétés par le président du Sud.

La libération de la péninsule de toutes les armes nucléaires, en premier lieu, cela signifie que les bases américaines et les forces d’occupation se retirent, c’est aussi une interdiction d’accès aux ports coréens pour les navires américains en mesure de transporter des armes nucléaires. Ainsi, en l’absence des envahisseurs, les deux Corées indépendantes pourront définir seules les termes de leurs accords. C’est, en gros, la logique qui a guidé Kim, et Moon l’a agréée, en prononçant à son tour les mots chéris : « la libération de la péninsule » en lieu et place de « l’élimination du programme nucléaire nord-coréen »

La Russie, qui appartient depuis sa création au « club des pays détenteurs de l’arme nucléaire », soutient habituellement l’idée d’un désarmement nucléaire appliqué aux Etats non-membres. Pourtant elle n’est pas très pointilleuse sur le sujet, au moins parce que parmi ces puissances nucléaires  figurent l’Inde, le Pakistan et Israël, et ce dernier, non seulement n’a pas signé le traité de non-prolifération, mais refuse de surcroît tout contrôle de son armement nucléaire. Dans ces conditions, quelle logique y aurait-il à être pointilleux sur le désarmement nucléaire de la Corée du Nord ? Si ce désarmement entraîne la suppression des bases américaines de la Corée du Sud, alors on ne peut que l’accueillir favorablement.

Le sommet, qui s’est tenu en zone démilitarisée (DeMilitarized Zone) a déjà produit des effets. Nous sommes persuadés que la liberté est rare dans le Nord, tandis que la liberté d’expression règne très certainement au Sud : mais est-ce exact ? Il s’avère que, jusqu’à ce jour, personne n’avait vu ou entendu Kim, le président de la Corée du Nord, dans une vidéo ou lors d’une retransmission en direct. The Independent, un journal britannique fiable, nous fait un compte-rendu :

« Jusqu’à cette rencontre, de nombreux Coréens n’avaient jamais vraiment entendu s’exprimer Kim-Jong-Un. On ne le voit généralement que dans des séquences filmées copieusement caviardées, et si l’on regarde d’autres vidéos sur lui, on peut finir en prison. Ainsi, une Sud-coréenne, Lee Yeon-Su, écrivait sur Twitter : « je n’arrive pas à croire que c’est la voix de Kim-Jong-Un que j’écoute. Cette personne c’était pour moi un  jpeg* (un personnage virtuel, ndt)». C’est un changement remarquable pour les Coréens du Sud ; depuis le «  National Security Act » il est interdit de consulter des médias considérés comme étant pro-Corée du Nord, et cette interdiction est assortie d’une menace d’emprisonnement.

Ici, sur Internet, il est interdit avoir de « l’empathie pour la Corée du Nord » ou pire, d’oser en faire l’éloge; un Sud-coréen qui visiterait de tels sites ou écouterait Radio Pyongyang peut être envoyé pour plusieurs années en prison. Un mot gentil concernant le voisin du Nord peut vous rapporter un long séjour derrière les barreaux, au nom de la Loi de Lutte contre le Terrorisme (cette loi prévoit aussi la peine de mort, mais elle n’a pas été appliquée ces dix dernières années). La propagande anti-communiste au Sud est intégrée dans les apprentissages scolaires, et les programmes d’information ; elle appartient au quotidien.

Après le sommet, les Coréens du Sud, surpris, ont écrit sur leurs médias sociaux que le tyran sanguinaire du Nord ressemblait à un ours en peluche ; petit, grassouillet et mignon. En plus il parle comme eux. Et il mange les mêmes nouilles au sarrasin, qu’eux-mêmes adorent.

La diabolisation a été la première victime du sommet : les Coréens du Sud ont vu que le très décrié Kim était un gars connaissant le monde, avec même une très légère touche d’accent suisse alémanique quand il s’exprime. La diplomatie féminine a aussi joué un rôle : la sœur de Kim, Kim Yo-Jong, a établi le premier contact avec le président du Sud en assistant aux Jeux olympiques. La femme de Kim, une actrice renommée, est devenue amie de la femme de Moon. Le dirigeant du Nord est un type normal, voilà ce qui se dit aujourd’hui à Séoul.

Dans les quartiers généraux de l’OTAN, il y en a eu des grincements de dents et des exhortations à ne pas lever les sanctions mais plutôt à en ajouter de nouvelles. Les médias officialistes occidentaux persistent à dire que ce sommet n’a eu lieu que pour préparer celui qui compte vraiment : la rencontre entre Kim et Trump. Pourtant, un observateur avisé du journal The Guardian avait constaté qu’il ne serait pas facile pour Trump de jouer les gros bras, comme à son habitude, après la rencontre pacifique entre les deux dirigeants coréens. Il s’est fait piéger : « Si Trump  essaie de jouer les durs avec Kim, il risque d’apparaître comme un va-t-en-guerre et un chercheur de noises, comme quelqu’un dont les projets sont hostiles aux intérêts coréens, du Nord et du Sud. Intentionnellement ou pas, Moon a coupé l’herbe sous les pieds de Trump, après avoir toute sa vie œuvré en faveur d’une détente avec la Corée du Nord, avec l’aide de ses contacts personnels.

A vrai dire, il n’y a plus vraiment de raison d’être au sommet Trump-Kim. Trump peut ramener ses troupes et laisser les Coréens établir des relations dans lesquelles chacun s’y retrouvera. Si les Russes et les Chinois l’on fait, alors les Américains le peuvent aussi. Le monde, y compris la Corée, est adulte et émancipé ; il peut vivre sans la tutelle des Etats-Unis.

La route ne sera pas aisée. Les Etats-Unis veulent garder une mainmise et exigent un désarmement « complet, vérifiable et irréversible » de la Corée du Nord. Mais Kim sait ce qui est arrivé aux pays et à leurs dirigeants, lorsqu’ils s’en sont remis aux promesses américaines et qu’ils ont démantelé leur armement. El Khadafi et Saddam Hussein ont détruit leurs armes, et ont été brutalement exécutés. Une fois désarmée, la Russie de 1991 s’est vue traitée en quantité négligeable. Les Etats-Unis sont sortis des traités scellés dans l’ère soviétique sans même en aviser quiconque. Une Corée du Nord sans armes nucléaires serait déjà bombardée, comme ce fut le cas en 1950-1953. Rien n’indique que Kim soit suicidaire ou qu’il soit un nouveau Gorbatchev.

Il y avait un accord sur le désarmement nucléaire de la Corée du Nord que les Etats-Unis ont bien sabordé. Il y en a un sur la dénucléarisation de l’Iran ; le président des Etats-Unis envisage maintenant de ne pas le respecter non plus.

Si toutefois les Etats-Unis retirent leurs troupes et donnent leur accord à une dénucléarisation de la péninsule, et si ce retrait est « complet, vérifiable et irréversible » des opportunités se font jour. La Corée du Nord aimerait être considérée comme un membre à part entière du club des détenteurs d’armes nucléaires, sur un pied d’égalité avec l’Angleterre et la France. Cela pourrait mettre un terme aux essais nucléaires et ouvrir la porte du pays aux observateurs et assimilés

Israël, cette puissance décisive abritée derrière le Capitole, a vraiment une dent contre la Corée du Nord, car celle-ci  a été un rouage essentiel qui a permis à l’Axe de la Résistance de se procurer la technologie des missiles.

Les Russes ne sont pas disposés à de grandes largesses pour soutenir la Corée du Nord. Les relations entre les deux voisins sont tièdes, les échanges commerciaux réduits. La Russie se calera probablement sur la politique adoptée par la Chine, en ce qui concerne la Corée. Les Chinois aimeraient avoir une Corée du Nord plus obéissante mais ils se sont depuis habitués à cette indomptable indépendance nord-coréenne. Il semblerait qu’ils aient accepté les initiatives de Kim, lorsqu’il a rencontré le président Xi, récemment.

Par cette journée tellement radieuse pour la Corée, je ne veux pas penser aux complications éventuelles. Pour la première fois en tant d’années, la lumière perce le ciel sombre de la Corée, partagée en 1945 et jamais réunifiée, à la différence du Vietnam et de l’Allemagne. C’est peut-être maintenant le tour de la Corée ?

Traduction : Nabil L

Pour joindre l’auteur:, écrire à l’adresse adam@israelshamir.net

L’article original est disponible sur  The Unz Review.

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Première joute http://www.israelshamir.com/french/premiere-joute/ http://www.israelshamir.com/french/premiere-joute/#respond Fri, 20 Apr 2018 22:36:48 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3386 Le public a été quelque peu déçu, on s’attendait à mieux. Une minute avant, deux preux fonçaient l’un vers l’autre, effrayants, les lances pointées, le panache au vent, les chevaux lancés au galop,  les dames agitant leurs mouchoirs pour leur champion, et puis  ils se sont croisés, bien dans leur selle, pas une plume de travers, pas une goutte de sang sur les lances, et les chevaux sont repartis contents au petit trop.

Vils couards! criaient les garçons, tandis que les dames sont heureuses de voir leurs chevaliers se retirer du champ de bataille sans une égratignure. Nous savons tous que ce n’était que la première joute, quand la prudence inhibe la montée de testostérone. Ils vont bientôt se remettre en selle, nos preux.

C’est un bref résumé de la frappe syrienne. Une force extérieure avait poussé les dirigeants de la Russie et des US à la confrontation. Poutine et Trump n’avaient pas plus envie de se battre l’un que l’autre, mais ils ne pouvaient pas éluder le face-à-face.  Ce qu’ils pouvaient faire de mieux, ils l’ont fait : ils se sont évités.

C’est la conclusion quelque peu inattendue d’une rencontre soigneusement préparée. Franchement, ça n’avait aucun sens de soulever une vague de peur et de vitupérations sur le dos des Russes jusqu’à de telles extrémités pour un pareil final. La montagne a accouché d’une souris, comme disait Horace. Mais on peut s’attendre à ce que la montagne se remette bientôt à pousser.

Pour rien au monde je ne voudrais favoriser un prochain affrontement. Les deux présidents ont déjà fait la preuve de leur vigueur et leur courage en limitant les dégâts au minimum. Il ne serait pas sage de les fustiger pour ne pas avoir réussi à écraser leur adversaire, même si c’est ce à quoi s’évertuent maintenant des centaines de mandarins et des millions de personnes privées.

Côté US, Trump a été réprimandé par de brillants humanitaires, tel Mr Mohammed Alloush (frère de Zahran, que l’on ne regrette point), le dirigeant de Jaysh al Islam, un groupe de combattants jihadistes modérés, soutenus et payés pour cela par ce prince si progressiste, le meilleur ami des chauffeurs pour dames, Mohammed bin Salman. Les frappes aériennes ont été « une farce », a-t-il commenté. Et Israël est également outré que le président Trump « en ait fait le moins possible ».

Si Trump n’a pas encore été scalpé par les néocons à Washington, c’est parce qu’il avait judicieusement amené dans son camp les pires des bellicistes, John Bolton et Nikki Haley, pour lui servir de boucliers humains en cas d’attaque néocon ; personne ne peut  accuser un homme dont le conseiller à la sécurité est John Bolton, et dont l’amabassadrice à l’ONU est Nikki Haley, d’être trop tendre avec Poutine. Désormais, ils ne peuvent plus clamer leur indignation. Comme on dit à l’armée, ils vaut mieux les avoir sous la tente et pissant au dehors, que dehors et pissant au dedans.

D’accord, il y a des gens qui ne sont jamais contents. Vil Mirzayanov, l’expert russe qui avait espionné le développement du Novichok comme arme chimique, puis a immigré aux US, a écrit dans son blog pour ses premiers maîtres de la CIA : « [par cette frappe], Trump vient de confirmer qu’il est un agent de Poutine ! La pauvre Nikki devrait claquer la porte et démissionner, parce qu’une honnête femme ne saurait servir sous les ordres d’un agent du Kremlin. »

Les véritables agents du Kremlin, leurs infiltrés et autres scribes, ou, de façon alternative, les dissidents occidentaux, ont présenté l’affrontement comme une « grande victoire pour Poutine. » C’est le terrain de jeux commun aux infiltrés poutiniens et anti-poutine : quoi que fasse le dirigeant du Kremlin, il faut présenter la chose comme une  grande victoire de Poutine. Après quoi, ils se séparent, d’un côté, les agents de Poutine implorent la bénédiction du Très Haut sur Poutine, tandis que de l’autre, les infiltrés anti-Poutine appellent à le frapper plus durement et accusent tous ceux qui sont plus souples que Gengis Khan d’être les collabos à la botte du tyran.

C’est une sottise, de présenter cette frappe comme une réussite de Poutine. Le Kremlin a tenté d’éviter la frappe, tout en évoquant sombrement une riposte sévère, des « long-courriers » qui seraient visés, invoquant Satan 2.0 et annonçant un hiver nucléaire, mais le discours n’a pas suffi à retenir la frappe. Pas un avion britannique ou américain abattu,  ni même visé. Les Russes n’ont pas mis en œuvre leurs S-300 ni leurs systèmes S-4000 SAM, au motif que les missiles US n’avaient pas approché les bases russes.

