French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Fri, 20 Apr 2018 22:35:26 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.5 Netanyahou, la traque http://www.israelshamir.com/french/netanyahou-la-traque/ http://www.israelshamir.com/french/netanyahou-la-traque/#respond Mon, 26 Feb 2018 19:11:29 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3364 Le meilleur Premier ministre que le pays ait jamais eu ; c’est ce qu’en disent ses nombreux supporteurs. Celui qui a tenu le plus longtemps, depuis ben Gourion, le fondateur de l’Etat juif ; il a été aux commandes plus longtemps que Vladimir Poutine. Mais apparemment, il est sur les rails pour suivre son prédécesseur le Premier ministre Ehud Olmert en prison. Olmert a été relâché il y a six mois à peine après un séjour en taule pour corruption et obstruction à la justice ; c’est son tour, maintenant, il va tâter de la portion congrue des prisonniers, à la place du champagne rose qu’il affectionne tant. A moins que …  ?

Cette histoire en boucle résonne de façon tout à fait familière aux oreilles américaines. Le chef de la police Ronny Alsheich a combattu Bibi aussi durement que Robert Mueller a combattu Trump, tandis que les médias israéliens se tenaient du côté de la police contre le premier ministre, tout comme le New York Times du côté du FBI. Chaque accusation a fuité jusqu’à sortir dans la presse bien avant la première comparution. Le public a été bombardé d’accusations, jour et nuit.  Ça ne s’arrête pas au Premier ministre, ça touche aussi sa femme, attaquée sans répit, une femme aux manières revêches et hargneuses.

Le modus operandi de la police israélienne ressemble fort aux méthodes du FBI. Trouver quelqu’un de plus faible, le mettre sous les verrous pour quelque bonne ou mauvaise raison, et le forcer à dénoncer son patron. Ce qui a  été fait à Manafort et à Gates, c’est exactement ce qu’ont subi Shlomo Kilber et Ari Harow.

Au bout du compte, la police est parvenue à obtenir du premier cercle autour  du ministre qu’il trahisse son bienfaiteur. Shlomo Filbert, directeur général des communications ministérielles a dû passer « deux nuits dans une cellule froide et puante en garde à vue », dit le journal Haaretz, et il a accepté d’incriminer Netanyahou.

Il m’est extrêmement difficile de plaider pour celui-ci. C’est celui qui a tué le processus de paix, qui a mis les Palestiniens en esclavage, qui torture Gaza, bombarde la Syrie et le Liban, a fait tout ce qu’il pouvait pour allumer la mèche de la guerre avec l’Iran. Cependant, il faut savoir qu’il y a une tradition juive de « l’apologia », autrement dit de la recherche de points positifs chez les pires.

On avait demandé à un rabbin de faire l’éloge de Theodor Herzl, le fondateur du sionisme, un personnage fortement détesté par les juifs orthodoxes de son temps. Il répondit : Herzl n’est jamais entré dans les WC en portant  des phylactères ; il n’a jamais étudié le Talmud le jour de Noël; et il ne se rasait pas le jour du sabbat. Ce sont autant d’agissements strictement interdits par la loi juive, et Herzl n’a commis aucune transgression de ces prohibitions (d’autant moins qu’il ne se rasait pas, n’étudiait point le  le Talmud et n’avait jamais, encore moins, porté des phylactères).

Un autre rabbin avait défendu Satan au sujet de sa persévérance pour tourmenter Job. Il disait : Dieu aimait Job, le goy épatant, et le préférait même à Abraham, le premier juif. L’intervention de Satan fit revenir la tendresse de Dieu sur  Abraham ; ce qui était une bonne action, dans la mesure où cela ramenait l’attention de Dieu vers le peuple élu. Après avoir entendu cela, Satan se précipita sur le sage rabbin, et baisa l’ourlet de sa robe.

Dans l’esprit de ces rabbins avisés, je vais tenter de dresser une petite liste de points positifs en faveur du susditPremier ministre.

* Il n’a point touché de pots de vin dans la moindre acception de cette expression. Ce n’est pas un corrompu, porté sur l’argent facile ; ce n’est pas un prêcheur fastidieux en la matière non plus certes, mais les hommes politiques le sont rarement.

* On l’accuse d’avoir pris du bon temps et d’avoir accepté les cadeaux du milliardaire israélien et ex-espion Arnon Milchan. Mais c’était exactement la chose à faire dans le cas d’un homme qui a produit des films pro-israéliens et fait   beaucoup pour l’Etat d’Israël. Tout autre Premier ministre israélien aurait agi de même, et apprécié ses cigares généreusement offerts et son bon whisky. Netanyahou a tenté de promouvoir une réglementation qui aurait pu bénéficier à Milchan, mais  ce décret aurait été profitable pour tout riche investisseur juif en Israël, pas seulement pour Milchan.

* Netanyahou est accusé d’avoir « aidé » les patrons des medias et de leur avoir demandé une couverture de presse favorable. Ceci ne me scandalise pas outre mesure : tout le monde en fait autant. Netanyahou avait le même problème que Trump : les médias lui sont universellement hostiles. Ils ne sont pas objectifs ; les médias ont tout fait pour avoir la peau de l’un et de l’autre, en répandant des mensonges ou en exagérant des transgressions mineures de leur part. Pour exercer le commandement de façon efficace, Netanyahou avait besoin d’une couverture positive, mais ils avaient des préjugés contre lui, et une hostilité  qui l’a forcé à user de ce subterfuge.

*  Il y a des quantités de ragots sans fondement relevant de la pingrerie, sur M et Mme Netanyahou: ils auraient grevé le budget de l’Etat avec leurs frais de bouche, et en surpayant leur électricien ; ils ont aussi rapporté les bouteilles vides consignées et se les sont fait rembourser, mais sans reverser la somme correspondante à l’Etat. Le procureur général en a raisonnablement conclu qu’il n’y avait pas de preuve qu’ils aient eu connaissance de ces minuties ménagères.

Des années plus tôt, une personne proche du Premier ministre avait sondé un candidat pressenti pour le poste de procureur général sur le cas de Netanyahou. Cela avait été présenté comme une tentative pour vendre ce poste élevé en échange de l’abandon des poursuites ; mais c’était une précaution raisonnable. Dommage que Donald Trump n’ait pas « sondé » Sessions sur la question du Russiagate avant de le nommer.

Conclusion, malgré beaucoup de bruit, il n’y a pas grand-chose de solide contre le Premier ministre, mais il a déjà été jugé par les médias, et déclaré coupable. Et pourtant, Bibi n’est pas encore inculpé, même si le chef de la police a recommandé de le traiter en prévenu. La décision relève du procureur général. Il va  probablement se donner un délai  tant que Ronny Alsheich, le policier en chef, n’aura pas trouvé un moyen pour faire pression sur le dit procureur.

Si Bibi venait à être inculpé, il se battrait à chaque étape judiciaire, et il peut gagner. Ses partisans ne vont pas accepter facilement sa défaite, hausser les épaules et retourner à leurs affaires courantes. Ils vont semer la zizanie, et Bibi n’est pas du genre à rendre les armes.

Et pourtant, s’il devait quitter son poste, qui  pourrait bien devenir le chef de l’Etat juif? Il n’y a pas de brave type dont on puisse souhaiter qu’il hérite du trône. Comme le Liban voisin, Israël est un pays divisé en communautés définies par leur origine et leur attitude envers la religion. Economiquement, le plus fort est le groupe   de la communauté ashkénaze laïque, en provenance d’Europe de l’Est, mais il souffre de la même maladie mentale dont héritent les WASP. Ce sont des libéraux qui ne sont pas certains de leur talent et de leur légitimité pour commander. Ils ont accepté l’agenda en faveur des minorités tout comme les libéraux américains blancs ; ils sont pour les LGBT, pour les réfugiés noirs africains, et aimeraient pouvoir compter sur les juifs orientaux pour monter au front à leur place.

La communauté juive orientale déteste les juifs ashkénazes, mais hait les Arabes encore plus. Cette haine des Arabes est le ciment de l’Etat juif. Les Orientaux veulent avoir la main haute, mais ne sont pas sûrs de leurs capacités et de fait préfèrent que ce soient les Ashkénazes qui s’occupent des affaires de l’Etat.

Les communautés religieuses juives partagent aussi la haine des Arabes, mais sont divisées entre ultra-orthodoxes et nationalistes. Les ultra-orthodoxes défendent par-dessus tout leurs propres intérêts, tandis que les religieux nationalistes sont millénaristes et chiliastes.

Bref, il y a six personnalités qui ont une chance d’hériter du bureau du Premier ministre; d’autres peuvent surgir, et quelques-uns peuvent jeter l’éponge. Voyons   cela brièvement.

En allant de la droite vers le centre droit, on a :

1          le ministre de la Défense à la parole farouche, le laïc Avigdor Lieberman, un juif russe, de Moldavie, qui a appelé à bombarder le barrage d’Assouan et a menacé le Liban d’une guerre d’extinction ;

2          le ministre de l’Education Naphtali Bennett, nationaliste religieux propre sur lui et bien rasé, d’origine américaine, qui a dit que les autorités devraient enfermer Ahed Tamimi à double tour et jeter la clé.

Ce sont là les candidats d’extrême droite.

Pour le centre droit, nous avons:

3            Yair Lapid, qui présente bien à la télé, et qui part favori dans la course, tel le Macron israélien ; selon le Jerusalem Post « l’homme le plus dangereux dans la politique israélienne, de belle prestance, charismatique, se prenant pour le messie, un aimable ignorant sans la moindre profondeur intellectuelle, fervent défenseur de la morale mais surtout beau parleur ». Il est célèbre pour avoir évoqué Copernic  l’astronome polonais comme un « Grec de l’Antiquité » et avoir qualifié le sculpteur suisse Giacometti de « grand artiste de la Renaissance ».

4            Le ministre des Finances Moshe Kahlon, un juif de Libye, le seul juif oriental de premier rang  dans le Likoud, si bien qu’il est susceptible d’attirer les Ashkénazes qui croient qu’il est susceptible de rallier les Sépharades. C’est un centriste plutôt libéral.

Gardons à l’esprit que les juifs orientaux ont déçu, dans la sphère politique ; ils sont vantards et faibles, avec les meilleures intentions du monde, et n’attirent que rarement les électeurs orientaux, qui préfèrent voter pour les Ashkénazes de droite. Pour eux, la haine des Arabes est plus importante que l’amour des leurs.

Tous les quatre sont des juifs nationalistes tendance dure; tous détestent les Palestiniens et sont très peu susceptibles de trouver un arrangement (encore moins un accord de paix) avec eux.

A gauche et au Centre gauche on trouve :

5            la Hillary Clinton du cru, qui s’appelle Zippy Livni, et qui est une ancienne espionne. Les médias libéraux et juifs d’Amérique la mentionnent dans des termes éblouis. Une fois, elle avait gagné une élection, et on lui demanda de constituer un gouvernement, mais elle n’avait pas pu produire une coalition de gouvernement avec une majorité parlementaire, de sorte que Netanyahou se retrouva Premier ministre, après quoi elle a rejoint l’opposition. Il est peu probable qu’elle bénéficie d’une seconde chance.

 

 

6           A la tête du parti travailliste, Avi Gabay estun personnage falot et un faucon tout à la fois. Lorsqu’il a été élu pour diriger son parti, il avait dit qu’il n’inviterait pas les Arabes à intégrer la coalition gouvernementale ; il est célèbre pour avoir dit aux Etats arabes ; « si vous nous lancez un missile, nous on vous en lancera vingt » ; il avait aussi annoncé qu’il ne démantèlerait aucune colonie juive, même en échange de la paix. C’est un juif marocain, et il courtise les électeurs du Likoud plutôt que ses propres fidèles. Il est probable qu’il se fracassera de façon spectaculaire, en se révélant incapable de rallier les électeurs ashkénazes (en tant que Marocain) ou sépharades (parce que trop tendre avec les Arabes). Quoi qu’il en soit, ces deux derniers personnages ont très peu de chances d’avoir à constituer le prochain gouvernement.

Les véritables rivaux sont les religieux d’extrême droite et les candidats laïques d’extrême droite ; dans les deux cas, Israël ira plus loin dans le sens de l’extrême droite et du chauvinisme extrême.

