French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Fri, 12 Oct 2018 05:59:38 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.8 Ron Unz, un kamikaze en Californie http://www.israelshamir.com/french/ron-unz-un-kamikaze-en-californie/ http://www.israelshamir.com/french/ron-unz-un-kamikaze-en-californie/#respond Wed, 12 Sep 2018 18:02:07 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3470 Bien sûr, il y a des défis encore plus risqués. Chevaucher un tigre, ôter un ourson à sa mère, marcher sur un câble à haute tension. Mais mettre en doute l’Holocauste est à peine moins périlleux. Les sceptiques se retrouvent invariablement au chômage, parfois en taule, et plus rarement, abattus. C’est le dhogme, la mère de tous les dogmes, et les juifs, la classe sacerdotale du nouveau monde, veillent à son inviolabilité première.

Aujourd’hui, vous pouvez douter de la Crucifixion et de la Résurrection, ou (peut-être) affronter les mythes fondateurs d’Israël. Mais le culte de l’Holocauste a droit à une prohibition unique, renforcée par les tribunaux, pour toute recherche qui pourrait faire planer un doute sur son dogme sacré. Les dogmes ont la vertu d’attirer les esprits critiques. Et les esprits critiques sont ceux qui font un pas en avant, malgré le danger inhérent.

Ron Unz, ce kamikaze californien de l’esprit critique, a marché sur le troisième rail en pleine conscience des conséquences. Il ne s’en est pas tenu aux doutes sur le mantra établi, il a aussi publié et rendu accessible aux lecteurs et autres utilisateurs d’internet quelques-uns des livres les plus importants sur le sujet.

Le dogme du grand H, a découvert Unz, n’est apparu que plusieurs années après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les gens qui avaient eu une connaissance de première main des évènements étaient déjà morts ou à la retraite. Tant que la mémoire était encore fraîche et originelle, l’holocauste juif était inconnu, et le mot même d’holocauste était utilisé en référence à la mort féroce qui s’était abattue sur Dresde et Hiroshima, les derniers crimes anglo-américains.

Ron Unz offre un apport frais au groupe intrépide des négateurs du grand H. Oui, le déni d’holocauste avait pris naissance en France, sous l’influence d’un communiste  français et ancien déporté, le professeur Paul Rassinier.

Certains négateurs étaient des gens de droite, certains chérissaient les nazis, comme Ernst Zundel et son épouse Ingrid Zundel, le grand professeur Robert Faurisson était un sympathisant de Vichy, mais en dehors de ces cas, c’est la gauche qui avait bâti la négation du grand H.

C’est le moment et le lieu de mentionner le professeur Serge Thion, récemment décédé, que j’ai connu personnellement. Grand et de belle allure, c’était un triomphateur avec une solide accréditation en matière de science et de gauchisme. Il avait soutenu les Vietnamiens et les Algériens qui avaient combattu contre le colonialisme français ; il tenait une place éminente dans le monde universitaire, mais il avait sacrifié tout cela pour devenir un réfugié, fuyant la « justice » à l’étranger, pourchassé pour sa ferme position révisionniste en matière d’holocauste. Toujours en partance, entre l’Italie et l’Asie du sud-est, il avait  bâti un site débordant de contenus interdits[1].

Mon amie Maria Poumier, qui écrit en français et en espagnol, était ou est toujours communiste, et elle a vécu dix ans à Cuba. Elle m’avait fait connaître Roger Garaudy, un vieux communiste à l’ancienne, ami des Arabes et des musulmans, et qui avait tenté le rapprochement entre christianisme et communisme ; il avait fini par embrasser l’islam dans sa recherche religieuse inépuisable. Garaudy avait fait le lien entre le culte de l’Holocauste et le sionisme dans son livre Les Mythes fondateurs de la politique israélienne.

 

Le grand artiste noir et homme debout, le plus drôle des comédiens français, Dieudonné M’bala M’bala, un géant, fils de Camerounais et de Bretons, s’était moqué de l’Holocauste. Inclassable en politique, après avoir milité contre Jean-Marie Le Pen, il a soutenu Marine Le Pen pour le Front national, constituant avec Alain Soral son aile d’extrême gauche et droite à la fois.

 

Le Système des Médias Menteurs préfère appeler tous ces gens « nazis », mais en fait ils constituent la véritable gauche qui n’a pas été brisée. Même moi, je me suis fait traiter de nazi et de négationniste, quoique je n’aie jamais nié (ni affirmé) la véracité historique de la chose : il est interdit de nier le grand H sous peine d’emprisonnement, ce n’est donc pas une question de choix pour un citoyen respectueux des lois. Et les faits ne m’ont jamais intéressé, contrairement à leur interprétation.

Je dénie fermement la signification salvifique religieuse impliquée dans le terme d’holocauste ; je nie son unicité métaphysique, je refuse le culte morbide du grand H et je pense que tout homme craignant Dieu, qu’il soit juif, chrétien ou musulman, devrait le rejeter comme Abraham avait rejeté et détruit les idoles. Je refuse l’idée qu’il soit bon de se remémorer ou d’immortaliser ce genre d’évènements traumatiques, et j’ai écrit plusieurs articles contre l’obsession contemporaine pour les massacres, qu’il s’agisse d’holocauste juif dans les années 1940, des massacres d’Arméniens en 1915, de l’holodomor des Ukrainiens, de Katyn pour la Pologne, des Khmers rouges etc. Tout cela n’est pas encore interdit.

Ron Unz a sagement évité le débat sur certains détails horrifiants, car les calculs sur les cadavres, les fours et les balles sont trop répugnants pour un lecteur moderne. Il construit un méta-récit, sur le débat autour du sujet, qui ne rentre pas dans le sujet, et c’est un choix intelligent et bien calculé de sa part. Il n’est pas nécessaire d’écraser le lecteur sous les spécificités macabres des évènements. Les détails et les faits ne sont pas si importants, à vrai dire. Tant de gens ont été assassinés par leurs frères en humanité tout au long de l’histoire, pour tout un tas de raisons, et qui s’en soucie ?

 

La question la plus importante à laquelle nous amène Unz n’est pas de savoir si “six millions de juifs ont été tués par les Allemands simplement parce qu’ils étaient juifs”, mais : pourquoi le culte de l’Holocauste est-il devenu si populaire, avec ses temples, baptisés de façon perverse “musées de l’Holocauste” ou « Espaces de la Tolérance », qui ont éclos partout, du Nebraska aux îles Fidji ? A cette question, il y a plusieurs réponses qui ne s’excluent pas mutuellement.

– La première réponse, évidente, c’est : « c’est bon pour les juifs riches et puissants ». Cela a servi à résoudre le problème éternel pour les gens riches et influents, pour se protéger de l’envie et de la haine des pauvres et des exploités. Cela a permis à Madoff[2] et à d’autres escrocs juifs d’exercer leurs arnaques et ponctions. Cela protège les arrières des « Trois Juifs, le Cohen qui fixe les lois, le publiciste et le spécialiste en obscénités Pecker, et Allen Weisselberg, le magicien des chiffres qui a fait monter Trump ». Les oligarques juifs de Russie et d’Ukraine s’en servent, du grand H, chaque fois qu’ils sont accusés de dévaliser leurs pays.

– La deuxième raison, c’est : “c’est bon pour Israël.” Cela a permis à l’armée israélienne de massacrer des enfants et d’affamer des femmes impunément. Ari Shavit l’a écrit en 1996 sur Haaretz, quand l’armée israélienne a abattu plus d’une centaine de réfugiés civils à Cana, au Liban. « Nous pouvons massacrer impunément, parce que le musée de l’Holocauste est de notre côté ». Il y a maintenant une organisation holocaustique qui a bricolé une définition de l’antisémitisme interdisant toute critique d’Israël, et elle a forcé le parti travailliste anglais à l’accepter, malgré les objections du chef du parti, Jeremy Corbyn.

– La troisième raison, c’est : « parce que c’est rentable ». Les organisations juives qui prétendent représenter les survivants du grand H moissonnent des millions de dollars venus d’Allemagne, de Suisse et d’autres pays, jusqu’à la Pologne et l’Estonie ; ces gens-là se versent à eux-mêmes des salaires à cinq ou six chiffres, et ne donnent que des cacahuètes aux véritables survivants. C’est Norman Finkelstein qui a couvert cet angle dans son livre L’industrie de l’Holocauste mentionné par Ron Unz.

Ces trois réponses couvrent la position juive, mais ne suffisent pas à expliquer l’acceptation quasi universelle du dhogme par les classes dirigeants dans tout l’Occident.

– Et voici la quatrième réponse ; « le culte du grand H est un bon outil pour l’Etat profond contre la majorité ».

Les prêtres du grand H prêchent que la majorité des Allemands avait approuvé Hitler, et approuvé l’Holocauste ; par conséquent, on ne peut pas accepter la démocratie, et il ne faudrait pas faire confiance à la majorité, à moins que celle-ci ne vote selon les commandements de ceux qui savent ce qui est bon. C’est une idée que martèle le New York Times en ce moment avec ses petites sœurs, contre les « déplorables » et contre Trump, qui a été élu par les « déplorables » mais n’a pas encore été confirmé dans son poste par l’Etat profond. En Angleterre, ils se servent de ça pour passer outre le vote populaire en faveur du Brexit ; et avant cela, ils s’en étaient servis pour faire des referenda à répétition jusqu’à obtenir le résultat souhaité, aux Pays-Bas et en Suède.

– La cinquième réponse, c’est : « c’est bon pour les US parce que cela leur fournit une licence pour se faire les shérifs  du monde entier. »

Les prêtres du grand H enseignent que les US ont gagné la guerre et ont rendu l’Allemagne au monde libre malgré les souhaits de la population. Cela veut dire que les US constituent la force qui évalue et qui contrôle tout ce que le peuple ou même les élites décident dans d’autres pays. Elle est là, la logique derrière les interventions américaines, de la Grenade et au Panama jusqu’à l’Afghanistan et à la Syrie. Si demain ils envahissent l’Italie ou la Hongrie, ils vont encore s’appuyer sur Auschwitz et Nuremberg. Cela contribue aussi à maintenir l’occupation américaine de l’Allemagne comme un dispositif permanent.  Plombés par le culte du grand H, les Allemands acceptent de ne pas pouvoir prendre leur destin entre leurs mains, et de devoir rester fermement guidés par les US.

– Voici la sixième réponse : « c’est bon pour justifier les migrations sans limites et les frontières ouvertes ». Chaque fois qu’un gouvernement aux US ou  en Italie renâcle à recevoir le flux sans fin des migrants, l’Holocauste est appelé à la rescousse. Tout paysan mexicain ou tout Africain qui veut améliorer son niveau de vie doit être bien accueilli parce que les juifs ont subi le grand H.

– La septième raison nous amènera en eaux profondes, et vous pouvez zapper si c’est trop profond pour vous. « C’est bon pour supplanter le Christ ». Le dhogme est une parodie de l’enseignement chrétien, où les juifs sont offerts comme dans un sacrifice, Auschwitz remplaçant le Golgotha, et la création de l’Etat d’Israël étant la nouvelle Résurrection. Les juifs sont essentiellement des négateurs du Christ, et pour eux le grand H est une occasion pour rétrograder le christianisme en tant que « dépourvu de sens après Auschwitz »[3]. La réponse alternative, c’est qu’Auschwitz est dépourvu de sens après la Résurrection, mais il n’y a pas beaucoup de théologiens chrétiens (ou pas du tout) qui se risquent à dire cela. Les ennemis du Christ (juifs comme non juifs) tendent à soutenir le culte du grand H à cause de son tréfonds anti-chrétien.

Le culte du grand H n’est pas le dernier mot dans la guerre juive contre la foi chrétienne, il y a le projet noachide. Cela commence là où s’arrête le culte du grand H. «Le noachisme est un phénomène théologique qui a pris très récemment de l’ampleur. C’est une mission sioniste, qui cherche à créer une religion mondiale dont les croyants adorent le peuple juif et l’Etat d’Israël, sans appartenir à l’un ni à l’autre. Les croyants sont tenus d’accepter la suprématie du judaïsme, mais ne sont pas acceptés au sein du peuple juif et il leur est même impossible de se plier à certains commandements juifs, comme l’observance du shabbat. Toute personne qui veut adhérer au noachisme est avant tout censée reconnaître le peuple juif et son Etat ».

Les rabbins Loubavitch espèrent qu’il y aura bientôt 7 millions de fidèles du noachisme ; les adeptes du culte du grand H ont de l’avance pour rejoindre le noachisme parce qu’ils croient déjà que la mort d’un juif est plus importante que celle d’un non juif.

Ce sont là des points importants qui appellent un débat, et nous espérons qu’un jour nous pourrons organiser une table ronde pour discuter de cette question cardinale ; pourquoi le grand H est si populaire, et qu’est-ce que cela signifie pour nous ?

L’ essai de Ron Unz est un nouveau maillon dans sa série intitulée  American Pravda, où Unz démantèle entièrement le schéma narratif sur lequel se base l’Amérique moderne. « Le massacre des vaches sacrées », aurait-il pu appeler son essai. Chaque société a besoin d’une bonne douche de révisionnisme pour libérer son esprit des vieux présupposés.

En Israël, on les appelait les “nouveaux historiens”, ceux qui tranchèrent le cou aux vaches sacrées selon lesquelles “les Arabes avaient volontairement quitté leurs maisons en 1948 », et pour qui “les juifs avaient toujours cherché la paix, tandis que les Arabes refusaient leurs offres”. Benny Morris et Tom Segev, Avi Shlaim et Ilan Pappe ont déconstruit le mythe de 1948, d’un Israël éthiquement pur affrontant pour survivre des Arabes génocidaires. Le changement qu’ils apportaient dans la narration officielle avait permis à Yitzhak Rabin de signer un traité de paix avec Yasser Arafat, même si cet exploit a été réduit à néant par les dirigeants suivants, après l’assassinat de Rabin.

D’ailleurs, notre société est un résultat du massacre des vaches sacrées commis par la génération précédente. Les victimes s’appelaient la famille, le mariage, la vie normale, les garçons et les filles, les hommes et les femmes, le dimanche à l’église, les efforts pour rester en forme, autant de vérités établies qui ont été poignardées dans les cinquante dernières années. Sur leurs ossements, de nouvelles vaches sacrées ont prospéré : minorités de genre, toxicité du patriarcat blanc, humiliation corporelle, et certes, le grand H compte parmi les vaches les plus grasses.

Il est de l’ordre de la justice poétique qu’elles soient toutes bientôt vidées de leur sang. Les prêtres du grand H espéraient que leur récit fondateur, celui de l’Holocauste, durerait éternellement, tout en se fondant doucement dans l’utopie noachide. Mais rien n’est éternel, même pas leur dogme.

Pour défendre leurs vaches, ils nous ont servi leurs “lois contre la haine”. Mais les sept raisons listées plus haut n’impliquent aucune espèce de haine. Vous n’avez pas besoin de haïr quelqu’un pour désapprouver les escrocs, pour soutenir les Palestiniens, pour condamner les officiels qui traitent leurs pays en vaches à lait pour leur profit personnel en invoquant des victimes défuntes, pour aimer la démocratie, pour respecter la majorité, pour retirer des soldats d’Allemagne, pour arrêter les migrations de masse, pour rejeter le paradigme impérial « inviter tout le monde et envahir tout le monde », et pour aimer le Christ.

Nous arrivons à une conclusion inattendue : que le script sur le grand H soit basé sur des faits avérés ou sur des exagérations, il est bon de le rejeter. Même si les « négationnistes » ont tort quant aux faits (servons-nous de cela pour notre argumentation), ils ont malgré tout raison dans leurs conclusions. Et Ron Unz a fait une contribution importante pour le bien de l’humanité, avec sa publication.

Il y a une faute mineure dans son excellent article, parce que cet autodidacte ne connaît pas grand-chose à la Russie. Alors qu’il a courageusement démoli les mythes de l’histoire américaine et européenne, Unz a avalé l’hameçon des mythes relatifs à la Russie, avec la ligne et la canne à pêche. Il a gobé en gros chaque mensonge inventé par les idéologues occidentaux pour reprendre le contrôle de la Russie et du coup de leurs propres travailleurs. Ce sujet fera l’objet de notre prochain article.

 

P.S. Dans mon article précédent, j’ai mentionné le premier procès pour déni d’holocauste en Russie. L’accusé était le professeur Roman Yushkov de Perm. Et voilà les bonnes nouvelles : le jury russe a rejeté les plaintes contre Yushkov et confirmé par-là que la négation du grand H n’est pas un crime en Russie. Pas plus qu’aux US, je m’empresse de le souligner, d’ailleurs. Ni l’URSS ni la Russie n’ont jamais accepté l’idée très particulière de l’unicité des morts de juifs, peut-être parce que les Russes ont perdu énormément de gens dans la même guerre.[4]

Source : http://www.unz.com/ishamir/kamikaze-from-california/

Pour joindre l’auteur: israelshamir@gmail.com

Traduction et notes: Maria Poumier

Notes

[1] Le site aaargh.com (« Association des Anciens Amateurs de Récits de Guerre et d’Holocauste), apparu en 1996 sur le net parmi les tous premiers, multilingue, avait constitué une monumentale bibliothèque révisionniste. Il est désormais inaccessible en France.

[2] Voir « L’affaire Madoff, mode d’emploi pour antisémites perplexes », par Israël Adam Shamir

[3] Theodor W. Adorno écrivait en 1966 : « Aucune parole résonnant de façon pontifiante, pas même une parole théologique, ne conserve non transformée un droit après Auschwitz. » (Dialectique négative, p. 444)

[4] Les apports de Shamir au débat sur l’holocauste :

Les chasseurs de vampires, 14 mars 2001 (Inclus dans le volume d’Israël Shamir L’autre visage d’Israël, Al Qalam, Paris, 2003, p. 187 – 193). Voir aussi, dansNotre-Dame des Douleurs, BookSurge, 2006, « Les dénis d’holocauste », p. 321 – 326. Pour qui sonne le glas ?  (2006); Baîllonnée, la pauvre Clio , 18 avril 2007, repris dans La Bataille du discours, BookSurge 2008, p 274 – 292.

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Trump et Corbyn, l’avertissement russe sur la Syrie http://www.israelshamir.com/french/trump-et-corbyn-lavertissement-russe-sur-la-syrie/ http://www.israelshamir.com/french/trump-et-corbyn-lavertissement-russe-sur-la-syrie/#respond Mon, 27 Aug 2018 17:58:18 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3468 Une nouvelle confrontation militaire pour la Syrie se dessine, telle que concoctée par Israël, bricolée par les Britanniques et exécutée par les US ; mais l’avenir de l’Occident dépend largement de deux franc-tireurs, le président  US Donald Trump, et le dirigeant de l’opposition au Royaume Uni Jeremy Corbyn. Ils sont aussi différents que possible l’un de l’autre. L’un est adepte du capitalisme, l’autre est un socialiste, mais tous deux sont considérés comme complaisants envers la Russie, dans la mesure où ils n’ont pas la bave aux lèvres en entendant le nom de Poutine. Tous les deux sont ennemis de Wall Street et de la City, tous deux se dressent face à l’Etat profond, à l’OTAN ; ce sont des ennemis du mondialisme et du gouvernement unique. L’un est un ami d’Israël, l’autre de la Palestine, mais tous les deux sont accusés d’être des racistes antisémites.

C’est une particularité pittoresque de notre temps, que l’antisémitisme soit considéré comme le gros péché impardonnable, en lieu et place du reniement du Christ. Jadis, une attitude négative face aux juifs négateurs du Christ était de rigueur, et l’Eglise, voire son tribunal l’Inquisition, se chargeait de châtier les dissidents. De nos jours, c’est le pesant réseau juif des médias qui est l’accusateur, le juge et le jury, et l’attitude anti-juive est  une sorte de pire degré du racisme. Nos deux dirigeants ne sont nullement coupables parce qu’accusés, mais le tribunal des MSM (Main Street Media) n’acquitte jamais personne.

 

Le racisme est certes fort laid (quoique la rapacité soit pire) et la haine des juifs parce qu’ils sont juifs n’est pas plus jolie (vous ne vous attendiez pas à ce qu’un fils de parents juifs dise autre chose, je suppose ?). Les juifs sont amusants, intelligents, spirituels, sentimentaux et ils aiment l’aventure, ce qui les rend capables d’aller loin. Ils peuvent être bons, ce pourquoi l’Eglise veut les ramener vers le Christ. S’ils étaient intrinsèquement mauvais, pourquoi se soucierait-elle de leur âme ? Les juifs sont-ils rapaces ? N’importe qui vendrait sa grand-mère pour une poignée de dollars, mais seul un juif la livrerait effectivement, disent les juifs. Les juifs ont tendance à sermonner et à se placer sur un terrain moral élevé, mais c’est là une tradition chez ce peuple de prêtres. Pourtant, l’universalisme et le non-racisme ne sont pas leur point fort, et il est assez ahurissant qu’ils se soient érigés eux-mêmes en juges du racisme.

 

Les Nazis étaient contre les juifs, donc les juifs sont la fine fleur des anti-nazis ; elle est là, la logique derrière l’auto désignation. Il est plus facile de manier des catégories ethniques ou raciales que les idées. N’empêche qu’un chemin plus facile peut mener à des résultats erronés, et c’est ce que nous allons démontrer en nous tournant non pas vers les méchants Netanyahou ou Sharon, mais vers les meilleurs des juifs.

 

Appelleriez-vous “homme de gauche ouvert” celui qui voudrait créer des réserves pour les noirs, un Etat séparé pour les noirs, pour leur donner le droit de vote dans cet Etat séparé ? Un homme dont le mot d’ordre serait : “vous là-bas, et nous ici ». Difficilement. Selon sa couleur vous le décririez comme un raciste blanc, ou un membre de Nation of Islam. Mais pour les juifs, il y a d’autres patrons.

 

Uri Avnery, le militant   israélien pour la paix qui vient de disparaître, a reçu des éloges royaux. Bien des Israéliens avaient pris leurs distances avec lui avant que son corps ne soit brûlé et ses cendres dispersées sur le bord de mer à Tel Aviv. Les médias du monde entier, les hommes d’Etat, les politiques, les militants ont surenchéri dans leurs hommages à sa mémoire. Un brave, un combattant pour la paix, un esprit noble, tout cela a été dit, et c’était vrai. Mais cet homme, le plus progressiste le plus ouvert de tout l’Israël, a été aussi le parrain du Mur de séparation ; c’est lui qui a implanté le mot d’ordre : « vous là-bas, et nous ici ». Il ne voulait pas vivre avec des Arabes dans un seul et même Etat. Il a poussé à la création d’un ghetto pour les non juifs.