L’argument est douteux: Poutine s’était efforcé de retenir un assaut sur Damas; or Damas n’est pas une base russe. Regardons les choses en face : Poutine n’a pas pu empêcher la frappe et n’a pas fait payer à l’agresseur le prix pour cette brèche béante dans le droit international.

Le général à la retraite Leonid Ivashov, observateur militaire russe important, a dit que la frappe avait anéanti la tentative de prévention russe, mis en lumière les fanfaronnades de Poutine sur ses puissantes armes nouvelles, et, pire que tout, l’ont montré indécis et incapable de répondre à une attaque. Nous avons tourné casaque la queue entre les jambes, comme des chiens qu’on a punis, a-t-il poursuivi. Les avancées victorieuses de la Russie en Syrie ont été rayées d’un trait par cette inaction honteuse.

Le pire, c’est que la frappe de Trump a détruit ce qui restait de la structure des lois internationales, le système bâti par Roosevelt, Churchill et Staline. Ces trois géants avaient créé l’ONU et son Conseil de sécurité afin d’empêcher toute éventualité de ce genre en interdisant toute agression, et la frappe a été sans l’ombre d’un doute un acte d’agression contre un Etat souverain malgré l’objection de l’un des membres du Conseil de sécurité, la Russie. Maintenant, les portes de l’enfer sont grandes ouvertes, le droit international est en ruines, et c’est arrivé parce que Poutine a été d’accord pour aménager les modalités de la frappe voulue par Trump, a dit Ivashov.

Les medias russes ont beau parler d’une grande victoire russe, dans la mesure où pas un soldat russe ni syrien n’a été tué, bien des Russes souscrivent au triste constat d’Ivashov. Toute la question est de savoir si l’aversion russe pour la bataille va encourager les Américains  à entreprendre d’autres frappes, ou si Trump va imposer son règne dans son camp, qui lui est adverse.

On a du mal à accepter la version russe officielle selon laquelle les systèmes SAM syriens ont intercepté 70% des missiles lancés à l’assaut, comme l’a dit l’excellent journaliste Pepe Escobar. Ce serait un résultat trop mirobolant même pour les systèmes les plus à jour, les plus performants. Le terne bilan de l’agression s’explique plus facilement par la décision de Trump de minimiser les dégâts, comme  le disent les militaires israéliens.

Les experts militaires russes à Moscou m’ont dit que de la centaine de missiles tirés par les US et leurs alliés, seuls un ou deux « étaient des missiles de croisière modernes », et qu’ils avaient détruit l’Institut de recherche en chimie de Barzeh. Ce n’était pas un “centre d’armement chimique », juste un centre de recherches en chimie (sa destruction ressemble tout à fait au bombardement par Bill Clinton de l’usine de produits pharmaceutiques au Soudan sous un prétexte comparable).

Tous les autres missiles étaient périmés et en fin de carrière ; il fallait en faire usage d’une façon ou d’une autre, c’est tout. Quelques-uns ont pu être abattus par le feu syrien, d’autres ont touché terre sans infliger de gros dommages. La défense aérienne syrienne n’est pas capable de chasser du ciel  des missiles de croisière modernes ; les appels des Syriens à leur fournir des systèmes SAM modernes ont été rejetés à la demande d’Israël. Netanyahou est arrivé à Moscou en disant que des S 300 entre les mains des Syriens feraient de tout Israël une zone de non survol ; Poutine a acquiescé, et les Syriens se sont donc vus refuser de modernes SAM. Espérons que maintenant ces systèmes modernes vont se frayer un chemin dans l’armée syrienne.

Les experts russes qui étaient en contact avec les militaires US m’ont dit que les ceux-ci ont mis à profit cette occasion pour ré-entraîner et renouveler leurs pilotes réservistes ; ce qu’ils appellent « une traite générale ». Cette combinaison de vieux missiles et de pilotes moins expérimentés a contribué à minimiser l’efficacité de la frappe. Et les deux côtés, américain et russe, ont admis que la ligne de distension avait fonctionné tout le temps, pour éviter des accidents regrettables.

Pour ma part, je tends à penser que c’est une bonne conclusion  à l’histoire des armes chimiques imaginaires. Le baratin ne tenait plus, de toute façon. L’empoisonnement de Skripal a fait connaître un vieil  espion en pleine forme, tandis que Boris Johnson était pris la main dans le sac à mensonges ; l’OCPW (l’organe de contrôle des armes chimiques) refusait de rattacher le poison à Moscou.  Les Anglais gardaient Miss Skripal au secret le plus rigoureux,  loin de son fiancé et du reste de sa famille, signe évident que le récit partait en sucette. Espérons que Jeremy Corbyn saura se servir de la débâcle de May, à son avantage politique.

La part syrienne de l’histoire s’est également effondrée, une fois que Robert Fisk, l’un des meilleurs observateurs britanniques du Moyen Orient, avec David Hirst, s’est rendu à Douma et a transmis un reportage cueilli à la source, celui d’un médecin de la clinique filmée par les Casques blancs.

Il a dit :

« Il y a eu beaucoup de bombardements [par des forces gouvernementales] et des avions tournoyaient au-dessus de Douma toute la nuit, mais cette nuit-là, il y avait du vent et d’énormes nuages de poussière commencèrent à arriver dans les sous-sols et caves où les gens se terraient. Les gens ont commencé à arriver à la clinique en souffrant d’hypoxie, du manque d’oxygène. Alors quelqu’un à la porte, un ‘Casque blanc‘ s’est mis à crier ‘c’est du gaz’, et la panique s’est répandue. Les gens ont commencé à se jeter de l’eau les uns sur les autres. Oui, la vidéo a été tournée là ; c’est authentique, mais ce que vous voyez, ce sont des gens qui étouffent, et non pas des empoisonnements au gaz.

Les Russes ont en fait localisé quelques-unes des personnes que l’on voit sur la vidéo, et ils disent que c’était une mise en scène; les médias occidentaux disent qu’ils avaient subi des menaces s’ils ne disaient pas ce qu’ils ont dit. Personnellement j’ai plus confiance dans le reportage de Fisk que dans celui des Russes, mais cela peut tenir du préjugé de mon côté. De toute façon, les deux versions ne sont pas incompatibles, elles ne se contredisent pas, et elles contribuent à saboter l’histoire parfaitement fausse qui a fourni le prétexte ultime pour la frappe.

Le blog de la communauté bancaire de Chypre a publié un certain nombre de données qui prouvent que les préparatifs pour la frappe étaient en marche bien avant la supposée attaque au gaz. On y découvre que la base aérienne britannique d’Akrotiri à Chypre a vu son périmètre renforcé de toute urgence (par la compagnie britannique Agility) le 5 avril, et donc avant l’attaque prétendument lancée sur Douma. La seconde base aérienne britannique Dhekelia a effectué les mêmes travaux le 12 avril, une semaine plus tard,  avant que la décision de frapper n’ait été adoptée par le gouvernement britannique. Les travaux de Dhekelia ont été menés à toute vitesse et en urgence, et il a fallu aller prendre des  matériaux de construction dans les villages voisins de Xylotympou et d’Ormideia. La rémunération pour les ouvriers locaux était arrivée via la banque HSBC de Hong Kong, disent-ils. Et justement ce sont ces bases aériennes, forcément retenues par la Grande Bretagne, qui ont été servi pour l’attaque sur la Syrie.

L’OPCW aurait pu  dissiper le brouillard autour des deux affaires, celle de Skripal et celle de Douma, mais ne retenez pas votre respiration. Il est clair que l’OCPW est autant intégrée dans la machinerie des Maîtres du discours que n’importe quel autre organe international.

Le fait que l’OCPW n’ait pas laissé la Russie prendre part à l’enquête sur l’affaire Skripal, malgré  l’appel des Russes à se référer à sa propre charte, rend la conclusion de la dite enquête pour le moins douteuse. Par ailleurs, le fait que les inspecteurs de l’OCPW n’aient pas trouvé le moyen de pénétrer à Douma malgré les efforts de Damas et des Russes pour leur faciliter l’accès nous indique qu’ils ne tiennent pas vraiment à enquêter, pas plus que l’année dernière, quand ils ne voulaient pas tellement entrer à Khan Sheykhun.

Pendant ce temps-là, les medias occidentaux et les groupes jihadistes sur le terrain s’ingénient à créer un autre tricotage de mensonges pour remplacer les anciens. Maintenant ils disent que c’est le reportage de Fisk qui est suspect parce qu’il a été autorisé à aller sur les lieux par les Russes. Nous pouvons comprendre ce qui sous-tend leur position à partir du tout suivant :

“Salih @Salih90119797 Apr 17 More

Replying to @Elizrael

We salute Israel in spite their crimes in Palestine we hope they’ll continue their strikes every part of Syria; Iran regime should comedown”

Ce qui qui veut dire: “Nous saluons Israël en dépit de ses crimes en Palestine, nous espérons qu’ils continueront à frapper partout en Syrie ; le régime iranien doit tomber. »

Ces « rebelles islamiques » [“modérés” ?] sont en fait des agents d’Israël, pas vraiment des guerriers du Prophète.

En tout état de cause, les gens qui ont bricolé ces brillants simulacres compliqués rôdent encore, et on peut être sûrs qu’ils en préparent un autre, au besoin.

A mon avis, les deux présidents ont fait des efforts héroïques pour sauver leur pays et le monde de la destruction ; tous les deux ont mis en danger leur réputation, leur position, leur nom, en allant aussi loin. Trump a réduit les bombardements au minimum, Poutine a fait de même pour la riposte.

Chacun a commis quelques fautes. Poutine a fait une énorme bourde en donnant à Israël carte blanche pour bombarder la Syrie chaque fois que l’envie lui en prend. Les frappes israéliennes (et il y en a eu plus d’une centaine l’année dernière) ont mis en place le climat de permissivité qui a permis à Trump de marcher dans les traces d’Israël. Si l’Israël bombarde la Syrie, et que les Russes ne réagissent pas, pourquoi pas Trump ? Pour les US, si les US se voient dépassés par leur satellite, c’est de la triche. Si tu permets à Tom de mettre la main aux fesses de ta copine sans la moindre objection, il faut t’attendre à ce que Dick et Harry essayent de renouveler l’exploit. Israël a créé le précédent, et les US l’ont mis à profit.

J’ai demandé au sénateur Alexï Pouchkov, chef du Comité aux relations étrangères, s’il ne pensait pas que c’était une erreur, après coup. Il a justifié cette politique et disant que la Russie était venue en Syrie pour combattre des groupes jihadistes, ISIS, Al Qaida et d’autres, mais pas Israël. La Russie est amicale avec Israël, avec l’Iran et avec la Turquie, et ne veut pas se mêler de trancher dans des désaccords locaux. Pouchkov souligne que la Russie a toujours condamné les raids israéliens sur la Syrie, même sans agir concrètement en retour. Mais  de fait, si la Russie a condamné Israël, c’est à mi-voix, tout doucement. La seule fois où cette condamnation a été rendue publique, c’est cette fois-ci, alors que la frappe israélienne a eu lieu dans un moment de grande  tension.

Trump a fait une erreur quand il a lancé ses missiles au lieu de viser le procureur Mueller et de s’en débarrasser. Mais bon, merci, Mr Trump, dans tous les cas, pour avoir limité les dégâts. Essayez de mener à son terme votre retrait de Syrie, pendant que vous y êtes.

Cependant, le grand problème c’est que les forces qui veulent la guerre sont toujours actives. On a l’impression qu’il y a une grande houle qui soulève les bateaux russes et américains jusqu’à la collision, qui les pousse vers les récifs. Cette fois-ci, les deux chefs sont parvenus à éviter la confrontation. Mais la houle est toujours là, et la prochaine fois, nous aurons peut-être moins de chance.

Nous sommes entrés dans une nouvelle étape pour la conscience humaine: des millions d’utilisateurs des réseaux sociaux s’expriment. Il s’agit souvent d’opinions dangereuses, et nos ennemis savent comment les manipuler. Tant qu’il n’y a pas un effort sérieux pour baisser le niveau des sentiments destructeurs, l’humanité peut y rester, et nous n’aurons personne à blâmer en dehors de nous-mêmes.

Il est nécessaire de contrer la confrontation US-Russie en menant une action positive. Le sang qui coule à Gaza nous fournit une excellente cause en ce sens. Un effort conjoint de la Russie et des US pour en finir avec le siège de Gaza peut changer l’ordre du jour du monde entier. Cela détournera les bellicistes de la Syrie et de Moscou.