Comparé à ces candidats, Bibi se montre prudent et circonspect. Tandis que nombre de ses admirateurs en Israël et aux US le poussaient à la guerre, il s’est tenu coi ; bien entendu, cela ne concerne pas Gaza, parce que la pauvre Gaza est utilisée comme terrain d’expérimentation pour les fabricants d’armes israéliens. Gaza ne peut pas riposter, et on peut descendre les enfants de Gaza sans risque. Gaza est là pour justifier les antisémites, le jour du Jugement dernier. Malgré toutes ses menaces envers l’Iran et le Hezbollah, Bibi a évité de déclencher la guerre.

Est-ce que ses éventuels successeurs seraient aussi prudents que lui? Il est plus que probable qu’ils choisiraient la guerre, parce que la guerre est le meilleur moyen pour gagner de la popularité, de la reconnaissance et de la gloire. Bibi est d’ores et déjà populaire, mais tout successeur éprouvera le besoin de montrer ses muscles.

N’ayez pas de regret à l’idée que la gauche israélienne n’ait guère de chance de l’emporter. Israël n’entamerait pas une guerre tant que les travaillistes (ou Union sioniste) restent à l’écart de la coalition au gouvernement. Mais si gauche et droite formaient un gouvernement d’union nationale, l’éventualité de la guerre deviendrait une certitude. Historiquement, la droite israélienne, malgré ses constants penchants pour la guerre, n’a jamais livré de bataille sans l’approbation des Ashkénazes travaillistes ses frères. De l’autre côté, les travaillistes ne refusent nullement de déclencher une guerre. Au passage, toute action décidée contre les Palestiniens sera entreprise avec le soutien de la «gauche » ou encore à l’initiative de la « gauche ».

Voilà, mon “apologie” du prudent Netanyahou ne veut pas dire que j’aie le moindre espoir en son commandement. Je n’en ai aucun, pas plus que les organes directeurs de l’Autorité palestinienne. C’est triste de constater que l’affreux Netanyahou sera probablement remplacé par un politicien encore pire, qu’il soit de l’espèce judéo-daesho-religieuse ou de de l’espèce judéo-fasciste laïque. C’est la terrible logique de l’apartheid.

Il y a une solution : c’est d’en finir avec l’apartheid et d’instaurer l’égalité entre juifs et non juifs dans le pays ; mais apparemment ce n’est pas à l’ordre du jour.

Dans le contexte international, la chute de Netanyahou aura un lourd impact. Ce sera la victoire des mondialistes libéraux, parce que Netanyahou est un partenaire pour Trump et pour Poutine. Mais de toute façon, les libéraux ne vont pas savourer les fruits de leur victoire, parce qu’Israël continuera à dériver sur la pente du fondamentalisme religieux.

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

Traduction de l’anglais: Maria Poumier

]]>
http://www.israelshamir.com/french/netanyahou-la-traque/feed/ 0
Gru, un Trump en version russe? http://www.israelshamir.com/french/gru-un-trump-en-version-russe/ http://www.israelshamir.com/french/gru-un-trump-en-version-russe/#respond Thu, 15 Feb 2018 19:53:59 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3366 Vous vous rappelez comment les médias dominants avaient éreinté le candidat Trump à la présidence en 2016? On a eu droit à des flopées de révélations sur ses faux cheveux, ses mains aux fesses, fraudes fiscales et j’en passe ; des flopées de sondages prouvant que la  nation voulait Hillary et détestait Trump, des articles d’opinion pour vous persuader que seules des raclures racistes d’extrême-droite pouvaient avoir l’idée de voter pour lui. Ils avaient même sorti une couverture (dans le supplément hebdomadaire de Time, à moins que ce ne soit Newsweek) pour souhaiter la bienvenue à Madame le Président. Et puis le jour du décompte des voix est arrivé.

C’est ce qui me revient en mémoire tandis que je suis le déferlement d’attaques dans les médias russes et sur les réseaux sociaux contre le candidat à la présidence Paul N. Grudinine (on l’appelle Gru, tout simplement). La télévision d’Etat est censée, par sa charte, jouer un rôle neutre dans la campagne électorale. Ils s’y sont tenus pendant une semaine, une fois que son nom est rentré dans la course. Au cours de cette semaine, la popularité de Gru a crevé le plafond, atteignant presque la cote du président Poutine. C’était tout à fait imprévu pour le Kremlin, dont les savants sorciers s’attendaient à ce que Gru fasse une percée modeste, utile pour raffermir la légitimité douteuse des prochaines élections.

Quand ils ont reconnu l’ampleur de leur erreur, ils ont transmis une consigne à leurs chaînes vassales, et Gru est devenu la cible de leurs attaques quotidiennes. Sur huit candidats, Gru est le seul qui est toujours évoqué négativement. Soit ils n’en disent que du mal, soit ils n’en disent rien, exactement comme pour Trump à l’époque.

Un vieux candidat chevronné, le nationaliste Zhirinovsky, se voit attribuer de grandes tranches horaires à la télé, avec un seul et unique message : A bas Gru. Ses attaques féroces sur Gru sont répercutées dans chaque émission préélectorale, tous les soirs.

Il y a un déflecteur, un tout petit parti trotskiste, les « Communistes russes » dont le seul but dans la vie est de prendre des voix au Parti communiste mainstream (KPRF). C’est un parti virtuel qui disparaît après les élections pour revenir à la vie juste avant les suivantes. Il y a des âmes innocentes, dans la Russie profonde, pour voter pour eux, convaincues que c’est le « vrai » parti communiste. Ils sont violemment anti-Gru, et submergent Facebook avec leurs diatribes contre « ce pas vraiment communiste de Gru ».

Pourtant, Gru n’est pas un candidat banal. Patron prospère d’une entreprise agricole qui s’appelle le Sovkhoze Lénine, c’est un bon exemple de ces industriels russes aussi appelés ‘patrons rouges’, c’est-à-dire d’anciens gérants d’usines soviétiques et d’entreprises qui se sont ajustés au nouveau système. Ils produisent pour la consommation locale, et leurs intérêts ne rejoignent pas ceux des oligarques de Poutine (ou de Boris Eltsine). Ces gens-là ont fait fortune en important des biens de consommation et en exportant des matières premières, et ils sont à la base du pouvoir de Poutine.

Les producteurs, tant industriels qu’agricoles, veulent plus de mesures protectionnistes et des crédits bon marché, ils veulent encourager le pouvoir d’achat des Russes ordinaires, ce qui veut dire augmenter les salaires et pensions. Leurs fortunes reposent sur les revenus des travailleurs russes ordinaires. Ils ne sont pas satisfaits du président Poutine, et encore moins de son gouvernement dirigé par M. Medvedev.

Gru est devenu le candidat d’une pléthore d’organisations qui vont de la gauche à la droite ; il est soutenu par les nationalistes russes, mais son  soutien principal vient du KPRF. C’est une combinaison de Sanders et de Trump, pour les ouvriers, contre l’immigration, pour des barrières protectionnistes et des prêts à faible taux d’intérêt pour les petits producteurs. Un homme qui s’est construit seul, issu de la classe moyenne plutôt huppée, sans être un milliardaire, mais riche quand même ; et il ne fait pas peur aux Russes de la classe moyenne qui seraient saisis d’effroi à l’idée de soutenir un vrai rouge au couteau entre les dents.

L’organe officiel de prédiction, le Centre de Recherche Russe sur l’Opinion Publique VTSIOM (ВЦИОМ ) annonce que 79% de l’électorat va voter pour Poutine et seulement 7% pour Grudinine, mais sur le terrain, le ressenti est bien différent. Il y a quelques sites qui permettent au peuple d’exprimer leurs préférences par des votes ; le plus grand étant http://president-rf.ru/, ce sont déjà 180000 personnes qui ont voté Gru, et seulement 30% Poutine. Su d’autres sites, Gru remporte de 30 à 80% des intentions de vote.

Difficile de prédire le résultat, il reste encore plus d’un mois avant la date des élections, mais le résultat de VTSIOM paraît déjà trop bas pour justifier la féroce campagne dont Gru fait l’objet. S’il ne devait obtenir que 6 à 7% des suffrages, les fraudeurs décisifs, c’est-à-dire l’administration présidentielle, ne se feraient pas de souci et n’activeraient pas leurs usines à trolls et leurs machines à rumeurs pour arrêter Grudinine. Il semble qu’il ait des chances de gagner la bataille, à condition que les élections soient à peu près limpides.

Poutine aura été un bon président, et un président populaire, mais il a ses limites. Il se sent encore obligé de respecter le pacte qu’il avait conclu avec feu le président Eltsine ; il continue à combattre la mémoire soviétique, il est entouré de copains qui roulent sur l’or ; il ne défend pas la production locale sauf pour ce qui relève de l’industrie de l’armement. Il a bien travaillé pendant longtemps, mais on sent que le pays est mûr pour un changement de la garde.

Le maître en cours préparatoire peut bien être formidable, tôt ou tard, il faut que l’enfant découvre aussi de nouveaux instituteurs. Gru est le premier à passionner les Russes depuis 1996, et il se pourrait bien qu’il fasse un malheur.

La gauche russe est différente

Grudinine a le soutien de la gauche et de la droite, des ouvriers et des patrons, des communistes et des nationalistes. Comment cela a-t-il pu advenir ? La raison principale c’est que la gauche russe est bien différente de la gauche européenne. Les Russes sont bolcheviks. La gauche occidentale est surtout menchevik.

Historiquement, les socio-démocrates se divisèrent en bolcheviks, majoritaires, et mencheviks, les minoritaires. La question qui les divisait n’a plus guère d’importance,l’enjeu ponctuel de l’époque est périmé. De nos jours, les majoritaires sont La gauche pour la Majorité, tandis que les minoritaires sont une gauche pour minoritaires.

La gauche russe est la force qui lutte pour la majorité, les travailleurs, les autochtones.

La gauche occidentale veut le gender, les minorités, ethniques ou religieuses. Si vous demandiez à un ouvrier occidental ce qu’il pense de la gauche, il dirait probablement : cette gauche n’est pas pour nous, elle ne s’intéresse qu’aux gays et aux migrants qui nous prennent nos emplois.

Les mencheviks font l’affaire des juifs (comme autrefois) parce que les juifs sont la minorité ultime. Les bolcheviks acceptaient les juifs à titre individuel et en tant qu’égaux, non pas en tant que groupe minoritaire préféré et séparé. Les bolcheviks s’étaient battus contre le Bund, les socio-démocrates juifs, tandis que les mencheviks s’unissaient au Bund.

Staline faisait observer (et Trotski le cite dans son livre sur Staline) :

« la majorité dans les groupes mencheviks étaient juifs. D’un autre côté, l’écrasante majorité du groupe bolchevik étaient des Russes ethniques. Constatant ce lien un bolchevik observait in plaisantant que les mencheviks constituaient un groupe juif tandis que les bolcheviks constituaient un groupe vraiment russe, et, dans cette mesure même, ce ne serait pas une mauvaise idée pour nous les bolcheviks d’organiser un pogrom dans le parti. »

Tout en traitant les camarades juifs avec camaraderie, Staline dé-judaïsa effectivement le parti communiste russe en y introduisant beaucoup d’ouvriers et de paysans ethniquement russes. Il traitait les juifs juste comme l’une des tribus qui peuplent l’Eurasie, et nullement comme le peuple élu. C’était le péché mortel de Staline aux yeux des juifs, et c’est pour la même raison qu’ils le condamnent maintenant.

L’influence juive sur la gauche  occidentale a survécu à ces années et a même stimulé  l’implication massive des juifs dans la gauche. Après 1968, les juifs sont partis en masse vers d’autres pâturages, mais leur influence est restée, a renforcé la tendance menchevik amicale envers les juifs. Ils ont adapté la gauche occidentale pour lui faire épouser leurs préférences et l’ont rendue présentable pour la cohabitation avec les élites. En cours de route, ils avaient perdu leur soutien dans la classe ouvrière, mais ils étaient plus intéressés par de bonnes relations avec ceux qui gouvernent.

Les mencheviks cornaqués par les juifs s’accordent parfaitement avec l’oligarchie. Ils croient qu’Anna et Susan Wojicki, l’ex épouse de Sergueï Brin (Mr. Google) sont de malheureuses femmes disciminées, contrairement aux soudeurs et mécanos qui sont des hommes blancs et les maîtres de l’ordre patriarcal à l’échelle mondiale.