 

Il était toujours d’accord pour aller rendre visite à des Arabes, pour jouer aux échecs avec Arafat, comme il le faisait pendant le siège, pour les defendre s’ils étaient maltraités par des moins que rien juifs. Mais vivre avec eux en égaux ? Sous aucun prétexte. L’attitude d’Avnery était celle d’un boer nationaliste de jadis, un créateur de bantoustans. Il se serait senti chez lui avec les fondateurs de la Rhodésie.

Il avait pour cela une raison pratique et pragmatique : Avnery et ses pairs avaient dépouillé les Palestiniens de leurs terres et de leurs moyens d’existence, ils les avaient chassés de leurs maisons, les avaient parqués dans des réserves, et s’étaient partagé le butin. Ils étaient devenus riches. Ils ne voulaient pas permettre aux réfugiés de revenir et de se faire rendre le magot subtilisé, tout mais pas ça.

Avnery  croyait que la paix était possible, parce les Arabes devraient être reconnaissants si on les laissait en paix dans leurs bantoustans. Il était pour la paix avec le Hamas, parce qu’il était sûr qu’eux aussi accepteraient avec gratitude de se contenter de ce qu’ils auraient obtenu.

C’est ça, la gauche israélienne : des gens qui ont confisqué suffisamment de biens arabes, et qui n’en demandent pas plus.

Les adversaires d’Avnery n’étaient pas arabes ; c’étaient les juifs qui étaient arrivés en Palestine après coup. Ils n’avaient pas pris part à la grande razzia de 1948 ; ils voulaient leur part du gâteau.

C’est cela, la droite israélienne : des gens qui veulent en voler plus aux Palestiniens, même si cela signifie que les conflits armés vont continuer.

Le terrain commun à la gauche et à la droite israélienne, c’est leur refus de donner la liberté aux Palestiniens et de restituer les trésors volés. La différence est que la gauche, les juifs riches, voudraient laisser les Palestiniens tranquilles dans leurs bantoustans. La droite, les juifs plus pauvres, veulent continuer à spolier les Palestiniens.

Mr Avnery détestait les juifs plus pauvres qui avaient migré en Palestine après 1948. Il n’admettait pas qu’ils étaient maltraités par son groupe à lui. Pals. Les discours sur les juifs orientaux (ou sépharades) exploités et abusés une fois qu’ils étaient sur place  l’agaçaient prodigieusement.

C’était malgré tout quelqu’un de très sympathique. Je regrette d’avoir à l’admettre, mais les hommes riches qui cherchent la paix (tout en gardant leur butin) sont des gens plus agréables que les pauvres types qui cherchent à dévaliser quelqu’un d’autre.

C’était l’un des meilleurs de son espèce. Mais ce n’était pas quelqu’un d’ouvert, ni un antiraciste, encore moins un gauchiste. Comme l’a précisé Ron Unz dans son article beaucoup lu sur les juifs et les nazis, c’était un vivant exemple de juif formé par l’Allemagne nazie. Il avait grandi là-bas, et après son arrivée en Palestine, il avait rejoint un groupe terroriste fasciste qui courtisait l’Allemagne nazie. Il avait écrit dans des journaux fascistes, il participait activement au nettoyage ethnique, et il le reconnaissait en toute liberté.

Son attitude envers les Arabes était semblable à celle d’Adolf Eichmann envers les juifs dans les années 1930, mutatis mutandis. Comme l’a montré Unz à juste titre, Eichmann était un grand admirateur de juifs et un agent de liaison au plus haut niveau avec les sionistes à l’époque. Il voulait que les juifs prospèrent, mais pas en Allemagne. Avnery  voulait que les Arabes prospèrent mais de l’autre côté de la frontière.

S’il était le meilleur, je vous laisse imaginer où se situe la moyenne parmi la gauche israélienne (la droite israélienne est encore pire). Le dirigeant antérieur du parti travailliste israélien, Mr. Isaac Herzog, est devenu le patron de l’Agence juive et à ce titre il a déclaré que sa tâche principale était de « combattre le fléau des mariages mixtes”, s’agissant des mariages entre juifs et non-juifs. Le dirigeant actuel du parti travailliste israélien, Avi Gabbay, a expliqué à un groupe de militants de son parti que « les Arabes doivent avoir peur de nous ». Il a ajouté : « S’ils tirent un missile, vous en tirez vingt. C’est tout ce qu’ils comprennent, au Moyen Orient ». Il a aussi juré de ne jamais entrer dans une coalition avec le parti non juif (la Liste jointe, un groupe à la Knesset qui représente les citoyens palestiniens).

De tels points de vue sont totalement inacceptables pour un parti ayant pignon sur rue  aux US ou au Royaume Uni. Ils seraient probablement trop radicaux aussi pour le KKK.

Maintenant accrochez-vous, et préparez-vous au choc : le parti israélien travailliste, qui serait considéré comme un parti nazi partout ailleurs, a décidé de rompre les liens avec le parti travailliste britannique de Jeremy Corbyn ; parce que les travaillistes anglais sont des antisémites, disent-ils. Quelle honte que Corbyn n’ai pas été le premier à franchir le pas. Si vous maintenez des liens avec le moindre parti israélien, vous ne devriez avoir aucune réticence à fraterniser avec les nazis de Hollywood, sans parler du Ku Klux Klan. Et Jeremy Corbyn a fort justement comparé les sionistes aux nazis. Et le voici maintenant écorché vif par les juifs britanniques.

Ils ont publié la même une dans leurs trois journaux, pour dire que Corbyn constitue une menace existentielle pour les juifs britanniques, parce qu’il n’est pas d’accord avec leur définition de l’antisémitisme. Il n’est pas anti-juif, mais il ne se prosterne pas devant les juifs, et en plus il n’est pas juif. Un jeune électeur travailliste juif britannique a regretté qu’Ed Miliband, le précédent dirigeant du parti travailliste, ne soit pas au pouvoir car “il n’y aurait pas de Brexit, il n’y aurait pas de Jeremy Corbyn, et nous aurions eu un adorable Premier ministre juif, c’est tout”. Est-ce que ce n’est pas une déclaration raciste ? Mais les juifs sont des antiracistes exquis…

Corbyn a fait tout ce qu’il a pu pour s’entendre avec les juifs. Il a chassé ses plus solides soutiens chaque fois qu’un juif a exigé leur tête. Il va de compromis en compromis, il a dénoncé les juifs qui restaient à ses côtés malgré les pressions communautaires. Le tout en vain, parce que les juifs n’ont cure des définitions, ce qui les ennuie c’est l’hostilité de Corbyn envers les banksters, sa sympathie excessive (à leurs yeux) pour les travailleurs britanniques et son refus d’aller faire des guerres pour les beaux yeux d’Israël. Ils ne peuvent pas le dire ouvertement, et c’est pour cette raison qu’ils continuent à appuyer sur la touche « antisémite » en espérant éjecter Corbyn de son siège, et faire revenir un Blair bis.

Mon ami Jonathan Cook, le grand journaliste anglais basé à Nazareth qui a tout mon respect, a bien résumé la situation:

« Assiégé depuis quatre ans, Corbyn se retrouve abandonné. A peine quelques rares politiciens respectés veulent prendre le risque de se voir renvoyés au désert, comme Ken Livingstone, en tant qu’antisémites. Corbyn lui-même a laissé trop d’espace à la question de l’antisémitisme. Il a tenté de les apaiser au lieu de défier les diffamateurs».

Cook souligne qu’en cédant du terrain, Corbyn a trahi les Palestiniens et les juifs anti-sionistes qui ont été chassés du parti travailliste en masse. Même Tony Greenstein, un juif nationaliste quoiqu’antisioniste, a été chassé; et c’est le même Tony Geerstein qui nous avait attaqués Gilad Atzmon et moi pour notre antisémitisme (je lui avais répondu ici, et on peut relire aussi ceci) ! Lui aussi, on l’a renvoyé dans ses pénates. Et même feu Hajo Meyer, survivant de l’Holocauste et défenseur des droits des Palestiniens, ami personnel de Corbyn, a été dénoncé. Les Palestiniens ont été  trahis, alors que nous devrions nous soucier bien plus de leur sort que des états d’âme juifs.

Mais pourquoi devrions-nous nous intéresser au sort de Corbyn et des Palestiniens si nous ne sommes pas des électeurs britanniques ? Je vais vous le dire.

Dans l’establishment britannique, les forces pro-juives ont décidé de se ranger aux côtés du Parti de la guerre de Washington pour nous mener au bord de la guerre. La récente visite du Secrétaire aux Affaires étrangères Jeremy Hunt (l’homme qui est sur la liste des agents israéliens, à l’intérieur de l’establishment britannique) à Washington où Hunt a fait un discours appelant à déclarer tout de go la guerre à la Russie a été interprétée comme une « intervention aux côtés de la faction anti-russe dans l’administration US divisée et partagée », a déclaré le Guardian. Le discours est juste un apéritif, les missiles vont bientôt suivre.

Aujourd’hui, j’ai été informé par mes contacts que les Russes ont fait parvenir une recommandation au Département d’Etat,suggérant aux Américains de renoncer à leurs projets d’attaquer la Syrie. Les services de renseignement russes ont appris que huit chars contenant de la chlorine ont été acheminés vers le village de Halluz, dans la province d’Ilib, où un groupe des militants spécialement entraînés a déjà été déployé afin de simuler le sauvetage des victimes d’une attaque chimique [par les Syriens]. Ces miliciens ont été entraînés par la compagnie militaire privée Olive (qui avait fusionné avec le Groupe Constellis américain).

Cette opération, disent les Russes, a été planifiée par les services de renseignement britanniques pour justifier une frappe aérienne imminente visant l’infrastructure syrienne civile et militaire. Pour cette frappe, le destroyer USS The Sullivans armé de missiles de précision avec à son bord 56 missiles de croisière, est arrivé  jusqu’au Golfe persique, et le bombardier de l’US Air Force B-1 B avec 24 missiles de croisière Air-sol a été acheminé vers la base aérienne de al-Udeid au Qatar.

L’idée est israélienne, les plans opérationnels sont britanniques, les armes et les navires sont américains, et la possibilité d’une confrontation ne fait que croître de jour en jour. Le succès de Corbyn mettrait un terme à ces projets de guerre. Mais aura-t-il sa chance ?

Ron Unz a écrit que l’establishment britannique en accord avec la communauté juive organisée avaient été capables de jeter l’Amérique réticente dans la guerre deux fois, et que peut-être ils parviendraient à renouveler l’exploit une troisième fois. Il semblerait que la question de Palestine, l’une des raisons de l’entrée en guerre de l’Amérique, soit capable de déclencher encore une guerre.

Lequel est le maître et lequel l’esclave, des deux, la communauté juive organisée ou l’establishment anglais ? C’est toujours le vieux débat sur l’antériorité de l’œuf ou de la poule, et voici quelques réponses qui entrent en conflit :

* Mohameden Ould-Mey, le professeur de géographie de l’université d’Indiana a fourni des arguments solides pour nous faire considérer les Anglais comme les maîtres, et j’ai présenté son point de vue ici.

* Le point de vue opposé est celui du correspondant du Times Douglas Reed, et il  l’a présenté dans sa Controverse de Sion, un livre cryptique. Les défenseurs de l’une et l’autre thèse ont été plus que marginalisés et bannis. Vous n’avez tout simplement pas le droit de méditer là-dessus.

Je ne prétends pas trancher et dire lequel a raison; cependant, la zone d’ombre où se croisent les deux lignes de forces est un point chaud. Les amis conservateurs d’Israël et les amis travaillistes d’Israël sont les groupes qui se retrouvent à l’intersection. Leur commun désir de guerre contre la Russie nous envoie un puissant signal : il y a danger.

De l’autre côté, celui des opposants, il y a deux groupes qui se recoupent ; celui des amis de la Palestine, et celui des opposants aux juifs. Les antisémites raciaux et tribaux sont de peu de poids, parce qu’ils ne sont pas particulièrement brillants et on les manipule facilement vers des voies sans issue. Ils n’aiment pas les nez juifs, mais qu’est-ce qu’on en a à faire ?

Mais les gens qui rejettent le mondialisme, le gouvernement par les banques, le néolibéralisme, l’appauvrissement des travailleurs de souche, le déracinement, le déni du Christ, les migrations de masse et le remplacement des populations, sur le mode « invitation-invasion », ceux-là sont le noyau de la résistance. On les qualifie d’antisémites même s’ils ne mentionnent jamais les juifs, et même s’ils sont juifs.

Il y a des gens qui rejettent fermement ce paradigme et qui préfèrent évacuer la moindre réflexion sur la Palestine. Bannon et ses compères, les nationalistes britanniques, ne ratent pas une occasion de professer leur admiration pour Israël. Cela prouve qu’ils sont immoraux et malhonnêtes. Tant que vous voudrez choisir entre le gouvernement par les banksters et le joug sioniste, vous aurez les deux.

La Palestine est le cœur de la question. La Palestine, c’est la raison pour laquelle les juifs veulent une attaque contre la Syrie. La Palestine c’est l’outil qui nous permet de démasquer la nature raciste de notre adversaire et de le battre. C’est le chemin de la compassion et le chemin vers le Christ. Si la seule façon d’échapper à l’étiquette antisémite mène à trahir le Christ et la Palestine, je préfère la porter fièrement.

Trump et Corbyn sont en train de le découvrir à partir d’angles différents. Ils combattent un adversaire solide et bien retranché. Ils sont fatigués tous les deux, ils débordent  d’imperfections tous les deux, mais ils incarnent la chance de sauver notre monde magnifique de la destruction. Ce serait bête s’ils tombaient, ou si on les faisait tomber, par peur de l’antisémitisme.

P.S. Le tout premier procès d’un négateur de l’Holocauste en Russie se tient en ce moment à Perm, la ville du Docteur Jivago. Le professeur de l’université de Perm Roman Yushkov a été chassé de son poste ; ses comptes sur les réseaux sociaux ont été fermés, ses interventions sur Youtube ont disparu ; il n’y pratiquement aucune publicité sur son cas. Il a re-posté un article où s’exprime le doute sur la quantité de morts juifs, et un résident local membre des loubavitch l’a dénoncé aux autorités. Il n’y a pas de lois interdisant de nier le grand H en Russie, mais il y a une loi qui interdit la querelle  interethnique. On attend le verdict pour le 4 septembre. On peut écrire au professeur Yyshkov à cette adresse : <roman@prpc.ru>

 Traduction : Maria Poumier

Pour joindre Israel Shamir: adam@israelshamir.net

Version originale publiée par The Unz Review.

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Le pouvoir juif aux USA :Le trône et l’autel http://www.israelshamir.com/french/le-pouvoir-juif-aux-usa-le-trone-et-lautel/ http://www.israelshamir.com/french/le-pouvoir-juif-aux-usa-le-trone-et-lautel/#respond Tue, 14 Aug 2018 18:09:30 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3473 Ron Unz a remis ça. Il a publié quelques articles sur la question juive et provoqué une avalanche de commentaires et de réponses. La touche personnelle, c’est son point fort. Il ne s’agit pas d’un cours sur la foi juive ou sur les accointances juives avec les nazis, mais de son odyssée personnelle depuis les truismes communément admis jusqu’à une compréhension plus fine de la chose. Au fil de son périple, il s’est dégagé de son formatage, et nous nous retrouvons à partager sa découverte de vérités inconnues ou bien oubliées.

 

Il a un langage modéré, ne s’emporte jamais, et ce ton paisible nous aide à saisir plus facilement l’enjeu. Il n’en est pas devenu philosémite, certes, il n’est pas du genre à croire que tout ce que font les juifs, ils le font pour la gloire de Dieu. Il va vraiment loin, mais ne va pas jusqu’aux extrémités dans ses jugements, et c’est une bonne chose.

Dans le climat ambiant d’adoration des juifs, il est bon que certaines personnes braves et nobles s’engagent dans la démarche de parler vrai au pouvoir et aux masses. Sans aller chercher trop loin dans l’histoire, au début de ce siècle il y en avait d’autres, des gars têtus et téméraires. J’avais  écrit en 2003 sur  « le règne des victimes : une critique de la prééminence juive en Amérique, ou Les quatre Aveugles », dans le cadre d’un énorme projet sur internet qui malheureusement a disparu de son emplacement habituel, et qui n’a pas été mis à jour depuis au moins dix ans, mais que l’on peut encore retrouver  ici [en anglais, ou là, en français] quoique nulle bannière ne vous garantisse la moindre sécurité, si vous allez y fouiner.

Ron Unz mentionne ses prédécesseurs les professeurs Albert Lindemann de l’Université de Californie, Kevin McDonald de l’Université de l’Etat de Californie, Israël Shahak de l’Université hébraïque de Jérusalem, Elliot Horowitz, Israël Joseph Yuval de l’Université hébraïque, et d’autres chercheurs encore. Ces hommes de science doutaient de l’éternelle bienveillance des juifs envers les gentils [dits « goyim »].

Unz s’attaque courageusement aussi à la polémique allemande anti-juive de Mein Kampf, et l’a rendue accessible sur son site. Cependant, si les réflexions d’Hitler sur le sujet vous intéressent, vous pouvez choisir un ouvrage bien plus court (22 pages) et plus lucide, le débat entre Adolf Hitler et son professeur, l’idéologue du premier NSDAP Dietrich Eckart, Der Bolschewismus von Moses bis Lenin: Zwiegespräch zwischen Hitler und mir « Le Bolchevisme de Moïse à Lénine : Dialogue entre Hitler et moi » [ouvrage posthume, publié en 1925, et disponible en anglais ici].

Unz n’est pas encore arrivé jusqu’à la critique de gauche de la judéité, et il y a de véritables perles qui attendent d’être remises au goût du jour grâce à lui, telle La Question juive, de Karl Marx, un bref et puissant traité, ou bien La Conception matérialiste de la question juive d’Abraham Léon. Il y a un point de vue chrétien de gauche, c’est celui de la merveilleuse Simone Weil, qui est célèbre pour avoir refusé d’entrer dans l’Eglise catholique parce qu’elle la considérait « trop judaïsée », et dont le volume L’Enracinement, prélude à une Déclaration des devoirs envers l’être humain [de 1943, quelques mois avant sa mort] combine communisme et rejet des migrations de masse.

Il y a les points de vue chrétiens de droite de Chesterton et de Hilaire Belloc. E. Michael Jones, qui tient le site Culture Wars, poursuit la tradition catholique anti-juive (son livre le plus récent, Les catholiques et le tabou juif  est présenté en ces termes : « Depuis plus de 50 ans, l’église catholique a perdu chaque bataille dans la guerre des cultures. Sun Tzu disait que si vous ne savez pas qui vous êtes et qui est votre ennemi, vous allez perdre chaque bataille. Le record de l’Eglise nous prouve parfaitement que Sun Tzu avait  raison. Il est temps de chercher une meilleure approche. Il est temps de briser le tabou juif ».

Certes, il n’y a pas de meilleur outil contre la suprématie juive que le glorieux nom du Christ, mais il s’en faut de beaucoup avant que les Américains le reconnaissent.

L’un des meilleurs penseurs critiques sur le sujet fut arnold Toynbee, le plus grand historien du XX° siècle, Toute discussion sur les rapports entre juifs et nazis est incomplète, sans la référence à sa séminale Etude de l’Histoire, voir en particulier le volume 8, disponible en anglais ici  [et en français dans sa version abrégée].

Toynbee expliquait pourquoi les juifs veulent des migrations de masse depuis le Tiers Monde vers l’Europe : dans un pays européen peuplé de communautés somalienne, afghane, syrienne etc, les juifs vont devenir la normalité incarnée. Toynbee considérait que la Naqba, l’expulsion des Palestiniens en 1948, était un crime atroce, à la hauteur de la persécution des juifs par les nazis. Pour cette position morale qui était la sienne, le nom de Toynbee a été effacé des listes de lectures recommandables, il n’est plus jamais cité, et a pratiquement disparu, cédant la place à ses contemporains juifs de troisième rang.

Bref, il y a eu des juifs et des gentils, de gauche et de droite, qui ont fait des avancées pour déconstruire le discours juif et pour saper l’influence juive. Aujourd’hui, il y a de moins en moins de voix dans cette bataille ; et voilà pourquoi Ron Unz est béni par Dieu, quand il reprend le flambeau. Espérons qu’il persistera, là où d’autres ont laissé tomber, par épuisement. Juifs comme gentils en ont besoin, et tout particulièrement aux US.

 

Les juifs et les bolcheviks 

 

Cela ne veut pas dire que Ron Unz ait toujours raison. On nous dit que la révolution russe a été perpétrée par la finance juive, et/ou par la finance allemande, mais ces allégations sont restées du domaine de la propagande grise. Jacob Schiff était en correspondance avec Milyoukov, ministre éminent du gouvernement Kerensky, et ennemi des bolcheviks en 1917. L’idée que Lénine ait pu accepter de l’argent des militaires allemands a été démentie depuis longtemps. Le livre d’Antony Sutton Wall Street et la révolution bolchéviqueprésente la synthèse de ces allégations, et les Russes y ont répondu de façon convaincante.

Et surtout, il n’y a pas de mal à prendre de l’argent chez les juifs riches. Je l’ai fait moi-même. Tout le monde en fait autant. Les juifs riches donnent de l’argent à tout parti qui ait quelque chance de triompher ; comme en ce moment aux US, ils soutiennent républicains et démocrates, ceux qui sont pour Trump et ceux qui sont contre lui.

L’attitude de Lénine était simple et sans détour : prenez l’argent de tous ceux qui en donnent, mais ne faites que ce que vous devez faire. Lénine n’aurait pas hésité à prendre de l’argent chez Schiff, ou chez Rothschild, ou chez les Sages de Sion. Il croyait que les capitalistes vendraient aux bolcheviks la corde avec laquelle ils les pendraient. Mais les gens qui essayaient de récolter un avantage à partir de ce qui, d’après eux, relevait d’une dette d’influence, ont rapidement été flingués après la victoire bolchévique. Il y avait des juifs impliqués de tous les côtés, lors de la Révolution russe : pour et contre Lénine, mais apparemment la majorité des juifs russes soutenaient les menchéviks, les sociaux-démocrates modérés, ceux qui perdirent en 1918 face aux bolcheviks de Lénine.

Les bolcheviks réussirent à déjudaïser jusqu’aux juifs russes ; ils furent rapidement assimilés, leur langue yiddish s’était évanouie, leurs synagogues étaient décimées ; ils se mélangèrent par le mariage, prirent des noms russes, et une bonne partie d’entre eux rejoignit l’Eglise russe.