 

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

Traduction de l’anglais: Maria POUMIER

 

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Les Russes n’en reviennent pas http://www.israelshamir.com/french/les-russes-nen-reviennent-pas/ http://www.israelshamir.com/french/les-russes-nen-reviennent-pas/#respond Thu, 12 Apr 2018 22:40:55 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3389 Les Russes sont sidérés. Le président Trump est tellement hors de lui, après l’affaire Stormy Daniels, qu’il en est à préférer une bonne vieille guerre à une humiliation supplémentaire. Et ceci arrange parfaitement tant ses amis que ses ennemis (ce qui ne veut pas dire ceux qui ont voté pour lui). Il a le choix, il doit faire un geste viril mais difficile, qui requiert tout son courage, oui, mais lequel ? Doit il mettre en péril le confortable niveau de vie de son pays et braver les missiles russes, ou risquer de déplaire aux élites et chasser le procureur Mueller ? Il est bien tenté par la facilité. Et voilà comment il a été manipulé et entraîné en eaux profondes par une puissante coalition de Britanniques et de juifs, les mêmes qui nous ont gratifiés des deux dernières guerres mondiales.

Sa tentative pour revenir à la raison et refiler à d’autres la patate chaude de      la Syrie (« Je souhaite de toutes mes forces le retrait de nos forces de Syrie », avait-il touité) a été repoussée  par l’indomptable Mr Netanyahou. Ne t’avise surtout pas d’y penser sérieusement, a dit le grand homme de Tel Aviv à Donny dans une conversation tendue au téléphone. Ne quitte pas la Syrie, il faut encore que tu fasses la peau aux Russes et aux Iraniens. Et n’oublie pas les gosses syriens, s’est permis d’ajouter celui qui patauge dans le sang de 2000 Palestiniens abattus sous ses ordres la semaine dernière. Le Pentagone et les agences de renseignement US prennent directement leurs ordres à Tel Aviv, ou via l’AIPAC ; ils sont déjà en train de se préparer pour un long séjour en Syrie, en dépit des déclarations de Donny.

Les juifs ont piqué une crise quand il ont vu que Trump avait l’intention de lâcher la Syrie. Les scribouillards du Washington Post et du New York Times ont condamné ce pas en avant comme faisant le jeu de la Russie.  « Catherine Rampell, qui écrit dans le WaPo et fait ses commentaires sur CNN, a proféré : ‘Poutine doit être aux anges’, avec les instructions de Trump pour commencer à organiser le retrait de la région. Passons sur le fait qu’il serait bizarre pour un  président de baser toute sa politique étrangère sur ce qui pourrait ennuyer la Russie ; mais pourquoi Rampell ne se demande-t-elle pas combien cela serait merveilleux pour les soldats américains de retrouver enfin leurs familles, ou bien de se demander comment les ressources que le pays a gaspillées au-delà des mers vont pouvoir être mises à profit maintenant sur le front intérieur » a fait remarquer un journaliste. C’était le signal pour la descente de Mueller dans le bureau de Cohen. Il faut bousculer le vieux fou, s’il ne veut pas y aller de son plein gré, ont-ils décidé.

L’Amérique avec son arrière fond puritain est le seul pays où les mœurs sexuelles sont assez strictes pour suffire à déclencher une guerre. Clinton est parti en guerre contre la Yougoslavie à cause d’un commérage, tandis que Trump va détruire le monde pour une seule nuit piégée.

Une attaque contre la Syrie va entraîner une réponse russe. A tout le moins, ce sera une conflagration locale, une joute, un test de forces et de volontés. Qui sait comment cela finira. Cela avait été reporté en 2013, quand l’armada US s’était massée sur les plages syriennes pour venger une autre attaque chimique supposée. J’ai écrit sur cette rencontre fatale, peut-être avec trop d’optimisme, un article intitulé Notre Cap de Bonne espérance.

« C’était un moment aussi risqué que lors de la crise des missiles à Cuba en 1962. Il y avait de fortes chances de déclencher la guerre totale, dans la mesure où les volontés d’acier de l’Amérique et de l’Eurasie s’étaient mesurées en  Méditerranée orientale. […]  Le point de tension culminant, en ce mois de septembre 2013, ce fut la vision, sous le soleil de midi, des cinq destroyers US face aux rivages du Levant, pointant leurs Tomahawks sur Damas, et, leur faisant face, la flotte russe composée de onze navires avec en tête le Moskva, croiseur tueur chargé de missiles, renforcés par  des bateaux de guerre chinois. Apparemment, deux missiles avaient bel et bien été lancés vers la côte syrienne, et tous deux avaient échoué à atteindre leur cible. […] Après cet étrange incident, la pétarade n’a pas commencé, parce que le président Obama a gardé son sang-froid et rengainé son colt. Cela fut précédé par un vote inattendu au parlement britannique. Ce corps vénérable déclina l’honneur de se joindre à l’attaque proposée par les US. Pour la première fois depuis deux cents ans, le parlement britannique a alors refusé une offre bien réelle de prendre l’initiative d’une guerre; d’habitude, ils ne résistent pas à la tentation. […] Cette mésaventure a réglé leur compte à l’hégémonie, à la suprématie et à l’exceptionnalisme américains. Fini, le “destin manifeste” des USA ».

Comme nous le voyons maintenant, l’heure fatale avait juste été retardée de cinq ans, et l’horloge s’est remise en marche. Le premier ministre Theresa May a décidé qu’elle n’avait aucun besoin de l’approbation du Parlement. Le président Trump a décidé qu’il n’avait aucun besoin de l’approbation du Congrès. Ces obstacles ont donc été écartés.

Et maintenant revenons à ces deux missiles de 2013. Ils avaient été envoyés par les Israéliens, qu’ils aient cherché à déclencher la foudre militaire ou seulement à observer les nuages, comme ils le prétendent. Les missiles n’avaient jamais atteint leur destination, abattus par le système de défense russe mer-air à partir d’un navire, ou peut-être rendus inutilisables par les pirates de GPS russes.

Faisons un bond jusqu’en 2018. Dans la nuit du 10 avril, peu après minuit, l’espace aérien syrien T 4 était attaqué par huit missiles air-terre ; cinq en furent abattus par la défense syrienne, trois (ou deux) atteignant leur but et tuant quelques membres du personnel. Pendant un moment, on crut qu’il s’agissait de l’agression américaine décisive, mais bientôt, « la Russie a balancé Israël », comme l’a rapporté Haaretz. Israël a tenté de dissimuler, prétendant d’abord qu’ils avaient prévenu Poutine et obtenu son assentiment. Quand le porte-parole de Poutine eut démenti la chose, ils dirent qu’ils avaient agi à la demande des US. Mais le plus probable c’est qu’ils ont tout fait pour activer la confrontation.

Maintenant, avec l’US Navy sur place, avec le soutien de la France et de l’Angleterre, le compte à rebours vers la confrontation a apparemment commencé. Les Russes se préparent résolument à la bataille, soit locale soit globale, et ils s’attendent à ouvrir le feu à tout bout de champ.

La route pour ce moment de vérité, c’est l’affaire Skripal qui l’a ouverte, l’expulsion des diplomates et la bataille syrienne pour la Ghouta orientale, avec une pantomime  collatérale de taille, servie par les manigances israéliennes.

L’expulsion des diplomates a sidéré les Russes. Pendant des jours ils se sont gratté la tête : Qu’est-ce qu’ils attendent de nous ? Où est la ligne rouge véritable ? Trop d’évènements qui n’avaient aucun sens, pris séparément. Pourquoi l’administration chassait-elle soixante diplomates russes ? Est-ce qu’ils veulent couper les relations diplomatiques, ou est-ce le premier pas pour bouter la Russie hors du Conseil de sécurité, ou pour en finir avec son droit de veto ? Cela signifie-t-il que les US renoncent à toute diplomatie ? (La réponse : « c’est la guerre » ne leur venait pas encore à l’esprit).

Les Russes ahuris ont répondu correctement. Ils ont également expulsé soixante diplomates, et de façon douloureuse : tous les diplomates engagés au département politique de l’ambassade à Moscou étaient sur la liste des persona non grata. Le département politique se composait de trois sections, politique étrangère, politique intérieure russe et analyse militaire ; le centre le plus important pour la collecte des données, les liaisons avec des hommes politiques russes, et les conséquences militaires, pour la Syrie et pour l’Ukraine, la Corée du Nord et la Chine, des officiers du renseignement chevronnés, de première classe, et des hommes de terrain : tous dehors, y compris leur officier politique Christopher Robinson (POL). Les Russes ont chassé Maria Olson, porte-parole bien connue de l’ambassade, et l’interprète de l’ambassade. Ils ont fermé le consulat de la « seconde capitale russe » St Pétersbourg, important centre pour mettre en relation, influencer, et interagir avec l’opposition. Les US ont donc perdu nombre de leurs agents à Moscou, des gens qui connaissaient la Russie et qui avaient développé des relations personnelles avec des Russes importants. Cela prendra longtemps et coûtera bien des efforts au Département d’Etat et aux agences de renseignement, pour retrouver les positions perdues. Les Britanniques qui avaient été les premiers à décréter des expulsions ont perdu aussi environ cinquante membres de leur ambassade à Moscou.

Curieusement, la déportation massive de tant de diplomates russes n’a eu que peu d’effet sur le peuple russe, parce que cette frappe avait été neutralisée par un autre évènement douloureux, l’explosion de l’hypermarché de Kemerovo qui avait tué soixante-quatre spectateurs au cinéma, dont plus de quarante enfants. L’incendie, même s’il n’était pas d’origine criminelle (cela n’a pas encore été prouvé) avait déclenché une avalanche de fausses rumeurs sur internet, déversée à flots sur les Russes. Un million d’Ukrainiens sous-alimentés ont été déployés  au titre de la guerre psychologique occidentale sur le web pour dire aux Russes que des centaines de leurs enfants avaient été brûlés vifs, et que leurs autorités leur mentaient. Cette opération a révélé le degré d’influence et d’intégration des différentes agences d’espionnage agissant en Russie pour le compte de l’Occident.

Kemerovo était un emplacement bien choisi pour l’opération: c’est la seule région ethniquement russe à être dirigée par un héros local à l’ancienne, un homme qui a survécu à tout, et la seule région qui a fait preuve, de façon indécente (et irréaliste) d’un fort soutien à Poutine lors des dernières élections, une région minière en récession, avec un fort potentiel de troubles.

Poutine a bien géré la situation en venant sur les lieux en personne et en mettant la main à la pâte. Il avait appris le rôle depuis 2000, lorsque, à l’aube de son premier mandat présidentiel, le sous-marin Koursk avait coulé avec armes et bagages. Poutine était resté à l’écart des familles des marins, et avait agi avec petitesse, disaient les gens. « Il a coulé » répondait Poutine à la question « Qu’est-il arrivé au Koursk » (on dit que le Memphis USS avait tiré une torpille sur le sous-marin, ce qui avait causé la catastrophe, mais que le nouveau président avait renâclé à aggraver les relations avec l’administration Clinton). Cette fois-ci, en 2018, il a été très bon, plein d’empathie et débordant de considération, dégageant de la force et de la capacité décisionnaire.

Quelle que soit l’agence américaine qui a dirigé l’opération psychologique autour de Kemerovo, c’était un franc succès, mais un succès qui a saboté une autre opération, celle de l’expulsion des diplomates russes. Les Russes n’ont pas été suffisamment attentifs à ce qui se passait. La raison alléguée pour l’expulsion, l’empoisonnement de Sergueï Skripal et de sa fille, n’avait aucun sens. Même si le vieil espion avait été descendu par ses employeurs de jadis, une telle réaction serait parfaitement excessive. Ce n’était pas un Napoléon (empoisonné deux cents ans plus tôt par les Anglais) ni un prince du sang, ni un grand inventeur, ni un champion de l’espionnage. Juste un ex-espion à la retraite, au rencart. Et de toutes façons il n’en est même pas mort, il a juste été malade quelque temps. Peut-être qu’il avait mangé quelque chose au bistrot qui ne passait pas bien. C’est l’opinion de sa nièce, Victoria, la seule personne en vie à avoir été en contact avec les Skripal depuis leur hospitalisation supposée.

L’affaire est tellement obscure qu’elle dépasse tous les Rashomon imaginables. Des journalistes russes sont allés traîner autour de Salisbury et ils ont remarqué un certain nombre d’incongruités. Il n’est pas sûr du tout que les Skripal aient été empoisonnés, et  on ne sait pas où ils se trouvent. Leurs animaux de compagnie ont survécu au poison mortel, et il a fallu les éliminer. Et voici un petit chef d’œuvre d’humour noir russe qui a circulé sur tout le net.

Skripal avait été empoisonné par un poison extrêmement puissant, dont deux grammes suffiraient à tuer la moitié d’un pays instantanément. Les Russes

– l’ont empoisonné au restaurant

– Non, sur le banc

– Mais non, dans la voiture

– Pas du tout, la poignée de la porte motrait des traces de poison.

– Que nenni, c’est sa mallette qui a été empoisonnée.

– Vous n’y êtes pas, tout dans la maison a été empoisonné

– Oh, et les flocons de blé noir ont été empoisonnés aussi.