Le combat des bolcheviks pour l’égalité des femmes s’est concrétisé en crèches gratuites, et pour les mencheviks, en postes réservés aux femmes parmi les cadres des grandes firmes.

Les mencheviks se font du souci pour les droits des transgenres à choisir leur façon d’uriner. Les bolcheviks se soucient du droit des ouvriers au travail, à des salaires décents, à l’accès aux ressources naturelles. Pas difficile de comprendre quelle sorte de gauche a les faveurs des grands médias et de leurs patrons milliardaires.

Les migrants fournissent une autre cause de clivage. La classe ouvrière occidentale a obtenu beaucoup de choses pendant les années de la Guerre froide, lorsque la classe dirigeante de l’Ouest était obligée de rivaliser avec les communistes pour gagner la loyauté des travailleurs. Maintenant ils ont hâte de revenir sur ces conquêtes sociales, et la façon la plus simple d’y parvenir est de remplacer la population autochtone par l’importation massive de migrants et de réfugiés. C’est dans ce but que le capital livre des guerres au Moyen Orient et attise les affrontements en Afrique, puis facilite la fuite des réfugiés vers l’Europe et l’Amérique.

Les mencheviks, autrement dit la gauche occidentale, soutiennent les migrants contre la population autochtone, au nom de leur anti-racisme et de leur internationalisme. Cependant, dans la pratique ils font le travail pour leurs maîtres, parce  que les migrants sont plus faciles à manipuler, ils contribuent à faire baisser les salaires, à saboter les syndicats, et à détruire la solidarité naturelle.

Les bolcheviks sont contre les causes des migrations massives, contre l’utilisation des migrants et des réfugiés au détriment de la population autochtone. C’est exactement la position des communistes russes, dont la rhétorique anti immigration est si crue que même les trumpistes la trouveraient un peu brutale.

  1. Grudinine porte depuis longtemps des revendications anti-migrations . Il appelle a renforcer le régime des visas pour les républiques d’Asie centrale, Ouzbékistan, Tadjikistan, Kirghistan, parce que pour le moment leurs migrants à la recherche d’emplois n’ont pas besoin de visa russe. Il insiste, chaque travailleur migrant devrait recevoir le même salaire qu’un travailleur autochtone russe ; l’idée est que de la sorte il y aurait moins de demande de migrants de la part du patronat. Cela peut être utile de payer au-dessous de tout seuil décent des migrants sans expérience, mais si pour le même prix ont peut avoir un ouvrier qualifié russe, il est probable que c’est ce dernier qui aura le poste.

Les suggestions de Grudinine sont hérétiques pour le Kremlin néoliberal. Poutine laisse les portes grandes ouvertes à l’immigration, au détriment des ouvriers natifs. Si le flux migratoire a baissé, c’est surtout le résultat de la dépréciation du rouble.

En Occident ces idées pour restreindre les migrations appartiennent au domaine de la droite, ou même de l’extrême droite. On appelle cela du populisme, ce qui veut dire populaire mais désapprouvé par les élites au pouvoir. La gauche occidentale a été poussée à opter pour une position impopulaire, alors que les idées populaires, dites populistes, ont été transférées à la droite.

En Russie, les communistes russes n’ont pas suivi la voie des mencheviks. Ils ont fait toute sorte de compromis, mais sont toujours restés du côté des travailleurs. Ils ne se battent pas pour les gays, les migrants, et les féministes de la haute société. Ils font alliance avec les producteurs et contre rentiers et banquiers.

Peut-être que les communistes russes vont montrer la voie à leurs camarades de l’Ouest, comme ils l’ont fait il y a cent ans. Ces deux branches de la gauche mondiale ont eu une histoire en damier. Au XIX° siècle, le mouvement révolutionnaire naissant en Russie cherchait des leçons à apprendre à l’Ouest ; les narodniks allaient en pèlerinage rendre visite à Marx à Londres pour écouter ses conseils. Les révolutionnaires occidentaux de ce temps, Marx compris, faisaient aussi peu confiance aux Russes que Robert Mueller ou John McCain. Ils pensaient que la Russie était tellement arriérée et réactionnaire qu’une gauche progressiste russe était quelque chose d’impossible.

Puis il s’est produit quelque chose d’inattendu. Tandis que les canons de la Première Guerre mondiale tonnaient, seule la gauche russe, conduite par Vladimir Lénine, n’a pas perdu la tête, et a su mener le pays à la victoire de la révolution socialiste. Après 1917, pendant plusieurs années, la gauche russe a été l’étoile qui guidait la gauche occidentale.

Les Russes ont payé le prix fort pour leur succès tranchant, tandis que les peuples européens devenaient les principaux bénéficiaires de la révolution d’Octobre. Ils  ont obtenu tout ce pour quoi les Russes s’étaient battus, et cela, gratuitement. La classe dirigeante avait peur que les ouvriers basculent du côté communiste, et c’est ainsi que l’Etat Providence a vu le jour.

Par la suite, les deux branches de la gauche ont oublié leur histoire. La gauche occidentale a oublié que ses victoires, elle les devait à la puissance de l’Armée rouge, et s’est mise à prêcher fièrement les théories dernier cri de l’eurocommunisme. Les Russes, toujours pressés d’apprendre de nouvelles astuces, sont tombés dans le piège, et ont démantelé l’Etat socialiste, s’attendant sincèrement à vivre dorénavant avec le niveau de vie des Suédois. La fin a été piteuse ; les Russes ont été plongés dans de longues années de dépopulation et de désindustrialisation, tandis que les navires étendard de la gauche occidentale, les grands partis eurocommunistes de France et d’Italie disparaissaient. Et le socialisme suédois a périclité.

Les années passant, la gauche occidentale a virtuellement disparu, et sa place a été prise par la pseudo-gauche, qui s’est approprié le nom des partis historiques de gauche. Le capital a cultivé dans ses laboratoires secrets cette pseudo gauche toxique, avec un but suprême en tête, faire du nom même de communisme quelque chose d’odieux et de repoussant.

Pour les bolcheviks, les bons, c’étaient les ouvriers, ils étaient le sel de la terre. Tout le monde pouvait rejoindre cette classe en s’identifiant aux ouvriers. La pseudo gauche menchevik a offert un raccourci pour se retrouver du côté des gentils. Vous êtes un gentil si vous subissez une discrimination. Si vous êtes noir, vous êtes discriminé, même si vous êtes un Obama. Si vous êtes une femme, vous souffrez car on vous discrimine.  Si vous êtes un adepte du BDSM, vous êtes un discriminé. Si vous êtes un juif, un Soros ou un Rothschild, vous continuez à souffrir de discrimination, parce qu’il y a à peine un demi-siècle, votre grand-père ne pouvait pas être admis dans un club privé.

Pour les bolcheviks, la discrimination n’est pas le problème le plus urgent. Ils sont contre, c’est sûr, mais cela ne tient qu’une place secondaire par rapport à la question vraiment importante, celle des rapports entre le travail et le capital. Une fois que la classe ouvrière aura gagné, la discrimination se dissipera, disent-ils. En gardant leur regard fixé sur le point central, les bolcheviks sont les plus grands ennemis naturels du 1%.

La cause du socialisme a été battue en 1991, certes, mais ce n’est pas la première défaite. En novembre 1941, quand les troupes allemandes atteignirent les faubourgs s de Moscou, il semblait bien aussi que le socialisme avait été battu. Et pourtant, en 1945, il a rebondi. Depuis 1991, le gagnant, le capital, clame que sa victoire est irrévocable et irréversible. C’est, disent-ils, la fin de l’histoire.

Mais les victoires et les défaites peuvent se retourner. Les soviets ne le savaient pas. Ils croyaient que « la victoire du socialisme est inévitable, parce que cela va dans le sens du progrès ».

Peut-être, effectivement, que c’est inévitable sur le long terme, mais cela peut se produire dans mille ans, et en attendant, une guerre nucléaire ou des expériences biologiques peuvent exterminer la race humaine.

Les idéaux les plus fondamentaux de la république française, la démocratie, la liberté, l’égalité, ont été battus par Napoléon, par les Bourbons, par les Orléanistes, mais ils ont resurgi.

Rien n’est inévitable. Les bolcheviks soviétiques croyaient à l’inéluctable, et ils ont perdu; pendant ce temps-là, leurs adversaires se sont contentés de lutter d’arrache- pied, et ils ont fini par gagner. C’est une attitude à imiter. Les Occidentaux sont prêts pour un véritable virage à gauche. Les succès récents de Jeremy Corbyn en Angleterre, de Bernie Sanders aux US, de Jean-Luc Mélenchon en France en sont la preuve. Ce sont des mous, mais les durs vont arriver aussi.

Ce n’est pas le commencement de la fin du néolibéralisme mangeur d’hommes et de ses alliés menchevik, mais c’est la fin du début dans la bataille universelle pour le socialisme, comme le disait Churchill de la victoire britannique sur les Allemands à El Alamein. La lumière au bout du tunnel est déjà visible. Et alors les communistes russes vont à nouveau devenir la bénédiction pour les travailleurs du monde entier. Le succès de Gru peut changer bien des choses. Sa vision du monde a beaucoup de points communs avec celle de Trump. Dans un mois, nous allons savoir jusqu’où il est parvenu  à avancer.

 

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

This article was first published at The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/gru-un-trump-en-version-russe/feed/ 0
Les riches pleurent aussi http://www.israelshamir.com/french/les-riches-pleurent-aussi/ http://www.israelshamir.com/french/les-riches-pleurent-aussi/#respond Sun, 28 Jan 2018 20:32:37 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3352 Pour vous, les fêtes ne sont probablement plus qu’un lointain souvenir, mais pour les Russes, on est à peine en train de revenir à la vie tout doucement, dans la mesure où les fêtes de Noël se sont achevées le 14 janvier avec la célébration dite de l’Ancien Nouvel An, ou même encore avec l’Epiphanie, le 19 janvier. Tout le monde était parti quelque part, y compris les candidats à la course présidentielle, qui se tiendra le 18 mars : le candidat communiste était parti skier en Autriche, le candidat de droite était à Bali. A la veille de l’Epiphanie, ils ont plongé dans les eaux glacées, selon la coutume : dernier épisode de la remise en forme à la russe. Et pas seulement le viril Poutine, mais aussi la fière présentatrice Ksenia Sobchak.

Voilà donc, une fois bouclées les fêtes, qu’on revient enfin au réel. Les US sont en train de préparer une nouvelle fournée de sanctions, qui comporte la saisie des comptes des oligarques russes. Ils sont mûrs pour la moisson. La confiscation des fonds russes dans les banques chypriotes en 2013 était passée comme une lettre à la poste et a servi de ballon d’essai. Poutine n’a pas trop rouspété, parce que c’est l’ennemi juré des paradis fiscaux. Aucun des hommes d’affaires russes floués n’est parvenu à se refaire de ses pertes, auprès des tribunaux. Voici venu le temps des choses sérieuses, et une bonne part de l’hystérie anti-russe vise à préparer le terrain pour la rafle. De cette façon, ils mijotent de verser au Trésor américain quelque gentil trillion de dollars. Qui va y perdre des plumes et qui va s’en tirer, c’est le grand sujet de conversation à Moscou.

Les avoirs russes en Occident pourraient se diviser en monnaie nouvelle, les fonds du clan Poutine, et pognon d’autrefois, celui du clan de Boris Eltsine. Les sanctions sont censées concerner la bande à Poutine, mais les experts russes pensent que le pognon d’autrefois est plus vulnérable, et cela pour une bonne raison. La fraîche vraiment fraîche est sous la protection de Poutine. Si les US ou toute autre autorité occidentale mettent le grappin dessus, le gouvernement russe pourra s’emparer des parts occidentales dans les firmes russes et de leurs propriétés.