Ne surestimez pas l’importance de l’argent. La Clinton avait bien plus d’argent que Trump, et pourtant elle a perdu. Les bolcheviks avaient moins d’argent que leurs ennemis, et ils gagnèrent. Leur victoire, ils la devaient au génie de Lénine, à un programme clair et cohérent, à leur volonté d’acier, à leur rapidité pour agir, et enfin, ce qui n’est pas le moindre atout : au soutien populaire de la part des « déplorables » russes.

Les juifs ont déménagé de leurs hameaux vers Moscou et Pétersbourg après la Révolution, et ils étaient très visibles, comme les latinos à New York dans les années 1970, ou comme les noirs après la guerre de Sécession. Cependant, ils ne pouvaient pas s’emparer de l’Etat russe, et ne l’ont pas fait. Les anticommunistes (les « blancs ») – qui avaient perdu dans la bataille qui s’en est suivie – ont accusé l’intervention juive d’être responsables de leur défaite, comme les démocrates accusent la Russie de Poutine pour leur déroute. En fait, ils ne devaient s’en prendre qu’à eux-mêmes.

 

L’Eglise juive

 

Les juifs, ce n’est pas seulement une question d’argent. Pendant de nombreuses générations, les enfants juifs les plus éveillés ont été entraînés pour devenir avocats, théologiens, prêtres, tandis que les moyennement doués étaient destinés au monde des affaires ; les brahmanes offrent le système le plus comparable, en Inde. Et pendant bien des générations, ces talents financiers étaient de peu de poids en regard des débats d’idées à la synagogue. C’est seulement au XIX° siècle, quand les juifs ont rejoint en masse la société des gentils, qu’ils ont pu mettre en pratique tous ces savoir-faire bien rodés à grande échelle. Ils commencèrent alors à édifier une société théocratique, la seule qu’ils avaient appris à construire. Dans cette théocratie, ils étaient censés être les législateurs, les juges, les prêcheurs ; et c’est ainsi que les juifs ont conquis des positions dans les professions juridiques et dans les médias, en jugeant et en prêchant.

Le succès juif signifie qu’ils ont réussi à bâtir cette société américaine, où ils constituent l’Eglise et la Loi. Chemin faisant, il fallait qu’ils brisent la « vieille » Eglise chrétienne, et il fallait qu’ils établissent le règne suprême de la Loi, ce qui équivalait à saper la structure politique des pouvoirs exécutif et législatif.

Peut-être que la première bataille des juifs pour la supériorité fut leur guerre contre les firmes du tabac. Ils ne pouvaient pas faire passer des lois contre elles, mais ils pouvaient les ruiner en acceptant de leur faire des procès futiles. Lorsque les tribunaux US ont commencé à rendre des arrêts contre les firmes du tabac à hauteur de plusieurs milliards de dollars, les firmes ont rendu les armes. Comme pour la loi sur l’avortement, la loi sur le tabac avait été décrétée par les juges, nullement par le Congrès ou par l’administration présidentielle. Cela n’aurait pas pu se faire sans le soutien actif des médias : ces messieurs de la presse ont persuadé le public que le tabac était mauvais, et que les tribunaux agissaient dans l’intérêt public. Depuis lors, l’Eglise juive, autrement dit les médias, et les tribunaux juifs (les Juifs ont quasiment la majorité à la Cour suprême et  dans les médias) gouvernent ensemble aux US, exactement comme les juifs le faisaient à l’époque biblique.

Cet arrangement est profondément anti-démocratique, et ne pouvait que causer un grand mécontentement. Cela explique la nature de la querelle en cours qui oppose le président Trump aux médias US et à l’establishment judiciaire. Si nous passons un moment sur les aspects juifs dans les médias et la justice, c’est une lutte entre le pouvoir et la voix du public critique. C’est ainsi du moins que ces messieurs des médias voudraient que nous voyions la chose, parce qu’une personne à l’esprit libre se rangera du côté de ceux qui critiquent le pouvoir.

Mais si nous tenons compte du facteur juif, nous aboutissons à un tableau complètement différent. Trump est un héritier spirituel d’Henri VIII et d’autres grands rois qui avaient combattu l’Eglise. Les médias juifs et juivifiés d’Occident constituent une Eglise moderne qui a pris la place de l’Eglise chrétienne à l’Ouest. Et dans la rivalité entre le trône et l’autel, une personne libre choisira plutôt le trône.

En matière de liberté, les juifs ont fait un virage à 180°. Traditionnellement, les juifs s’alliaient aux rois, contre l’Eglise et contre les Communes. Ils étaient les ennemis de l’Eglise, et, dans la mesure où ils exploitaient le peuple, ils avaient besoin de la protection royale. Et en tant qu’ennemis de l’Eglise, ils étaient considérés comme les alliés des gens à l’esprit libre, qui se battaient pour se libérer eux-mêmes et libérer la société des entraves ecclésiastiques. Les films et les livres (en particulier ceux d’Umberto Eco) présentent les juifs comme les meilleurs amis des premiers libres-penseurs européens qui s’opposaient à l’Inquisition.

Mais les juifs n’aimaient pas la liberté pour elle-même. Ils voulaient devenir eux-mêmes l’Eglise dominante, et régner sur l’esprit du monde. Ils y ont réussi aux US, le seul pays à ne pas avoir d’église en propre. Les US ont des tas d’Eglises, mais pas une seule qui unisse les citoyens en communion d’âme. Dans la compétition contre ces insignifiants obstacles, l’Eglise juive a bel et bien gagné sa position dominante dans la société.

Après avoir complété leur victoire historique, les juifs ont ramené le monde aux temps préchrétiens, à l’ordre voulu par leur Eglise et par leurs juges. Le roi a vu son pouvoir sévèrement rogné, et la démocratie a pratiquement perdu son sens. Autrefois, les juifs étaient pour la liberté ; maintenant, ils sont contre, et pour l’obéissance à leur férule.

La Cour suprême est devenue l’autorité suprême réelle aux US, et c’est exactement ce que préfèrent les juifs : car elle comporte trois ou quatre juifs [sur neuf dont six constituent un quorum]. Le président Trump veut maintenant amener une catholique à la place du catholique qui prend sa retraite, le « juge pivot » Kennedy, et les juifs sont outrés. La vieille sorcière de Californie, la sénatrice Dianne Feinstein a attaqué la juge catholique Amy Coney Barrett pour ses convictions religieuses. Ils voulaient encore un juge juif, et Obama en avait nommé un ; malheureusement, les républicains ont bloqué sa nomination, sans quoi il y aurait eu une majorité juive, et ils auraient pu déclarer les US Etat juif, en argumentant que c’est ce que signifie la Constitution. Après avoir déclaré que la Constitution considère l’union de deux hommes comme un mariage, ou que toute femme a le droit d’assassiner son enfant à naître, ou que le président n’est pas autorisé à mettre un terme à l’immigration illégale, ils peuvent décider ce qui leur chante.

Trump n’ose pas dire qu’il veut trouver un non-juif pour la Cour suprême, si bien qu’il parle en termes de juges libéraux contre conservateurs. Certes, c’est important, mais il est encore plus important d’empêcher la Cour suprême de nuire, de la forcer à renoncer à l’autorité qu’elle a usurpée.

La Réserve Fédérale est trop indépendante, et elle est aussi aux mains des juifs. Est-ce que Trump ne devrait pas la déloger ? Et les énormes Agences de sécurité : combien d’entre elles sont dirigées par des juifs ?

Les lois contre les « discours de haine » sont un équivalent moderne des lois médiévales contre le blasphème. Les juifs veulent décider qui peut gouverner et qui ne peut pas. Au Royaume Uni, trois journaux juifs ont attaqué Jeremy Corbyn, mais d’autres journaux qui ont pignon sur rue, ostensiblement non-juifs, restent alignés, ressassant la même rengaine. Aux US, les juifs ont décidé que Trump n’avait pas le droit d’être président, en tout cas sauf s’il faisait tout ce que lui demande le premier ministre israélien.

Il y a donc un grand besoin de ramener la démocratie aux US en restaurant les pouvoirs constitutionnels du président, et en réduisant les pouvoirs juifs inconstitutionnels. Et les magnifiques articles de Ron Unz pourraient être un excellent point de départ de cette route vers la véritable indépendance de l’Amérique.

P.S. Ça fait mal au cœur de défendre un tueur en série, et en plus pour rien, mais la récente affaire Monsanto, où l’escroc géant a reçu l’ordre de payer 290 millions de dollars à un jardinier malade, m’oblige à le faire. Les huiles de la justice veulent nous donner des gages de leur humanité et de leur capacité à tenir compte de nos sentiments. C’est la façon dont les bons tyrans tentent de donner le change au bon peuple.

Monsanto mérite d’être anéanti, mais c’est valable aussi pour les gens de loi qui prétendent faire la loi. Ces gens-là, y compris les dames, devraient être ramenés à leurs justes proportions, tandis que les décisions politiques (et lutter contre Monsanto fait partie des décisions politiques) devraient être prises par le peuple et par leurs élus.

Une révolution américaine devrait libérer les gens de la dictature des gens de loi ; laissons les tribunaux trancher, dans les affaires normales, et dans les cas de dommages normaux, comme cela se fait en Europe, où les tribunaux ne décident jamais de peines aussi extravagantes, et vous serez libres. Il est absurde de décider d’attribuer des millions à un vieux jardinier, aussi sympathique nous soit-il. De toute façon, le butin, ce sont les avocats qui se le partageront, et on ne lui laissera que les miettes.

 

Traduction [et ajouts entre crochets]: Maria Poumier

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Publication originale : The Unz Review/www.unz.com/ishamir/the-throne-and-the-altar/

 

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Les secrets d’Helsinki http://www.israelshamir.com/french/les-secrets-dhelsinki/ http://www.israelshamir.com/french/les-secrets-dhelsinki/#respond Wed, 25 Jul 2018 18:11:23 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3475 Tel un fauve ouragan, le président Trump a rendu une visite orageuse au vieux monde. Habituellement, les visites de présidents américains en Europe donnent lieu à des séances de photos et de vœux d’amour éternel et d’amitié. Mais pas cette fois. Depuis l’invasion mongole, peu de visiteurs venus d’ailleurs ont ébranlé l’Europe comme lui. Le président US a fini par s’extraire de la cage construite par ses adversaires politiques, et il a commencé à dire le genre de choses que ses électeurs souhaitaient lui entendre dire.

Il n’en reste pas moins que les merveilleuses paroles assénées par Trump ont été rapidement invalidées et désavouées par ses ministres et conseillers, ce qui a créé l’impression que Trump ne parle que pour lui, tandis que l’administration US, ses propres affidés, disent le contraire. Après quoi il a lui aussi renié ses propres dires, disant qu’on l’avait mal compris.

Le président américain ressemble de plus en plus au héros du roman de Mark Twain Le Prince et le Pauvre, le gamin pauvre qui se retrouve roi par accident et qui commence par se conduire d’une façon fort peu royale, en faisant preuve de miséricorde et en se souciant du peuple. Sa propre équipe désobéit à ses commandements. Trump dit ce que les gens ont envie d’entendre, mais son administration garde obstinément le cap originel.

Pendant la première partie de son voyage il s’est conduit comme un rebelle dans le monde de P. G. Wodehouse avec ses hommes falots et ses femmes redoutables. Certes, l’Occident est gouverné par de redoutables tantes et sœurs aînées. Tata Angela en Allemagne, tata Theresa en Angleterre, tata Brigitte en France. Il ne manquait que tata Hillary pour compléter le puzzle et faire régner l’ordre impitoyable des tatas sur leurs neveux.

De fait, la défaite d’’Hillary n’a en rien affaibli le programme d’émasculation des tatas : la campagne « balance ton porc » a le vent en poupe. Les hommes ont très peur de courtiser les filles. Henri Cavil, l’acteur qui jouait Superman, l’a reconnu dans un entretien, en disant que pour lui, se mettre à draguer serait comme «me jeter de moi-même dans les flammes de l’enfer » en tant que personnalité en vue. « Je pense que les femmes sont faites pour être désirées et convoitées », a-t-il dit, mais cela peut vous mener en prison ». Il a été aussitôt attaqué pour son hérésie ; « si Henri Cavill ne veut pas être qualifié de violeur, alors il n’a qu’à… ne violer personne », ont elles glapi, implacables. Et il s’est répandu en excuses.

Revenons à nos moutons : le voyage de Trump a été assorti de protestations massives. Normalement, je suis pour les manifs des bons anti-américains, mais dans ce cas, les protestataires étaient des féministes extrêmes et des partisans d’une immigration sans limites. Le genre de personnes qu’adorent les tatas, et que détestent les tontons.Elles s’en fichent, d’un conflit avec la Russie, et considèrent même Trump comme un « agent russe ». Ce qu’elles détestent, c’est qu’il n’obéisse pas aux tatas.

Dans la seconde partie de son tour d’Europe, Trump a rencontré le redoutable Mr. Poutine, un homme, lui, un vrai. Maintenant que nous avons appris par nos sources les plus fiables ce qui s’est passé dans les salons du palais d’Helsinki (à l’exception de l’échange privé, en face à face avec Poutine), nous pouvons évoquer par le menu ce « Voyage du pèlerin Trump » et partager nos informations et nos conclusions avec vous.

En deux mots, le président Trump a parlé juste et il appelé de ses vœux les solutions justes, mais il a été incapable de se cramponner à aucun de ces points. S’il s’agissait d’un homme libre, libre de ses faits et gestes, ce voyage bouleverserait l’ordre du monde. Mais, du train où va le monde, tout cela restera juste comme un indice de ses intentions honorables, car tout ce qu’il a dit a été renié et inversé par ses assistants.

A Bruxelles, Trump s’en est pris à Frau Merkel. Comment ose-t-elle acheter du gaz russe, alors que l’Allemagne est censée faire face à une menace russe ? Pourquoi accepter des immigrants et des réfugiés qui sabotent le mode de vie européen ? Ce disant, il se situait aux cotés des « populistes », italiens, hongrois et autrichiens, dont les hommes politiques au pouvoir sont des mâles amicaux envers Trump et envers Poutine.

A la rencontre de Bruxelles on a frôlé le démantèlement de l’OTAN. Trump a laissé entendre que les US quitteront l’OTAN si les Européens ne mettent pas la main à la poche. Il va falloir qu’ils paient plus, beaucoup plus, s’ils veulent jouir de la protection US.

Pouvait-il le penser sérieusement ? L’OTAN est un instrument américain pour contrôler l’Europe, et Washington entretient des douzaines de bases militaires en Europe, en particulier en Allemagne. L’Allemagne reste sous occupation américaine depuis 1945. Cela pourrait sembler bon pour l’Amérique, mais les Etats d’Europe de l’Ouest sont enchaînés au camp Clinton, aux démocrates et aux libéraux, des gens qui n’acceptent pas Trump pour légitime souverain. Et l’Europe ne paye pas pour cette occupation, si bien qu’elle est fort coûteuse. Certes, c’est un grand honneur d’occuper et de tenir en laisse  les grandes puissances d’antan, l’Angleterre, la France, les Pays-Bas, l’Espagne. Mais cela coûte énormément d’argent à l’Amérique. De façon comparable, la Russie avait découvert en 1990 qu’il est excessivement onéreux de serrer la vis à l’Allemagne de l’Est revêche, à la Pologne indépendante, à la Géorgie ensoleillée, à l’Arménie retorse, à l’Ouzbékistan populeux, et aux pluvieux Etats baltes.

Il n’est pas sûr que les pays d’Europe acceptent de payer et de se soumettre aux exigences de Trump. En Allemagne, il y a des voix croissantes pour demander que les Yankees décampent, ce qui veut dire que les soldats américains plieraient bagage. Ce serait une excellente chose si l’OTAN se désintégrait et disparaissait, comme l’Organisation du traité de Varsovie avait disparu jadis. Trump a répété qu’il veut ramener les soldats US dans leurs pénates. Peut-être serons-nous témoins d’une Pax Americana sans troupes américaines en Europe, comme l’Angleterre qui se proclamait membre de l’Empire romain, de façon fictive, alors que les légions romaines étaient reparties, et que Rome avait perdu tout intérêt pour la brumeuse Albion.

En Angleterre, Trump a fait face à Mrs May. Elle lui rappelait sa maîtresse à l’école, et Donald n’aime pas les maîtresses d’école. Le Brexit atténué, qu’elle tente de mettre au point, est très décevant, ce n’est pas un vrai Brexit, a-t-il dit. Sous le traité qu’elle propose, toutes les prérogatives resteraient à Bruxelles. De sorte qu’il ne pourrait pas y avoir d’accord  commercial entre la Grande Bretagne et les Etats Unis. L’Amérique devra négocier directement avec Bruxelles. En gros, il vaudrait mieux que May transfère le 10 Downing Street à son secrétaire aux Affaires étrangères, qui soutient un Brexit dur, le Bojo à la tignasse enflammée  (comme les Anglais appellent leur Boris Johnson, qui venait juste de démissionner, rejetant le plan proposé pour un Brexit mou).

L’UE relève aussi d’un dessein américain. Pourquoi donc, alors, le président veut-il la saboter en en retirant le Royaume Uni, qui est son propre cheval de Troie? Apparemment, cela signifie que les forces mondialistes sont entrées dans une étape de confrontation directe avec l’Amérique.

Cette première partie de la tournée de Trump, le Kremlin l’avait suivie avec satisfaction. Le Kremlin aussi croit que l’OTAN est devenue obsolète, et que le Brexit relève d’une décision judicieuse. La Russie désapprouve instinctivement les migrations de masse, tout comme Trump.

La rencontre entre Trump et le président Poutine avait été reportée pendant une année, mais les deux hommes souhaitaient aussi vivement la rencontre. Trump voulait rencontrer un autre homme de sa trempe, un chef  puissant qui puisse l’aider à construire un nouveau monde, en lieu et place de celui qui avait été mis en place sous Obama, par les médias et les juges de la Cour suprême. Le président Poutine voulait résoudre des questions au niveau bilatéral, et alléger la pression américaine sur la Russie.

Le problème principal de Trump, ce sont Mme Clinton et Barack Obama, et l’armée tout entière de leurs acolytes fidèles, qui ne reconnaissent pas la légitimité de Trump. Poutine ne pouvait pas faire grand-chose pour lui, malgré toute sa sympathie.

Le problème de Poutine, c’est la guerre hybride que livrent les Etats-Unis contre la Russie. A la différence des accusations que vous pouvez trouver dans vos médias (les supposées publicités russes en direction des électeurs, à l’œuvre  sur facebook et twitter), les pressions américaines sur la Russie sont tout à fait réelles et fort regrettables. Les officiels américains tentent de couler chaque accord international que la Russie peut être sur le point de signer. Et cela pas seulement, ni même principalement en matière d’armement. Si un pays A souhaite vendre aux Russes disons des bananes, l’ambassadeur US ira voir le roi du pays A, ou son ministre, et lui interdira formellement de vendre des bananes aux Russes impies. Autrement, ne comptez plus sur une aide US, ni sur la moindre bénédiction US dans vos disputes avec vos voisins, ce qui veut dire que les US n’achèteront  plus votre production, les banques US vont envisager vos transactions financières d’un tout autre œil, et faire grise mine. Nous avons été témoins de la scène, lorsque la cinglée de Nikki Haley, ambassadrice US à l’ONU, a menacé des nations souveraines de punitions sévères si elles votaient contre les desiderata  US, à propos de Jérusalem ; cela vous donne une idée de la délicatesse américaine et de ses scrupules quand elle veut imposer ses volontés.

Les Russes sont très mal à l’aise. Tous leurs voisins sont soumis à la pression américaine pour faire la vie impossible à la Russie, qu’il s’agisse de la Géorgie (ils avaient même attaqué la Russie militairement, sur les conseils des Américains et des Israéliens), ou de l’Ukraine (les Américains y avaient bricolé un coup d’Etat, une révolution brune, et installé un gouvernement extrêmement hostile à la Russie à Kiev. Les bases militaires US encerclent la Russie, et les troupes de l’OTAN se rapprochent toujours plus de ses centres. Le budget militaire américain de 600 millions de dollars fait paraître insignifiant le budget russe, et la course aux armements peut ruiner les finances russes. Si la Russie était une femme, elle hurlerait : on arrête !

Peut-être que notre collègue André Martyanov voit juste, et que les US ne peuvent pas venir à bout de la Russie militairement; peut-être qu’Emmanuel Wallerstein a raison et que la puissance américaine est sur son déclin ; mais en attendant, les US sont tout-à-fait capables de faire la vie impossible à n’importe quel Etat. Ils ont rendu la vie insupportable à la Corée du Nord, très dure à l’Iran. La Russie ne fait pas la moitié des choses salutaires qu’elle pourrait faire si elle n’avait pas tout le temps l’Amérique dans les jambes.

Le président Poutine aimerait que Trump freine les choses. Il n’y a pas de raison pour cet incessant harcèlement de la Russie ; elle n’est plus communiste ; elle est bien plus petite et moins peuplée que l’ancienne URSS ; elle veut vivre en paix comme un membre de la  famille des nations, et non pas comme  une énorme alternative. L’offensive anti-russe a commencé sérieusement au temps des présidents US antérieurs, plus précisément sous Obama et Clinton ; Trump aurait de bonnes raisons d’y mettre fin.

Le problème, c’est que le président Trump est en même temps activement engagé dans la guerre contre la Russie. Quelques jours plus tôt, il avait fait pression sur le chancelier allemand pour qu’il renonce au South Stream-2, pour qu’il arrête d’acheter du gaz russe. Ses conseillers exigeaient que la Turquie renonce à s’acheter un système antimissile russe. L’US Air Force a bel et bien bombardé les troupes russes en Syrie.

Malgré tout cela, Poutine a fait un effort. Il a proposé un referendum dans le Donbass en Ukraine orientale, une région qui est de fait indépendante quoique ne bénéficiant pas de la reconnaissance internationale. Les gens du Donbass avaient déjà tenu leur referendum en 2014, et avaient voté pour l’indépendance ; le régime de Kiev et ses parrains occidentaux lui ont dénié toute validité dans la mesure où il s’était tenu sous la protection de l’armée russe, disaient-ils. Cette fois-ci, Poutine a proposé de remettre le couvert, sous les auspices internationaux.

Trump a fait mine d’acquiescer, disant que ‘était une bonne idée, et il a demandé son avis à John Bolton, son conseiller pour la sécurité nationale ; Bolton a confirmé que c’était une excellente idée.  Cela se passait à Helsinki ; néanmoins, depuis lors, l’idée s’est vue rejetée par les Américains, parce que le régime de Kiev rechigne. Le régime sait parfaitement que les habitants de l’Ukraine orientale n’ont aucune envie d’en appeler à leurs tendres grâces, et que l’administration Trump ne poussera pas Kiev  accepter une sécession, ou à se soumettre aux accords de Minsk, de sorte qu’ils puissent rejoindre une Ukraine fédérale en tant qu’unité autonome. Par conséquent, cette blessure ouverte sur la frontière occidentale de la Russie continuera de saigner à flots.