– Mais ils ne sont pas morts instantanément, ils ont traîné dans le coin pendant quatre heures,

– sauf que le policier qui les a trouvés a failli mourir sur place,

– Heureusement le poison a été instantanément identifié,

– un antidote leur a été administré aussiôt, les Skripal et le policier ont été sauvés ;

– d’ailleurs le policier a été muté le lendemain !

– Mais ils étaient dans le coma, et ne vont jamais s’en remettre !

– Et puis non, finalement la fille  s’est vite remise !

– Et le papa est ressuscité, quel miracle !

– Comme tous les deux se récupèrent rapidement, votre super poison très dangereux n’est bon à rien.

– N’empêche que le restaurant a été encerclé par des policiers en tenue de cosmonautes.

– Le parc a été encerclé par des policiers en tenue de cosmonautes.

– Leur maison a été encerclée par des policiers en tenue de cosmonautes

– qui portent des tenues de cosmonautes parce que le poison est mortellement dangereux, mais juste à côté d’eux il y a des policiers sans protection….

– En fait, le banc a été cassé et emporté au loin : le poison est si terrible que le banc a gardé son empreinte toxique pendant deux semaines ;

– Mais le chat a survécu dans la maison empoisonnée … le policier avait touché Skripal et il a failli en mourir, et le chat a survécu…. Et les cochons d’Inde auraient survécu aussi, mais tout le monde les avait oubliés, et ils sont morts de faim dans la maison :

– Et leurs restes ont été immédiatement brûlés, parce qu’ils étaient empoisonnée par le plus terrible des poisons ;

– Oui, pendant deux semaines ils ont été empoisonnés par le plus terrible des poisons, et ils ont survécu, et maintenant il a fallu les faire brûler de toute urgence ;

– Seuls les cochons d’Inde étaient morts, mais le chat a survécu à tout ce poison. Il était stressé et affamé, c’est pourquoi ils l’ont euthanasié et cramé, pour être sûrs que personne ne découvrirait le secret etc etc.;

Le véritable héros de la saga des Skripal est l’ex-ambassadeur britannique Craig Murray, qui a suivi le déroulement de la chose pas à pas et qui a dévoilé nombre de mensonges et une vaste inconsistance dans les faits. Lisez donc ses articles et touits pour creuser tous les détails ubuesques.

Julia Skripal a fait preuve d’audace : elle a téléphoné à sa cousine Victoria depuis Moscou. Leur conversation est un document étonnant. Julia dit qu’elle et son père sont en bonne santé ; elle doute que Viktoria puisse être autorisée à la recevoir. Certes, le gouvernement britannique a refusé de lui délivrer un visa. Elle a l’impression que Julia est retenue prisonnière.

J’ai discuté avec un officier du contre-espionnage russe à la retraite, qui est familier de ces choses. Il m’a dit que la Russie n’avait jamais eu de substance toxique du nom de Novichok : c’est une appellation qui a été donnée par le contre-espionnage à la substance A-232 de façon à pouvoir tracer les fuites. Et ça a marché : un individu appelé Vil Mirzavanov, administrateur dans les laboratoires chimiques, est la personne qui a répandu l’histoire du Novichok, et en conséquence, il a été arrêté. Le A-232 avait été produit en petites quantités dans les années 1990, et il se peut qu’une partie en ait été volée et vendue pendant ces années horribles, quand un authentique colonel du renseignement russe  devait bosser au noir comme chauffeur de taxi pour compléter son misérable salaire mensuel de 46 dollars. Pendant ces années, le poison a fort bien pu devenir accessible, et dans un cas, ce sont des criminels qui en ont fait usage.

Théoriquement, il n’est pas impossible qu’une partie de ce poison ait été mise à l’abri et stockée par certains criminels ; ou bien encore, qu’il se soit trouvé à la portée des Américains qui avaient démantelé les laboratoires en 1992. En tout cas, nous n’avons aucune preuve indépendante que les Skripal aient été empoisonnés le moins du monde. S’ils survivent, si les services de renseignement anglais et américains ne les liquident pas, peut-être que nous en saurons plus. Nous pouvons définitivement exclure la possibilité que des agents de l’Etat russes se soient rendus en Grande Bretagne afin d’empoisonner un vieil espion qui avait été pardonné par le président russe il y a des années. Même s’il avait joué un rôle actif pour produire le dossier Trump (« Pluie d’Or ») de Christopher Steele, les Russes n’auraient aucune raison impérieuse pour le faire disparaître, et surtout d’une façon aussi bizarre. « Si nous avions voulu le tuer, il serait resté sur le carreau », a conclu mon interlocuteur.

Les détails de l’affaire Skripal sont très divertissants, mais ne sont pas nécessaires pour comprendre la situation. C’est une histoire utilisée pour installer dans nos esprits la connexion entre empoisonnement chimique et Russie. Ce n’est pas juste, parce que les Russes ont détruit tous leurs poisons chimiques sous les yeux des inspecteurs de  l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), mais la vie est souvent injuste.

Ce lien entre Russie et empoisonnement chimique avait été imposé en prévision de l’évènement qui a suivi. La Ghouta orientale était une enclave importante et bien fortifiée par les rebelles syriens. Se trouvant à portée du centre de Damas, elle laissait aux rebelles une chance de s’emparer du pouvoir dans la capitale syrienne. Comme l’armée syrienne avec l’appui russe et iranien avançait dans la Ghouta orientale, ils ont eu vent des projets rebelles de monter une attaque sous faux drapeau à l’arme chimique, comme ils l’avaient déjà fait plusieurs fois dans le passé. Le président Poutine avait mis en garde contre une telle éventualité lors de sa conférence de presse conjointe avec les présidents Erdogan et Rouhani, à Ankara, la semaine dernière, quelques jours avant l’attaque supposée.

Cette attaque n’a jamais eu lieu, mais elle a été dûment colportée par les medias occidentaux. Si bien que le jeu est arrivé à son terme. L’affaire Skripal avait établi le lien entre la Russie et les armes chimiques, la Ghouta orientale a permis de se servir de ce lien pour lancer une attaque contre la Russie.

Nous ne devrions pas surestimer l’importance de ces évènements purement médiatiques. Les pouvoirs occidentaux dirigeants et leurs médias ont refusé de prendre en considération des explications différentes, ont refusé d’ouvrir une enquête, ils visaient la jugulaire. La Russie a été diabolisée en 2018, comme l’Allemagne l’avait été en 1940. Cela relevait d’un travail de longue haleine, précautionneux. Jetez donc un coup d’œil au site theday.co.uk –qui est destiné aux enfants des écoles et à leurs professeurs. Vous allez être surpris de découvrir que la haine de la Russie et de Poutine y est injectée dans les cœurs et les cerveaux de la nouvelle génération. Un projet de si longue haleine ne peut pas dépendre d’un fait divers comme l’empoisonnement d’un ex-espion ou même de la chute d’une forteresse souterraine en Syrie.

Autre chose : les planificateurs d’une guerre contre la Russie ont utilisé la peur de l’antisémitisme pour leurs objectifs. J’ai qualifié cette méthode de maniement de l’antisémitisme comme arme. Jeremy Corbyn, le dirigeant travailliste a été bloqué et contenu par des accusations d’antisémitisme. C’était le seul dirigeant capable d’arrêter la Grande Bretagne sur la pente de la guerre avec la Russie. D’autres dirigeants travaillistes et militants ont été attaqués sur le mode de l’antisémitisme, et  -quelle coïncidence- presque tous étaient contre la diabolisation de la Russie ; tandis que les amis d’israël, conservateurs ou travaillistes, étaient vicieusement anti-russes.

Il s’agit d’une corrélation sur laquelle je reviendrai une autre fois, mais qui n’a rien d‘évident. La Russie ne connaît pas l’antisémitisme ; le président russe est amical avec Israël et avec le puissant mouvement Loubavitch. La Russie ne connaît pas de nationalisme blanc, et  n’a guère d’extrême droite alternative. Et pourtant, cette corrélation existe. Allons-nous l’expliquer par la haine juive de l’Eglise orthodoxe, parce que cette église (active en Russie, en Grèce, en Palestine et en Syrie) n’a pas été juifisée ? Ou allons-nous préférer une explication plus simple : c’est parce que les juifs sont bien intégrés aux élites occidentales, qu’ils promeuvent et soutiennent les buts de ces élites ?

En tout cas, les gens qui peuvent affronter des accusations d’antisémitisme sont les plus solides ennemis du pouvoir en place ; ils sont contre la guerre avec la Russie, et contre l’attaque  de la Syrie”, comme l’explique le quotidien Haaretzdans un article intitulé « Les suprématistes blancs défendent Assad et préviennent Trump : ne laissez pas Israël vous forcer la main pour entrer en guerre contre la Syrie. L’article continue : « l’extrême droite qualifie l’attaque chimique dans la banlieue de Damas d’action menée sous faux-drapeau, et prétend que c’est un effort de la part d’Israël et des mondialistes pour garder des troupes US au Moyen Orient ». Il cite David Duke et d’autres pestiférés en tant que seules personnes à rejeter le récit israélien.

Je ne suis certes pas un suprématiste blanc (je serais probablement disqualifié), mais   j’applaudis ces hommes courageux quand ils disent et font ce qu’il faut. La sensibilité à l’accusation d’antisémitisme relève d’une grave faiblesse de caractère, cela rend vulnérable. Même si des gens comme Corbyn ont le cœur bien accroché à sa juste place, ils sont fragiles là-dessus, et l’ennemi se sert de cette faiblesse pour les neutraliser. Il y a des gens à gauche qui n’ont peur d’aucune accusation, mais il n’y en a pas beaucoup qui résistent à la peur des juifs, le metu judaeorum [mentionné dans les Evangiles comme chez Cicéron].

Gardons espoir et prions pour que nous survivions au cataclysme qui vient.

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

Traduction [et ajouts entre crochets] : Maria Poumier

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Les mondialistes adorent la carpe farcie http://www.israelshamir.com/french/les-mondialistes-adorent-la-carpe-farcie/ http://www.israelshamir.com/french/les-mondialistes-adorent-la-carpe-farcie/#respond Mon, 26 Mar 2018 23:04:23 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3394 Nos grands-parents se trouvaient face à un dilemne quand ils avaient à décrire certaines parties du corps en pleine activité physique. Les « mots obscènes » sont restés tabou au moins jusqu’à ce que D. H. Lawrence brise l’interdit dans L’Amant de Lady Chatterley, et le mot de quatre lettres f*** n’est devenu imprimable que tout récemment. Et pourtant, voilà que nous avons de nouveaux mots interdits, ou des mots dont on ne peut se servir qu’à ses risques et périls.

Les « juifs », en voilà un. Parler des juifs peut s’avérer lourd de conséquences. Les juifs n’aiment pas qu’on les pointe du doigt, sauf si c’est en des termes extrêmement flatteurs. Vous pouvez vous faire expulser de facebook ou d’autres réseaux sociaux pour avoir dit « les juifs ». Ou bien perdre votre emploi. Déjà un siècle plus tôt, c’était une démarche dangereuse, cela pouvait provoquer un ostracisme social. Si bien qu’on éprouve un besoin permanent d’euphémismes.

 

  • Sémite est un premier euphémisme, toujours en vigueur, depuis le XIX° siècle, car nous le maintenons dans l’imprécatoire « antisémitisme »
  • Le clergé préfère écrire « les francs-maçons » plutôt que « les juifs ».
  • « Khazar » est un terme populaire sur les réseaux sociaux, grâce à Arthur Koestler, auteur de La Treizième Tribu. Il prétendait que les juifs modernes descendaient des Khazars turcs qui furent judaïsés au XII° siècle.
  • Le surnom « ashkénaze » se rapportait à l’origine aux juifs d’Europe centrale ; les juifs d’Europe orientale, originaires de Lituanie et d’Ukraine, l’adoptèrent  avec joie malgré les objections des juifs allemands. De nos jours c’est juste un euphémisme pour juif, avec un bonus supplémentaire : les juifs orientaux qui ne sont pas très haut-placés (ceux qui sont en dehors des circuits de l’argent et du commerce) s’associeront volontiers aux dénonciations Ashkénazes.
  • « Sioniste » est un terme populaire dont on abuse, comme dans l’expression « les juifs sont très bien, ceux que je n’aime pas, c’est les sionistes ».
  • « Reptilien » ou « Illuminati » sont les mots qu’on emploie quand tout le reste tombe à l’eau.
  • Il y a un grand problème avec ces termes. Ils prouvent clairement que vous avez peur d’employer le mot en « J ». Et les juifs savent comment s’y prendre avec les gens qui ont peur. Il suffit de marmonner « voilà un affront antisémite », et le gars s’effondre, dans un paroxysme de déni. Il y a un second problème : ça n’a guère de sens de qualifier les juifs bolchéviques de sionistes.

 

Les juifs eux-mêmes ont proposé quelques euphémismes de leur cru : « hébreux » ou « israélites » ont été leurs termes préférés, mais ils n’ont pas creusé de sillon profond dans le monde anglophone. Cependant, « hébreux » devint la désignation officielle des juifs en Russie ; tandis que le sobriquet juif était devenu hors la loi, quoique survivant en Pologne et en Ukraine.