Mais pour le vieux pognon d’autrefois ? Les plus anciens oligarques se rongent les sangs, à cause de la nonchalance de Poutine. Poutine ne s’en fait pas, disent-ils. Ma’alish, l’apport arabe dans les dires de Poutine. ¿Qué será, será…? Ou qui vivra verra, comme dit le Français en lui. Et cette attitude négligente rend fous les oligarques. Ils veulent le voir entrer en guerre pour sauver leurs sous. Ils ont insisté sur sa rencontre avec le président Trump au Vietnam ; il y en a qui disent que la rencontre a eu lieu en pleine nuit, loin des regards indiscrets, et que cela n’a rien donné. Et Poutine dit à ces gens : si vous voulez sauver vos sous, rapatriez-les en Russie. On n’est pas aussi fous, répliquent-ils. C’est à toi de nous défendre, de toute façon, on s’était mis d’accord là-dessus !

Les gens connectés, ceux qui sont au parfum, prétendent qu’ils étaient parvenus à un accord ultra secret avec feu Eltsine et ses vieux de la vieille, d’une part, et l’Occident, de l’autre côté, en 2001. Eltsine et consorts avaient bradé et laissé filer à vau l’eau les intérêts russes, et en retour, l’Occident avait permis à ces bâtards de mettre à l’abri leurs biens mal acquis dans le système financier occidental. Eltsine et consorts avaient promis de lâcher les républiques soviétiques, de désarmer, de s’en tenir au Pacte de Washington, ce qui voulait dire rester strictement fidèles au modèle économique libéral ; de permettre la libre importation des biens de consommation ; de laisser les Occidentaux rédiger les lois russes ; et de permettre aux capitaux russes de filer loin de la Russie. L’Occident promettait d’investir, de laisser la Russie vivre en paix, et de garder l’OTAN à bonne distance des frontières russes.

  1. Poutine avait donc hérité de la transaction. Mais une certaine érosion avait joué des deux côtés. Les troupes de l’Otan avaient avancé vers l’est, aucun investissement substantiel n’était arrivé, et l’Occident avait soutenu les rebelles tchétchènes. La Russie a mis des limites à l’accès des Occidentaux à son complexe militaro-industriel ; elle a pris la Crimée, et regagné quelque peu son indépendance au niveau international.

Poutine avait été élu, ou, direz-vous, engagé, pour ne pas s’écarter du Pacte et pour servir d’arbitre suprême entre les oligarques, avec une toute petite base personnelle de pouvoir. Lentement, il s’est mis à créer ses propres oligarques (décrits comme siloviki, même si tous n’ont pas fait partie des forces de sécurité). Et il a réussi à se construire une base limitée de pouvoir ; ceci malgré le fait que bien des positions importantes, en particulier dans les sphères économiques, sont restées entre les mains de la vieille garde, les hommes d’Eltsine. Ceci aussi faisait partie des termes de l’accord.

Les personnalités de poids de l’ère Eltsine sont restées incrustées aux échelons supérieurs de l’Etat poutinien. Tchoubaïs et Koudrine étaient et sont restés intouchables. Ils sont reliés au FRS et au FMI, ils vont à Bilderberg et à Davos, ils sont souvent évoqués en tant qu’ « administration coloniale ». Ils chapardent des deux mains, en toute impunité. Tout juste, la semaine dernière, est parue une révélation selon laquelle tous deux se sont appropriés un bon milliard de dollars de l’argent public russe , tout en remboursant la dette soviétique à la République tchèque. Le pire que pourrait faire Poutine avec eux, ce serait de leur offrir une grosse part du gâteau qu’est l’économie russe, à croquer entre eux, tout en limitant leur accès au reste. En conséquence, il a donné à Tchoubaïs la firme Rusnavo qui ne rapportait rien mais a détourné des milliards. C’était ce qui avait été négocié. Les oligarques d’Eltsine sont restés aussi riches qu’avant ; la famille de Boris Eltsine possède encore d’immenses richesses. Et Poutine n’ose pas y toucher. Il s’est rendu chapeau bas à l’inauguration du Centre et Mémorial Eltsine ; il est courtois avec la veuve d’Eltsine et avec sa fille. L’establishment a prudemment évité la cérémonie, et n’a même pas mentionné le  centenaire de la révolution, s’en tenant à l’anticommunisme d’Eltsine. Il est là, leur pacte.

Les écoles les plus huppées de Russie, les plus privilégiées, réservées aux enfants de la nouvelle noblesse, sont la HSE (Haute Ecole d’Economie), clone de la LSE et des conseillers du gouvernement, et la MGIMO (Institut muscovite d’Etat pour les relations internationales), l’école des futurs diplomates. Les futurs diplômés ont été entraînés à  mépriser leur pays, comme les étudiants indiens entraînés par les Britanniques à  admirer l’Angleterre et à mépriser leur pays à l’époque du raj britannique. Le professeur Medvedev de la HSE a appelé le gouvernement russe à transférer le grand nord russe à la communauté internationale, tout en sachant que s’y trouvent les plus grandes réserves de gaz naturel, et il reste sur ses positions. Le professeur Zubov  du MGIMO avait comparé Poutine à Hitler, et il dénonçait les diplomates russes comme menteurs (mais  son contrat n’a pas été renouvelé). Tout cela fait partie de l’accord.

Poutine avait longtemps regretté l’accord, ouvertement depuis son discours de Munich en 2007, mais il en a suivi le scénario à la virgule près. L’économie de la Russie suit toujours le modèle libéral ; des milliards de dollars sont siphonnés loin de la Russie tous les mois ; des milliards de dollars en biens de consommation manufacturés en Occident sont importés et vendus en Russie, alors qu’il serait parfaitement possible d’organiser localement la transformation manufacturière. La Banque centrale russe est directement connectée au système financier occidental, et ses émissions sont limitées par les sommes en monnaie consistante dans ses coffres. Le carry trade  en roubles prospère, comme le carry trade en yens le faisait il y a des années.

Et pendant ce temps, l’accord a été détricoté par l’Ouest, résultat de la bagarre épique entre banquiers et producteurs, autrement décrits comme mondialistes et régionalistes, personnifiés en Clinton contre Trump. Le clan Eltsine est historiquement aligné sur le camp Clinton. Et voilà que leurs avoirs à l’Ouest, jadis protégés par l’accord, ont perdu leur rempart et se voient livrés à la rapine.

Les affiliés au pognon d’autrefois s’emploient à persuader l’Occident, en fait les US, de les laisser vivre en paix et de confisquer plutôt aux poutiniens leur nouvelle monnaie. C’était une occasion en or pour les militants anti-Poutine, le moment où ils pouvaient  récolter le fruit de leur dur labeur. Un militant typiquement anti-poutinien, c’est M. Andreï Illarionov, un émigré, un homme d’Eltsine, un ancien conseiller du président Poutine (jusqu’en 2005), un résident US, membre du loufoque Institut Cato et adepte d’Ayn Rand. C’est un fanatique anti-russe ; à côté de lui, Rachel Maddow fait figure de groupie de Poutine et la rose de Tokyo est un symbole de patriotisme. S’adressant au Comité pour les affaires étrangères du Congrès en 2009, il s’est rendu célèbre en déclarant que la politique de l’administration US envers la Russie « ne relevait pas d’une politique d’apaisement hélas bien connue depuis Munich en 1938, mais constituait une reddition. Une reddition complète, inconditionnelle, au régime des officiers de la police secrète, des tchékistes et des mafieux. » Ce qui ne l’empêche pas de se rendre fréquemment à Moscou, et il ne rate pas une manif où il puisse s’égosiller sur le thème « Poutine doit partir », apparemment sans avoir peur des « officiers de la police secrète,  tchékistes et mafieux ». Voilà tout ce que vous devriez savoir sur le régime totalitaire russe !

Les émigrés sont souvent comme ça, et les US, pays d’immigrants, avaient été vulnérables face à l’attaque du syndrome d’Illarionov, à force d’écouter Masha Gessen, ou Ahmed Chalabi, l’émigré irakien qui prétendait que l’Irak avait des armes de destruction massive, et Alexandre Soljenitsine avec ses films d’horreur sur le Goulag, etc. (je me suis fait une règle de modérer mes critiques sur Israël quand je suis à l’étranger, de peur de tomber sous le coup du test sanitaire d’Illarionov.)

 

  1. Illarionov fait pression maintenant sur le Congrès US pour qu’il rengaine ses menaces suspendues au-dessus de la tête de ces oligarques serviables, qui (selon ses propres termes) ont amassé leur fortune avant l’arrivée au pouvoir de Poutine et qui « afin de survivre, avaient été obligés de payer un lourd tribut au Kremlin ». Son effort de lobbying au nom du camp du pognon d’autrefois a été partagé et soutenu par deux contempteurs de Poutine bien connus, l’émigré Piontkovsky et le néo-con suédois Anders Aslund.

Comme bénéficiaires directs et généreux de leurs pressions, on trouve les Trois Juifs Alpha, Peter Aven, Michael Friedman and Herman Khan. Ce sont les propriétaires de la Banque Alpha, une très grosse banque russe, et ce sont des oligarques de la génération Eltsine, quand la clique régnait sur le pays. Michael Friedman, le gros avec un joli petit groin, est arrivé là où il est après avoir commencé sa carrière dans la revente de billets pour l’opéra aux touristes occidentaux, en rôdant autour du Bolchoï ; après quoi il est devenu le cerveau derrière toutes les billetteries mafieuses de Moscou, puis s’est mis dans la banque et dans bien d’autres négoces.

Comme bien d’autres types de la même fournée, Friedman fait de l’argent en Russie, mais le siphonne au profit de causes juives. C’est le co-fondateur du Prix Nobel juif, appelé également Prix Genesis, et il verse tous les ans un petit million de dollars à un juif méritant, la personnalité la plus récente parmi les gagnants étant la célèbre Ruth Bader Ginsburgh qui a appelé Donal Trump « the faker », le faussaire. Ce n’est pas une coïncidence : le clan Eltsine fricote assidûment avec le camp Clinton. Si Friedman parvient à échapper aux sanctions, ce sera une preuve supplémentaire que les banquiers gardent la haute main sur l’administration US.

Ou bien cela pourrait signifier qu’ils sont juste de sympathiques gaillards, capables de jouer dans les deux camps à la fois. Les Trois Alpha juifs avaient été mentionnés dans le dossier Steele, et ce pourrait être le canal de l’influence poutinienne sur Trump et contre Clinton, lors des récentes élections présidentielles US (ils poursuivent en justice la fusion de GPS et de BuzzFeed parce  que ce sont les firmes qui répandent cette accusation).

Si l’on en croit une théorie conspirationniste encore plus alléchante et répandue sur les réseaux sociaux, tant M. Illarionov que les charmants Alpha juifs constituent une cellule dormante organisée par le rusé Poutine pour assurer sa survie dans les conditions les plus adverses. Tous ont été très amis de Poutine ; peut-être qu’ils aspiraient simplement à devenir ses ennemis, en a déduit un journaliste à l’esprit très porté au complotisme, de Echo Moskwy, anti-poutinien.

Si nous laissons de côté les théories conspirationnistes pour un moment, nous pouvons arriver à une conclusion. L’assaut de l’establishment US contre les avoirs russes pourrait bien faire grand tort au pognon d’autrefois détenu par les oligarques d’Eltsine, mais pas seulement à ceux-ci. Une pareille confiscation signera la mort du fameux pacte, et là nous allons pouvoir contempler un Poutine libéré.

Mais peut-être que c’est trop tard pour lui. Une étrange rumeur invérifiable a envahi Moscou. On dit que le candidat communiste Pavel Grudinine peut compter sur un fort appui chez les siloviki, autrement dit les clients de Poutine, souvent mais pas exclusivement formés au départ dans les services secrets, car ils n’acceptent pas que Poutine soit resté fidèle au Pacte.

Mais ce sera là le sujet de mon prochain article.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/les-riches-pleurent-aussi/feed/ 0
Jérusalem et l’atavisme américain http://www.israelshamir.com/french/jerusalem-et-latavisme-americain/ http://www.israelshamir.com/french/jerusalem-et-latavisme-americain/#respond Mon, 18 Dec 2017 19:18:32 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3336 Paradoxalement, la déclaration de Trump sur Jérusalem a eu bien des effets positifs. Le président a refusé de continuer à prétendre en toute malhonnêteté que les US soient un médiateur neutre. Il a  creusé la tombe du bestial MBS d’Arabie. Il a ramené la Palestine au cœur de l’agenda international après une longue absence. Il a donné à l’Europe une chance de retrouver son indépendance. Et il a fait un pas de plus pour démolir l’insoutenable empire américain. Raison de plus pour nous réjouir.