Pour ce qui est de la Syrie, Poutine a dit à Trump qu’il était d’accord pour entériner ses petits arrangements avec Netanyahou de façon à garder les Iraniens et leurs milices à 80 km des lignes de désengagement établies en  1974, sur les hauteurs du Golan. Les Iraniens, d’ailleurs, sont dans une passe difficile, et ont accepté cette solution sans un murmure. C’était acceptable pour Trump, et les deux présidents ont souligné qu’ils plaçaient très haut la question de la sécurité d’Israël.

Ils ont des raisons bien différentes à cela. Poutine veut que la Syrie reste en paix, sous son protégé et allié Bachar al Assad, et pour cela, il a besoin d’accords sûrs avec le pugnace Israël. Poutine connaît parfaitement la capacité de l’Etat juif à tirer les ficelles, et n’a pas envie de se positionner en adversaire. Poutine veut aussi que Trump se sente les coudées franches, et Israël est un point immensément important pour le président US, bien plus que pour Poutine. Trump sacrifie sur l’autel d’Israël afin d’obtenir la bienveillance des mêmes juifs qu’il est en train de combattre aux US. Trump combat tout ce que défendent les juifs américains, il est contre tout ce qu’ils ont mis en place ces derniers temps. Il veut qu’ils retournent à leurs cagibis surveiller l’encaisse, ces ‘petits formats avec leur kippa tous les jours sur la tête’ et qu’ils passent leur temps à recompter ses notes de frais. Mais ils en veulent plus, bien plus : ils veulent dominer et gouverner l’Amérique à leur idée. Trump est prêt à donner tout ce qu’il peut à Israël, en espérant que les juifs seront moins acharnés à le combattre.

Cette ruse, les nationaux-socialistes allemands l’avaient expérimentée dans les années 1930, et cela avait donné aux sionistes socialistes le très profitable accord d’Ha’avara,  pour éloigner et surmonter l’hostilité des juifs américains. Puis  tout avait raté alors, et cela se cassera la figure à nouveau, sans doute, mais pas avant que les sionistes en aient tiré de quoi combler tous leurs rêves.

Pour ce qui est de la Corée du nord, Poutine a loué Trump pour son initiative et dit qu’il continuera de jouer un rôle pour soutenir les efforts américains.

Pour les commérages sur « l’interférence russe dans les élections US », Poutine a proposé d’établir un groupe bilatéral d’experts en matière de sécurité cybernétique. Laissons les experts s’entendre entre eux, et nous dire de quoi il retourne, a-t-il dit. Trump a été d’accord avec l’idée, mais ses conseillers se sont empressés de démentir dès leur retour à Washington.

Poutine a également proposé d’autoriser des enquêtes judiciaires croisées sur la base de la réciprocité : les enquêteurs US voyageront en Russie pour interroger les officiels russes incriminés par la meute de Mueller ; et les enquêteurs russes se rendront aux US pour interroger l’ambassadeur McFaul sur sa participation dans l’affaire Browder. Trump était impressionné par l’offre généreuse; mais aussitôt qu’il est rentré à Washington, McFaul a prétendu (faussement) que Trump tentait de l’envoyer au goulag, tandis que les conseillers de Trump s’empressaient de rejeter la proposition.

Poutine n’a pas envisagé d’arrêter et de coincer McFaul, juste de le questionner ; il ne permettrait pas non plus aux enquêteurs de Mueller de s’emparer des officiers du renseignement russe pour les embastiller dans le Guantanamo de leur choix, simplement de leur poser quelques questions. L’affaire Browder grossit de jour en jour : pourtant, le lascar n’était pas le plus gros des pilleurs d’avoirs russes, mais c’était le plus voyant et le plus décidé à s’accrocher à ses trésors volés. Les conseillers US issus des universités prestigieuses et implantés dans l’administration de Boris Eltsine dans les années 1990 avaient volé bien plus ; ils avaient aussi facilité la création de la caste des puissants oligarques à la même époque. Mais Browder avait plus de ténacité et il avait investi judicieusement la part du lion de ses bénéfices mal acquis en pots de vin visant à suborner l’administration US et à l’obliger à se consacrer au harcèlement infatigable de la Russie. L’ambassadeur McFaul a fait face pour les couvrir, Browder et ses méfaits ; tandis que McFaul tentait d’interférer dans le processus électoral russe, selon le précédent instauré en 1996.

Voilà comment un schéma s’est mis en place à Helsinki, m’a dit un témoin. Poutine avance une proposition, Trump acquiesce provisoirement, puis dès qu’il rentre à Washington il se dédit et fait marche arrière.

Du début jusqu’à la fin, les médias US ont été hautement hostiles à Trump et à sa mission en Europe. Ils se sont empressés d’emboîter le pas aux manifs anti-Trump et de gonfler la moindre de ses gaffes. Docilement, Google a mis en tête des messages sur twitter, en provenance de l’ex-patron de la CIA, sur Trump-le-traître. Et tous les journaux occidentaux de prestige d’embrayer sur la trahison de Trump.

Peut-être auraient-ils été capables de convaincre quelques républicains de marcher sur leurs traces, mais la défaite du représentant républicain Mark Sanford aux primaires en Caroline du Sud, en juin, après un touit furieux de Trump, les avait rendus plus raisonnables. Un dirigeant républicain a bien résumé la situation : « de toute évidence il va y avoir des gens pour le critiquer, mais ils vont le critiquer quoi qu’il dise. Ce comité est solide, se tient à ses côtés, et veut le soutenir. Nous n’avons pas seulement en vue les élections de 2018, mais celles de 2020 aussi. »

Le résultat de la violente campagne sur le mode « Trump est un traître » a été une surprise : 80% des électeurs de Trump ont approuvé son numéro d’Helsinki, malgré la véhémence des accusations. Les médias ne font plus la pluie et le beau temps. Le président va pouvoir continuer à bâtir sa structure de pouvoir, et peut-être qu’un jour sa parole prévaudra.

Et ce qui compte, c’est que Trump a osé, et Trump a survécu.

 

Pour joindre l’auteur:  adam@israelshamir.net

Original publié sur The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier

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Ca suffit, les images de gosses! http://www.israelshamir.com/french/ca-suffit-les-images-de-gosses/ http://www.israelshamir.com/french/ca-suffit-les-images-de-gosses/#respond Mon, 09 Jul 2018 21:48:10 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3438 Chaque fois que je vois un bébé qui pleure sur mon écran, je sais que quelqu’un est en train d’essayer de m’embrouiller. Et cela vaut pour tout ce qui en appelle à mes instincts basiquement humains, qu’il s’agisse d’un corps féminin dénudé ou d’un bébé mort. Au lieu de me convaincre, ce truc simpliste provoque chez moi un rejet immédiat. Je sais que telle voluptueuse anatomie ne va pas atterrir entre mes mains, même si je m’envoyais toutes les bouteilles de Coca du magasin. La vue d’enfants morts ne me persuadera pas de faire quelque chose qui va contre le bon sens, car il s’agit de manipulation. En politique, je veux un débat socratique, et non pas la persuasion par l’émotion. Si vous n’arrivez pas à me faire craquer par des mots, n’essayez pas de le faire avec des images. Mais ils essayent et c’est trop souvent qu’ils obtiennent des résultats.

Les mots peuvent être hautement inflammatoires, mais les images sont quelque chose d’encore plus redoutable. Pour envoyer à la mort la fleur de la jeunesse anglaise dans les tranchées de Verdun, les images de brutes germaniques faisant griller des enfants embrochés sur leurs baïonnettes ont été activées ; ce sont des images de commissaires juifs violant une blonde aryenne qui ont précipité les gamins allemands sur les bords de la Volga pour y laisser leur vie prématurément. Vous ne pouvez pas justifier les images avec des mots, en disant que c’est le chemin le plus court pour éviter des calamités : ne déclenchez pas de guerre, et les brutes allemandes devront assouvir leur rage en se faisant rôtir des cervelas, et le commissaire juif n’aura qu’à s’abonner à Playboy pour reluquer des anatomies aryennes.

On a maintenant affaire à une campagne sur le thème « Trump l’éventreur de bébés ». Ça vous brise le cœur de voir une photo de petits enfants derrière les barreaux. Mais il y a une méthode simple, enfantine, pour éviter la séparation et l’incarcération : s’abstenir de franchir le Rio Grande sans visa.

Ceux qui nous en mettent plein la figure sont malhonnêtes et ne se soucient aucunement des gosses. Madeleine Albright a eu cette pensée célèbre : cela vaut la peine d’en flinguer un demi-million, d’enfants irakiens; et Hillary Clinton a lâché les chiens de l’enfer sur le sol de la Libye et de la Syrie, abattant et dépouillant des centaines de milliers d’enfants.

Tous les présidents US ont embrassé et étreint  des autorités israéliennes, qui ont pour coutume de détenir, de torturer et de tuer des gosses palestiniens. Nos amis dans les médias alternatifs – tel Counterpunch – qui se sont approchés de ces messieurs dames en brandissant ces photos d’enfants ont fort peu de cervelle, ou bien sont franchement malhonnêtes. A moins qu’ils s’imaginent que tout est bon pour servir leur cause, qui est de se débarrasser de Trump.

La merveilleuse Diana Johnstone a écrit récemment que la question migratoire divise la gauche allemande. Certes, le soutien à l’immigration est suicidaire, à gauche, mais c’est une question qui divise l’Occident tout entier. D’un côté, ceux qui croient en un monde sans frontières, à la liberté de circulation pour tous. De l’autre, les gens qui veulent préserver le monde dans lequel ils vivent, et qui veillent à garder les murs bien hauts.

Ce qu’il nous faut, c’est un peu de sincérité et d’honnêteté, pour faire face à la manipulation. Si vous pensez que l’immigration de masse va nous ramener à l’âge des ténèbres, dites-le. Si vous considérez qu’il vaudrait mieux effacer les frontières et enclencher une nouvelleVolkswanderung, dites-le, tout simplement, mais ne nous mettez pas de photos de bébés sous le nez.

Au niveau des personnes, les gens qui veulent des frontières ouvertes sont ceux qui ont la certitude que les migrants ne menacent pas leurs postes ; pour eux, un nouvel arrivage de Mexicains signifie un nouveau restaurant mexicain ou un nouveau travailleur saisonnier dans les champs, ou une femme de ménage moins chère que celle qu’ils ont trouvée, et non pas un compétiteur sur le marché du travail et du logement. Les gens qui sont pour la préservation du monde ont conscience d’être vulnérables, qu’il y a un risque réel de voir les nouveaux habitants les mettre au chômage. En d’autres termes, le premier groupe fait allégeance aux classes dirigeantes ou à leurs sycophantes, le deuxième ce sont les classes travailleuses et les gens qui éprouvent de la solidarité et de la compassion envers celles-ci.

Mais pourquoi ne dites-vous pas que le premier groupe éprouve de la compassion pour les réfugiés et les immigrants ? vous récrierez-vous peut-être. Parce qu’ils font ce qui est profitable pour les classes dirigeantes. Ils n’éprouvent aucune sympathie pour les Palestiniens souffrants, et nous tenons là la preuve concluante qu’ils mentent.

Vous vous souvenez de l’image de ce pauvre petit garçon syrien noyé puis échoué sur la plage ? Cette image a fait rentrer un million d’Afghans, d’Irakiens, de gitans et même quelques Syriens en Europe. Certes, c’est terrible, de penser que le père de l’enfant noyé avait mis en danger la vie de sa famille sans raison valable. Il avait vécu quelques années en sécurité dans la Turquie prospère ; mais il préférait partir au Canada ; les Canadiens lui avaient refusé un visa, alors il avait pris la mer et perdu toute sa famille en Méditerranée. C’est affreux, mais pourquoi son drame personnel devrait-il peser sur une décision irréfléchie ? Ne prenez donc pas la mer sur des embarcations qui ne sont pas faites pour ça ! Il vaut mieux vivre en Turquie comme 80 millions de personnes plutôt que périr en mer !

Il y a quelques jours nous avons vu des Palestiniens, des hommes, des femmes et des enfants, abattus par des tireurs d’élite israéliens parce qu’ils voulaient quitter leur camp de concentration de Gaza. Les gens qui adorent l’immigration ont-ils ouvert la bouche pour les soutenir en quoi que ce soit ? Non, parce qu’ils savent que leurs organisateurs juifs n’approuveraient pas. Et les juifs n’ont pas été impressionnés du tout. « Qu’ils crèvent tous », ont-ils écrit sur leurs réseaux sociaux. En règle générale, les juifs se voient défiés au niveau visuel, mais ils excellent dans le verbe. Cela leur permet de rester parfaitement indifférents devant des images, tout en répandant des photos de gosses pour impressionner les Gentils.

Les Israéliens sont divisés, au sujet des migrants africains: les riches en veulent encore plus, les travailleurs veulent les mettre à la porte. Le gouvernement de Netanyahou est plutôt populiste et déporte les migrants, tandis que les marionnettes  de Soros veulent bloquer les déportations. Mais ça n’empêche pas les riches et les trimeurs, les juifs de gauche comme les juifs de droite, de réagir comme un seul homme par ailleurs ; ils ne veulent pas que les Palestiniens natifs rôdent partout à leur guise. Les juifs sont contre les autochtones par définition ; c’est ce qui définit leur attitude envers le trafic humain.

La migration n’est pas si différente du trafic négrier de jadis (le commerce dans lequel les juifs excellaient). Récemment une vidéo en provenance de Libye a été propulsée à destination de l’Europe : les garde-côtes frappent des migrants pour les embarquer de force sur des canots pneumatiques, et les poussent vers le large. Ceux qui restent dans les camps sont vendus aux enchères, les femmes pour le sexe, les hommes pour le travail dur. Cette vidéo est arrivée à un moment très opportun, au moment où la bagarre pour et contre le nouveau trafic négrier faisait le tour du monde, depuis les US jusqu’à l’Italie et l’Allemagne.

La Libye est l’un des principaux marchés aux esclaves. Autrefois c’était un pays relativement prospère, à qui l’on faisait confiance pour bloquer la route aux migrants africains en direction de l’Europe. Les Africains pouvaient trouver du travail dans la Libye de Kadhafi, et ils en trouvaient. Mais en 2011, le pays a été détruit par Obama et Clinton. Depuis lors, c’est devenu un pays pauvre et en ruines, avec une guerre civile qui couve, lentement. La Libye a du pétrole, mais maintenant bien des Libyens ont découvert le filon du trafic d’esclaves. Comme au 17° siècle, les noirs Africains recommencent à faire la richesse de certains Arabes et Européens.

Les milices libyennes se font des millions et des millions de dollars de cette façon. Ils prennent de l’argent des deux côtés, aux Africains qui se précipitent en Europe au départ de leurs pays ravagés, et aux Européens qui payent les milices pour arrêter les réfugiés.

L’homme qui a été pris dans la vidéo avec un fouet à la main, le chef d’un gang brutal d’esclavagistes, est un ancien rebelle contre le « sanglant dictateur » Mouammar al-Gaddafi, un ami de la démocratie et des valeurs européennes, qui s’appelle Abd-al-Rahmanal-Milad, un commandant de garde-côtes[1]. Les chaloupes dans lesquelles il expédie les Africains en Europe, il les achète avec de l’argent européen. Bruxelles en paye 200 millions d’euros par an, mais les esclaves rapportent encore plus. Les Européens apprécient Milad : il y a un an, il avait été invité à un cours de remise à niveau à Rome, où il avait passé un mois fructueux dans un hôtel haut de gamme aux frais de l’Union européenne.

Le rival de Milad, Al-Dabbashi, envoie, lui, des bateaux la nuit à partir des plages. Les compétiteurs retirent leurs moteurs aux bateaux des concurrents, et livrent les réfugiés au naufrage au large. Le roulement est impressionnant : un million et demi de noirs ont traversé la Libye sur leur trajet vers l’Europe, des milliers sont morts en route, mais le gisement humain ne tarit pas. D’autres militants libyens, qui avaient libéré leur patrie du sanguinaire Kadhafi, opèrent à l’arrière, et convoient des dizaines de milliers d’Africains à travers le Sahara jusqu’en Libye, pour de nouveaux marchés aux esclaves et pour l’Europe.

Les ONG européennes remorquent les canots pneumatiques chargés de migrants envoyés par Milad, les font monter à leur bord et les débarquent en Europe, en empochant un bénéfice tout à fait correct. Ces « sauveteurs » coopèrent directement avec Milad et avec d’autres esclavagistes, ils reçoivent des instructions précises des « expéditeurs » sur l’endroit où il faut aller chercher les rafiots, et se servent une tranche considérable du gâteau. Ils perçoivent des subventions et des dons des Européens au grand cœur, qui ne comprennent pas qu’ils se font manipuler par des esclavagistes.

Ce négoce a été florissant pendant plusieurs années, sans encombre, jusqu’au jour où les Italiens en ont eu assez de recevoir des centaines de milliers d’immigrants illégaux, et ont choisi les « populistes », une coalition de la Ligue du Nord droitiste et du parti libertaire M5S du Sud de l’Italie, et ils ont mis fin au trafic. Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur, a chassé un bateau avec son chargement noir des ports italiens, et après plusieurs jours de discussions, l’Aquarius a cinglé vers l’Espagne. Si les Italiens restent fermes et s’y mettent sérieusement, ils vont en finir avec l’autre versant du schéma opérationnel dans le trafic, les bateaux des « ONG humanitaires » , qui ont rendu l’ensemble du trafic d’esclaves possible.

Le gouvernement espagnol a accepté de recevoir l’Aquarius, et deux bateaux de plus, sous pavillon hollandais, que les Italiens rebelles avaient empêchés de mouiller dans leurs ports. L’administration française de Macron s’est tenue aux côtés de Bruxelles, de l’Allemagne et de l’Espagne, et a promis de recevoir les réfugiés de l’Aquarius. Mais en Allemagne  la révolte gronde, et le ministre de l’Intérieur Horst Seehofer a donné l’ordre de mettre fin à l’accueil des migrants illégaux. La chancelière Merkel n’était pas d’accord. Elle peut chasser Seehofer, mais alors c’est sa coalition qui va s’effondrer.

La Hongrie a placé la bataille contre la migration en tête de son agenda. La ligne de partage ne se situe donc pas entre la gauche et la droite, mais entre ceux qui veulent en finir avec l’immigration illégale et ceux qui veulent remplacer la population européenne qui se voit dépouillée et qui coûte cher, par des migrants bon marché, obéissants, sans revendications.

Il y a une corrélation entre l’attitude envers les migrations et envers la Russie. Ceux qui veulent des frontières ouvertes sont anti-russes, ceux qui sont pour les autochtones sont plutôt pro-russes. Cela ne se vérifie pas à 100%, puisque la Pologne est à la fois anti-russe et anti-migration, mais en règle générale, sur les réseaux sociaux, les Russes soutiennent les forces anti-Soros en Europe, et ces forces tournent leurs regards avec espoir vers Moscou, capitale qui est fermement pro-natifs.

Le gouvernement russe ne tente pas d’interférer avec les décideurs européens (et encore moins américains) dans ce domaine. La Russie n’est pas particulièrement accueillante pour les migrants, et malgré l’engagement russe dans la guerre de Syrie, le pays a accueilli très peu de réfugiés syriens voire pas du tout. L’opposition à Poutine, qu’elle vienne du Parti communiste ou des nationalistes de Mr Zhirinovsky, est fermement anti-migration, tandis que le gouvernement permet aux ouvriers d’Asie centrale de venir chercher du travail. Cependant, depuis que le rouble se déprécie face au dollar, les vagues migratoires se tassent car en Russie comme en Europe et aux US, il s’agit surtout de migration économique.

La solution est à chercher dans le traitement de l’Afrique, de l’Amérique latine et d’autres pourvoyeurs d’immigration. Il devrait y avoir une loi qui stipule une balance positive des paiements, incluant les transactions financières et le remboursement de la dette, entre ces pays et l’Occident prospère. L’argent devrait affluer en Afrique, et non depuis l’Afrique, et cela mettra fin au trafic libyen.

La migration de masse est un vilain phénomène, qui encourage le trafic humain et le commerce des esclaves, faisant exploser les profits de courtiers malfaisants et ruinant tant les pays donateurs que receveurs. Il est bon d’y mettre fin. Et il n’y pas d’image de bébés hurlants qui vaille pour interférer dans les décisions à prendre.

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier

[1] Le 8 juin, l’ONU a voté des sanctions contre ce personnage et cinq autres trafiquants :  « parmi ces sanctions, retenons notamment le gel de comptes bancaires ainsi que l’interdiction totale de voyager. » https://lanouvelletribune.info/2018/06/libye-lonu-frappe-6-trafiquants-de-migrants/

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L’express Singapour-Helsinki http://www.israelshamir.com/french/lexpress-singapour-helsinki/ http://www.israelshamir.com/french/lexpress-singapour-helsinki/#respond Wed, 04 Jul 2018 18:19:28 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3456 Singapour, et maintenant Helsinki! Espérons que le sommet Trump-Poutine va pouvoir se tenir ce mois-ci dans la capitale finnoise, après avoir été invariablement reporté depuis des lustres. Nous avions espéré que les colosses se rencontreraient juste après l’élection historique de Trump, mais cela n’avait pas eu lieu, parce que Trump s’était retrouvé encerclé par la gestapo de Mueller qui l’accusait d’être un agent russe. Cette accusation frivole ressort chaque fois que Trump fait quelque chose qui ait du sens, mais les choses ont changé depuis le sommet Trump-Kim, un évènement dont l’importance grandit de jour en jour avec le recul.

Le Trump d’avant Singapour et le Trump d’après Singapour sont deux créatures entièrement différentes, comme un garçon avant et après son premier baiser. Avant, c’était M. Grande Gueule, celui qui régnait seul sur son compte Twitter et à peine sur un tout petit cercle précieux. Après le sommet, il est devenu un Prométhée libéré, le royal président des puissants US. En rencontrant Kim, il a fait mentir les plus avisés dans les médias et dans l’Etat profond ; il a refusé de prendre ses ordres auprès d’eux et il a fait ce qu’il pensait devoir faire. En rencontrant Poutine, il va transformer sa désobéissance en franche rébellion, largement déployée.