Maintenant les US ont fabriqué un nouveau mot : « globalistes » [« mondialistes”, plus fréquent en français]. Le Huffngton Post a qualifié le touit de Donald Trump sur la démission du « globaliste Gary Cohen » d’antisémite. Ce qui prouve bien qu’un « globaliste » (mondialiste ) n’est guère qu’un juif. Par exemple, les mondialistes adorent la carpe farcie.

Le néologisme a bien plu à Ann Coulter, et elle a diverti ses nombreux lecteurs avec ses touits ; Paul Newman n’est qu’un « demi-mondialiste », « Combien de mondialistes ont joué un rôle dans le combat contre le harcèlement mâle », « Israël, dernier refuge des mondialistes ». Ces touits ont donné lieu à des milliers de « like » et de reprises, et ont provoqué une condamnation  rageuse des … mondialistes.

Mahmoud Abbas, le président de la Palestine, a créé un euphémisme accidentellement. Il a qualifié l’ambassadeur US en Israël de “fils de pute” (son of a bitch). Et son Excellence le très honorable ambassadeur David Friedman a dit que c’était une insulte  antisémite.

A propos, la création d’euphémismes est une façon très juive de manier les tabous. Pour commencer, les juifs ont banni le nom de Dieu, יהוה, puis son substitut, et le substitut du substitut, et le substitut du substitut du substitut. De nos jours, les juifs religieux se réfèrent à Dieu en l’écrivant en italique, de façon oblique.

L’ensemble du politiquement correct (PC) est une extrapolation de cette attitude juive rejaillissant sur d’autres groupes. Dans la culture PC, le mot « nègre » a été déplacé par « Noir », puis par « noir » sans majuscule, et enfin « Afro – Américain » [suivi par Africain-Américain]. De sorte que le PC a créé une nouvelle barrière autour de l’interdit.

L’idée de barrière préventive est un autre concept juif. Un juif n’a pas le droit de cueillir des fruits le jour du sabbat. Parfait ; en conséquence, les juifs ont créé une barrière autour de cet interdit, interdisant de grimper aux branches d’un pommier le samedi (shabbat). L’idée étant que si vous grimpez sur un pommier, vous pourriez être tenté de cueillir une pomme. Puis une nouvelle barrière interdit de grimper à aucun arbre le jour du sabbat. Autrement, vous allez vous habituer à grimper dans un sapin le jour du sabbat, et un beau jour, vous grimperez sur un pommier.

Le PC est une barrière supplémentaire. Si aujourd’hui vous parlez d’une personne « noire », demain vous risquez d’être tenté de parler de « juifs ». Et si vous vous référez à des personnes juives, peut-être que vous le ferez en des termes peu flatteurs ? Le concept de micro-insultes et de micro-agressions complète la barrière.

Et nous voici face à une barrière toute neuve: une référence aux banquiers, aux prêteurs et même aux mondialistes est désormais interdite, comme on le voit dans le cas de George Soros. Les Hongrois  parlaient de lui en termes de banquier mondialiste et le monde juif s’est précipité pour le dédendre. Non qu’il soit très aimé par ses pairs juifs, ce n’est pas le cas, mais il faut absolument qu’ils colmatent la brèche dans la barrière. Vous avez compris la logique ; aujourd’hui vous qualifiez Soros de mondialiste et demain… vous allez appeler juif un juif.

C’est ce que vient de faire le président Poutine. Dans un entretien avec Megyn Kelly, il a répondu à sa question sur les treize juifs signalés par le procureur Mueller pour leur supposée interférence dans les élections US : « ils ne représentent pas les intérêts de l’Etat russe. Peut-être que ce ne sont pas des Russes, mais des Ukrainiens, des Tatars, des Juifs avec la citoyenneté russe. Vous devriez vérifier ».

Il a été férocement attaqué. L’organisation juive dirigeante ADL a mentionné les Protocoles des Sages de Sion, c’est leur réponse standard chaque fois qu’un juif est mentionné, et ont ajouté : « et n’essayez pas d’accuser les juifs d’interférence dans les élections américaines ! »

C’est particulièrement piquant, car s’il y a bien un pays étranger qui interfère activement dans la politique et les élections US, c’est avant tout autre l’Etat juif et ses acolytes. Les amis américains d’Israël, Sheldon Adelson et Jeff Katzenberg, sont les plus gros donateurs ; de façon générale, les juifs dépensent plus d’argent pour les élections présidentielles aux US que pour aider les juifs nécessiteux. Les diplomates israéliens interfèrent activement dans les élections américaines à tous les niveaux, comme l’écrit le site juif Mondoweiss. Mais vous ne pouvez dire cela que dans des publications marginales prêts à être rayées de Google et de Twitter.

Et en Israël, l’énergique jeune MK Xenia Svetlova (membre de la Knesset au titre de l’Union sioniste) a accusé Poutine d’antisémitisme et a appelé Netanyahou à protéger les juifs. Cela n’a rien de personnel, car Xenia a grandi à Moscou, a travaillé pour des chaînes de TV russes, a même aimé la Russie, mais quand elle est entrée en politique, il a bien fallu qu’elle  prouve qu’elle n’était pas un pion de Poutine. Et elle appelle à une intervention israélienne en Syrie contre Assad et contre Poutine, et pour la condamnation de l’antisémitisme de Poutine.

Les Tatars et les Ukrainiens n’ont pas été vexés par les paroles de Poutine. Les juifs russes en Russie ont également laissé dire. Pour une bonne raison ; le tabou sur le mot « juif » n’est pas universel, il n’existe pas en Russie. La Russie est la terre de bien des ethnicités autochtones, environ 150, depuis  la Yakoutie jusqu’à Morva, et les gens parlent les uns des autres sans effroi.

Les Juifs en Russie sont juste une ethnie, ou nation, parmi d’autres. « Les Russes », ce sont ceux qui sont ethniquement russes, la nation la plus nombreuse dans la Fédération russe, et non pas « les citoyens de la Russie », comme vous pourriez le croire.

Cette attitude peut étonner un Américain ou un Français. Mais  elle n’est pas complètement inconnue en Europe, où les Wallons et les Famands peuplent la Belgique, tandis que Basques et Catalans vivent en Espagne. Cela n’empêche pas un Français de Bretagne ou de Provence d’être avant tout un Français, et un Breton ou un Provençal en second lieu. Aux US, la notion d’appartenance ethnique est propre aux immigrants récents, Grecs ou Polonais ; les Américains ont la race et la religion comme facteurs constituants de l’identité.

En Russie, l’identité ethnique s’était renforcée depuis le temps de Staline: elle était enregistrée sur les cartes d’identité.  Je me l’explique par ses perceptions personnelles : en tant que natif de Géorgie, pays de la Transcaucasie, Staline avait grandi dans la tradition locale de la conscience ethnique. Pour les Russes proprement dits, cette identité ethnique n’a pas grande importance. Ils la connaissent, mais n’en tiennent pas grand compte. Voilà pourquoi en Russie moderne, l’ethnie ne figure plus sur les pièces d’identité.

Bien entendu, quand Megyn Kelly mentionne les “Russes” incriminés par Mueller, elle voulait dire “citoyens de Russie », et non pas «“ethniquement Russes”. Moi-même, comme la majorité des vieux émigrés je parle des « Russes » pour les gens haitants en Russie ou venant de Russie, ou même les gens qui viennent de l’ancienne Union soviétique. En Israël, chaque personne dont les origines se trouvent dans le périmètre de l’URSS sont qualifiés de Russes, ce qui chagrine fort les juifs russes. Ils voudraient qu’on les appelle Juifs en Israël et Russes en Russie, mais hélas, c’est juste le contraire, on les appelle Juifs en Russie et Russes en Israël.

Les nationalistes ethniquement russes auxquels s’adresse mon collègue Anatoly Karlin voudraient garder l’ethnonyme « russes » pour eux seuls, mais ils ne sont pas dangereux, vous pouvez vous asseoir sur leurs lamentations, ce ne sont pas des mondialistes pour vous.

Maintenant, pour la première fois dans l’histoire, les Russes se font entraîner à s’en tenir à l’usage américain du terme. C’est Facebook qui fait le travail, en tant que plateforme dont des millions de Russes se servent.  Facebook ne se borne pas à ouvrir la Russie au business américain et à lui voler ses données, mais est un formidable outil pour faire rentrer le politiquement correct dans la tête des Russes. Chaque fois que vous faites allusion aux noirs, aux juifs ou même aux Ukrainiens, vous risquez de vous retrouver exclu pour une semaine ou un mois.

Aussi étrangère que soit cette attitude aux Russes, elle peut leur être inculquée, comme à nous tous. Ces petites punitions amènent petit à petit l’hégémonie juive en Russie. Elles ne servent pas seulement à protéger les juifs ou les noirs de micro-insultes, car bannir des mots produit un puissant effet mental. Toute personne qui vous dit ce qui peut ou ne pas être licite agit en tant qu’autorité. Cette façon de soumettre les gens à votre commandement s’appelle la programmation neurolinguistique (PNL) et la CIA est à l’avant-garde de la magie noire par les mots.

Les Israéliens et les juifs en général ne respectent pas ces tabous. Il est parfaitement normal pour Israéliens et juifs de parler « des juifs », ou pire. Feu MK Ze’evi, ministre de droite et populaire, appelait Martin Indyk, l’ambassadeur US en Israël « le gamin juif »  (יהודון); l’assistant de Netanyahou évoquait un autre ambassadeur US dans les mêmes termes. Les Israéliens parlent librement des noirs, et les déportent aussi en tant que tels. Ils ne se privent pas d’interdire aux non-juifs de louer des appartements, ouvertement. Ce mépris du tabou donne aux juifs un pouvoir supplémentaire dans leurs rapports avec les gentils, comme l’indifférence à la Matrix donnait des pouvoirs surnaturels à Néo.

Les Palestiniens aussi s’assoient sur le tabou. Ils n’hésitent pas à crier: “Vlà les juifs!”  quand les soldats israéliens foncent sur leurs villages dans leurs jeeps. Les Américains d’origine palestinienne respectent l’interdit, quant à eux, strictement, ils ne murmurent jamais le mot défendu en J (à moins de vouloir dire quelque chose de sympa sur un ami juif); autrement, ils parlent de sionistes. Voilà pourquoi les Palestiniens de Palestine sont libres, et les Palestiniens aux US ne le sont pas, comme tous les Américains.

Il faudrait le briser, ce tabou sur le mot “juif”. Tant que ce ne sera pas fait, les juifs continueront à dominer le discours et la société US, les Palestiniens souffriront, les banquiers engraisseront, l’immigration légale et illégale continuera imperturbablement. Dire “les juifs” aura un effet libérateur, comme de prononcer le nom de Rumpelstiltskin [le Nain Tracassin du conte de Grimm, qui ne supporte pas qu’on dise son nom]. Et c’est bien plus court.

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Traduction : Maria Poumier

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Elections russes: Blanche-neige et les sept nains http://www.israelshamir.com/french/elections-russes-blanche-neige-et-les-sept-nains/ http://www.israelshamir.com/french/elections-russes-blanche-neige-et-les-sept-nains/#respond Wed, 21 Mar 2018 23:08:01 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3397 Les élections russes sont passées, heureusement : elles ont été fort piteuses et embarrassantes. Poutine aurait pu gagner de façon plus modeste, plausible. Les résultats feraient la fierté pour le Turkménistan, ou encore pour la Corée du nord. 68% de votants, un score franchement élevé. Et le président a obtenu presque 77% des voix, tandis que Groudinine, nous dit-on, a fait moins de 12%, et c’était le principal opposant.

Theresa May et Boris Johnson ont éminemment contribué à la victoire éclatante de Poutine. Leur ultimatum, leurs accusations sans fondement, et leurs menaces ont mobilisé des millions de Russes qui n’avaient aucune envie d’aller aux urnes auparavant. Avant l’affaire de Salisbury, les Russes étaient plutôt indifférents aux élections présidentielles. Les résultats étaient connus d’avance, pourquoi se prêter à la comédie. Mais la ligne dure britannique autour d’une histoire nauséabonde de tentative d’assassinat les a fait voir rouge.

Les résultats ont-ils été falsifiés ? Probablement, jusqu’à un certain point, mais c’était parfaitement superflu. Les premiers résultats véridiques venant de l’Extrême Orient russe donnaient plus de 20% aux communistes, et environ 60% à Poutine. Il semble que les experts de l’administration qui avaient accès aux scores aient décidé de les « améliorer » de force. Les résultats obtenus après les tout premiers dépouillements avaient été ajustés pour coller aux nombres souhaités.

Dans la province reculée de Yakoutie, avec ses gelées invraisemblables à moins 35°, le candidat communiste a obtenu environ 30% des votes, et de même dans la ville universitaire sibérienne d’Omsk. De l’autre côté, dans la république musulmane de Tchétchénie, connue pour être malhonnête et despotique, l’opposant recueillait moins de 15% de voix.