Jerusalem in my heart[1]

Jérusalem c’est d’abord et avant tout un symbole, un puissant symbole ; la reconnaissance américaine de la souveraineté juive sur la ville sainte est un signe de la victoire finale juive sur la chrétienté, et il faut le regretter de tout son cœur. Richard Cœur de Lion et Tancrède ne pourraient pas comprendre la reddition de la ville pour laquelle ils s’étaient battus, mais les temps ont changé. Les chrétiens d’hier ne se référaient pas aux juifs comme à leurs « frères aînés ». Ce qui a commencé avec la formule « Bonnes fêtes de fin d’année » au lieu de « Joyeux Noël » vient de se terminer sur cet acte honteux de déni du Christ.

Les Palestiniens ne vont pas être en mesure de sauver la Ville. La troisième intifada n’est pas en vue, malgré le crachat au visage que signifie pour eux la déclaration de Trump, et malgré l’appel du Hamas au soulèvement, il faudra encore attendre, à moins d’une provocation israélienne. Des milliers d’hommes et de femmes ont manifesté au cours de la semaine dernière : quelques-uns ont été visés par les soldats israéliens,

Dont l’un était en chaise roulante, amputé des deux jambes. Mais la Palestine n’a pas connu une explosion de colère. Pour un lecteur régulier de mes articles la réponse palestinienne discrète à la provocation américaine n’est pas une surprise. Comme je l’ai écrit il y a peu, jamais la vie ne leur a autant souri, on est dans une dynamique de prospérité modeste, le bâtiment, le tourisme, les restaurants, tout décolle et ils ne vont pas aller mourir pour une déclaration même si elle est accablante.

Les Palestiniens de Jérusalem Est vivent mieux que d’autres Palestiniens; il n’ont pas la citoyenneté, mais peuvent se déplacer plus ou moins librement dans toute la Palestine, y compris dans « l’Israël ancien ». Ils sont pragmatiques et patriotes. Ils se considèrent comme les gardiens de leur héritage, qui comprend les grands tombeaux d’al Aqsa et le Saint Sépulcre. Si les juifs s’avisent de toucher aux mausolées, ils répondent en force, comme cela s’est produit au mois d’août dernier lorsqu’Israël a tenté de limiter l’accès à la Grande Mosquée.

Mais la décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat juif n’a pas mis le feu aux poudres. Personne de sensé n’a jamais eu le moindre doute sur les sentiments américains. Les Américains sont pour Israël, c’est une obsession nationale.

Donc c’est fait, ils ont déclaré que Jérusalem était une capitale juive. Et avant, quand ils envoyaient leurs ambassadeurs, tous juifs, tous fervents sionistes, tous tenants du mot d’ordre « Israël d’abord », en quoi était-ce différent ?

Trump n’est pas différent de ses prédécesseurs. Tous les présidents américains ont déclaré Jérusalem capitale une et indivisible de l’Etat juif. Obama l’avait fait, Bush aussi. Certes, ils l’avaient dit lors de leur campagne électorale, et ont évité de répéter ce mantra une fois installés à la Maison blanche, mais ne sont jamais revenus dessus pour autant. Sur cent sénateurs US, quatre-vingt-dix ont approuvé la déclaration de Trump. Dix se sont abstenus, probablement parce qu’ils ne sauraient soutenir Trump sous aucun prétexte. L’establishment politique et profondément pro israélien, tant les libéraux que les fondamentalistes, les Républicains comme les Démocrates, et de Sanders à Bannon ; nous le savions, et désormais Trump a permis aux gens de le constater noir sur blanc. Il a fait ce que le peuple voulait. C’est pour cela que vous l’avez élu : il fera donc ce que vous avez voulu, et non pas ce que quelqu’un d’autre, prétendant s’y connaître mieux, pourrait vous dire.

Et pourquoi est-ce-que vous, les Américains, vous le voulez ? L’Amérique travaille son image de « ville  étincelante sur la colline », nouvel Israël à la destinée manifeste. Ce grand pays ne veut pas encore devenir simplement un grand pays de plus, il tient à conduire l’humanité et à modeler le monde selon sa propre configuration et à son image. L’Amérique est messianique depuis longtemps,  et c’est une habitude difficile à extirper.

Sous la coquille du Yankee au profil agressif, il y a un fanatique croyant à sa mission divine, avec la Bible de Scofield sous le bras, dans l’attente de la guerre de Gog et Magog contre Israël. Jetez un coup à ce site,  par exemple, sur les prophéties bibliques, parmi la pléthore de sites qui prédisent la guerre entre Israël d’un côté, l’Iran et la Russie de l’autre, les US se tenant aux côtés d’Israël mais à l’écart jusqu’à la Parousie, le Second Avènement. C’est démentiel, mais ce genre de schéma s’installe dans les profondeurs de l’être, et c’est ce qui explique des conduites démentes (rechercher la guerre avec l’Iran, bombarder Babylone et soutenir Israël) mieux que tout calcul en termes de pertes et profits.

L’amour, ou plutôt l’obsession israélienne fait partie de cette gestalt, de ce schéma directeur.

. Même si les baptistes du Sud et les libéraux de la côte Est ont l’air différents, ils ont la même empreinte originelle des Pères fondateurs, les puritains et les pèlerins. Et la Gestalt refait surface inopinément. La lutte actuelle contre le harcèlement sexuel est juste une nouvelle poussée de zèle puritain, même si les fondamentalistes font appel à la Bible, et les libéraux à la Femme dont les droits ne sauraient souffrir une égratignure.

C’est la seule explication plausiblepour ce genre de plainte : « Samantha Holvey, qui avait concouru pour le titre de Miss USA, a dit que Mr Tump avait lorgné sur son corps ainsi que sur d’autres femmes dans le salon de maquillage ». Pour une personne normale, il est évident qu’une participante au concours de Miss USA est là précisément pour se faire dévorer des yeux et désirer par des foules d’hommes. Pour un puritain fanatique, « celui qui regarde lubriquement une femme… », rien que pour un regard, est déjà en état de péché. Un zélote de Boston vers 1650 aurait approuvé la toute moderne persécution des hommes qui regardent d’un œil concupiscent.

La différence entre les démocrates déchristianisés et clintonistes du Vermont et un Républicain chrétien trumpiste dans le Mississippi est secondaire, pour ce qui est de la rationalisation de leurs sentiments et réactions. L’un et l’autre trouvent qu’il est mal de courtiser, de désirer, de regarder, même s’ils l’expliquent différemment. Voilà pourquoi tant de politiciens américains préfèrent se suicider s’ils se retrouvent accusés d’avoir posé leur regard sur une gamine de dix-sept ans quelques années auparavant, même si cela ne se prête à aucune action en justice.

Même chose en matière de relations avec l’étranger. Les descendants libéraux des puritains de la côte Est veulent aller abattre des gens par-delà les mers pour sauver des femmes noires menacées d’enlèvement par des hommes noirs en Afghanistan, et les fondamentalistes veulent réduire Babylone en cendres ; dans les deux cas, c’est un zèle messianique qui les anime, et le désir de transformer le monde.

La meilleure solution pour les Américains serait d’oublier le Moyen Orient, Babylone, Israël, Gog et Magog. Peut-être que Trump les y amènera, à force de complaire à la volonté populaire. Après tout, il a quelques bonnes raisons pour faire ce qu’il a fait. Il est le destructeur du mensonge fallacieux, dans sa bagarre contre le Congrès. Le Congrès avait forcé le président US à certifier de la bonne conduite de l’Iran tous les six mois ; Trump a refusé de le faire, et le monde ne s’est pas effondré pour autant. Le Congrès a forcé le président US à retarder le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv de six mois en six mois : Trump a refusé, et le monde ne s’est pas effondré. C’est une autre falsitude de l’establishment politique qui vient de s’effondrer.

Par cette déclaration, il a probablement gagné du temps et retardé sa propre destitution. Les juifs ne sont pas réputés pour leur gratitude, acceptant tout bienfait comme un simple dû de toute éternité, mais malgré tout, cela lui laisse une chance de ne pas se faire descendre immédiatement.

Paradoxalement, la déclaration de Trump a eu bien des effets positifs. Le président pourrait dire, après Méphistophélès « je fais partie de ce pouvoir qui veut éternellement le mal et qui œuvre éternellement pour le bien ». Le président a refusé de continuer à prétendre, en toute malhonnêteté, que les US soient un médiateur neutre. Il a révélé les véritables sentiments de l’establishment US envers le Moyen Orient, envers leurs musulmans et envers leurs chrétiens, un sentiment de dédain absolu. Il a  creusé la tombe du bestial MBS d’Arabie. Il a ramené la Palestine au cœur de l’agenda international après une longue absence. Il a donné à l’Europe une chance de retrouver son indépendance. Et il a fait un pas de plus pour démolir l’insoutenable empire américain. Encore une bonne raison de nous réjouir.

Grâce à Trump, voilà que ressuscite la réconciliation qui agonisait entre le Fatah et le Hamas. Leur entente butait sur des écueils : le Fatah en demandait toujours plus, le Hamas commençait à perdre patience. L’obstacle principal, c’était l’aide US : les Américains ne voulaient pas subventionner le Hamas. Comme l’aide n’arrive plus de toute façon, ce n’est plus une pierre d’achoppement. La déclaration de Trump a encouragé les deux côtés à accélérer leurs négociations.

Trump a donné l’occasion aux Européens de dire ce qu’ils pensent vraiment de lui, à raison. Sa déclaration a mobilisé le président Erdogan, qui depuis la Turquie, a appeler à un sommet des Etats musulmans. Istanbul avait été le siège du califat pendant six cents ans, de 1362 à 1924, et Erdogan peut maintenant revendiquer à juste titre ce beau titre. En dénonçant les Israéliens et leurs valets américains, le président de la Turquie a gagné en autorité et en influence.

Il faut un Arabe pour trahir les Arabes, et c’est l’enfant gâté de Ryad, MBS, qui a choisi le rôle. Quand il n’est pas en train de torturer ses cousins pour les dévaliser, il se trouve mêlé à la négation de la Palestine et de Jérusalem. C’est lui qui a proposé à Jared Kushner de livrer Jérusalem, ce qui a donné lieu à ce qu’on a appelé « l’accord du siècle ». MBS a tenté de forcer le président palestinien Mahmoud Abbas à accepter l’accord ou à démissionner. Abbas a tout bonnement refusé.

Le meilleur journaliste pour le Moyen Orient David Hearst a fait remarquer qu’au Royaume des Saoud, où pèse une lourde censure, où un touit malvenu peut vous envoyer en taule pour des années, la négation de la Palestine et de Jérusalem avait été encouragée (son livre  The Gun and the Olive Branch , « Le Flingue et le rameau d’olivier », est une excellente initiation à l’histoire contemporaine de la Palestine.

Le romancier et écrivain saoudien Turki al-Hamad a touité “la Palestine ne devrait plus être considérée comme la première cause arabe.  Ma cause à moi, c’est le développement, la liberté et l’émancipation de mon pays. Quant à la Maison (la Palestine), elle a Le Seigneur (Dieu) pour la protéger si ses habitants (les Palestiniens) l’abandonnent. »

Hamzah Muhammad al-Salim, l’écrivain et analyste économique, a touité de sont côté: une fois que la paix avec Israël aura été conclue, cela deviendra la première destination pour les touristes saoudiens. » L’ancien directeur de la chaîne al-Arabiyah, Abd al-Rahman al-Rachid, a écrit pour sa part : « il est temps de reconsidérer le concept des relations avec Palestine et Israël. » Enfin, Muhammad al-Sheikh a dit : « la question de la Palestine, ce n’est pas notre affaire ». Ces sentiments, c’est MBS qui les a encouragés, et c’est sur la base de ceux-ci qu’il a proposé son marché à Trump. Maintenant, à mon avis, l’accord est caduc, et MBS pourrait connaître le sort d’Anouar al-Sadate, le président égyptien qui s’était mis d’accord avec Israël et qui a été assassiné. Les princes saoudiens se répandent déjà en litanies pour la Palestine et pour Jérusalem.