Ses adversaires, les maîtres du Discours, avaient été très alarmés par le sommet kimien, et sont horrifiés à l’approche de la rencontre poutinienne. Jetons donc un coup d’œil sur leurs réactions à Singapour.[1]

Le chef de la minorité au Sénat Chuck Schumer (dit « le gardien d’Israël”) a exprimé « une extrême préoccupation », disant que « Trump a établi une fausse équivalence entre les exercices militaires conjoints et légitimes entre Corée du Sud et USA, et les tests nucléaires illégaux de la Corée du Nord » (« comment pouvez-vous comparer ! » : réaction typiquement juive). Il ne faudra rien concéder aux Coréens du Nord avant le « démantèlement complet, vérifiable et irréversible du programme nucléaire coréen »… Trump a « fourni une légitimité internationale à une dictature brutale et répressive, qui en manquait désespérément».

Dans le New York Times, Nicholas Kristof a regretté que Trump ait fait une énorme concession en suspendant les exercices militaires avec la Corée du Sud sans rien obtenir en retour : “rien sur les programmes glaçants de la Corée du Nord en matière de plutonium et d’uranium, rien sur la destruction des armes ICBM, rien sur l’autorisation de retour des inspecteurs, rien  sur la déclaration complète de la Corée du Nord sur son programme nucléaire, rien sur un calendrier, rien sur des inspections, etc. ». Noah Rothman, co-éditorialiste du magazine Commentary néo-con a qualifié le sommet de “grand malheur”.

Et les «humanitaires », autrement dit la gauche interventionniste sur des bases humanitaires, ont d’ores et déjà déroulé les lamentations de déserteurs de Corée du Nord en page de titre, et ils ont exigé, naturellement, que soit exclu tout accord de paix sans un changement complet de régime, sous contrôle international. Le président Trump a dû faire face à un front uni de médias et d’experts alarmés par le moindre progrès en direction de la paix. Pour eux, le seul traitement envisageable pour la Corée du Nord, c’est la méthode libyenne ; d’abord vous désarmez, puis on intervient et on vous bombarde, parce que c’est beaucoup plus sûr, de bombarder un pays désarmé. Le dirigeant coréen en a conscience ; il n’est pas du genre à faire son Gorbatchev. Le dernier dirigeant de l’Union soviétique avait désarmé son pays, défait le traité de Varsovie, fait cadeau de l’Allemagne de l’Est à l’Ouest, et ouvert l’accès aux installations russes les plus secrètes après une conversation aimable avec Reagan. Kim n’en fera rien, et la Chine ne le lui permettrait pas. La dernière chose dont les Chinois ou les Russes pourraient vouloir, c’est d’un protectorat américain en Corée du Nord, pays qui est tout près de Beijing, de Harbin et de Vladivostok. Mais des rapports chaleureux entre les deux Corées et les US, c’est certainement de l’ordre du possible, si le président Trump s’en tient à sa ligne de Singapour.

Cependant, quelques semaines après Singapour, il semble que les grincheux avaient repris le dessus, comme d’habitude. Les US ont refusé de travailler sur une éventuelle levée des sanctions au Conseil de sécurité de l’ONU, et avaient refusé la proposition sino-russe de commencer à les démanteler, tandis que les médias occidentaux se mettaient à déballer la liste des transgressions de Kim.  Si bien que l’aura d’un manque de sérieux revenait entamer l’image du président américain.

La rencontre avec Poutine  donnait lieu à des ripostes similaires. Alerte générale, danger de paix à l’horizon !

“Les craintes redoublent à l’annonce faite par Trump de “négociations de paix” avec Poutine, disait l’éditorial du Times. « La Grande Bretagne a peur que le président Trump mine l’OTAN en concoctant un accord de paix avec le président Poutine. Les ministres sont inquiets de voir qu’il pourrait être tenté de diminuer les engagements militaires US en Europe… Des personnalités de l’OTAN redoutent que M. Trump tente de refaire le coup de l’entente pour la paix avec Kim Jong-un, qui a obtenu une large approbation. Un ministre a ajouté : « nous sommes inquiets, on pourrait voir Trump et Poutine dire en chœur : ‘pourquoi tout ce matériel militaire lourd en Europe ?’ Ils se mettraient d’accord pour s’en défaire. » D’autres sources médiatiques et hommes politiques sont tout aussi chagrins et soucieux. « Nos alliés européens très inquiets à l’annonce du sommet Trump-Poutine », dit MSNBC, de même que Atlantic, le Guardian etc.

Ce qui pourrait se rapprocher le plus d’une attitude positive envers la rencontre de Singapour, c’est l’angle du journaliste judéo-britannique Anshel Pfeffer, du quotidien progressiste israélien Haaretz : « certes une entente avec le tyran sanguinaire (Kim) n’est pas souhaitable, mais il y a un espoir que, une fois réconcilié avec Kim, Trump ait les mains plus libres pour une guerre contre l’Iran ». Il rassurait les va-t-en guerre, en leur faisant miroiter que la perte d’une bonne guerre en Corée se verrait compensée par une bonne guerre avec l’Iran. C’est la ligne que les plus rassurants ont adoptée pour commenter la rencontre d’Helsinski : un sommet Trump-Poutine sera excusable si cela débouche sur la guerre en Iran. Telle est donc l’alternative offerte par les médias mainstream occidentaux : les bellicistes condamnent les deux sommets, les autres se dorent la pilule : « tout n’est pas perdu, il reste l’Iran ».

Pour comprendre à quel point les Américains rétifs sont poussés de force vers la guerre, il faut revenir sur un article important de Ron Unz, qui fait partie de sa série American Pravda, de recherches sur l’histoire américaine et sa représentation biaisée dans la mémoire collective et dans les médias. « Notre grande purge des années 1940 », en dépit de son titre, est un décryptage des codes secrets dans le discours public américain et britannique du 20° siècle. Après avoir fureté dans d’innombrables journaux et magazines, Unz a découvert que toute personne prenant parti contre les guerres dans la vie publique américaine s’est retrouvée elle-même  marginalisée, chassée, oubliée ou même assassinée.

D’une façon bien personnelle et très émouvante, Unz raconte sa découverte : les écrivains dont il croyait qu’ils étaient des radicaux marginaux avaient en fait tenu des positions éminentes dans les médias dominants et la vie politique de leur temps, jusqu’au jour où ils avaient été marginalisés et présentés comme autant d’extrémistes.

En voici un exemple : H. E. Barnes était un commentateur estimé et populaire sur les tribunes les plus prestigieuses, jusqu’au jour où, « à la fin des années 30, Barnes étant devenu un chef de file des critiques de l’engagement américain dans la Seconde Guerre mondiale,  il se trouva ‘effacé’ en conséquence, de façon permanente, chassé de toute publication mainstream, tandis qu’une chaîne importante de journaux subissait des pressions pour que soit mis fin à sa colonne nationale, vénérable et syndiquée, en mai 1940. » Il disparut de la mémoire, dit Unz.

Charles Lindbergh en est un exemple politique, car il défendait le pacifisme à haute voix à la fin des années 1930 et au début des années 1940. Mais une fois qu’il eut mentionné, une seule fois, que trois groupes en particulier « poussaient le pays à la guerre, les Anglais, les juifs, et l’administration Roosevelt », il déclencha une tempête d’attaques médiatiques et de dénonciations, écrit Unz. Et ce fut la fin de la carrière politique de Lindbergh, et les US entrèrent dans la Deuxième Guerre mondiale. Dans la bataille pour Hollywood (outil de propagande de masse tellement important), le seul propriétaire de studio non juif, Disney, une force pacifiste fervente, vit ses locaux occupés par l’armée US, dit Unz, le lendemain de Pearl Harbour.

Est-ce que c’était bon ou mauvais, de notre point de vue actuel ? Nous devrions établir une distinction claire entre le temps qui a précédé et celui qui a suivi le début des hostilités en Europe. Avant, la plateforme pacifiste était correcte, car la Deuxième guerre mondiale pouvait être évitée : si la Pologne (avec les encouragements britanniques et américains) n’avait pas provoqué l’Allemagne, Hitler aurait pu rester dans son pré carré et tenter de faire de son pays un paradis nazi. A partir du moment où la guerre a commencé sérieusement, les US se devaient d’intervenir en Europe pour empêcher une victoire allemande et la domination germanique de toute la masse eurasienne subséquente, depuis la Manche jusqu’à Vladivostok. Quant à la guerre avec le Japon, elle aurait pu être évitée si les US n’avaient pas provoqué le Japon avec leur embargo sur le pétrole.

Unz écrit que les juifs et l’administration Roosevelt avaient prévalu sur la grande Bretagne et la Pologne pour faire adopter une ligne farouchement anti-allemande. Les juifs étaient certes anti-nazi, et aspiraient à tirer parti de la guerre mondiale. Mais F. D. Roosevelt avait été élu sur sa promesse de paix et de neutralité ; puis, une fois élu, il avait fait marche arrière, et foncé dans la guerre.

Ce schéma s’avère donc être à l’œuvre en permanence dans la politique américaine; les présidents se font élire en promettant la paix, et choisissent la guerre une fois élus. F. D. Roosevelt soutenait le pacte de neutralité, mais il a précipité les US dans la Deuxième Guerre mondiale. G. W. Bush avait promis une « politique étrangère humble » et lança la conquête de l’Afghanistan et de l’Irak. B. H. Obama était tellement porté sur la paix qu’il avait reçu le prix Nobel de la paix à l’avance, mais il a continué à guerroyer en Libye et en Syrie. Et maintenant nous avons Donald Trump, dont le programme électoral comportait la promesse « d’en finir avec les changements de régime » et de nouer une amitié avec la Russie, mais sa présidence, le temps passant, restera dans les mémoires pour ses menaces de guerre contre l’Iran et la Corée du Nord.

Unz, dans son article mentionné, fait aussi référence à la guerre d’Irak. Ceux qui ont fait objection à cette guerre, la plus  insensée et destructive, ont été marginalisés et ostracisés :

Phil Donahue avait une grande audience sur MSNBC, mais au début 2003, son émission était déprogrammée, tandis qu’un memo fuitait, expliquant que son  opposition à la guerre qui se préparait en était la cause. Le conservateur Pat Buchanan et le libéral Bill Press, tous deux très critiques contre la guerre en Irak, avaient décidé de transmettre un débat télévisé devant attirer un taux d’écoute maximum sur le même réseau, mais il fut également annulé pour les mêmes raisons. Bill Odom, le général trois étoiles qui avait dirigé l’Agence pour la sécurité nationale de Ronald Reagan se vit de même blacklisté des médias pour son opposition à la guerre d’Irak. Bien des voix éminément médiatiques “disparurent” au même moment à peu près, et même une fois que l’Irak était reconnu universellement comme un énorme désastre, la plupart d’entre eux ne retrouvèrent jamais leur micro.

Il y a donc une force qui pousse puissamment à la guerre au moins depuis 1914 et ce jusqu’à aujourd’hui. Cette force se superpose au principal vecteur de la politique américaine, et depuis 1991, à la politique occidentale en général. Elle comporte un solide facteur juif, qui a sa base dans les médias et les universités, telle une nouvelle Eglise de l’Ouest, en marche pour embrasser le monde entier. Ses guerres sont des « croisades » (צווהמ לחמתמ, ‘guerres pour la foi’ style guerres de Josué [l’exterminateur biblique, ndt]). C’est la méthode juive pour la domination mondiale. Les juifs renâclent à le reconnaître, mais pour une fois, ils vont l’admettre et le reconnaître ; tout particulièrement parce que leur projet se combine avec celui de l’Amérique avec sa « destinée manifeste » et avec le « fardeau de l’homme blanc » britannique.

L’une des raisons pour lesquelles les juifs ont faussé compagnie aux Russes, c’est le manque d’agressivité de ces derniers. Que ce soit au foot ou à la guerre, les Russes sont en général des joueurs sur la défensive. Même Staline, dont le nom fait encore peur, n’avait guère déclaré de guerre d’agression ; jamais il n’avait rêvé de conquérir l’Europe ou le monde. D’autres dirigeants russes ont été encore plus à la défensive. Cela ne fait pas l’affaire des juifs, qui préfèrent plus d’action.

Car la civilisation anglo-américaine a sa propre agressivité intrinsèque aussi. Ceci n’est pas un jugement de valeur, ni une condamnation en soi : il y a des mangeurs d’herbe et des carnivores ; nous faisons des chats et des chiens des bêtes de compagnie, alors que ce sont des prédateurs, mais ne choyons pas les agneaux timides ou les veaux. Ce qui n’empêche pas que l’agressivité doit trouver ses limites, faute de quoi le monde va à sa perte. On tend vers cette limite, et le président Trump qui a lancé des ballons d’essai pour quitter l’OTAN et pour démanteler d’autres alliances agressives est précisément en train de travailler à  l’apaisement.

 L’accord syrien

Il y a des indices : Trump veut faire en Syrie ce que Nixon avait fait au Vietnam, plus précisément, s’en retirer. C’est une sage entreprise, s’il est autorisé à la mener à bien. Selon les rapports médiatiques, il y a deux conditions qui doivent être débattues avec Poutine.

La première condition c’est l’Iran. Les US veulent que la Russie limite sa collaboration avec l’Iran ou même chasse l’Iran de la Syrie. Pour cela, les US proposent de renoncer à l’exigence « Assad doit partir » ; et de cesser d’insister sur l’idée que la Syrie devrait être gouvernée par un nouveau gouvernement provisoire sans Assad. Les US sont prêts à accepter que des élections se tiennent en Syrie en 2021, et jusque là, le sujet sera rayé de l’agenda. Mieux encore, les US tentent la Russie en lui faisant miroiter la levée de quelques sanctions sur la Russie elle-même. Ce marché avait été proposé aux Russes il y a quelques semaines, et il est en cours d’élaboration depuis lors.

 

L’Iran, c’est l’ennemi de choix pour Israël. Donald Trump a fait une alliance temporaire avec les sionistes, le groupe juif qui tient avant tout au Moyen Orient, tandis que les juifs « libéraux » aspirent à la domination mondiale. Ces derniers sont fermement opposés à Trump, tandis que pour les juifs sionistes l’agenda libéral aux US et en Europe (immigration, genre, délocalisation, liberté de commerce) est moins important, alors que le Moyen Orient (Israël, Iran, Syrie) est plus important. Trump tente de satisfaire les appétits sionistes en espérant que cela mettra des bornes aux attaques de leurs frères contre sa personne, en retour. Dans la mesure où Poutine est également amical avec les sionistes, tandis que les libéraux lui sont hostiles, les deux présidents peuvent trouver un compromis acceptable. Mais ce ne sera pas ce dont rêve Israël.

 

La Russie n’entend pas se quereller avec l’Iran ; elle ne peut probablement pas expulser l’Iran de Syrie,  même si elle le voulait. Aussitôt que ce sujet est apparu dans la presse, une longue interview d’Assad est parue, dans laquelle le président Assad soulignait que l’alliance avec l’Iran est le point le plus important pour lui. Après tout, les Iraniens se sont battus aux côtés d’Assad quand les Russes se contentaient d’observer en spectateurs.

 

Les Iraniens quant à eux sont dans pris dans un dilemme. Ils ne veulent pas d’une confrontation avec la Russie, ni avec les US, ni même avec Israël. Quand Poutine a lancé son ballon d’essai, en disant que toutes les troupes étrangères devraient se retirer de Syrie, les Iraniens n’ont pas bronché, mais ils disaient ; « Nous pouvons partir, à condition qu’on nous le demande ». Les Iraniens peuvent quitter la Syrie, mais c’est Damas qui ne veut pas en entendre parler.

Et pourtant, l’Iran a accepté de ne pas participer à la bataille qui se déroule en ce moment pour le Sud-Ouest de la Syrie, pour le territoire adjacent aux frontières de la Jordanie et d’Israël. Là, l’armée légitime de la Syrie est en train de conduire une offensive victorieuse contre les rebelles avec un soutien aérien russe et sans participation iranienne.

Peut-être que cette absence des Iraniens aux abords des frontières israéliennes sera présentée par Trump à Israël comme sa réussite personnelle. Trump veut que la Russie crée une zone exclusive libre d’Iraniens autour des frontières jordanienne et israélienne. La Russie ne contrôle pas la situation en Syrie au point de pouvoir s’en charger. Mais la Russie peut négocier avec les Iraniens pour empêcher les milices chiites de pénétrer dans la région. Ils l’ont fait une fois : quand les troupes syriennes se sont rapprochées de la frontière israélienne dans la zone de Kuneitra ; Israël exigeait que les milices chiites restent au large, à 50 ou 70 km de là. Les Russes ont dit : « Non, mais nous allons organiser pour vous quelques kilomètres de séparation ». Ce qui prouve que ce genre d’arrangement est possible, si les parties sont suffisamment flexibles, mais sans qu’on puisse parler d’un accord sur la base d’une « trahison de l’Iran par la Russie’.

Le second point repose entièrement sur les rebelles.

Trump ne veut pas que le retrait des soldats américains s’accompagne d’un bain de sang. Tandis que les représentants US aux Nations Unies accusaient la Russie de violer le cessez-le-feu et de ne pas respecter la zone de désescalade, la Maison blanche disait que l’Amérique soutiendrait moralement les rebelles, mais sans aller jusqu’à combattre pour eux. « Vous ne devriez pas baser vos décisions sur l’attente d’une intervention militaire présumée de notre part », tel était le message.

Et ce fut le signal de la fin pour la rébellion. Robert Fisk estime que leur effondrement est imminent. Les Russes ne vont pas rallumer la mèche. Certains groupes rebelles se sont déjà rendus et sont passés du côté de Damas. Les plus têtus se sont retirés par milliers vers les frontières israélienne et jordanienne, mais ni Israël ni la Jordanie n’ont l’intention de les laisser rentrer chez eux.

On peut supposer que Trump n’a pas envie de les voir massacrer. Il n’a pas besoin de médias vociférants avec des reportages sur les combattants de la liberté syriens, leurs femmes enceintes et leurs enfants, trahis par Trump l’agent russe. Il a besoin d’un accord que les troupes syriennes respecteront, et qui permette aux rebelles de se réconcilier avec le gouvernement légitime ou de se retirer sans dommage. Cette exigence convient à la Russie. Depuis le tout début et jusqu’à aujourd’hui, les Russes croient et insistent sur l’idée qu’il est nécessaire de pousser les bandes rebelles disparates à rejoindre Damas. Et cela convient à Assad, car chaque fois que les troupes syriennes sont arrivées, en libérateurs ou en conquérants, que ce soit dans la Ghouta orientale ou à Alep, elles ont su éviter la vengeance et les règlements de compte. Je suis sûr que le président Poutine aidera le président Trump à quitter la Syrie sans perdre la face.

Je comprends que pour nombre de mes lecteurs, il soit difficile ou impossible de soutenir Trump. La tragédie de Richard Nixon peut se reproduire, parce que le président qui avait fait la paix avec la Chine et le Vietnam était haï par les bellicistes et par tous les Américains influencés par les médias, au point qu’il a dû quitter son poste. Il fut le dernier président indépendant et pacifiste. Ceux qui l’avaient condamné ont été punis par une longue série de dirigeants très inférieurs. Trump a bien des failles, mais il continue à vouloir éviter une grande guerre, et il mérite d’avoir sa chance.

Quant à Poutine, je suis certain qu’il sera amical et charmant avec l’Américain et qu’il ne sera pas tenté de faire de grosses concessions à Trump, heureusement, parce que les pouvoirs de Trump restent limités ; ses décisions pourraient encore être bloquées par le Congrès et remises en question par son successeur. Seule une personne très irréfléchie signerait avec lui un accord compliqué sur le long terme, et le prudent Poutine se satisfera probablement d’un petit accord ad hoc, bien cadré.

Traduction : Maria Poumier

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

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La longue captivité d’Assange http://www.israelshamir.com/french/la-longue-captivite-dassange/ http://www.israelshamir.com/french/la-longue-captivite-dassange/#respond Sat, 23 Jun 2018 17:47:51 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3453 Les longues journées d’été sont propices aux marches en forêt et à la nage ; le soir, je lis les classiques avec mon fils de dix ans, qui, autrement, passe beaucoup trop de temps sur les jeux vidéo. Cette fois, nous en sommes à l’Odyssée, le poème que j’ai traduit il y a quelque vingt-cinq ans, et hier, j’ai relu le Livre IV où Ménélas pleure ses preux camarades tombés à Troie ou sur le périlleux chemin du retour. Et pour moi, c’était le moment de pleurer mes chers compagnons d’armes qui ont succombé aux flèches et aux frondes de la fortune ombrageuse. Vous êtes si nombreux, à vous être lancés contre la Bête, et qui êtes à présent morts, ou en exil, ou en prison, comme mon éditeur espagnol Pedro Varela ou le chercheur américain Barrett Brown. Ou encore mis à la porte comme Julio Pino, professeur à l’université de Kent State.

“Alors Ménélas dit : je pleure sur tous mes hommes, mais je plains plus encore celui-ci, Ulysse, qui fut retenu pendant des années sur l’île d’Ogygie par la nymphe Calypso”. Cela m’a rappelé le sort de Julian Assange, notre moderne Ulysse, qui est retenu dans sa luxueuse prison de Knightsbridge depuis des années. En fait, depuis six années entières, car aujourd’hui, tandis que j’écris ceci, c’est l’anniversaire de son incarcération à l’ambassade d’Equateur.

Il y a tellement d’épithètes homériques décrivant le roi d’Ithaque qui s’appliquent à Julian ! Il est sage et noble, plein de ressources et rusé, habile et malin, brillant et rapide, lui le plus malheureux des hommes.

Son nom fait encore peur à l’ennemi, et donne du courage à l’ami. Homme des antipodes par sa naissance, Julian est devenu célèbre en Europe du nord, où ce bel homme, grand et mince, aux tempes argentées, s’en est venu brandir l’étendard de la révolte. Il y a huit ans, je le comparais au Néo de Matrix, l’homme destiné à briser la matrix des mensonges et à nous délivrer.

“Les Aventures extraordinaires du capitaine Néo en terre de blondeur”, voilà comment l’histoire des escapades de Julien en Suède sera connue, une fois qu’elle se sera frayé son incontournable chemin jusqu’à quelque metteur en scène excentrique de Holywood, disons Robert Zemeckis ou Mel Brooks, ou peut-être le Stephen Herek des Excellentes Aventures de Bill et Ted. Andy Wachowski serait le plus indiqué, parce qu’il pourrait faire pour Julian Assange ce qu’il fit jadis pour Keanu Reeves.

Impossible d’imaginer plus beau scénar. C’est une histoire de rêve pour un tabloïde, mais il pourrait se produire une transfiguration et nul intellectuel ne le renierait, ce Julian définitif Sa dernière aventure relève de la pulp fiction, grouillant d’espions de Langley, de pirates informatiques, de féministes cinglées, de flics balourds et de ragots scabreux au royaume femelle de Suède.