Mon petit doigt me dit que des résultats non trafiqués auraient donné de 18 à 25% aux communistes, et par conséquent, de 60 à 65% pour Poutine, ce qui serait tout-à-fait honorable pour le déclarer vainqueur incontestable, mais pas tout à fait assez pour ses courtisans zélés. Mon cher confrère Anatoly Karlin avait fait des pronostics ; il citait les projections de VTSION, avec 6% pour Groudinine et 7% pour Jirinovski (ou le contraire) comme pourcentages fiables. Mais ces deux-là, tout comme les deux partis en question, ne jouent pas dans la même équipe. Le parti national démocratique de Jirinovski devrait bientôt disparaître, à moins d’un rajeunissement radical, alors que les communistes ont des partisans solides. Et les prévisions sociologiques ne pèsent plus grand-chose de nos jours : ce sont des outils dans la guerre psychologique contre les électeurs, c’est tout.

Miss Xenia Sobchak, la candidate libérale et pro-occidentale, a été traitée avec tendresse par les medias d’Etat. Elle a bénéficié d’une couverture positive tous les jours pendant la campagne. Elle est censée être la filleule de Vladimir Poutine, et être la fille d’un collègue plus âgé de Poutine, l’ancien maire de St Pétersbourg, et de Mme Narousova, membre du Sénat russe. Elle a obtenu les votes de M Navalny, empêché de se présenter à cause de sa condamnation pénale. Et pourtant elle n’a obtenu que 1,5% des voix, ce qui prouve fort peu d’engouement pour un programme pro-occidental.

Les candidats restants ont suivi les prédictions, obtenant environ un  pour cent ou moins. Les reportages étaient tous contre Paul Groudinine ; pratiquement chacun comportait quelques nouvelles négatives à son sujet. Les affiches officielles avec les noms des concurrents, fournies par la CEB, comportaient une mention selon laquelle le CEB n’avait pas pu vérifier les informations concernant M Groudinine. Avec les débats, c’était encore pire : excepté Poutine, les sept autres candidats avaient droit à quatre minutes chacun pour exposer leur programme, et à une minute pour répondre. De sorte que le véritable opposant avec le vent en poupe, Paul Groudinine, et un faux opposant « communiste aussi » fabriqué de toutes pièces par le Kremlin, Mr Souraykine (qui a obtenu 0,67% des votes) avaient la même visibilité. Souraykine amena pour les débats une dame qui prétendit avoir été bernée par Groudinine, et elle fut autorisée à participer aux débats (imaginez Mrs Clinton amenant Stormy Daniels aux débats avec Donald Trump). M Jirinovski prêta serment librement face à Groudinine et à Miss Sobchak, la seule femme dans le lot. L’un dans l’autre, ils avaient réussi à donner l’impression d’une bande de clowns dans un cirque de province.

Les Russes ont appelé ce pitoyable spectacle « Blanche-Neige et les sept nains ». Blanche- Neige, c’était sans doute Poutine, qui n’a pas participé aux débats, ce qui lui a permis d’apparaître comme celui qui savait se tenir au-dessus de la mêlée. Cette technique a été complétée par la prédominance des infiltrés télécmmandés par les conseillers de Poutine sur les réseaux sociaux. Ils harcelaient chaque rival de Poutine avec des commentaires et des interventions hargneuses.

On a prétendu que l’administration avait acheté l’allégeance de certains gauchistes indépendants bien connus, car ils ont fait le tour de la Russie en prêchant contre Groudinine en tant que personnage « pas vraiment communiste ».Ces gens-là n’auraient pas pu se payer tous les billets d’avion nécessaires sur les immenses distances russes, il fallait bien que quelqu’un endosse les chèques.

Et cette campagne nauséabonde était parfaitement superflue. Poutine aurait gagné sans se salir et sans manier l’intimidation. Je parie que des officiels russes ont fait des excès de zèle parce qu’ils espéraient quelque faveur  du Commandant en chef. C’est hélas très typique de la Russie : les officiels ignorent les limites tout autant que la décence, quand ils cherchent à atteindre des buts censément agréables à leurs supérieurs. Je ne pense pas que Poutine les ait personnellement approuvés, ou qu’il ait été au courant de ces manigances ; mais c’est ce qui se passe quand chaque officiel fait de son mieux (ou de son pire) pour atteindre ou dépasser les objectifs. L’opposant en chef Groudinine avait d’autres problèmes encore chez lui. Son parti KPRF (le parti communiste) ne s’est pas battu pour l’aider. C’était un outsider, comme Trump l’était par rapport aux républicains. Je me suis fait dire que dans de nombreuses villes, les officiels du KPRF ont tranquillement saboté la campagne et dépensé les fonds publics assignés à l’élection dans leur  intérêt personnel.

Le chef du parti, Ziouganov, ne voulait pas partager avec l’étoile montante ; il insistait pour suivre chaque pas du candidat et prendre la parole à sa place. Il y a eu très peu de vidéos de la campagne où la présence de Ziouganov n’était pas pesante. Après le vote, Ziouganov s’est dit satisfait des résultats, et a appelé Poutine à désigner Groudinine comme Premier ministre. Celui-ci s’est abstenu de relayer son appel.

Dans le cadre de la campagne anti-Groudinine, les réseaux sociaux l’ont interpellé sur ses ancêtres juifs, et cela même au nom de gens « de gauche », quoiqu’il ne soit pas plus « juif » que John Kerry ou Vladimir Lénine. Il n’est pas le seul candidat d’origine juive : Jirinovski a du sang juif aussi. Cela ne signifie pas grand-chose en Russie, en dehors des cercles ultra-nationalistes. Une grande partie des gens cultivés en Russie ont quelque aïeul juif ; après tout, les juifs soviétiques épousaient librement des Russes ethniques, tout au long du siècle passé, et la majorité choisissait de prendre femme en dehors de la communauté. Les enfants des mariages mixtes se considèrent habituellement comme Russes ; ceux qui se considéraient avant tout comme juifs sont partis en Israël. Là, ils ont découvert que les juifs ne les considéraient pas comme des membres du peuple élu, et beaucoup sont repartis en Russie, guéris de leurs illusions. Cependant, la judéité ou comme vous voudrez l’appeler n’a pas beaucoup joué au cours de la campagne électorale. Les élections russes n’ont pas été aussi perverses, disons qu’en Egypte, où presque tous les candidats ont été arrêtés et emprisonnés ; les partis d’opposition y sont interdits, sauf dans le cas où ils sont conçus pour un candidat personnellement dévoué au président sortant. La comparaison avec l’Iran n’est pas aussi tranchée. En Iran, les candidats sont sélectionnés par une équipe d’ayatollahs ; en Russie, c’est l’administration présidentielle qui fait le tri, un organe qui n’est pas prévu par la Constitution, mais qui a des pouvoirs pour faire le ménage dans la vie politique russe. Malgré tout, en Iran, il y a une vraie bagarre entre les candidats, même si les débats sont modérés par les ayatollahs, alors qu’en  Russie, il n’y a pas de réel affrontement. Il y a des raisons historiques à cela. La Russie manque de traditions démocratiques, mais cela ne relève pas de la tyrannie, parce que le peuple russe aime ses dirigeants, et généralement les approuve. Les tsars étaient chéris, les Secrétaires généraux l’ont été constamment, jusqu’au dernier. Eltsine a été aimé au moins jusqu’en 1995. Et maintenant, les Russes aiment Poutine ; c’est un dirigeant légitime, aussi longtemps qu’il saura garder l’amour de son peuple.

Ce serait agréable, de suivre un modèle moins autoritaire, mais peut-être que ce modèle convient au caractère national russe. De façon étonnante, il aurait pu ne pas en être ainsi, sans l’intervention américaine. En 1991, la Russie avait une constitution démocratique, mais après 1993, quand Eltsine eut fait bombarder le parlement, les conseillers US créèrent une constitution pour la Russie en gardant au pouvoir exécutif un autoritarisme intact, prévu pour empêcher toute restauration du communisme. Les Américains n’ont donc pas le droit de s’en plaindre : ce sont eux qui avaient tout bricolé. C’est une bonne chose, que Poutine soit plutôt un dirigeant qui réussit ce qu’il entreprend, parce qu’il est prudent et méfiant. Même si sa dernière élection n’a pas été aussi honnête qu’on l’aurait souhaité, il jouit incontestablement d’un soutien massif. Espérons qu’il saura se servir de ce résultat qui lui dégage le  terrain pour lancer des réformes dans la bonne direction, dans l’intérêt du peuple russe.

 

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

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Traduction: Maria Poumier

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Les missiles de Poutine, arme de dissuasion? http://www.israelshamir.com/french/les-missiles-de-poutine-arme-de-dissuasion/ http://www.israelshamir.com/french/les-missiles-de-poutine-arme-de-dissuasion/#respond Tue, 13 Mar 2018 23:01:27 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3392 La présentation par Poutine, le 1er mars, des nouvelles armes russes a été interprétée à tort comme une déclaration de parité stratégique ou une expression de triomphalisme. C’était en fait nécessaire, de toute urgence, pour prévenir une frappe stratégique. Ce danger n’est pas encore écarté, puisqu’une semaine plus tard, le 7 mars, le président Poutine a réaffirmé qu’il était prêt à utiliser ses armes nucléaires comme outils de rétorsion,  même si cela risquait d’en finir avec le monde.

« Certes, ce serait un désastre pour l’humanité, un désastre pour le monde entier », a dit Poutine, mais, en tant que citoyen de Russie et à la tête de l’Etat russe, je me  dois de poser la question : pourquoi voudrions-nous d’un monde sans la Russie ?

La réponse a été tranchante. Un homme moins solide aurait probablement répondu en toute hypocrisie, pour éviter une phrase brutale du genre « oui, je vais  détruire le monde ». Cela signifie que le danger reste imminent, et par ces mots pleins de franchise, le président Poutine veut dissuader tous ceux qui pourraient le chercher un peu trop.

Pourquoi donc, soudainement, le président russe a-t-il décidé à ce moment précis, d’informer le monde sur ces nouvelles armes ? Ce n’est pas que les Russes, ou les Américains (en phase dans ce domaine) aient coutume de se répandre urbi et orbi sur leur créativité dernier cri en la matière. 2002, l’année où les US se sont retirés du traité ABM, est resté gravée au  nombre des dates dramatiques. Quelle raison, ou du moins quel déclencheur, était donc à l’œuvre ? Certains observateurs estiment que c’était une ruse préélectorale, à usage interne. Mais le principal opposant à Poutine, le candidat communiste Grudinine, n’a pas contesté la politique étrangère de Poutine ou ses dépenses pour la défense ; les électeurs approuvent la politique étrangère de Poutine, de toute façon. La révélation de Poutine a rempli les Russes de fierté, mais ils auraient voté pour Poutine de toute façon.

Or de fait il y avait une raison différente et plus urgente : un terrible crescendo dans les menaces avait amené la Russie à se sentir très vulnérable. On peut supposer que leurs services de renseignement ont convaincu le président russe que les menaces étaient tout à fait réelles.

L’establishment US cherchait le moyen d’humilier et de punir la Russie depuis la mise en examen de treize Russes par le procureur spécial Mueller. Il alléguait que les conspirateurs russes voulaient « promouvoir la discorde aux US et miner la confiance du peuple dans la démocratie », selon les termes de Rod Rosenstein, le procureur général adjoint qui supervisait l’enquête de Mueller. Peu importait que les Russes inculpés ne soient pas des officiels de l’Etat russe ; ni que leurs efforts (si tant est qu’ils aient existé) soient assez piteux : quelques publicités coûtant environ $100 000, une goutte d’eau dans l’Océan, comparés aux vastes quantités dépensées tant par les campagnes de Clinton que de Trump. L’establishment US qualifiait ces actions mineures d’une poignée de citoyens privés russes d’acte « de guerre ».

Le 19 février, Glenn Greenwald a résumé les réactions US dans un article intitulé: « Un consensus se fait jour: la Russie a commis un acte de guerre de même niveau que Pearl Harbour et le 11 septembre ». Il nous a rappelé que des sénateurs des deux bords, tels le républicain John McCain et la démocrate Jeanne Shaheen, avaient décrit longuement l’ingérence russe en 2016 comme un « acte de guerre ». Hillary Clinton pour sa part avait qualifié le piratage russe de la Convention nationale démocrate et de la boîte de réception de John Podesta comme un « 11 septembre cybernétique ».