La déclaration de Trump a été un formidable cadeau à l’Iran. Après les Saoudiens, les plus grands ennemis de l’Iran ont révélé leur duplicité, et les Arabes vont avoir un point de vue nouveau et positif sur l’Iran. Par-dessus chiites et sunnites, l’Iran a prouvé sa dévotion invariable à la cause de Jérusalem et de la Palestine, et cela lui vaudra une reconnaissance.

Le président Poutine a une bonne raison de remercier Trump pour sa déclaration. La Russie est un joueur important au Moyen Orient, et après la trahison américaine de la Palestine, elle peut devenir le médiateur de la dernière chance dans les affaires inter-arabes. Nous pouvons nous attendre à ce que les futures négociations entre Israël et Palestiniens soient encadrées par les Russes, avec l’assistance de l’Onu.

Il se peut, même s’il n’est pas certain que Trump ait donné le coup de grâce au paradigme de la « solution à deux Etats », que c’en soit fini de l’idée même de partition. Saeb Erekat, le négociateur en chef du côté palestinien, a dit que c’était le moment de se tourner vers la solution à un seul Etat pour tous, ce qui devrait être largement préféré.

Car cet Etat pour tous ne sera pas « juif », et ça me convient tout à fait. Il n’y a pas d’Etat français pour Français ethniquement purs, la France est l’Etat de tous ses habitants ; il n’y a plus d’Etat islamique, et la Syrie appartient à tous les Syriens, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou se réclament d’autres confessions. Il n’y a pas de raison d’avoir un Etat juif non plus. Que ce soit l’Israël-Palestine pour tous ses habitants.

Si cela doit guérir les Américains de leur fascination pour Sion, de leurs fantasmes de Parousie, ce sera le meilleur apport du président Trump au genre humain.

A l’Est ou à l’Ouest ?

Si les efforts pour la partition de la Palestine continuent quand même, quel pourrait être l’avenir de Jérusalem ?

Les juifs disent que Jérusalem leur appartient.

Les Américains sont d’accord avec les juifs, comme toujours.

Les Européens ne sont pas d’accord avec les Américains ni avec les juifs, et réservent leur jugement.

L’Autorité nationale palestinienne dit que Jérusalem Est  devrait être palestinienne, et que Jérusalem  Ouest peut être juive.

En avril dernier, le ministère des Affaires étrangères russe a déclaré que Jérusalem Ouest doit devenir la capitale d’Israël, tandis que Jérusalem Est devrait être la capitale de la Palestine.

Cette semaine, le sommet de l’Organisation pour la coopération islamique s’est tenu à Istanbul, dernier siège du califat, et a déclaré Jérusalem Est capitale de la Palestine. La déclaration a été approuvée par cinquante-quatre nations, représentant plus d’un milliard de musulmans.

Cela semble juste : Jérusalem Ouest pour les juifs, Jérusalem Est pour les Arabes. A moins que… ?

J’ai habité quelques années à Jérusalem, une belle maison arabe solide, joliment proportionnée, à deux étages,  édifiée avec la pierre blanche de Jérusalem, prolongée par un jardin verdoyant. Les maçons des années 1920 savaient manier la pierre, nous n’avions pas besoin de climatisation même aux jours les plus chauds de l’été ; et les maisons gardent la chaleur pendant les rudes hivers montagnards. Les plafonds étaient hauts, les fenêtres donnaient sur les jardins aux citronniers ombreux et aux néfliers du Japon feuillus. Les sols étaient pavés de céramique arménienne multicolore et de marbre.

Cette partie de Jérusalem avait été créée et peuplée par les Palestiniens chrétiens d’origine arabe, arménienne, grecque et allemande. C’est le premier élément foncier déclaré par l’administration US capitale éternelle de l’Etat juif qui n’a que soixante-dix ans. Et l’aire que je viens d’évoquer ne fait pas partie de Jérusalem Est ; ça se trouve à l’Ouest, c’est la plus belle partie de Jérusalem Ouest. La résidence du président israélien est juste au coin de la rue.

Personne ne fait objection à ce que cela fasse partie de l’Israël. Jérusalem Ouest, c’est hors débat, on ne discute que de Jérusalem Est. Elle est là, la plus grande réussite des juifs israéliens et de leurs soutiens en Amérique, et comme c’est souvent le cas, les plus grandes réussites sont sous estimées ou passées sous silence parce qu’elles semblent, relever de l’évidence, triviales

Mais nous pouvons aller plus loin que ce qu’on peut lire dans le New York Timeset découvrir la vérité occultée. Selon le droit, Jérusalem devrait être déclarée Ville internationale.

La totalité de Jérusalem avait été déclarée corpus separatum, c’est-à-dire entité séparée relevant de la juridiction internationale par la même Résolution 181 (II) 1/ du 29 novembre 1947 qui avait appelé à la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe en Palestine. Les juifs n’en avaient cure, et se sont emparés de Jérusalem Ouest en 1948 en chassant la population chrétienne et musulmane. L’Onu a refusé de reconnaître main mise juive sur Jérusalem Ouest (Article 303 (IV) du 9 décembre 1949). La ville devrait être placée sous administration internationale permanente, avait décrété l’Onu.

En 1967, les juifs ont mis le grappin sur Jérusalem Est. Cette fois, ils n’ont pas expulsé la population chrétienne et musulmane, mais ils ne leur ont pas donné la citoyenneté israélienne. Depuis lors, les habitants de Jérusalem Est vivent comme des hôtes de passage dans leur propre ville. Ils ont des droits de résidents, mais s’ils voyagent à l’étranger pour travailler ou faire des études, ils perdent leur droit de résidence et ne peuvent pas revenir chez eux.

Jérusalem Est et Ouest ont une chose en commun : les deux parties sont illégalement occupées par l’Etat juif. Les deux tronçons diffèrent en ce que la population autochtone a été chassée à l’Ouest, tandis que celle de l’Est s’est vue retirer ses droits. Cette différence ne fait pas de Jérusalem Ouest une possession israélienne légitime. Trump a fait un pas vraiment positif, en unissant les deux parties illégalement occupées de Jérusalem en une seule phrase.

Les juifs (avec le soutien américain) nous ont fait oublier que Jérusalem Ouest est également occupée en toute illégalité (Noam Chomsky a beaucoup écrit sur ce sujet. Il a décrit Israël et les US comme le véritable « Front du rejet »). Ils ont rejeté la résolution originale de l’Onu, qui avait trait à la conquête de 1948 et à l’expulsion, et ont tenté de limiter le débat sur la conquête de 1967. Ils y sont parvenus ; même les amis de la Palestine discutent en se basant sur les frontières de 1967, et laissent tomber 1948 comme une vieillerie.

Mais les Palestiniens savent et n’oublient pas comment ils ont été chassés de leurs maisons, et comment les juifs s’y sont installés à leur place. Quel que soit l’avenir de Jérusalem, cette dépossession devrait être corrigée. Les non juifs ont rendu aux juifs les propriétés qu’ils avaient perdues durant la tourmente en Europe ; maintenant c’est le bon moment pour faire rendre les propriétés volées aux Arabes, aux Grecs et aux Allemands de Jérusalem Ouest.

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale en anglais: he Unz Review.

 

[1] “Jerusalem in my heart” : une tempête sonore

]]>
http://www.israelshamir.com/french/jerusalem-et-latavisme-americain/feed/ 0
Quand le chien n’aboie pas http://www.israelshamir.com/french/quand-le-chien-naboie-pas/ http://www.israelshamir.com/french/quand-le-chien-naboie-pas/#respond Sat, 02 Dec 2017 19:11:23 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3333 La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentlemen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le “nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestia que dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Joindre Israel Shamir :   adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Article original publié sur The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/quand-le-chien-naboie-pas/feed/ 0
L’inquisition sexuelle http://www.israelshamir.com/french/linquisition-sexuelle/ http://www.israelshamir.com/french/linquisition-sexuelle/#respond Mon, 20 Nov 2017 20:34:33 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3325 Une moche baraquée, la cinquantaine ou plus, le cheveu mort, trois rangs de perles sous bajoues, racontant à gros sanglots une histoire d’attouchements non désirés, qui a peut-être eu lieu il y a des lustres, voilà qui constitue un spectacle pénible. Peut-être que Beverly Young Nelson a autrefois été jeune et belle, et capable de réveiller la passion au creux des reins d’un costaud, mais c’est loin, très loin. Et pourtant cette improbable créature a bel et bien empêché Roy Moore, le suspect, de gagner une élection en Alabama.

Si cette vieille chouette prétendait avoir prêté à Moore cent dollars trente ans plus tôt, et qu’elle les lui réclamait, intérêts et principal, le tribunal lui aurait ri au nez. Qu’est-ce qu’elle faisait donc, tout ce temps-là, où sont les preuves, lui dirait-on. Pourquoi personne ne lui pose la question aujourd’hui, alors que la carrière du bonhomme est fichue ? Comment se fait-il que des revendications aussi douteuses puissent anéantir un individu ?

D’autant plus que cette personne a un nom et un visage, même s’il n’est pas ragoûtant, alors que dans bien des cas, l’accusatrice reste anonyme, cachée derrière une lettre, tandis que l’accusé se retrouve nommé, montré du doigt, et en perd son boulot. Il n’y a que l’Inquisition qui ait agi de la sorte, à base de sources anonymes et de griefs opaques. Nous voilà aux prises avec la sexquisition.

Est-ce que c’est un phénomène purement américain ? La vengeance de Salem, où un spasme semblable de paranoïa massive avait amené une petite ville de la Nouvelle Angleterre à pendre une vingtaine de femmes accusées de sorcellerie ?

A Salem, les hommes faisaient la chasse aux sorcières ; trois cents ans plus tard, ce sont les sorcières qui pourchassent les hommes.

Et c’est une épidémie mondiale. Les US sont le modèle de tout l’espace de la Pax Americana, où l’on imite la musique et les films américains, et maintenant cet accès de démence. De tous les hommes, de tout âge, de toute confession, nul n’est à l’abri de poursuites.

En Israël, la petite âme sœur de l’Amérique, un rabbin a été inculpé pour une histoire de viol avec sodomisation sur une gamine il y a sept ans. C’est une policière féministe qui a géré l’affaire. Le rabbin a passé un mois en taule et presque une année en assignation à résidence ; il a perdu son travail, et son nom est maudit à jamais. Et puis on a découvert que la fille ne pouvait même pas se souvenir de ses propres mensonges et les répéter correctement. Le procureur a décrété l’annulation de la procédure  et le rabbin David Harrison a été remis en liberté. Qui lui rendra son année gâchée, sa réputation, son travail ? Est-ce que l’accusatrice et la policière vont le dédommager ? Eh bien non.

Et encore, il a eu de la chance. Le président israélien Mosché Katsav en a eu moins. Sa première accusatrice, cachée derrière la lettre A, s’est avérée être une menteuse, et ses griefs n’ont pas été entendus. Mais à mesure que son histoire circulait bien des femmes s’étaient  jointes à la chasse à courre, et Katsav s’était retrouvé derrière les barreaux. Maintenant, la plupart des juges sont des femmes, en Israël, et les hommes sont cuits.

L’Europe marche benoîtement dans les pas des US. Là, c’est un universitaire d’Oxford, né suisse et musulman, Tarik Ramadan, l’homme qui a fait tout ce qu’il pouvait pour que les musulmans d’Europe se sentent européens. Une colonne de bonnes femmes est arrivée pour dire qu’il les avait violées ou approchées avec des avances non sollicitées il y a quelques années. Il a été obligé de se mettre en congé à l’université.

Bref pas un chrétien, pas un juif, pas un musulman ne saurait échapper à une semblable accusation, à partir du moment où il a un nom, une position et quelque argent sur son compte en banque. Pour une raison mystérieuse, les trimeurs, les chauffeurs de taxi, les ascensoristes ou encore ouvriers sur les tapis d’assemblage  n’ont jamais fait partie des souvenirs des copines de Beverly Young Nelson au bout de vingt ans. Est-il plausible que les représentants de la classe ouvrière ne se montrent jamais entreprenants ? Il n’y aurait que les riches et célèbres qui aient la main leste ?