Julian, c’est un personnage qui aurait pu être tiré d’un plan de Matrix : chevelure platine et longiligne, il se déplace dans le cyberespace comme un superman. Les rares fois où il émerge dans le monde réel, c’est pour faire des prouesses de Kung Fu. Il boit et mange à peine. Son apparence physique, on peut l’apercevoir devant un ou deux MacPro, tandis que son alter ego digital commute et calcule en attaquant à mort le système en un fantastique combat virtuel. Comme Neo, c’est un hacker né, qui cherchait à toucher le fond du piratage jusqu’au jour où il a découvert la Matrix. Il avait déjà des centaines de hauts-faits en la matière à son actif lorsqu’en 1992 il a plaidé coupable pour vingt-deux d’entre ses exploits. J’aime à penser qu’un jour, lorsqu’il aura atteint la plénitude des temps, il deviendra une sorte d’ange gardien pour les hackers, ou peut-être le dieu grec du cyberespace avec son clavier d’or, surfant pour l’éternité sur le web. Cette métaphore sur Julian a été reprise récemment par le vaillant Jonathan Cook, l’homme de Nazareth, mais elle lui va à lui aussi, et il en est de même pour nombre d’entre nous, dont le rédacteur de la « Pravda américaine » Ron Unz, car tous nous nous battons pour la libération de l’esprit et du discours.

Au début de son activité politique, Julian avait été porté aux nues par les médias et par la société. Son Wikileaks était considéré comme la chose la plus à la mode dans tout l’univers connu. Il flottait de fête en réception, faisant l’admiration des Scandinaves de Reykjavik à Stockholm.

Mais l’ennemi préparait ses collets. Une féministe amie de la CIA se glissa dans son lit avec un plan infâme : elle lui offrit son petit appartement en disant qu’elle quittait la ville pour quelques jours, et lorsqu’il eut accepté et emménagé, elle revint inopinément et lui offrit de partager le lit unique. Il ne savait pas qu’elle avait mené à bien une mission de la CIA à Cuba, autrement il aurait été plus circonspect.

Ou peut-être pas : un pur-sang comme lui était facile à tenter. Le lendemain elle touitait sur sa prise avec ses amis, se flattant de partager désormais l’auréole de La célébrité. Et quelques jours plus tard, elle s’en alla porter plainte au commissariat, alléguant qu’il l’avait possédée sans protection ; ce qui est un délit de viol au second degré dans la Suède féminisée. Sur l’accusation, une deuxième fille renchérit bientôt, parce qu’elle était malheureuse, Julian ne l’ayant pas appelée le lendemain d’une autre partie de jambes en l’air. La procureure suédoise androphobe Marianne Ny prit le relais dans la chasse à l’homme, et les journaux suédois étalèrent en gros titre : « le violeur court toujours ». Aussitôt Julian perdit tout son nuage d’admirateur-trices ; l’Empire connaissait la vulnérabilité de la foule à ses pieds.

Cependant, en quelques jours un non-lieu fut prononcé, et Julian se retrouva libre de quitter la Suède. Il s’en alla en Angleterre, et c’est là qu’il prépara la grande publication du Cablegate, la vaste collection des câbles du Département d’Etat et des ambassades US du monde entier. Volés par Manning, ces câbles nous ont dévoilé le tableau complet des menées de l’Empire avec les nations. J’écrivais alors :

« Des secrets et des messages confidentiels d’ambassades américaines (il y en a environ un quart de million) attendent d’être lâchés dans le cyberspace. Ils s’attaqueront au bas-ventre mou de l’empire, à savoir à ces auto-tromperies flatteuses qui entretiennent les armées impériales ; cela pourrait fort bien suffire à retourner le sort dans la bataille pour le recouvrement de nos libertés en voie de disparition.

Ces vilains petits télégrammes diplomatiques jettent une lumière crue sur la politique ténébreuse de l’Empire américain, sur ses méthodes pour collecter l’information, donner des ordres, subvertir des hommes politiques et dépouiller des nations. Mais avant de nous livrer à un anti-américanisme aussi confortable que primaire, n’oublions jamais que cette révélation d’exactions criminelles (qui est sans doute la plus fracassante de toute l’histoire) n’a été possible que parce que des Américains courageux et honnêtes étaient prêts à risquer leur vie et/ou leur intégrité physique pour faire ainsi ‘fuiter’ la vérité. »

L’Empire répondit en faisant rouvrir le dossier suédois, et en émettant un ordre d’arrestation. L’Angleterre se chargea de l’affaire, et Julian avait dès lors perdu sa liberté. Il demeura longtemps en Terre orientale des Angles, dans la maison d’un ami, puis déménagea à Londres, avec un bracelet électronique au bras, et sous une surveillance policière constante. Alors qu’il se rapprochait dangereusement de la déportation en Suède, et d’un confinement durable dans une cellule de prison qui allait être suivie d’une extradition aux US en son paradis tropical de Guantanamo, il sauta sur la bouée qu’on lui tendait, et demanda l’asile politique à l’ambassade d’Equateur à Londres, après avoir écouté la promesse du président de l’Equateur à ce moment, Rafael Correa. Cela se passait en juin 2012, et depuis lors, Assange est emmuré dans l’enceinte de l’ambassade.

Pendant ce temps-là, la Suède avait refermé définitivement son dossier, mais les autorités anglaises refusaient encore de le laisser partir. L’ONU le qualifia de victime de détention arbitraire, mais cela ne suffit pas à tirer d’affaire le poissard. L’Equateur lui donna sa nationalité et un passeport diplomatique, mais l’Angleterre refusa d’honorer son statut. Depuis une date récente, les US ont commencé à courtiser le nouveau président de l’Equateur, Lenin Moreno, tant et si bien qu’il a coupé toute communication entre Julian et le reste du monde. Il n’a plus le droit de recevoir d’invités, ni de téléphoner, et il n’a plus d’accès internet. S’il était déporté sur quelque île reculée il ne serait pas plus isolé.

Si l’on regarde en arrière, Julian a fait énormément de grandes choses depuis le Cablegate.

* Il a sauvé Edward Snowden, en le cornaquant de Hong Kong à Moscou. Il avait envoyé la merveilleuse Sarah Harrison mener l’opération de son évasion miraculeuse. Je l’ai soutenu dans cette entreprise et dans d’autres, et j’ai écrit que la Russie était le seul endroit sûr pour un fugitif et un lanceur d’alerte de ce calibre. Snowden crut trouver un refuge solide à Cuba ou au Venezuela, mais aucun de ces pays d’Amérique latine n’avait les épaules assez larges pour résister aux pressions américaines. De fait, Cuba a refusé de le recevoir, et le Venezuela n’a pas accepté Snowden pour d’autres raisons. Même la puissante Chine a refusé de donner asile à Snowden, et a tenté de l’expédier vers les US. L’Iran n’y tenait pas non plus. La Russie, avec tous ses défauts, reste le seul pays pleinement indépendant de l’Empire sur cette terre.

On dit qu’Assange serait de mèche avec les Russes, qu’ils l’avaient guidé et qu’ils lui ont fourni toute la matière qu’ils avaient pu hacker de leur côté, et même que « Wikileaks est une façade pour les services de renseignement russes. » En fait, les Russes hésitaient énormément pour intervenir en quoi que ce soit autour d’Assange. Ils ne pouvaient pas croire qu’il soit sérieux. Es-tu assez naïf, me disaient-ils, pour ne pas comprendre qu’il s’agit d’un piège de la CIA ? ça n’existe pas, les gens comme ça.

C’est un problème de mentalité, chez les Russes : en règle générale, ils ne comprennent pas et ne croient pas les dissidents occidentaux de la même pâte qu’Assange. Ils veulent que leurs sympathisants occidentaux soient des gens achetés et payés pour faire ce qu’ils font. Les électrons libres leur semblent suspects. Dieu sait qu’il y en a, des gens, à l’Ouest, dont les opinions rejoignent globalement celles des Russes. Mais les Russes préfèreraient s’acheter un journaliste tout bonnement. C’est pour cette raison que Russia Today a eu plus que sa part en matière de défections, de diffuseurs qui ont trahi RT et sont partis vers de gros médias occidentaux.

J’ai eu quelques occasions de défendre Julian lors d’émissions sur RT. Mes contradicteurs disaient habituellement : c’est un instrument des services de renseignement de l’Ouest. Attendez un peu, il va bientôt publier quelque chose de bien puant sur la Russie. Les années ont passé, mais cette méfiance n’a pas disparu. De sorte que, à tort ou à raison, la puissante Russie n’a pas défendu Julian, qui n’obéit qu’à lui-même, depuis le début.

D’un autre côté, Julian n’a aucune espèce de préférence pour la Russie. Du point de vue géopolitique, il reste un Occidental. Même dans sa défense voyante de la Russie, il le fait toujours d’un point de vue occidental. Il était contre l’expulsion des diplomates russes pendant l’affaire Skripal, parce que « cela allait apporter de l’eau au moulin du récit kremlinesque selon lequel la Russie subit un siège complotiste téléguidé par les US ». Autrement dit, cela faisait du tort à l’Occident et renforçait les soupçons russes d’un agenda hostile à la Russie.

* Assange est celui qui a publié les documents de la Convention démocrate, les courriels de Podesta et ceux d’Hillary Clinton, ce en quoi il a grandement aidé les électeurs US à choisir pour qui voter dans ces dernières élections fatidiques. A mon avis, le président Trump a une dette considérable envers Assange.

* C’est son Wikileaks qui a exposé les outils de piratage mis en oeuvre par la CIA et la NSA, leurs programmes de surveillance, leurs interférences dans les processus électoraux des autres pays, comme par exemple dans les récentes élections françaises.

*C’est lui qui nous a permis de jeter un œil sur la correspondance secrète des Saoudiens et des Syriens, des Russes et des Français, des Turcs, du FMI et de bien d’autres.

*C’est lui qui a dévoilé la conspiration des députés travaillistes contre Jeremy Corbyn.

*Ses opinions personnelles, exprimées par touits, ont été très utiles. Au milieu de la campagne Skripal, Assange nous a rappelé que « autant il est raisonnable, pour Theresa May, de voir l’Etat russe comme le principal suspect, autant la preuve est discutable, et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques n’ayant pas encore offert la moindre confirmation indépendante, cela permet au Kremlin de clamer, pour son opinion interne, que la Russie est persécutée ».

Son organisation et lui-même ont offert des points de vue et une expertise sur la Corée du Nord lors du sommet Kim-Trump, en publiant la révélation confidentielle de Clinton selon laquelle les US ne veulent pas de la réunification de la péninsule coréenne, et des centaines de documents confidentiels et secrets sur les tests nucléaires nord-coréens.

J’aimerais tellement le voir libre, car je l’admire. Ce n’est pas une énergie qui a été gâchée, et il reste capable de contribuer énormément au bien commun. Nos frères d’arme, les bons, savent ce qu’il en est, et ils se battent pour sa liberté.

Roger Waters, la célébrité des Pink Floyd, qui a toujours soutenu le combat des Palestiniens, a déployé une banderole de soutien à Julian Assange lors d’un concert à Berlin. Bien des journalistes des médias désobéissants sont en train d’organiser une veille en ligne sous la bannière « Reconnectons Julian ». Oui, il faut le reconnecter par tous les moyens, mais d’abord le relâcher ! C’est plus important et plus urgent. Six ans d’emprisonnement, c’est trop pour un innocent !

Et qu’Hermès, le messager de Zeus, sous les traits de quelque associé de Trump ou d’un assistant de Corbyn, trouve l’oreille de Theresa May et lui dise, comme il l’avait dit à la nymphe Calypso : tu retiens le plus malheureux des mortels, mais son destin n’est pas de mourir ici, relâche-le sans attendre !

Israël Adam Shamir
22 juin 2018

Traduction : Maria Poumier

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review .

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Le Messie juif en Pologne http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-pologne/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-pologne/#respond Tue, 05 Jun 2018 00:11:10 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3419 Tapez “Pologne” sur Google, et vous trouverez: « La Pologne est un pays d’Europe de l’Est situé au bord de la mer Baltique qui est réputé pour son architecture médiévale et son patrimoine juif. »

Voilà comment Google caractérise la patrie des fiers Polonais. Pour un Polonais, cette définition est plus blessante que les trois partages successifs du pays. Pourquoi est-ce qu’ils s’arrêtent sur la Pologne, s’écrira-t-il. Pourquoi est-ce qu’ils mettent, pour le Royaume Uni : « Le Royaume-Uni, composé de l’Angleterre, de l’Écosse, du Pays de Galles et de l’Irlande du Nord, est un pays insulaire au nord-ouest de l’Europe. L’Angleterre, berceau de Shakespeare et des Beatles,

Pourquoi n’écrivent-ils pas : l’Angleterre est un pays situé sur une île de la Mer du Nord, réputé pour ses Rastas jamaïcains » ?

Je suis de tout cœur avec vous, mes amis polonais. C’est vexant de ne pas être connu pour les hauts faits de vos ancêtres, ni pour l’épée redoutable de Jan Sobieski qui sauva Vienne pour la chrétienté, ni pour Copernic le stellaire, pas plus que pour l’aimable muse de Mickiewicz et de Chopin, mais pour quelque chose de parfaitement marginal dans votre culture et votre histoire, en tout cas aussi marginal que les Rastafaris pour les Britanniques.

Les Russes et les Allemands ont dépecé vos terres par trois fois, mais ils n’avaient pas imaginé que votre seul titre de gloire résiderait dans le fait que vous étiez hospitaliers pour les juifs. Cette attitude tellement juive est typique de l’Amérique de notre temps, parce que les US sont devenus plus juifs que la Pologne ne l’a jamais été. Et voilà comment ils vous remercient de votre hospitalité, comme ils vous jetteraient une piècette humiliante.

Les juifs ont vécu en terre polonaise pendant des siècles, et ils vivaient fort bien, jusqu’à ce qu’ils déménagent en quête de meilleurs pâturages, en Amérique, en Allemagne, en Russie, en Israël. Mon père était citoyen polonais, et il chérissait ses souvenirs du pays et de ses habitants, et bien des juifs de cette génération en faisaient autant. Mais la Juiverie organisée a des idées bien différentes.

Le conflit entre les juifs et la Pologne a commencé avec des publications hostiles aux Polonais dans les médias US il y a quelques années. Les juifs ont commencé à pousser à bout les Polonais. Ils ont fait revivre les heurts des Polonais avec les juifs dans les années 1930 et 40, ce qui ne relève pas exactement de l’histoire  polonaise seule. Bien des nations se sont heurtées aux juifs, jusqu’au peuple de Gaza de nos jours.

La dernière émeute anti-juive, ou pogrom, en Europe, a eu lieu en Angleterre en 1947, et non pas en Pologne, et n’avait pas pour origine une haine irrationnelle, pathologique et illogique de l’Autre ; il s’agissait d’un acte haineux commis par des juifs, l’assassinat de deux soldats anglais, qui furent pendus à un arbre, ensuite piégé par une mine enterrée. Cependant, les juifs ne choisissent pas de rappeler ces troubles britanniques, ils passent leur temps à vous rabâcher leurs ennuis en Pologne.

Ils ont dit que les camps de concentration nazis avaient été édifiés en Pologne parce que les Polonais voyaient avec sympathie les plans des Nazis pour éliminer les juifs. De plus en plus souvent, ils se sont référés aux « camps de concentration polonais » au lieu de dire  camps de concentration nazis en Pologne, impliquant lourdement les Polonais dans une complicité d’Holocauste. Les Polonais ont répondu à cette salve d’abus en votant une loi qui interdit à quiconque de les accuser de collaboration avec les Nazis sous peine d’emprisonnement.

Les juifs étaient furieux et ont appelé à bafouer la loi à grand tapage au cri de « Holocauste polonais » (on peut s’en remettre à leur courte vidéo pour mesurer leur fureur). Il y avait à cela une raison pratique, pas seulement au niveau du discours. En faisant pression sur les Polonais, les organisations juives suivaient le schéma mis en œuvre auparavant avec les Suisses, opération couronnée de succès. Les fonds juifs abrités par des banques suisses depuis la guerre étaient fort réduits, mais les Suisses s’étaient exécutés, sous la pression, et avaient payé des milliards de dollars aux organisations juives. C’est le même racket qui a été prévu contre la Pologne.

Voilà pour la raison pratique, tandis qu’au niveau de la bataille du discours, les juifs avaient besoin de protéger leur copyright, autrement dit, de garder en main l’autorité pour décider et légiférer sur ce que fut l’Holocauste et qui en est coupable. L’exemple polonais, d’autres pourraient le suivre, les Américains, les Britanniques, tous ceux qui commencent à en avoir assez d’être accusés de n’avoir pas été capables de bombarder les voies de chemin de fer menant aux camps de concentration. D’ailleurs Donald Trump a déjà essayé de parler de ces millions de « victimes de l’Holocauste » non juives. Il fallait en finir avec cette Pologne rebelle.

La communauté juive organisée a appelé la Pologne à leur restituer toute propriété ayant appartenu à des individus juifs en Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale, et bien des juifs possédaient des tas de biens. Ils en étaient propriétaires en tant que citoyens polonais privés, naturellement. Dans la période communiste, nombre de propriétés polonaises furent nationalisées, de quelque confession qu’ils relevassent. La Pologne avait offert des dédommagements aux citoyens américains dont les biens avaient été nationalisés par le gouvernement polonais, et les US avaient indemnisé la Pologne pour toute autre réclamation additionnelle éventuelle.

Et voilà qu’ils ont décidé de rouvrir le dossier en réclamant des propriétés qui appartenaient à des juifs morts sans héritiers. Quand un propriétaire meurt sans avoir statué sur ses biens, ceux-ci reviennent à l’Etat. C’est la règle de base partout dans le monde, et les juifs polonais ne font pas exception à la règle. Si un citoyen polonais, Jan ou Moïse, ou même Ahmed meurt intestat, ses biens en Pologne vont à l’Etat polonais. Mais les juifs ne l’entendent pas de cette oreille. Ils disent que les biens intestats de citoyens privés juifs polonais devraient revenir en propriété aux juifs, concrètement aux organisations judéo-américaines.

Ce sont des entités qui ont déjà empoché des milliards, relevant de fonds allemands ; cet argent sert à payer de somptueux salaires à des officiels juifs, à édifier des monuments mémoriels à l’Holocauste et des musées dans le même sens unique, et permet aux juifs de financer de nombreux procès visant à renforcer leur hégémonie. Maintenant ils veulent soulager la Pologne de 300 petits milliards, soit 60% du PNB. Cela permettra certainement à bien des fonctionnaires juifs de vivre conformément au style qu’ils affectionnent.

Les US ont appuyé cette revendication, et depuis quelques jours, le S. 447, le « Justice for Uncompensated Survivors Today (JUST) Act » de 2017, a force de loi, dès lors que le président Trump l’a contresigné après que la Chambre des Représentants et le Sénat l’aient dûment voté, dans un élan de solidarité bipartisane. Si bien que les Polonais ne peuvent plus s’asseoir tout simplement sur cette prétention. Il faut qu’ils transfèrent le moindre bien qui aurait pu appartenir à un juif entre les mains des organisations juives américaines.

 

Si une semblable loi devait passer aux US, les organisations juives américaines hériteraient de Chomsky et de Unz, de Gilad Atzmon et de moi-même, d’Amazon et des fonds de Soros. C’est parfaitement délirant ; en quelques années à peine, les organisations juives deviendraient plus riches que Rothschild et Rockefeller ne l’ont jamais été.

Les organisations juives qui collectent le tribut sont également fort riches. Elles ont une sale histoire de fraude avec des douzaines de chefs d’inculpation ; elles dépensent beaucoup plus d’argent en salaires pour leurs gérants qu’en aide aux survivants nécessiteux. Norman Finkelstein a écrit un livre bien connu, L’Industrie de l’Holocauste[1], débordant de critique solide et d’indignation, sur les  seigneurs holocaustiques et leurs salaires annuels à un  demi-million de dollars, et leurs vastes hôtels pour la tenue de leurs conférences.

 

Personnellement, je préférerais qu’ils dépensent toutes leurs richesses mal acquises en salaires et en hôtels, parce qu’ils utilisent tout ce qui reste (nous parlons ici de milliards de dollars) pour construire un Musée de l’Holocauste dans chaque ville, afin d’offrir des garanties à des peintres, des écrivains, des metteurs en scène, des éditorialistes. Ils achètent ainsi des communautés entières. Ils maintiennent une cohésion entre les descendants de juifs par les cursus universitaires, par des écoles gratuites et des cantines gratuites. Et ils opèrent la dés-émancipation des juifs.

Le plus important et le pire, dans ce schéma (ou arnaque), ce n’est pas l’aspect financier. C’est la restauration de l’ordre féodal, lorsque les juifs étaient les sujets de la Juiverie, une entité qui avait quasiment le rang d’Etat, et qui couvrait de nombreux territoires. J’ai écrit à ce sujet:

 

“La simple existence d’une entité corporatiste connue sous le nom de ‘peuple juif’ (ou ‘Juiverie’, ou encore ‘les juifs’ est souvent niée. Il y a environ deux siècles, la Juiverie existait de façon aussi peu ambiguë que la France ou l’Eglise. Nos ancêtres étaient les sujets de cet Etat extraterritorial, un ordre autoritaire et semi-criminel, dirigé par des gens riches et des rabbins. Sa direction, appelée Kahal (mot hébreu signifiant communauté) prenait les décisions importantes, et les juifs ordinaires suivaient leurs orientations. La direction pouvait disposer de la vie et des biens des juifs, comme n’importe quel seigneur féodal. Il n’y avait pas de liberté d’opinion dans les murs du ghetto. Un juif rebelle pouvait être puni de mort. L’émancipation est arrivée, et le pouvoir du Kahal s’est trouvé brisé de l’intérieur et de l’extérieur. Les juifs se sont retrouvés en liberté et sont devenus citoyens de leurs pays respectifs. » [« Une Medina yiddish », essai inclus dans L’autre Visage d’Israël, 2003]

 

La liberté des juifs n’a pas duré trop longtemps : maintenant les juifs sont en train de redevenir sujets de la Juiverie, gouvernés par les organisations judéo-américaines. Ils veulent faire rétroactivement de tous les juifs des membres de la Juiverie mondiale, de façon à ce que leurs propriétés restent entre des mains juives s’ils meurent intestats. C’est la revendication d’un Etat, pas celle d’une église ni d’une communauté, ni d’une diaspora.