Tom Friedman du New York Times a dit sur « Morning Joe » que le piratage russe était « un évènement de la teneur du 11 septembre. Ils ont attaqué le cœur de notre démocratie. Un évènement du même ordre de grandeur que Pearl Harbour. »

Après la mise en examen, cette accusation est devenue un lieu commun rhétorique. « Karen Tumulty, du Washington Post, s’est plainte de l’inaction du président Donald Trump et a demandé à ses lecteurs d’imaginer « comment l’histoire aurait jugé Franklin D. Roosevelt au lendemain de Pearl Harbor, s’il avait déclaré sur les ondes de la radio que Tokyo rigolait bien. Ou si George Bush avait posé sur les débris du WTC avec une corne de taureau comme olifant pour entonner une tirade contre les démocrates, en donnant des noms. »

Greenwald concluait: si une ingérence russe dans les élections est du  même niveau que les attaques de Pearl Harbor et du 11 septembre, la riposte US devrait-elle se situer au même niveau que ces agressions ? » En d’autres termes, les politiciens US et les médias ont concrètement appelé à gratifier la Russie du même traitement que les US avaient réservé au Japon (Hiroshima et Nagasaki) et à l’Afghanistan (invasion suivie de seize ans d’occupation).

Dans leur recherche d’une escalade, depuis des paroles emportées jusqu’au feu [nucléaire], l’establishment anglo-américain a eu recours aux allégations habituelles  sur les attaques syriennes au gaz. Les gens étaient entraînés à répondre à ce genre d’accusations (et alternativement, à la boucler tandis que les US bombardent Mossoul et Raqqa, ou se préparent à pulvériser la Corée du nord.) Assad et la Russie se sont vus accusés de gazer le fief rebelle de la Ghouta orientale, dernière chance pour l’Occident de forcer un changement de régime en vertu du fait que cela était censé se passer tout près de la capitale.

C’est le 25 février qu’a été annoncée une attaque au chlore, aussitôt démentie par les Russes et les Syriens. Le ministre des Affaires étrangères Serguei Lavrov a affirmé que le « rapport bidon » anonyme avait été concocté aux US dans le but de dénigrer le gouvernement syrien et ses troupes, de les accuser de crimes de guerre et de causer une crise permanente en Syrie. Les US et leurs alliés, disait-il, sont « simplement en train d’exploiter des allégations sans fondement sur l’usage par Damas d’armes toxiques dans le cadre de leur ingénierie politique contre la Syrie. »

Les rebelles ont dit qu’ils étaient attaqués par du gaz au dioxyde de chlore, à la différence des fois précédentes où ils avaient affirmé que c’était du gaz sarin qui était utilisé. Le dioxyde de chlore sous forme gazeuse est quelque chose de trompeur ; il n’est pas mortel, même si l’inhalation est néfaste. Il est d’ailleurs difficile à repérer et à identifier formellement, car le chlore (sous la forme d’eau de Javel) est largement utilisé à l’échelle domestique, pour l’hygiène des installations sanitaires, et pour purifier l’eau ; ce n’est nullement un produit interdit (quoiqu’interdit sous forme gazeuse). Cet obstacle à  toute vérification  permet de proclamer n’importe quoi.

La situation dans la Ghouta orientale était une copie de ce qui s’était passé à Alep ; des reportages sur des enfants blessés, des films produits par les Casques blancs, et des tentatives acharnées de la part des rebelles pour empêcher les civils de quitter la zone. Chaque fois que les rebelles sont énergiquement pourchassés, ils nous ressortent la même histoire de civils souffrants et d’attaques au gaz, dans l’espoir que les US forceront le gouvernement syrien et leurs alliés russes à relâcher la pression.

Aucun doute que les civils aient souffert dans la guerre syrienne ; cependant, il y a un moyen d’en finir avec leur martyre. Les rebelles n’ont qu’à déposer les armes et rejoindre le processus politique, comme n’importe qui. Il y a des quantités d’Américains malheureux sous le régime de Trump, mais ils n’en profitent pas pour bombarder Washington DC ; ils gardent l’espoir d’une solution plus atisfaisante, à l’issue des prochaines élections. Leur exemple devrait être suivi par les rebelles syriens, et là, les civils ne souffriraient plus.

Si c’est trop leur demander, ils peuvent laisser partir les civils; et se battre jusqu’au dernier. Mais que nenni, ils ne laissent pas filer les civils, au contraire, ils produisent des reportages sur les civils qui souffrent et attendent de la Police montée qu’elle vienne gentiment les sauver.

Il y avait un angle d’analyse supplémentaire. Les rebelles de la Ghouta orientale sont entraînés et encadrés par des officiers des services d’intelligence britanniques et américains, et ils se sont trouvés sous le feu russe. C’était peut-être la revanche russe pour le bombardement des installations pétrolières près de Deir ez-Zor, où la compagnie militaire privée russe (appelée Wagner, du surnom de leur chef) avait encaissé le gros temps et souffert de lourdes pertes.Thierry Meyssan, le journaliste français bien connu qui réside à Damas, a affirmé que des troupes au sol russes participaient elles aussi à l’assaut sur la Ghouta orientale. Il est fort possible que les Russes et les Américains soient déjà en train de combattre directement, même si des deux côtés on refuse de reconnaître des pertes.

Le Secrétaire britannique aux Affaires étrangères Boris Johnson a été le premier à “envisager sérieusement” des frappes aériennes en Syrie. Il avait raté la balade en Libye (« on est venus, on a vu, il est mort ») et maintenant le rouquin veut absolument bombarder quelqu’un. Mais son parlement ne l’y autorise pas. Les Américains ont attrapé la balle au bond. Bloomberg a dit dans un édito: « il est temps de fixer une nouvelle ligne rouge, sur laquelle les US ne reculeront pas. Trump devrait dire à Assad et à ses soutiens russes que toute nouvelle attaque avec des armes chimiques, y compris le chlore, donnera lieu à des représailles, encore plus cuisantes que celles du mois d’avril dernier ».

C’était une allusion à la frappe avec un missile de croisière de Trump sur la base aérienne de Shayrat, soi-disant à titre de riposte pour l’attaque syrienne au gaz sarin à Khan Sheikhoun. Aussitôt des doutes sur cette « attaque au gaz sarin » avaient surgi, et Unz.com en avait fait état sans attendre. En juin 2017, Seymour Hersh a exposé toute l’affaire qui se tramait derrière Shayrat : il n’y avait pas eu d’attaque au gaz sarin du tout. Et le président Trump en avait été informé par ses propres services de renseignement qui lui recommandaient de laisser tomber. Mais il avait insisté et attaqué, tout en avertissant les Russes à l’avance, si bien qu’il n’y avait pas eu de morts du côté des Russes ni des Syriens, et très peu de dommages, pour un coût de $100 millions, pris dans les poches du contribuable US. Les médias dominants aux US jubilaient, et félicitèrent Trump pour cet exemple de conduite hautement présidentielle.

Le site républicain et amical envers Trump The American Conservative faisait objection aux plans de bombardements sur la Syrie ; « Trump n’avait aucune légitimité pour attaquer les forces syriennes l’année dernière, et il n’en a pas plus maintenant. Il n’y a aucun mandat international qui justifie le stationnement de forces US en Syrie, ni la moindre autorisation pour une action militaire contre les forces gouvernementales syriennes ou leurs alliés. Si Trump ordonne une autre attaque illégale, les US vont commettre encore plus d’actes de guerre contre un gouvernement qui ne constitue nullement une menace pour nous, qui ne nous a rien fait, non plus qu’à nos alliés par traité, et qui continue de se battre à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues. »

Mais les voix de ceux qui applaudissaient à toute frappe et au châtiment des Russes et des Syriens retentissaient encore plus fort. « La Maison blanche envisage de nouvelles actions militaires contre le régime syrien », écrivait le Washington Post le 5 mars. Le journal ajoutait des détails sur ceux qui poussaient à l’attaque (le conseiller à la sécurité nationale H. R. McMaster)  et sur ceux qui faisaient objection (le secrétaire à la Défense Jim Mattis). « D’autres officiels, en particulier à la Maison blanche et au Département d’Etat, se montrent plus ouverts à une  action renouvelée contre Assad », disait l’article.

Il est là, l’arrière-plan du discours de Poutine le premier mars. Le président russe a parlé des nouveaux missiles insensibles à Aegis et impossibles à arrêter par des tirs  depuis le sol, qui peuvent faire des bombardiers au long cours  US, le symbole le plus puissant de la puissance US, de simples appeaux. « La Russie les coulera en cas d’attaque contre la Russie ou ses alliés », a dit Poutine. « Alliés » est le mot clé, dans le message. L’allié menacé de la Russie, c’est la Syrie. Poutine a prévenu les Américains que leur frappe sur la Syrie peut déclencher une frappe sur leur CSG (Groupe de frappes aériennes). « Si vous bombardez Damas, nous allons couler par le fond vos CSG dans la Méditerranée et dans le Golfe. Et nous pouvons aussi incinérer vos bases aériennes dans la région. »

La barre brusquement placée plus haut a changé les règles du jeu. Qui sait ce que sera la riposte russe après telle ou telle action des alliés occidentaux ? Les néocons belliqueux disent que ce n’est que du bla-bla, et de la fanfaronnade. Les réalistes disent que les US pourraient avoir à subir la perte douloureuse autant qu’humiliante de ses CSG, outre des milliers de vies sacrifiées. Le président US s’était régalé, à suivre la frappe précédente sur la Syrie avec des  douzaines de Tomahawk avant de revenir à son superbe gâteau au chocolat. Si les frappes étaient revisitées et se retournaient contre les CSG attaquantes, ce serait tout à fait autre chose. Vous disiez Pearl Harbour ?

Même si cet échange ne débouchait pas sur des frappes nucléaires massives sur le territoire continental de la Russie comme des US, et une guerre comportant la destruction de la planète, le prix en serait fort élevé. Les Russes peuvent même s’en prendre au club privé de Trump à Palm Beach, en Floride, comme ils l’ont évoqué vicieusement sur leur vidéo moqueuse.

Apparemment, le président Trump a discuté de tout cela avec le Premier ministre Theresa May. Les Britanniques sont ceux qui ont le plus envie d’en découdre avec la Russie, pour une raison quelconque. Maintenant ils font de leur mieux pour arrêter le rapprochement en cours entre les US et la Russie. L’histoire bien particulière de l’empoisonnement de leur propre ex-espion avec un gaz innervant épice quelque peu leurs efforts, et leur infiltré de l’ambassade russe au Royaume Uni a touité : « dans les journaux de ce jour, les grands patrons appellent Theresa May a briser un éventuel dégel entre Russie et US”.

Serait-ce qu’ils ne font pas confiance au meilleur ami et allié de la Grande Bretagne ? La partie de poker nucléaire devient d’autant plus excitante. Les Russes bluffent-ils, oui ou non ? Vont-ils continuer à jouer, ou abattre leurs cartes, c’est toute la question. Nous n’avons pas encore la réponse, l’histoire le dira.

En attendant, à en juger par le calme tendu qui règne sur le Moyen Orient et ailleurs, Poutine a fort bien joué. Les missiles US sont restés à quai, les missiles russes également. L’offensive russo-syrienne dans la Ghouta orientale progresse sans faillir, tandis que les opérations US au sol en Syrie sont bloquées, parce que les Kurdes sont trop occupés par leur bagarre avec les Turcs. Peut-être que nous survivrons à cette quasi confrontation, comme nous avons survécu à celle de 2011.

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

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Traduction: Maria Poumier

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Netanyahou, la traque http://www.israelshamir.com/french/netanyahou-la-traque/ http://www.israelshamir.com/french/netanyahou-la-traque/#respond Mon, 26 Feb 2018 19:11:29 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3364 Le meilleur Premier ministre que le pays ait jamais eu ; c’est ce qu’en disent ses nombreux supporteurs. Celui qui a tenu le plus longtemps, depuis ben Gourion, le fondateur de l’Etat juif ; il a été aux commandes plus longtemps que Vladimir Poutine. Mais apparemment, il est sur les rails pour suivre son prédécesseur le Premier ministre Ehud Olmert en prison. Olmert a été relâché il y a six mois à peine après un séjour en taule pour corruption et obstruction à la justice ; c’est son tour, maintenant, il va tâter de la portion congrue des prisonniers, à la place du champagne rose qu’il affectionne tant. A moins que …  ?

Cette histoire en boucle résonne de façon tout à fait familière aux oreilles américaines. Le chef de la police Ronny Alsheich a combattu Bibi aussi durement que Robert Mueller a combattu Trump, tandis que les médias israéliens se tenaient du côté de la police contre le premier ministre, tout comme le New York Times du côté du FBI. Chaque accusation a fuité jusqu’à sortir dans la presse bien avant la première comparution. Le public a été bombardé d’accusations, jour et nuit.  Ça ne s’arrête pas au Premier ministre, ça touche aussi sa femme, attaquée sans répit, une femme aux manières revêches et hargneuses.

Le modus operandi de la police israélienne ressemble fort aux méthodes du FBI. Trouver quelqu’un de plus faible, le mettre sous les verrous pour quelque bonne ou mauvaise raison, et le forcer à dénoncer son patron. Ce qui a  été fait à Manafort et à Gates, c’est exactement ce qu’ont subi Shlomo Kilber et Ari Harow.