Cet assaut sur les hommes se produit au moment de la campagne Balance-ton-porc sur les réseaux sociaux. Bien des femmes ont été obligées de se joindre à la meute : si vous ne faites rien, c’est probablement que personne ne vous a jamais trouvée assez attrayante pour tenter le coup. Elles ont foncé, en masse. Les hommes aussi sont réceptifs à l’hystérie de masse, mais les femmes battent tous les records. Et les réseaux sociaux sont un riche terreau pour ces campagnes.

Et s’il y avait un noyau de vérité au fond de tout ce grabuge? Jusqu’à un certain point, oui, quand on crie au loup, il n’y a pas de fumée sans feu. Les actes les plus courants peuvent être évoqués en des termes extrêmement sensationnalistes. Au lieu de dire « il m’a serrée dans ses bras et il m’a embrassée » dites plutôt « il a introduit de force sa langue dans ma bouche tout en m’immobilisant, puis « il m’a clouée sur un lit sous son poids ». Le  sexe, il y a des gens pour vous en parler, des puritains, des viragos, du gibier de psy, de manière à ce que vous soyez prêt à réclamer la peine de mort pour le perpétrateur de la chose.

Le terme viol ne veut plus dire la même chose qu’à l’origine. Mon ami Julian Assange a passé des années sous les verrous, et son aventure parfaitement consentie avec deux de ses groupies a été qualifiée de viol pour de menus aspects techniques (une capote déchirée, un état de demi-sommeil ou d’éveil incomplet). Dans les deux cas, cela partait d’un remords  d’acheteur, ces dames regrettaient, deux jours après l’évènement, leur enthousiasme passager parce qu’il ne les avait point rappelées. Une femme détestant les hommes de toutes ses forces, la procureuse, se proclamant lesbienne, avait insisté pour envoyer Julian en taule. De son point de vue, un homme est à sa place quand il est enfermé, même si la requête est sans fondement. Et même après cette déclaration parfaitement discriminatoire, elle n’a pas été destituée.

La Suède connaît une avalanche de plaintes pour viol, ces temps-ci.  Certains lecteurs ont fait le rapprochement avec l’immigration de masse en provenance du Moyen Orient. Et certes un homme de ces régions peut facilement se tromper dans l’interprétation des paroles ou des gestes d’une jeune Européenne. Mais non mais non, disent les féministes ! Pourtant jusque dans les années 1950, les Européens se méprenaient régulièrement sur l’usage des « allumettes suédoises ». La fille devait souligner son « non », sans quoi ils croyaient vraiment que c’était la façon féminine normale d’être timides. Et il y a tant de gestes courants qu’on appelle des viols en Suède maintenant, que le terme est complètement dévalué.

Tout peut être décrit de façon répugnante. Manger de la viande c’est du cannibalisme, un compliment c’est un viol. Et en même temps, des choses qui révulsent les gens normaux   peuvent être décrites comme la normalité, voire la norme. Les hommes normaux sont révoltés par la description ou la présentation qu’on fait des relations sexuelles entre hommes. Et  on les force à accepter tout cela tout en considérant les gestes habituels entre homme et femme comme quasi criminels.

Les Américains ont voté pour Donald Trump dans l’espoir qu’il en finirait avec la rage émasculatrice dans leur société. Cela peut encore se faire en appliquant deux règles simples qui étaient tenues pour des garanties de justice, jusqu’au jour où la Cour suprême des US les a déclarées nulles et non avenues.

Premièrement, on en finit avec les réminiscences. La Bible, grande source de sens commun, nous dit ce qui relève du viol et comment  le gérer. Si l’agression a lieu en ville, la fille devrait ameuter le quartier, hurler et pleurer. Si cela ne suffit pas, ou si l’agression a eu lieu hors les murs, elle devrait se précipiter à la gendarmerie. Pas   au bout de vingt ans, pas une semaine plus tard, pas le surlendemain, mais sur le moment. Si elle n’a rien dit, c’est son problème.

Cette attitude règlerait la question de savoir si la femme veut dire oui ou non quand elle dit non. Si elle appelle au secours, c’est que c’est non.

Et c’en sera fini des mines dormantes prêtes à vous sauter à la figure à tout bout d champ.

Deuxièmement, plus d’anonymat pour les accusatrices. Si vous accusez un homme, soyez prêtes à faire face, ne vous cachez pas derrière le voile de l’anonymat.

Ces deux règles simples restaureront la santé de tous, et remettront le viol à sa vraie place horrible de jadis et de tous les temps.

Et pour le harcèlement, c’est le plus souvent une invention de la rancœur féminine. Cela ne devrait pas relever de la loi ni des tâches de la police. Si une dame est gênée par un regard insistant, qu’elle déclenche un procès, ou qu’elle appelle un policier si cela va plus loin. Les gendarmes savent ce qu’il faut faire avec ce genre de vice.

Les souvenirs tardifs de harcèlement ne sont pas valables, même s’ils sont vrais. Si la femme n’a pas réagi sur le moment, c’est trop tard.

Autrement, bientôt les US n’auront plus un politicien mâle et normal, juste des femmes et des efféminés. Et la maladie se répandra dans toute l’Europe, jusqu’au jour où le vieux Monde et l’Amérique du Nord seront prêts au repeuplement par des Africains virils.

La Russie reste un territoire libre pour les mâles. Bien des modes américaines envahissent Moscou, mais l’émasculation n’en fait pas partie. Les Russes ont interdit la propagande homosexualiste en direction des mineurs, et ils ont réglé le problème. De fait, les femmes russes préfèrent grandement le style russe. Ce sont les hommes qui règlent l’addition au restaurant, qui leur tiennent la porte, qui les aident à enfiler leur manteau ; bref, les hommes qui continuent à faire ce que faisaient les hommes bien élevés en Amérique et en Europe, il y a un demi-siècle.

La Russie a connu sa campagne “Balance-ton-porc”   (en russe je dirais #янебоюсьсказать) l’année dernière. Et un tas de femmes ont récité ou inventé des histoires de harcèlement. Mais c’est resté au niveau de facebook, car la loi ne permet pas de porter plainte des années après les faits allégués.

Et surtout, les Russes considèrent le sexe entre homme et femme comme une chose normale. Ils ne sont pas horrifiés par une relation entre prof et élève, ou entre patron et assistante. Les reportages sur les châtiments sévères imposés par les juges américains dans le cas d’une professeuse couchant avec des jeunes gens rencontrent l’incrédulité et la stupéfaction.  Sur cinquante histoires récentes de ce genre, aucune n’aurait été sanctionnée en Russie. Je ne comprendrais pas d’ailleurs en quoi un gamin de 17 ans séduit par sa prof de 23 ans aurait subi un tort.

On envierait plutôt le gosse, en tout cas. Mais c’est cette attitude traditionnelle en matière de sexe qui est la raison principale des attaques médiatiques contre la Russie, bien plus que les histoires de « hacqueurs russes ».

Il est très difficile de défendre Weinstein, avec son obsession pour l’Holocauste et sa soif de  revanche sur les blondes. Mais c’est son cas qui a ouvert les portes de l’Enfer. Refermons-les vite avant que l’équilibre de l’univers entre le yin et le yang, entre les pôles mâle et femelle, ne soit rompu.

Pourquoi est-ce que les US se retrouvent frappés de cet étrange fléau? Je serais tenté de l’expliquer comme une réaction contre la révolution de 1968, y compris la révolution sexuelle qui en faisait partie. Pour nous, les gosses des Sixties’, vivre c’était facile, le sexe c’était un domaine de liberté et de plénitude, en Californie ou en Crimée comme sur la Côte d’Azur. Nous en avions à profusion, du sexe sans capote, souvent avec des étrangères. C’était ça, le communisme. Redouter l’amour libre et le sexe à la portée de chacun, c’est avoir peur du communisme.

Les riches garçons et filles qui sont arrivés au pouvoir ensuite ont tout transformé en source de gains, et c’est avec ce schéma en tête qu’ils ont créé la pénurie, y compris la pénurie de sexe ; il s’agit d’une contre-révolution sexuelle. Les plaignantes pour harcèlement sont les petits soldats de la contre-révolution sexuelle, elles font monter les tarifs de leurs charmes en organisant la pénurie. C’est elles qui y perdront, les malheureuses ; espérons qu’elles n’auront pas dézingué la planète avant de s’en apercevoir.

 

 

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

This article was first published at The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/linquisition-sexuelle/feed/ 0
Ca baigne, en Palestine comme en Israël http://www.israelshamir.com/french/ca-baigne-en-palestine-comme-en-israel/ http://www.israelshamir.com/french/ca-baigne-en-palestine-comme-en-israel/#respond Wed, 15 Nov 2017 20:29:52 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3323 Cent ans après la Déclaration Balfour, où en est-on, en Palestine?

J’aimerais pouvoir dire que la Palestine est en flammes et qu’Israël souffre intensément, mais il faut dire la vérité. Sous Netanyahou, l’Israël et la Palestine prospèrent.

Jamais ça n’a mieux marché. Le salaire minimum du côté israélien est à plus de 1500 dollars; en deux ans, il est passé de 4000 shekels à 5300 shekels. L’inflation n’a pas suivi, en dépit des prédictions les plus lugubres. Les pauvres ne sont plus si pauvres, même si certains ne connaissent pas vraiment la prospérité. Les prix en monnaie locale sont stables. Sur la scène internationale, le shekel est haut, très haut (sans atteindre les records fulgurants de 2014), et le Trésor se bat pour l’empêcher de monter encore. C’est pourquoi les prix paraissent plutôt chers aux étrangers. Un sandwich, le modeste falafel, aussi  israélien  que palestinien, avec une boisson, vous coûteront au moins 10 dollars, et à Tel Aviv cela vous sera probablement préparé et servi par un réfugié africain. Un menu à midi coûte environ 20 dollars, un bon dîner beaucoup plus, et il faut s’y prendre bien à l’avance pour trouver une table. Voilà pour le côté israélien. Du côté palestinien, le même déjeuner vous coûtera un peu moins, environ 15 dollars. Les restaurants sont bondés, les Israéliens adorent la bouffe et ils bouffent tout le temps, s’empiffrant à tout bout de champ.

Les touristes se ruent sur la Terre sainte, comme jamais. En octobre dernier, tous les hôtels à Jérusalem et à Tel Aviv étaient pleins ; pas moyen de trouver une chambre à moins de 200 dollars la nuit même franchement loin de tout. A Bethléem et même à Hébron, c’est pareil, les gens qui remplissent les hôtels sont des touristes en route pour Jérusalem. Il y a la queue pour entrer dans les sanctuaires les plus importants qui drainent le tourisme, l’église de la Nativité à Bethléem et le Saint Sépulcre à Jérusalem ; ils font la queue pendant des heures pour vénérer les lieux de naissance et de mise au tombeau du Sauveur. Les Palestiniens s’y retrouvent en travaillant dans le bâtiment. La construction connaît un vrai grand boum partout en Cisjordanie. Des logements neufs poussent sur la moindre friche. Des villages encore pauvres hier comme Imwas près de Bethléem et Taffuh près de Hébron sont devenus de vraies villes d’immeubles de trois ou quatre étages, très semblables à ceux que convoitent les Israéliens. Des bâtisses pas aussi charmantes et splendides que celles que construisaient leurs parents et grands-parents, mais c’est la tendance générale. Israël a réduit les checkpoints internes qui séparaient pratiquement chaque village palestinien de ses voisins. Aujourd’hui, un Palestinien peut se déplacer à peu près sans encombre dans sa zone de résidence. C’est toujours un cauchemar  d’aller de Bethléem (juste au sud de Jérusalem) jusqu’à Ramallah (juste au nord de Jérusalem) et il est presque impossible d’aller à Jérusalem, mais c’est quand même un progrès.

Ramallah est une ville moderne, avec beaucoup de bons logements de construction récente, des hôtels cinq étoiles, des restaurants de rêve, et l’université de Bir Zeit tout près. Ce n’est plus la ville qui avait vaillamment combattu l’armée israélienne pendant la seconde Intifada de 2001. Elle est devenue plus avenante. L’armée israélienne continue à rentrer dans la ville chaque fois que l’envie lui en prend, et elle s’empare des citoyens, parfois pour un simple post irrévérencieux sur facebook. Ils avaient arrêté ces jours-ci un jeune homme parce que Google avait mal traduit son « Good Morning » en termes de « Go and Kill them » ou quelque chose dans le genre, autrement dit : « descends-les tous ».