 

Voilà pourquoi, par-dessus les deux entités politiques que sont Israël et les US, une troisième entité émerge, la Juiverie, un quasi Etat, dont l’existence fait souvent l’objet d’un déni, mais dès qu’il est question d’argent, l’obscurcissement du code est hors-sujet. Les US ont décidé, en promulguant l’Acte 447, qu’un juif polonais n’a jamais été un citoyen polonais ; c’était un membre de la Juiverie, et ses biens devraient être retournés à la Juiverie, nullement à l’Etat goy polonais. Il s’agit d’une prétention extraordinaire, peut-être compréhensible dans un cadre moyenâgeux, à l’époque où les juifs constituaient une caste séparée, mais de nos jours c’est un signe de reconnaissance qui consacre l’ère du messianisme juif.

 

C’est la fin des Lumières, et les juifs, libéraux ou conservateurs, ont été transformés, de personnes libres et de citoyens de leurs pays respectifs, en sujets de la juiverie. Cela se fait sans le consentement des intéressés. Les juifs ordinaires ou extraordinaires n’ont pas manifesté leur accord, n’ont pas voté, n’ont pas exprimé leur consentement à ce virage. J’écris ces lignes avec le récent décès de Philip Roth à l’esprit. La Juiverie a raflé son héritage spirituel et matériel malgré le fait que sa dernière volonté était que ses funérailles soient exemptes de toute cérémonie religieuse juive, et malgré le fait qu’il détestait être qualifié d’écrivain juif, insistant sur sa qualité d’écrivain américain.

 

Cela ne date pas d’aujourd’hui: l’Allemagne a déjà reconnu la Juiverie (ou juifs mondiaux) comme sujet d’une loi internationale. « La Conférence sur les revendications matérielles juives ou Conférence sur les réparations, représente les juifs mondiaux dans la négociation pour l’indemnisation et la restitution en faveur des victimes de la persécution nazi et de leurs héritiers”. Et c’est le tour de la Pologne, maintenant, avant une liste de quarante pays prévus pour l’écorchement à vif, de l’Estonie au Maroc. Ils vont tous devoir reconnaître que leurs citoyens juifs étaient en fait des étrangers, des membres d’une entité étrangère. Autrement, ils vont se retrouver sur la liste noire de l’administration US.

 

En voilà, un retournement ironique de situation pour la Pologne. La Pologne est le pays le plus pro-américain et anti-russe de toute l’Europe. En Pologne, il y a des chars américains et des bases américaines, et des lanceurs de missiles américains ; la Pologne est la porte de l’Est et la base avancée de l’Empire. En cas de guerre chaude avec la Russie, la Pologne sera le maillon le plus nécessaire dans la chaîne de commandement occidental. Les Polonais ont même abattu les vieux chênes de la forêt primaire de Białowieża à la frontière du Belarus pour ouvrir la voie vers l’Est aux chars américains (en fournissant des explications diverses). La rapacité du lobby juif et la complaisance de la classe politique américaine vont désormais pouvoir achever ce que Poutine n’a pas su obtenir.[2]

 

A moins que… Les Polonais refont la même coûteuse erreur à chaque fois : s’allier avec l’Ouest contre la Russie. Et chaque fois, ils ont été trahis par leurs alliés occidentaux, et ont été contraints d’en payer le prix.

 

Tout le monde peut se retrouver trahi une fois, mais la Pologne a été trahie si souvent que les Polonais devraient revoir leurs présupposés. La Pologne n’a aucun avenir en tant que base avancée contre Moscou, mais cela n’est pas encore rentré dans la tête des Polonais.

 

Les juifs continuent leur offensive contre la Pologne. On va même déménager [3]un monument mémoriel polonais à New Jersey, malgré les objections des Polonais. Le maire de New Jersey a qualifié le porte-parole du Sénat polonais Stanislas Karczewski « d’antisémite bien connu, nationaliste blanc et négationniste de l’Holocauste, dépourvu de toute crédibilité » et qui « tente de réécrire l’histoire du rôle de son pays dans un certain Holocauste ».

 

Dans la bonne société, on tolère les références au “lobby israélien”; cependant, la toute nouvelle Loi JUST n’a rien à voir avec Israël. La force qui réussit à imposer tout cela, c’est le lobby juif, c’est tout simple, et c’est indéniable.

 

La loi pour escroquer la Pologne répond à la vieille question de savoir si les intérêts impériaux des US et ceux du lobby juif US coïncident. La destruction de l’Irak, et de la Syrie, assortis du soutien aux Saoudiens, relevait des intérêts israéliens, c’est sûr, mais il y avait matière à débat quant à l’intérêt américain dans l’affaire. Nous nous trouvons maintenant dans un cas patent où le lobby juif américain a agi contre les « intérêts impériaux » américains, et nous constatons que l’establishment politique américain au complet a accepté les exigences du lobby, et fait de ce superpouvoir le plus puissant appui pour les juifs.

 

La signification spirituelle de ces évènements

 

(Attention, si vous avez une solide aversion pour les débats religieux et spirituels, sautez ce qui suit.)

 

Pourquoi est-ce que je parle du Messie juif, de qui s’agit-il ? J’ai écrit en long et en large sur la question dans mon livre Pardès.[4] Le Messie pour les juifs ce n’est pas une personne, mais une force spirituelle. C’est l’esprit de la Juiverie. Je l’ai appelée Juiverie ou Yisraël, par opposition à Israël. Yisraël est son propre Messie, c’est le point de vue des cabbalistes juifs. Le Messie juif, l’esprit de Yisraël, rend le monde parfait pour lui-même. Et nous entrons en ce moment dans sa période de domination. Quand il siègera dans le Temple sur le Mont Moriah, ce contrôle deviendra parfait, ce qui ne veut pas dire merveilleux pour les juifs individuellement et encore moins pour les Gentils pris séparément.

La prophétie dit qu’il sera détrôné et remplacé par le Christ, ou Messie chrétien, le véritable Sauveur et Dieu. C’est pour cette raison que le Messie juif est appelé l’Anté-Christ ou Anti-Christ, celui qui vient avant (comme on dit antipasti ou ante meridiem) et contre le Christ. Dans la mesure où le Messie juif est l’Anti-Christ, le Christ est anti-sémite. Ce qui signifie non seulement contre, mais précédent, parce que le Christ est relié à Melchisédech, en tant que « prêtre à jamais dans l’ordre de Melchisédech” (Ps. 110 :4) ; et Melchisédech avait précédé Israël, car c’est un Fils d’Adam.

 

Ce titre de Fils d’Adam, ou Fils de l’Homme, c’est l’un des titres du Christ, le vrai Messie, tandis que le Messie juif revendique le titre de Fils d’Abraham et de Fils d’Israël. La Juiverie nie le Christ, c’est là la signification essentielle de son existence. Alors que bien des juifs du temps de Jésus le suivirent en « Israël », c’est-à-dire en l’Eglise, une autre partie, Yisraël, ou la Juiverie, l’a combattu, a causé sa mort, et a poursuivi sa bataille contre Lui après sa résurrection.

 

Nous assistons à la victoire de Yisraël, malgré le fait que la prophétie affirme qu’il sera vaincu par Israël et le Christ. Les juifs nient que Melchisédech ait été anti-sémite : ils disent qu’il est Sem, le premier sémite, et qu’il a cédé sa prêtrise à Abraham et à Aaron dans certains cas. Selon le point de vue chrétien que je partage, Melchisédech n’a pas renoncé à son rang de prêtre, il a reçu le tribut d’Abraham, et l’a béni, mais cela n’a en rien diminué son rang antérieur de prêtre et descendant d’Adam.

 

J’ai déjà traité ailleurs de la prétention juive à être Adam à eux seuls, autrement dit à être les seuls enfants humains du premier homme. C’est une prétention fausse, c’est la source et la raison de la révolte de Yisraël contre Dieu et contre son Christ. Nous tous, et pas seulement les juifs, sommes pleinement les enfants humains du premier homme et plus que cela, par la vertu de la Communion que nous recevons, communion dans le sang et le corps du Christ. Cette ascension de l’Anti-Christ juif avait été annoncée ; il est quand même ahurissant d’en être les témoins. Je pensais que c’était une allégorie, une parabole, une fable ; mais c’est aussi réel qu’une tasse de thé.

[1] Quelques exemplaires de la toute première édition privée de l’ouvrage, en traduction française par Marie Bourhis, sont disponibles sur http://plumenclume.org/home/47-l-industrie-de-l-holocauste.html, au prix de 16 euros. Edition augmentée de notes, Avertissement, Annexes.

[2] Ils avaient soutenu l’invasion de la Russie par Napoléon. Ils ont refusé les offres russes avant la guerre en vue d’une alliance contre Hitler. Ils avaient préféré, en janvier 1934, s’allier avec Hitler contre la Russie, et en 1938, ils se sont joints au démembrement de la Tchécoslovaquie par Hitler, bloquant les plans russes pour sauver les Tchèques. Après quoi, ils se sont alliés avec la France et l’Angleterre, mais en tous les cas contre la Russie. Même en août 1939, la Pologne rechignait à recevoir la moindre assistance russe qui aurait pu metre un frein à l’invasion hitlérienne. L’Angleterre et la France ont déclaré la guerre à Hitler lorsqu’il a a envahi la Pologne, mais c’était une guerre « pour rire ». Ils n’ont rien fait pour sauver la Pologne. Ils ont saigné la Pologne à la bataille de Monte Cassino. L’Ouest a poussé les Polonais à se soulever contre les Allemands en 1944, dans l’espoir de ré-instaurer une Pologne russe à nouveau, mais n’ont rien fait quand les rebelles se vidaient de leur sang (enfin, pas exactement, car ils se sont plaints que les soldats russes ne veuillent par mourir pour eux). En 1945, les alliés occidentaux ont été d’accord pour que la Pologne passe sous contrôle russe.

[3] Il s’agit d’un monument rappelant le massacre de milliers d’officiers polonais à Katyn sur ordre du NKVD ; on explique, sur la stèle, qu’il s’agit de la Russie soviétique poignardant dans le dos un héros polonais. Ce projet de déménagement a fait l’objet de vives polémiques. C’est Laurenti Beria qui dirigeait le NKVD, et dont voulait se débarrasser Staline, selon Wikipedia : « En 1953, alors que Staline a déjà programmé son élimination en montant de toutes pièces un « complot mingrélien », la mort du dictateur le sauve in extremis. » Puis, « Quelques mois plus tard, alors qu’il est premier vice-président du Conseil des ministres de l’Union soviétique et prépare sa prise du pouvoir, il est piégé par les autres membres du Politburo à l’occasion d’une réunion de routine au Kremlin, arrêté et exécuté ». Beria était réputé pour sa cruauté, et pour avoir « joué la carte juive ». (ndt)

[4] L’essai Pardès est inclus, en version intégrale, dans le volume La Bataille du discours, disponible au prix de 20 euros à l’adresse suivante http:/plumenclume.org/home/23-la-bataille-du-discours-1643926114364.html

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Original publié sur Unz Review

Traduction: Maria Poumier

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Le Messie juif en Angleterre http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-angleterre/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-juif-en-angleterre/#respond Sun, 27 May 2018 00:21:59 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3424 Non, la fraîchement promue duchesse du Sussex Meghan n’est pas juive. Elle a été mariée à un producteur juif (@hertoo!), mais c’est tout. Néanmoins le cri « Le Messie est arrivé » a résonné dans toute la communauté juive, parce qu’ils étaient bien partis pour la victoire. Ils ont prouvé au tribunal qu’un juif mort vaut mieux qu’un Anglais mort, et qu’il faut discriminer en faveur du juif. Encore un exploit au royaume du Messie juif !

La chasse aux antisémites a éclipsé la chasse à courre dans la catégorie des sports sanglants. Ken Livingstone, l’ex-maire très populaire de Londres, qui a milité toute sa vie au parti travailliste, a été chassé de son parti pour ses points de vue anti-israéliens, et réputés  antisémites. C’est une grosse victoire dans une campagne plus large contre Jeremy Corbyn, le dirigeant travailliste, chassé par les Amis d’Israël, en tant qu’antisioniste déterminé qui s’est distingué dans son soutien aux Palestiniens et à d’autres mouvements de résistance.

Il est aussi pour un raccommodement avec la Russie, et la BBC en a rajouté en le présentant avec un grand bonnet d’hiver russe devant une église russe, pour bien montrer que c’est un agent russe. Son fils Tommy a « liké » un lien de Facebook vers un de mes articles figurant sur un site palestinien, et cela a été dûment rappelé comme preuve des tendances antisémites de son père.

Livingstone, c’est un joyeux drille, un dur à cuire, qui n’a pas sa langue dans sa poche, et qui est très populaire, un véritable atout pour le parti travailliste de Corbyn. Et voilà que Corbyn a refait la même erreur que Donald Trump, qui lui aussi avait  accepté de laisser tomber ses meilleurs soutiens aussitôt qu’ils avaient été accusés de bafouer les règles du Politiquement correct, et d’antisémitisme.

La Jewry organisée déteste Corbyn et Livingstone, et pas seulement pour leurs postions à l’endroit de la Palestine/Israël. C’est un indicateur de politique. La communauté juive organisée, à la différence des juifs ordinaires, juifs par accident, est un corps politique qui agit contre les travailleurs de l’Angleterre et pour eux-mêmes, c’est-à-dire pour les propriétaires terriens et les mécènes fortunés. Ils votent habituellement conservateur, et s’ils soutiennent les travaillistes, ils les font plier dans un sens blairiste. Le travaillisme façon Blair est un mouvement pro-juif, compatible avec les conservateurs. Blair a embringué l’Angleterre dans la guerre d’Irak et a accentué la destruction des classes laborieuses britanniques mise en route par la Dame de fer Margaret Thatcher.

Or ni Corbyn ni Livingstone ne sont blairistes. Ils sont contre les guerres, contre l’Otan, contre la vente d’armes à Israël et à l’Arabie saoudite. Corbyn a été parmi les rares voix raisonnables pendant l’accès de folie   lors de l’affaire Skripal. C’est pour cela que la communauté organisée veut se débarrasser de lui ; et l’antisémitisme est leur arme favorite.

Une fois que Corbyn sera maté, la Guerre froide avec la Russie deviendra plus froide, bien plus froide, ou bien brûlante, par le jeu de la dialectique. Plus de Yéménites et de Palestiniens seront abattus par des armes britanniques, et l’argent britannique ira au réarmement nucléaire, au lieu de restaurer les services de santé. Il est bien triste que Corbyn les ait autorisés à chasser Livingstone ; il a perdu un allié et il a donné un signe de faiblesse.

Ce n’est pas le premier. Corbyn est faible avec les juifs, et c’est son talon d’Achille. Jeremy Corbyn a accepté que les Anglais morts sont inférieurs aux juifs morts, et c’est pire que le départ de Livingstone (ajoutons pour garder l’équilibre que c’est la règle du royaume tout entier, aussi).i

En Angleterre, c’est le coroner, le médecin légiste, qui délivre le permis d’inhumer les cadavres, et cela prend du temps, en général. Les juifs ne veulent pas attendre avec les gens du commun, même après la mort. Ils demandent à être enterrés aussitôt, tandis que les non juifs peuvent avoir à attendre une semaine ou plus. Bien des coroners jouent le jeu, mais l’obstinée du quartier nord et de gauche de Londres, une certaine Mary Hassel[1], a décidé d’appliquer la règle « premier arrivé premier servi ». Selon ses propres termes, « aucun décès ne sera prioritaire par rapport à un autre ». Pour elle, un juif mort n’a pas la priorité face à un Anglais sur le chemin du cimetière. Cela semble juste, comme un rappel de la loi « tous égaux devant la faucheuse », mais cette égalité est opposée à la tradition juive.

La loi juive postule qu’un chien vaut mieux qu’un goy. Ceci a été statué par l’autorité directrice, Rashi, (le rabbin Shlomo Itzhaki, exégète du XI° siècle) dans son commentaire  au Livre de l’Exode, 22:30. Il faut préférer le chien à un goy, disait-il dans un débat sur la règle à suivre pour disposer d’une viande non cachère. Et nous avons là l’original avec une traduction moderne juive en anglais.

[“On peut jeter la viande aux chiens”. Mais peut-on alors vendre la charogne à un goy ou faut-il la donner à un chien, tel est l’enjeu.] La traduction adoucit le message en ajoutant “bénéficier d’une préférence dans ce domaine”, là où l’original dit brutalement qu’un chien “vaut mieux que lui [le goy] ». La traduction propose « païens », alors que l’original dit crûment « goy ». Avec une telle attitude, il est évident que les juifs n’ont pas à se gêner pour prendre la place de non juifs dans la file d’attente du coroner.

Mais voilà que l’affaire prend un tour à peine croyable. Un médecin légiste doit tenir compte des sensibilités juives. S’ils n’ont pas envie d’attendre, ne les faites pas souffrir d’avoir à attendre, car il est « contraire à la loi, irrationnel et discriminatoire » de refuser de discriminer en faveur des juifs. La décision ahurissante (et à mon avis extrêmement vexante pour un goy mortel ordinaire qui est obligé d’attendre des semaines avant de pouvoir se faire enterrer) a été prise par un juge du nom de Lord Justice Singh, et louée par l’instance supérieure, Lord Mayor Sadiq Khan.

 On pourrait grommeler sur ces Indiens qui importent leurs idées de castes dans la juste Angleterre, mais il n’y avait pas de raison de se presser, pour les juges autochtones, et pour passer outre un Singh. Et malheureusement Jeremy Corbyn a approuvé la décision, avec ces paroles : « la Haute Cour saisie dans ce cas est bienvenue et sera d’un grand secours pour les juifs qui ont souffert d’une anxiété significative et superflue». Pire encore : avant que l’affaire soit traitée par la Haute Cour, Jeremy Corbyn écrivait à la juge Hassel pour lui demander de reconsidérer la situation. 

 

Peut-être avaient-ils raison ? Les juifs disent qu’un enterrement urgent relève d’un devoir religieux. C’est vrai, mais il en est de même pour le devoir de tuer un juif baptisé comme moi ; c’est un devoir religieux de tuer un pareil apostat, même le jour de Kippour ; néanmoins les juifs se débrouillent habituellement pour échapper à cette obligation. Pour en rester à des choses plus douces, un juif n’a pas le droit de manger du pain boulangé par un non juif (נוכרי פת), mais la grande majorité des juifs transgressent cette prohibition. Il y a des centaines de lois juives et de prohibitions que les juifs n’observent pas si elles ne peuvent pas être suivies. Il est possible de ménager la loi juive en faisant appel à un autre précepte, celui de maintenir la paix avec les voisins (שלום דרכי), et il est bien évident que de passer en force avant ses voisins fragilise vos bons rapports avec eux.

Les juifs disent qu’ils font cela pour les musulmans. Mais Mary Hassel a été traînée devant le tribunal par les juifs, et non par des musulmans. Les juifs se servent souvent des musulmans comme d’un alibi : au lieu de dire : « nous n’avons pas envie de voir des sapins de Noël », ou « nous n’avons pas envie d’entendre sonner les cloches de l’église », ils disent : « c’est offensant pour les musulmans ». C’est offensant pour les musulmans d’être enfermés à Gaza, mais ça ne les atteint pas, les juifs, dans ce cas, la souffrance des musulmans. Ce prétexte n’est qu’un exercice dans la futilité.

Jeremy Corbyn, l’homme qui a voulu faire plaisir aux juifs, est un véritable appeau pour les chasseurs d’antisémites. Je n’essaie pas de le critiquer, parce que c’est un homme politique qui opère dans une Angleterre qui a le privilège de sa Haute Cour, de son Parlement et de ses médias monopolistiques.

Rien ne va pouvoir l’aider, rien ne va venir au secours du peuple britannique, tant qu’ils ne se libèreront pas eux-mêmes de cette vassalité envers les juifs.

Malgré ses efforts pour plaire aux juifs, lors d’un programme populaire à la télé “L’ordre du  nouveau monde”, Frankie Boyle, femme de gauche, a attaqué Corbyn pour sa « crise antisémite », pendant la semaine où les juifs ont commis le massacre de Gaza. Son action obscène avait été analysée et trouvée bien malheureuse par Jonathan Cook, le merveilleux journaliste britannique qui réside à Nazareth, la ville de l’Annonciation. Il a écrit : « La semaine même où les Palestiniens avaient besoin d’un soutien tonitruant, et d’une condamnation éclatante d’Israël, vous avez sorti des allégations frelatées de « crise » d’antisémitisme au parti travailliste précisément désigné (que vous le compreniez ou non) pour empêcher la critique d’Israël. C’est une trahison du peuple palestinien au moment où ils ont le plus besoin de nous. »

C’est aussi une trahison du peuple britannique, ou devrions-nous dire, une façon d’inaugurer le royaume du Messie juif?

 

[P.S. sur le site Unz Le jour même où cet article est publié (quelle frappante coïncidence), on a entendu résonner un autre grand pas en avant du Messie juif en angleterre. Une chanteuse a été condamnée pour s’être moquée d’Elie Wiesel. Le juge a dit qu’elle irait en prison ; on verra dans un mois la décision finale. Il s’agit d’Alison Chabloz [[la presse française tarde à nous mettre à jour sur cette affaire. Sa chanson incorrecte est censurée sur youtube en France. Se reporter pour le moment à Jewish Chronicle]]. “Elle est là, la ligne qui sépare la liberté d’expression et les dangereuses incitations à l’antisémitisme” [sic]. Il y a quelques années, l’Angleterre a dé-pénalisé les parodies du God save the Queen, maintenant une artiste va être envoyée en prison par les (((survivants))) pour crime de lèse-majesté, et cela va être inscrit dans la jurisprudence. La majesté a changé, on est passé de Windsor roi des goys au Messie roi des juifs. L’interrègne aura duré 70 ans pendant lesquels on pouvait se moquer des deux dynasties, le temps que l’ancienne s’effondre et que la nouvelle se mette en place.]

Traduction: Maria Poumier ; Israel Shamir peut être joint sur adam@israelshamir.net

Publication originale: The Unz Review.