Au bout du compte, la police est parvenue à obtenir du premier cercle autour  du ministre qu’il trahisse son bienfaiteur. Shlomo Filbert, directeur général des communications ministérielles a dû passer « deux nuits dans une cellule froide et puante en garde à vue », dit le journal Haaretz, et il a accepté d’incriminer Netanyahou.

Il m’est extrêmement difficile de plaider pour celui-ci. C’est celui qui a tué le processus de paix, qui a mis les Palestiniens en esclavage, qui torture Gaza, bombarde la Syrie et le Liban, a fait tout ce qu’il pouvait pour allumer la mèche de la guerre avec l’Iran. Cependant, il faut savoir qu’il y a une tradition juive de « l’apologia », autrement dit de la recherche de points positifs chez les pires.

On avait demandé à un rabbin de faire l’éloge de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme, un personnage fortement détesté par les juifs orthodoxes de son temps. Il répondit : Herzl n’est jamais entré dans les WC en portant  des phylactères ; il n’a jamais étudié le Talmud le jour de Noël; et il ne se rasait pas le jour du sabbat. Ce sont autant d’agissements strictement interdits par la loi juive, et Herzl n’a commis aucune transgression de ces prohibitions (d’autant moins qu’il ne se rasait pas, n’étudiait point le  le Talmud et n’avait jamais, encore moins, porté des phylactères).

Un autre rabbin avait défendu Satan au sujet de sa persévérance pour tourmenter Job. Il disait : Dieu aimait Job, le goy épatant, et le préférait même à Abraham, le premier juif. L’intervention de Satan fit revenir la tendresse de Dieu sur  Abraham ; ce qui était une bonne action, dans la mesure où cela ramenait l’attention de Dieu vers le peuple élu. Après avoir entendu cela, Satan se précipita sur le sage rabbin, et baisa l’ourlet de sa robe.

Dans l’esprit de ces rabbins avisés, je vais tenter de dresser une petite liste de points positifs en faveur du susditPremier ministre.

* Il n’a point touché de pots de vin dans la moindre acception de cette expression. Ce n’est pas un corrompu, porté sur l’argent facile ; ce n’est pas un prêcheur fastidieux en la matière non plus certes, mais les hommes politiques le sont rarement.

* On l’accuse d’avoir pris du bon temps et d’avoir accepté les cadeaux du milliardaire israélien et ex-espion Arnon Milchan. Mais c’était exactement la chose à faire dans le cas d’un homme qui a produit des films pro-israéliens et fait   beaucoup pour l’Etat d’Israël. Tout autre Premier ministre israélien aurait agi de même, et apprécié ses cigares généreusement offerts et son bon whisky. Netanyahou a tenté de promouvoir une réglementation qui aurait pu bénéficier à Milchan, mais  ce décret aurait été profitable pour tout riche investisseur juif en Israël, pas seulement pour Milchan.

* Netanyahou est accusé d’avoir « aidé » les patrons des medias et de leur avoir demandé une couverture de presse favorable. Ceci ne me scandalise pas outre mesure : tout le monde en fait autant. Netanyahou avait le même problème que Trump : les médias lui sont universellement hostiles. Ils ne sont pas objectifs ; les médias ont tout fait pour avoir la peau de l’un et de l’autre, en répandant des mensonges ou en exagérant des transgressions mineures de leur part. Pour exercer le commandement de façon efficace, Netanyahou avait besoin d’une couverture positive, mais ils avaient des préjugés contre lui, et une hostilité  qui l’a forcé à user de ce subterfuge.

*  Il y a des quantités de ragots sans fondement relevant de la pingrerie, sur M et Mme Netanyahou: ils auraient grevé le budget de l’Etat avec leurs frais de bouche, et en surpayant leur électricien ; ils ont aussi rapporté les bouteilles vides consignées et se les sont fait rembourser, mais sans reverser la somme correspondante à l’Etat. Le procureur général en a raisonnablement conclu qu’il n’y avait pas de preuve qu’ils aient eu connaissance de ces minuties ménagères.

Des années plus tôt, une personne proche du Premier ministre avait sondé un candidat pressenti pour le poste de procureur général sur le cas de Netanyahou. Cela avait été présenté comme une tentative pour vendre ce poste élevé en échange de l’abandon des poursuites ; mais c’était une précaution raisonnable. Dommage que Donald Trump n’ait pas « sondé » Sessions sur la question du Russiagate avant de le nommer.

Conclusion, malgré beaucoup de bruit, il n’y a pas grand-chose de solide contre le Premier ministre, mais il a déjà été jugé par les médias, et déclaré coupable. Et pourtant, Bibi n’est pas encore inculpé, même si le chef de la police a recommandé de le traiter en prévenu. La décision relève du procureur général. Il va  probablement se donner un délai  tant que Ronny Alsheich, le policier en chef, n’aura pas trouvé un moyen pour faire pression sur le dit procureur.

Si Bibi venait à être inculpé, il se battrait à chaque étape judiciaire, et il peut gagner. Ses partisans ne vont pas accepter facilement sa défaite, hausser les épaules et retourner à leurs affaires courantes. Ils vont semer la zizanie, et Bibi n’est pas du genre à rendre les armes.

Et pourtant, s’il devait quitter son poste, qui  pourrait bien devenir le chef de l’Etat juif? Il n’y a pas de brave type dont on puisse souhaiter qu’il hérite du trône. Comme le Liban voisin, Israël est un pays divisé en communautés définies par leur origine et leur attitude envers la religion. Economiquement, le plus fort est le groupe   de la communauté ashkénaze laïque, en provenance d’Europe de l’Est, mais il souffre de la même maladie mentale dont héritent les WASP. Ce sont des libéraux qui ne sont pas certains de leur talent et de leur légitimité pour commander. Ils ont accepté l’agenda en faveur des minorités tout comme les libéraux américains blancs ; ils sont pour les LGBT, pour les réfugiés noirs africains, et aimeraient pouvoir compter sur les juifs orientaux pour monter au front à leur place.

La communauté juive orientale déteste les juifs ashkénazes, mais hait les Arabes encore plus. Cette haine des Arabes est le ciment de l’Etat juif. Les Orientaux veulent avoir la main haute, mais ne sont pas sûrs de leurs capacités et de fait préfèrent que ce soient les Ashkénazes qui s’occupent des affaires de l’Etat.

Les communautés religieuses juives partagent aussi la haine des Arabes, mais sont divisées entre ultra-orthodoxes et nationalistes. Les ultra-orthodoxes défendent par-dessus tout leurs propres intérêts, tandis que les religieux nationalistes sont millénaristes et chiliastes.

Bref, il y a six personnalités qui ont une chance d’hériter du bureau du Premier ministre; d’autres peuvent surgir, et quelques-uns peuvent jeter l’éponge. Voyons   cela brièvement.

En allant de la droite vers le centre droit, on a :

1          le ministre de la Défense à la parole farouche, le laïc Avigdor Lieberman, un juif russe, de Moldavie, qui a appelé à bombarder le barrage d’Assouan et a menacé le Liban d’une guerre d’extinction ;

2          le ministre de l’Education Naphtali Bennett, nationaliste religieux propre sur lui et bien rasé, d’origine américaine, qui a dit que les autorités devraient enfermer Ahed Tamimi à double tour et jeter la clé.

Ce sont là les candidats d’extrême droite.

Pour le centre droit, nous avons:

3            Yair Lapid, qui présente bien à la télé, et qui part favori dans la course, tel le Macron israélien ; selon le Jerusalem Post « l’homme le plus dangereux dans la politique israélienne, de belle prestance, charismatique, se prenant pour le messie, un aimable ignorant sans la moindre profondeur intellectuelle, fervent défenseur de la morale mais surtout beau parleur ». Il est célèbre pour avoir évoqué Copernic  l’astronome polonais comme un « Grec de l’Antiquité » et avoir qualifié le sculpteur suisse Giacometti de « grand artiste de la Renaissance ».

4            Le ministre des Finances Moshe Kahlon, un juif de Libye, le seul juif oriental de premier rang  dans le Likoud, si bien qu’il est susceptible d’attirer les Ashkénazes qui croient qu’il est susceptible de rallier les Sépharades. C’est un centriste plutôt libéral.

Gardons à l’esprit que les juifs orientaux ont déçu, dans la sphère politique ; ils sont vantards et faibles, avec les meilleures intentions du monde, et n’attirent que rarement les électeurs orientaux, qui préfèrent voter pour les Ashkénazes de droite. Pour eux, la haine des Arabes est plus importante que l’amour des leurs.

Tous les quatre sont des juifs nationalistes tendance dure; tous détestent les Palestiniens et sont très peu susceptibles de trouver un arrangement (encore moins un accord de paix) avec eux.

A gauche et au Centre gauche on trouve :

5            la Hillary Clinton du cru, qui s’appelle Zippy Livni, et qui est une ancienne espionne. Les médias libéraux et juifs d’Amérique la mentionnent dans des termes éblouis. Une fois, elle avait gagné une élection, et on lui demanda de constituer un gouvernement, mais elle n’avait pas pu produire une coalition de gouvernement avec une majorité parlementaire, de sorte que Netanyahou se retrouva Premier ministre, après quoi elle a rejoint l’opposition. Il est peu probable qu’elle bénéficie d’une seconde chance.

 

 

6           A la tête du parti travailliste, Avi Gabay estun personnage falot et un faucon tout à la fois. Lorsqu’il a été élu pour diriger son parti, il avait dit qu’il n’inviterait pas les Arabes à intégrer la coalition gouvernementale ; il est célèbre pour avoir dit aux Etats arabes ; « si vous nous lancez un missile, nous on vous en lancera vingt » ; il avait aussi annoncé qu’il ne démantèlerait aucune colonie juive, même en échange de la paix. C’est un juif marocain, et il courtise les électeurs du Likoud plutôt que ses propres fidèles. Il est probable qu’il se fracassera de façon spectaculaire, en se révélant incapable de rallier les électeurs ashkénazes (en tant que Marocain) ou sépharades (parce que trop tendre avec les Arabes). Quoi qu’il en soit, ces deux derniers personnages ont très peu de chances d’avoir à constituer le prochain gouvernement.

Les véritables rivaux sont les religieux d’extrême droite et les candidats laïques d’extrême droite ; dans les deux cas, Israël ira plus loin dans le sens de l’extrême droite et du chauvinisme extrême.

Comparé à ces candidats, Bibi se montre prudent et circonspect. Tandis que nombre de ses admirateurs en Israël et aux US le poussaient à la guerre, il s’est tenu coi ; bien entendu, cela ne concerne pas Gaza, parce que la pauvre Gaza est utilisée comme terrain d’expérimentation pour les fabricants d’armes israéliens. Gaza ne peut pas riposter, et on peut descendre les enfants de Gaza sans risque. Gaza est là pour justifier les antisémites, le jour du Jugement dernier. Malgré toutes ses menaces envers l’Iran et le Hezbollah, Bibi a évité de déclencher la guerre.

Est-ce que ses éventuels successeurs seraient aussi prudents que lui? Il est plus que probable qu’ils choisiraient la guerre, parce que la guerre est le meilleur moyen pour gagner de la popularité, de la reconnaissance et de la gloire. Bibi est d’ores et déjà populaire, mais tout successeur éprouvera le besoin de montrer ses muscles.

N’ayez pas de regret à l’idée que la gauche israélienne n’ait guère de chance de l’emporter. Israël n’entamerait pas une guerre tant que les travaillistes (ou Union sioniste) restent à l’écart de la coalition au gouvernement. Mais si gauche et droite formaient un gouvernement d’union nationale, l’éventualité de la guerre deviendrait une certitude. Historiquement, la droite israélienne, malgré ses constants penchants pour la guerre, n’a jamais livré de bataille sans l’approbation des Ashkénazes travaillistes ses frères. De l’autre côté, les travaillistes ne refusent nullement de déclencher une guerre. Au passage, toute action décidée contre les Palestiniens sera entreprise avec le soutien de la «gauche » ou encore à l’initiative de la « gauche ».

Voilà, mon “apologie” du prudent Netanyahou ne veut pas dire que j’aie le moindre espoir en son commandement. Je n’en ai aucun, pas plus que les organes directeurs de l’Autorité palestinienne. C’est triste de constater que l’affreux Netanyahou sera probablement remplacé par un politicien encore pire, qu’il soit de l’espèce judéo-daesho-religieuse ou de de l’espèce judéo-fasciste laïque. C’est la terrible logique de l’apartheid.

Il y a une solution : c’est d’en finir avec l’apartheid et d’instaurer l’égalité entre juifs et non juifs dans le pays ; mais apparemment ce n’est pas à l’ordre du jour.

Dans le contexte international, la chute de Netanyahou aura un lourd impact. Ce sera la victoire des mondialistes libéraux, parce que Netanyahou est un partenaire pour Trump et pour Poutine. Mais de toute façon, les libéraux ne vont pas savourer les fruits de leur victoire, parce qu’Israël continuera à dériver sur la pente du fondamentalisme religieux.

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

Traduction de l’anglais: Maria Poumier

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