 

[1]  “La Haute Cour britannique a ordonné à un médecin légiste de Londres de respecter les croyances religieuses de la famille d’une personne décédée lors de la détermination de l’ordre de priorité des enterrements. La médecin légiste supérieure Mary Hassell avait annoncé qu’elle ne donnerait pas la priorité aux enterrements juifs et musulmans sur les autres, bien que la loi juive et la loi islamique exigent que les corps des défunts soient enterrés le plus tôt possible après la mort, idéalement le même jour. Vendredi dernier, la Haute cour a qualifié la politique de « hiérarchie » de Hassell de politique « injustifiée », « irrationnelle » et « discriminatoire », selon le journal londonien Jewish Chronicle. Hassell est l’officier de police judiciaire chargé d’enquêter sur les décès par mort violente ou par accident principal du bureau du coroner de St. Pancras au centre de Londres. Sa juridiction couvre la plus grande zone de juifs orthodoxes haredi en Europe et la plus grande communauté musulmane du Royaume-Uni. L’Adath Yisrael Burial Society (pompes funèbres juives) basée à Londres, a poursuivi Hassell devant les tribunaux, l’accusant d’infliger une « détresse généralisée » parmi les deux communautés religieuses. « Le défaut fondamental de la politique actuelle adoptée par l’accusée est qu’il ne parvient pas à atteindre un équilibre, et encore moins un juste équilibre », a écrit Lord Justice Singh. « Ce qui, à première vue, ressemble à une politique générale qui s’applique à tous peut également se faire au détriment d’une minorité. En d’autres termes, traiter tout le monde de la même manière n’est pas nécessairement traiter également. « L’uniformité, ce n’est pas la même chose que l’égalité », a-t-il ajouté. Le Jewish Chronicle a rapporté en décembre qu’une femme avait passé 210 coups de fil au bureau du coroner de St. Pancras avant de s’entendre dire que son père serait enterré quatre jours après sa mort. Une autre famille a été informée qu’il faudrait attendre deux semaines avant d’effectuer une autopsie pour pouvoir effectuer l’enterrement. Après une réunion avec Hassell en janvier, les dirigeants juifs ont appelé à sa récusation. Suite à la décision du tribunal, Marie van der Zyl, vice-présidente du Conseil des députés de la communauté juive britannique, a demandé à Hassell de démissionner si elle ne pouvait se conformer à une politique qui permettait un traitement préférentiel des Juifs et des Musulmans. « Elle a déjà dit qu’elle estimait que ce n’était « pas juste » de faire usage de sa discrétion pour prioriser [les enterrements] dans le but de défendre la liberté religieuse des diverses communautés qu’elle est censée servir. Si elle ne peut pas assurer son rôle fondamental, elle doit quitter son poste », a déclaré Zyl, selon la BBC.”

https://fr.timesofisrael.com/gb-les-pompes-funebres-de-londres-donneront-la-priorite-aux-juifs-et-musulmans.

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Le Messie est arrivé http://www.israelshamir.com/french/le-messie-est-arrive/ http://www.israelshamir.com/french/le-messie-est-arrive/#respond Mon, 21 May 2018 23:42:55 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3410 Peut-être bien que le Messie juif est déjà là, même si nous ne l’avons pas vu venir ? Tous les rêves et vœux juifs se sont réalisés à la mi-mai. Enfin, presque tous. Deux grands dirigeants mondiaux ont rivalisé de bienveillance envers les juifs, tandis que les Israéliens ordinaires rigolaient comme jamais en s’entraînant au tir sur des Gazaouis désarmés, ou au moins en applaudissant les meilleurs tireurs. Les Iraniens ont grincé des dents mais n’ont rien fait. Le Congrès US a estimé que les Polonais devaient payer aux juifs un tribut de 300 milliards de dollars.  Et une donzelle excessivement désagréable, [une certaine Netta Barzilai], juive, a été couronnée sur la scène des arts européens. Au passage, elle a assuré que la nouvelle capitale d’Israël, Jérusalem, serait le siège d’un rassemblement international exceptionnel l’année prochaine.

Si vous pensez qu’une retombée quelconque de cette bienveillance pourrait vous échoir et améliorer votre sort, réfléchissez-y à deux fois. Personne ne vous a promis un lit de roses. Le Messie juif, c’est bon pour les juifs, mais les non-juifs auront juste à travailler plus et à se préparer à la vengeance divine. Il y a des débats, pour savoir si ce sont tous les goys qui seront frappés ou si quelques-uns resteront en vie afin de payer pour leur rachat. Quoi qu’il en soit, la bienveillance envers les non-juifs n’est pas un chapitre  brûlant dans cet arrangement.

J’avais de grosses appréhensions au début du mois. Le programme semblait effrayant. Les Iraniens s’étaient installés en Syrie, les Russes étaient prêts à équiper la Syrie de leurs meilleurs S 300 (un système plus fiable que le nouveau et quelque peu féérique S 400). Les Palestiniens envisageaient de manifester pour le 70° anniversaire de leur Nakba, qui tombait juste avant le déménagement de l’ambassade US à Jérusalem et le début du Ramadan. Une guerre avec l’Iran et le Hezbollah, des troubles dans les territoires palestiniens, la perte du droit que Dieu nous a octroyé de survoler et de bombarder tout le monde au Moyen Orient, ces dangers pléthoriques s’étaient accumulés en cette première moitié du mois de mai. J’ai beau être particulièrement critique, l’ultime destruction de la Terre bien aimée ne fait pas partie de mes rêveries intimes.

Les gens prudents marcheraient sur des œufs, et prendraient toutes leurs précautions, car ils préféreraient minimiser leurs risques dans une situation semblable, mais les juifs font tout pour les maximiser, ces risques. Si nous devons avoir des ennuis, mieux vaut que ça se passe tout de suite, pour en finir une fois pour toutes, a dit Netanyahou. Et toutes les choses quelque peu problématiques, l’accord sur le nucléaire iranien qui s’effondre, l’anniversaire de la Nakba, le déménagement de l’ambassade US à Jérusalem, la confrontation en Syrie, le début du Ramadan, tout s’est abattu d’un seul coup. L’Israël a réussi à passer au travers, haut la main. Ouf, on n’a pas eu de grosse guerre.

Palestine 

Certes, il y a eu soixante Palestiniens descendus, juste le nombre de ceux qui avaient été martyrisés lors du massacre de Sharpeville. Mais quelle différence ! L’Afrique du Sud était devenue un Etat paria du jour au lendemain, et la campagne globale pour démanteler l’apartheid avait commencé sérieusement. Le massacre de Gaza a été blanchi par les médias obéissants et régnants, a fait savoir RT. Cet évènement a prouvé une fois de plus que les médias de masse et les réseaux sociaux qui font le tour du monde sont bien tenus en main par les juifs, une main invisible mais ferme. Gouvernements, partis, diplomates pouvaient rouspéter, et ils ne s’en sont pas privés, mais le public en général a été tenu à l’écart du dit massacre.

Le système mondial de l’information de masse a beaucoup changé depuis 1960. Il y a une incroyable abondance d’information, on assiste à une véritable inondation qui nettoie tout. Les gens pensent seulement à ce qu’on leur raconte le jour même, et les campagnes de masse sont produites par les médias et les groupes de réflexion, elles ne produisent rien par elles-mêmes. On bassine les gens jour après jour avec par exemple l’Holocauste, ou les atrocités d’Assad, ou l’ingérence de Poutine, de sorte que cela leur reste présent à l’esprit. Au moment où on passe à un autre sujet de campagne, les alertes et le problème sombrent dans l’oubli, totalement, comme l’affaire Skripal a été oubliée aussitôt qu’elle a eu fini de se déployer. Maintenant, Skripal fait l’objet d’une disparition pour le compte des Services secrets britanniques, et c’est quelque chose qu’on ne mentionne nulle part, en dehors de cette publication-ci.

Et le massacre de masse à Gaza est déjà en train de passer à la trappe. Ils voulaient rappeler au monde qu’ils sont enterrés vivants dans la tombe qu’est Gaza, et maintenant les voilà morts. Les gens de Gaza sont enfermés là depuis 70 ans ; ces douze dernières années ont été les pires, car  la Bande de Gaza se retrouve assiégée par Israël depuis qu’ils ont voté pour le Hamas. Gaza est pratiquement invivable, car Israël a bombardé sa centrale électrique, ses équipements pour l’assainissement, son port et son aéroport. Ils ne peuvent même pas pêcher, parce que les garde-côtes tirent machinalement sur les bateaux de pêche. Ils peuvent voir leurs maisons et leurs champs raflés simplement parce qu’ils ne sont pas juifs, et ils ne peuvent même plus y accéder. Expulsions, expropriations, emprisonnement de trois générations, et le siège par-dessus, voilà un péché juif tout à fait unique.

Peut-être que l’Holocauste aura été une punition divine pour le traitement juif de Gaza, dans la mesure où pour Dieu, la séquence temporelle ne compte pas. Dans la Torah, il n’y a pas d’évènements antérieurs ou postérieurs, בתורה מאוחר ואין מוקדם אין, enseigne le Talmud, et c’est vrai. On peut être puni pour des péchés pas encore commis, et s’ils ne doivent pas être commis finalement, la punition elle-même s’en trouvera annulée. Si les juifs ne torturaient pas Gaza, il n’y aurait pas d’Auschwitz.

Gaza est une noble place malgré la dévastation. Dans bien des pays, les enfants des dirigeants deviennent milliardaires. La fille du président de l’Angola est la femme la plus riche d’Afrique : elle est le seul fournisseur d’accès à la téléphonie mobile dans ce pays exportateur de diamants. Mais il y a une autre tradition, celle des enfants de dirigeants qui sont les premiers à aller à la guerre. C’est la tradition de Gaza. Parmi ceux qui ont été descendus par les as de la gâchette israéliens, il y avait trois enfants de dirigeants de Gaza.

Le fils de l’ex-premier ministre de Gaza, Ismaël Haniyeh, Maas, s’est retrouvé parmi les blessés graves. Ahmed al-Rantisi, fils d’Abd el Aziz al-Rantisi, fondateur du Hamas, a été tué. Son père, qu’on appelait le lion de Palestine, avait été assassiné par les juifs en 2004 ; un hélicoptère armé avait tiré un missile sur sa voiture dans le centre de Gaza, le tuant lui et ses gardes-du-corps, et blessant les passants. Et son fils vient de prendre sa suite. Izz al-Din al-Sammak, fils de Musa al-Sammak, dirigeant du Hamas, a été tué, et il n’avait que quatorze ans.

Au total, plus d’une centaine de garçons et de jeunes hommes, la fleur de la Palestine, ont été moissonnés dans ces manifestations pacifiques d’avril et mai. Un objectif de cette frénésie de meurtre était de montrer que la résistance non-violente est futile. C’est plus excitant de tuer un opposant armé, si on est bien mieux armé soi-même. Quand on tue quelqu’un qui est sans armes, évidemment ce n’est pas comme une partie de cricket, mais c’est le genre de considération qui n’a jamais retenu un juif.

La raison à cela réside dans le doute sérieux sur l’humanité des non-juifs, qui se trouve installée au centre de la Weltanschaunng religieuse juive. Un bon Israélien qui condamne les tueries de Gaza est très probablement un végétarien qui s’oppose aussi au meurtre des animaux. Ce genre de braves Israéliens sont souvent anti-mâles, et préfèrent faire usage d’un nom féminin, comme l’association Zochrot  [centrée sur la compassion]. Ces gentils Israéliens sont en général anti autochtones, et soutiennent l’immigration sans limites des Africains en Palestine. Les gens de cette espèce ne sauraient être nombreux, et effectivement, ils ne le sont pas.

Et quant aux autres juifs, ils ont retenu la leçon du protagoniste de Matrix, Neo (Keanu Reeves) à qui on avait appris à ignorer les dangers évidents, en tant que maya, un mirage créé par la Matrix, si bien qu’il sautait du haut des gratte-ciel et qu’il esquivait les balles. Les juifs ont apparemment une attitude comparable dans leur rapport au réel. Un jour cela ne marchera pas, ce qui les étonnera beaucoup, mais cette fois-ci, ça a marché.

Le transfert de l’ambassade US avait été décrit comme la raison principale du bain de sang. Et pourtant, c’est dans la ligne de ceux qui fraternisent autour du mot d’ordre  « @ Trump au trou». Cette décision qui déborde de méchanceté a fait beaucoup de bien, car elle a ruiné la fiction soigneusement nourrie des US comme intermédiaires honnêtes. Très peu de Palestiniens se sont émus de la décision de Trump, quelques douzaines de gens ont manifesté contre, à Jérusalem et ailleurs, tandis que la manifestation monstre ne s’adressait pas à Trump, comme décrite ci-dessus. Ce n’est pas Trump qui a décrété le siège de Gaza, ce n’est pas Trump qui a chassé les Palestiniens de chez eux, ce n’est pas Trump qui a perpétué la Nakba, la catastrophe palestinienne. Trump a saboté les tactiques machiavéliques du Département d’Etat et il a rendu la tâche bien difficile aux faire-valoir arabes qui veulent marcher dans les pas de Washington, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

L’Iran

L’Iran, c’est un grand pays très éloigné, et il n’y a pas de raison pratique pour qu’Israël se querelle avec ces gens-là. Mais l’Iran est le dernier et le seul pays au Moyen Orient qui n’est pas assujetti par l’hégémonie juive. Netanyahou a fait de son mieux  pour que les US se jettent sur l’Iran avec un appât style Colin Powell. Les juifs ont pris le pas sur Trump pour faire sortir son pays de l’accord nucléaire signé par six puissances, et après cela, au moment le plus tendu, Israël a bombardé des bases dites iraniennes en Syrie : et il ne s’est rien passé. Les Iraniens, indignés et consternés, continuent d’être soumis aux lois de la Matrix, et ils ne vont pas se mettre à sauter du haut des gratte-ciels ou à contrattaquer, pour avoir à affronter la fureur de Trump. Car ce président est un éléphant domestiqué, pour les juifs.

Le meilleur cadeau que le tout-Puissant ait fait aux juifs en cette saison, ce sont les boules fragiles comme du pain azyme du président Trump. Le Peuple élu l’a pris par les pétoches de bien des façons. Il a été surpris avec une femme de petite vertu, juste comme le président Clinton, et il a eu raison de redouter d’avoir à démissionner. En cet instant de gros malaise, il a décidé de se mettre à la merci des juifs, et de faire ce qu’ils lui demandaient.

Il a déchiré l’accord nucléaire avec l’Iran, exactement ce que lui demandait Netanyahou. Il a promis d’en rajouter avec des sanctions contre l’Iran jusqu’à ce qu’ils se rendent et remplacent leur régime par un autre plus amical avec l’Israël. Puis il s’est exécuté, conformément à la promesse qu’il avait faite de  déménager l’ambassade US à Jérusalem. Grand bien lui fasse…

Je n’aimerais pas être à la place de Trump. La façon juive d’apporter un secours à un dirigeant relève de la torture par l’eau: le dirigeant est autorisé à survivre, mais c’est tout. La logique juive marche comme ceci : si nous le sauvons, il va nous oublier et négliger nos souhaits ; il vaut donc mieux le sauver, mais le laisser patauger dans les périls. C’est ce qui est arrivé au président US. Les juifs, et même des Israéliens, se sont  stratégiquement installés entre Stormy l’allumeuse et le Cohen de Trump ; ils tiennent les étages supérieurs du bureau du procureur général Mueller et des positions solides au Congrès. Comme dans un simulacre de noyade, Trump reste menacé de couler, et il est bien obligé de satisfaire aux vœux de ses persécuteurs.

Israël va continuer à provoquer l’Iran, en espérant déclencher une guerre américano-iranienne. Cela va de soi. Si Trump est malin, il ne va pas frapper l’Iran. En fait, il devrait s’en prendre à la Gestapo de Mueller. Tant que Rohani est président de l’Iran, l’Iran ne va sans doute pas riposter aux provocations israélo-US, mais la position de Rohani est précaire. Les Iraniens ont le sentiment que Kim le Roi du Nord a mieux su gérer la menace américaine, et ils peuvent changer de gouvernement et se mettre à emprunter la ligne Kim. C’est Israël qui, en tant que base avancée de l’Empire US, peut se retrouver sous la menace.

Le meilleur, dans la politique iranienne de Trump, c’est qu’il a brisé le lien qui semblait impossible à rompre entre les US et l’Europe. Là où  Obama cherchait à colmater les divergences, Trump a élargi la brèche, et même les Européens dociles sont arrivés à la conclusion qu’ils doivent être un peu plus indépendants de Washington. Cela peut amener une déconnection entre les banques US et européennes, et permettre aux Européens de désobéir aux sanctions US contre l’Iran et contre la Russie. Ce processus n’est pas près de s’achever, mais il est en route. L’Iran, la Russie et les affaires européennes en seront les bénéficiaires, tandis que les US se retrouveront hors-jeu

La Turquie

La voix la plus forte pour s’élever contre la brutalité israélienne a été celle du président de la Turquie, Erdogan. Il a renvoyé l’ambassadeur israélien, a rappelé son propre ambassadeur, et a organisé une rencontre entre dirigeants des Etats musulmans pour se mettre d’accord sur la façon de traiter le problème israélien. L’indépendance par rapport à Israël était la marque de fabrique d’Erdogan depuis longtemps : il avait affronté Shimon Peres à Davos il y a des années, et la tentative de putsch récente contre lui avait aussi un certain soutien du côté d’Israël.

Si on est contre l’Israël, il faut aussi être contre les US, qui sont le plus grand Etat juif. Cela convient à Erdogan. C’est à cause de son animosité que pas un avion américain n’a décollé de la base turque de l’OTAN pour bombarder la Syrie. La bataille turque contre les séparatistes kurdes a fait échouer le projet US de rester en Syrie par tous les moyens, et maintenant on a des indices solides pour penser que Trump tente de fermer le robinet du financement de l’enclave rebelle dans le Nord-Ouest de la Syrie, autour de la malheureuse Idlib. L’Israël pourrait bien se retrouver face à une Syrie unifiée et reconstruite, perspective qui n’a rien pour lui plaire.

La Russie

Le président russe Vladimir Poutine aurait pu lancer un bâton dans les roues des Israéliens. Il est lourdement investi en Syrie, il a besoin des troupes iraniennes là-bas, parce que sans elles, il faudrait qu’il envoie l’infanterie russe pour déloger les rebelles islamistes des ruines des villes syriennes. Il avait été humilié par les US lorsqu’ils avaient attaqué des bases syriennes et des villes alors que les Russes étaient à leurs côtés. Son chef de cabinet avait annoncé que la Syrie aurait ses S-300, après quoi il a maudit les transgresseurs israéliens et américains.

Les Israéliens ont reçu la menace sans sourciller. Le ministre israélien de la défense Avigdor Lieberman a annoncé que les Israéliens dégageraient les S-300 (et jusqu’aux S-700, a-t-il ajouté) s’ils les trouvaient sur leur chemin. Et Netanyahou a fait un geste politique fort : il s’est envolé vers Moscou et a passé toute la journée du 9 mai avec le président russe.

Le 9 mai, c’est le Jour de la Victoire des Russes ; c’est devenu le jour férié le plus important et le mieux observé sous Poutine, tandis que les vieilles fêtes soviétiques se voyaient abandonnées au profit de la mise en place des nouvelles.

Le choix de ce jour férié n’était pas naturel : la guerre est un évènement lointain pour une grande majorité de Russes. Leurs alliés dans la guerre sont leurs adversaires à présent, les US comme la Grande Bretagne. La Seconde Guerre mondiale a été privatisée par les juifs, au moins dans l’opinion publique occidentale. Pour les Occidentaux, c’était une guerre pour les juifs et contre les ennemis des juifs. Il y a peu de références à la guerre où l’on ne retrouve pas une mention de l’Holocauste. Conscients de ces déficiences dans le récit dominant, les dirigeants soviétiques ne faisaient pas beaucoup de tapage autour du Jour de la Victoire.

Poutine avait besoin d’un jour férié pour unir le peuple, dans sa construction de la nation, pour coopter la majorité prosoviétique sans faire des groupes anti-soviétiques des antagonistes. Il avait choisi le Jour de la Victoire pour en faire un grand évènement, malgré ce qui pouvait clocher.

L’arrivée de Benjamin Netanyahou ce jour-là tombait bien, un vrai cadeau du Ciel, pour Poutine. Il tenait là l’homme qui allait pouvoir interpeller le Sénat US, savoir s’y prendre avec le président US, il arrivait, en chair et en os, Monsieur Juiverie mondiale personnifiée, pour venir appuyer le récit officiel russe sur l’histoire. Bibi a agrafé son ruban de Saint Georges orange et noir, l’insigne des patriotes russes et des loyalistes dévoués à Poutine, il a pris une affiche avec le portrait d’un héros de guerre (juif) et a marché aux côtés de Poutine lors de la parade  du Régiment Immortel. Poutine, reconnaissant, a reconnu l’Holocauste et a fait une déclaration d’amitié avec le peuple juif.

Netanyahou a payé son hôte en retour avec un tir de missile sur la Syrie, presque aussitôt. C’est un procédé typiquement israélien : lors de chaque rencontre au sommet avec les Russes, bombarder ses alliés afin qu’ils sachent bien à qui ils ont affaire. Ils ont bombardé la Syrie au moment où le jet du ministre de la Défense russe, Shoygu, était encore en plein ciel, entre Moscou et Tel Aviv où il se rendait.

Poutine a avalé la couleuvre, et a promis de se retenir de fournir des S-300 à la Syrie, malgré les paroles de son chef de cabinet. Peu après, Israël attaquait la Syrie en force ; selon Israël, ils s’en prenaient à des bases iraniennes ; selon les Iraniens, il n’y avait rien de tel, il n’y a aucune base iranienne ni troupes iraniennes là-bas. Quoi qu’il en soit, cette agression israélienne est restée sans réponse.

Depuis ce néfaste 9 mai, les médias russes traitent Israël avec une grande prudence. Même le massacre de Gaza n’a pas été l’occasion de beaucoup de condamnations dans les médias russes, quoique le ministère des Affaires étrangères russes ait condamné cet acte brutal. L’agence officielle d’Etat RIA a témoigné que les soldats israéliens avaient tiré sur des « individus particulièrement agressifs ». La deuxième agence de presse, TASS, a réduit au minimum ses rapports sur le massacre.

Les Russes au pouvoir n’aiment pas beaucoup l’Iran et les Iraniens, m’a dit un ami iranien. Alors que l’Iran aimerait acheter tout ce que les Russes cherchent à vendre, les Russes traînent des pieds. Le volume du commerce entre la Russie et l’Iran est du même ordre de grandeur que le commerce entre la Russie et le chétif Israël, soit moins de deux milliards de dollars par an. Israël a énormément de soutiens parmi les élites russes, les Russes vont visiter Israël par milliers, tandis que l’Iran est un partenaire non désiré.

Bref, les juifs ont surmonté leurs problèmes à la mi-mai 2018, et se sont fait reconnaître comme entité politique de poids à l’échelle de la planète Terre, au même niveau que les deux superpuissances, et par leur capacité de contrôle mental sur des milliards de gens. Le massacre de Gaza a fourni la preuve qu’ils peuvent tuer en toute impunité. Et pourtant, jusqu’à maintenant, les juifs ont toujours dépassé les bornes et attiré des calamités sur eux. Aucune raison de douter que cela arrive cette fois aussi. Nous allons y revenir, à propos de l’assaut juif contre la Pologne et en matière d’esthétique européenne, dès le prochain article.

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

http://www.unz.com/ishamir/the-messiah-is-here/

Traduction: Maria Poumier

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