Les citoyens israéliens ne sont pas autorisés par le gouvernement israélien à pénétrer dans les territoires palestiniens. C’est probablement judicieux ; si les Israéliens pouvaient voir à quel point leurs voisins vivent dans le même environnement de style occidental, ils comprendraient d’emblée que le Mur n’est plus nécessaire, parce qu’il n’y a plus guère de différence entre les deux côtés, et ce serait la fin du séparatisme que les juifs s’imposent à eux-mêmes. Pour ma part, je ne peux pas applaudir à cette convergence. J’adorais la bonne vieille Palestine aux demeures en pierre de taille au milieu des vignobles, et les paysans palestiniens toujours en train de prendre soin de leurs oliviers et de leurs sources. C’est bien fini. A Dura al-karia, un charmant village aux fontaines merveilleuses, les champs ont été désertés. Les enfants des paysans qui trimaient dur bossent dans les bureaux du gouvernement de Ramallah, et ne rêvent pas de revenir aux travaux des champs. Les puits ne sont plus chéris comme la seule source de la vie, on ne les conserve qu’au titre de souvenir d’un passé révolu. Le néocapitalisme a démoli ce que le sionisme n’avait pas pu tuer.

Mais c’est la réalité du XXI° siècle. La même évolution s’est produite en Provence et en Toscane de l’autre côté de la mer ; tandis que des choses bien pires  se produisaient tout près, en Syrie et en Irak. Les gens se sont habitués à cette nouvelle réalité, il n’y a que nous, les vieux romantiques, pour nous en plaindre.

Cet Israël prospère peut facilement absorber la Palestine prospère en abolissant ses lois d’apartheid. Des années auparavant cela aurait été un saut dans l’inconnu, aujourd’hui ce serait une étape normale et facile, comme de rendre pratiquement invisible la frontière entre le Maryland et la Virginie (rappelons qu’il y avait une dispute frontalière entre les deux autour du Potomac). Malheureusement, personne en Israël n’appelle à franchir le pas. Les partis de droite juifs qui veulent intégrer la Palestine veulent s’en emparer, mais sans les habitants. Ils produisent des plans pour garder la terre et se débarrasser des gens. La gauche israélienne a pratiquement disparu. Son parti travailliste a élu un nouveau dirigeant ce mois-ci, et il a déjà promis de ne jamais transiger sur les colonies (qui devraient donc rester juives pour toujours) et de ne jamais permettre aux Arabes de rejoindre son gouvernement. Il a également appelé à montrer une attitude plus combative et vigoureuse envers les voisins de l’Etat juif : s’ils s’avisent de tirer un missile, nous devrions en larguer cinquante. Les Arabes ne comprennent que le langage de la force, dit-il. Avec une telle gauche, pas besoin de droite…

Ce serait donc sensé, du point de vue des pertes et des bénéfices, d’aller vers l’intégration, mais cela l’était déjà auparavant, même en 1948, quand Israël possédait le seul port moderne de Haïfa, sur la Méditerranée orientale, et que l’oléoduc pouvait livrer le pétrole de Kirkouk aux raffineries de Haïfa, et que le chemin de fer reliait Beyrouth à Damas et au Caire via Jaffa et Tel Aviv. Même alors, les juifs auraient pu se la couler douce, mais ils préféraient l’hostilité éternelle. Quand j’y repense, je ne suis pas sûr que cette fois ce sera différent.

La deuxième partie de la Déclaration Balfour, la promesse de sauvegarder les droits des non-juifs, s’est avérée bien problématique. Et tant que les juifs ne sont pas contraints à reconsidérer la question, aucun vrai progrès n’est en vue. Mais même sans progrès et dans des conditions d’inégalité, la position géographique unique de la Palestine et la politique économique raisonnable de Netanyahou rendent la vie tout à fait supportable. C’est très agaçant de ne pas pouvoir sortir librement de Bethléem pour aller à Ramallah ou à Jaffa en voiture, c’est douloureux de ne pas pouvoir prendre un avion ou atterrir librement sur le seul aéroport du pays, mais du point de vue de l’économie, ça ne va pas si mal. Il est probable que bien des noirs prospéraient même au temps de Jim Crow, et à l’époque de l’apartheid en Afrique du sud…

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale en anglais sur  The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/ca-baigne-en-palestine-comme-en-israel/feed/ 0
Les juifs et la guerre http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/ http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/#respond Wed, 08 Nov 2017 18:30:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3309 De temps à autre, on a un observateur qui remarque une action juive concertée, et qui en fait part pro bono publico. Soit c’est le fait que les Juifs soutiennent l’immigration du Tiers monde, soit que les Juifs combattent les monuments mémoriels, ou encore, plus récemment, que les Juifs font la promotion de la guerre contre l’Iran. Aussitôt ceux-ci ripostent avec une contre-attaque massive et véhémente, et rendent la vie très difficile à l’observateur trop bavard. Puis le sujet passe à un second plan, parce que chacun est échaudé, ou ne sait pas comment faire avancer le débat, mais le problème reste entier.

Voici un exemple récent de cette séquence, un article de Philip Giraldi paru sur Unz.com qui fait encore des vagues sur le web. Il a déroulé une liste de Juifs qui soutenaient l’invasion de l’Irak, et qui poussent maintenant les US à attaquer l’Iran :
“David Frum, Max Boot, Bill Kristol et Bret Stephens, Mark Dubowitz, Michael Ledeen… eh bien, euh, ils sont tous juifs, et la plupart d’entre eux se qualifieraient de néo-conservateurs.” [Le 21 septembre, Giraldi a été congédié par un simple coup de fil du American Conservative, organe où il écrivait depuis 14 ans, ndt]
Giraldi a proposé de tenir les Juifs hors des positions d’influence en matière de politique étrangère, de façon à préserver les US des guerres dont ils n’ont aucun besoin. Giraldi écrivait : « Nous n’avons pas besoin d’une guerre avec l’Iran simplement parce que c’est Israël qui en veut une, et que quelques riches et puissant juifs américains sont heureux de nous la fournir clés en mains ».

De fait, le journal Ha aretz avait publié à l’époque, en avril 2003 : “La guerre en Irak a été conçue par 23 intellectuels néo-conservateurs, la plupart juifs, qui poussent maintenant le président Bush à changer le cours de l’histoire. Deux d’entre eux, les journalistes William Kristol et Charles Krauthammer, disent que c’est possible.”

Moi aussi j’avais publié dans la même veine lors de l’invasion de l’Irak, et c’est une bonne chose de voir que cette thèse n’est pas morte mais ressurgit de temps à autre. On pourrait ajouter que ce sont les mêmes personnes qui poussent à un conflit avec la Russie, qui diabolisent Poutine et qui attaquent Trump, malgré le fait que notre bonhomme orange tente de combler leurs moindres désirs comme un vrai père Noël.

Tout à fait d’accord avec Giraldi sur la maladie, venons-en à la question du remède. Cela servirait-il à quelque chose de maintenir les Juifs à l’écart de la politique étrangère ? Les US avaient ils échappé aux guerres avant l’ascension des Juifs à la fin des années 1960 ? Avant cette époque-là, les Juifs n’étaient guère à des postes en vue, et n’étaient certainement pas sur-représentés dans l’establishment. Ethel et Julius Rosenberg, couple de juifs, avaient été grillés sur la chaise électrique en 1953, ce qui n’avait pas soulevé d’objections particulières. Mcarthy terrifiait les juifs. Le mot Holocauste n’était pas encore apparu, avant 1968. On tenait encore les juifs hors des clubs et des hautes strates de la politique. L’Etat d’Israël avait été menacé en 1956 par les US plutôt qu’assisté.

Et pourtant, les US libres de Juifs avaient livré en Corée une terrible guerre de trois ans (1950-1953), au Viet-Nam (jusqu’en 1974), avaient envahi et provoqué le changement de régime au Guatemala et en Iran, avaient violemment interféré dans les élections en France et en Italie, et avaient livré la féroce Guerre froide contre l’URSS. Dans toutes ces campagnes, les juifs des US étaient dans le camp de la paix, et contre la guerre. Ils n’étaient nulle part au pouvoir lorsque les US avaient livré leurs guerres contre l’Espagne et le Mexique. Les US non juifs avaient organisé un coup d’Etat en Iran, et c’est le président Carter, ni juif ni pro-Israël, qui avait tenté d’envahir l’Iran. Les Juifs n’étaient pas impliqués dans la conquête de Panama, dans l’intervention au Nicaragua, dans l’opération sur l’île de la Grenade.

Peut-être parce que les juifs avaient quitté les théâtres de guerre d’Amérique latine pour le Moyen Orient. Une Amérique moins influencée par les juifs envahirait plutôt le Venezuela que l’Iran. Mais faut-il vraiment s’en réjouir ?

L’idée de corriger ou de canaliser une influence juive excessive est raisonnable, mais y parviendrait-on en maintenant Kristol et Krauthammer loin des medias (une excellente idée au demeurant)?
La prééminence juive aux US est intrinsèque à la culture US et à ses traditions. C’est Karl Marx qui écrivait (dans La Question juive, en 1844) qu’en Amérique du Nord, « la domination pratique du judaïsme sur le monde chrétien s’est installée comme l’expression même de ce pays, son expression sans ambiguïté et normale. » Il disait que tous les Yankees étaient des juifs, se conduisent comme des juifs, aspirent à être des juifs et se faisaient même circoncire comme les juifs. De sorte qu’il était naturel que les juifs pour de vrai réussissent mieux à se conduire en juifs que leurs voisins gentils. Werner Sombart ajoutait que les juifs étaient à la pointe de ce pays depuis le début de la conquête européenne, et qu’ils avaient créé le capitalisme de style américain avec la tournure qui leur convenait. Les juifs occupent les cimes en ce moment parce que l’Amérique est un produit construit et modelé pour les juifs, sur mesure, disait-il.

C’est cela qu’il faudrait corriger, et alors les scribes juifistes comme Krauthamers ne pourront plus s’en donner à cœur joie en nous précipitant dans les guerres. Cessez de souscrire au modèle de la réussite juive, et les juifs ne pourront plus peser sur le Sénat. Rendez chrétiens les US, selon l’enseignement du Christ, partagez le travail et la richesse, aspirez à servir Dieu et non Mammon, que les premiers soient les derniers et les derniers les premiers, aimez votre prochain et donc votre voisin : là le problème sera résolu.

Si c’est un commandement trop ambitieux, changeons de niveau. Chasser de leur piédestal les Ledeens et les Frum (et j’estime qu’ils méritent largement le goudron et les plumes) ne servira à rien tant que les juifs riches ne sont pas délestés de leur butin mal acquis. Sans la richesse juive excessive, il n’y aura plus d’incitation excessive des juifs à la guerre. Et dans la mesure où plus de la moitié de toute la richesse des US se trouve entre les mains de quelques juifs, libérer cette force aura un effet colossal pour améliorer l’existence de chaque Américain, et même de chaque personne sur terre.

Et pourquoi s’arrêter là ? Les super riches non juifs sont aussi juifs que n’importe quel juif. Ils partagent les mêmes aspirations. Arrachez-leur donc leurs avoirs. Qu’est-ce que ça peut nous faire, que Jeff Bezos soit juif par le sang ou par ses croyances, ou qu’il ne le soit pas? Il se conduit comme un juif, et c’est suffisant. Etablissez un plafond pour la fortune, en contrepartie du salaire minimum. L’idée a fait son chemin : Jeremy Corbyn a déjà appelé à l’implantation du salaire maximum. Les impôts peuvent contribuer facilement en ce sens, dans la merveilleuse Suède des années 1950, la tranche d’impôt supérieure était taxée à 102%. On peut atteindre le même but d’une façon plus réjouissante en mettant “à poil’ en place publique à Washington les hommes les plus riches, pour le Mardi-Gras. Il ne faut pas que cela apparaisse comme une punition pour leurs excès de zèle, au contraire, c’est une assistance sur la voie de leur progrès spirituel. Trop de richesses emprisonnent l’esprit !

Ce serait excellent pour les juifs et pour tous ceux qui sont concernés par le problème: tant que la richesse juive moyenne aux US stagnait en dessous de la moyenne (c’est-à-dire aussi longtemps que les Juifs ont été moins riches que les Gentils), les juifs agissaient dans l’intérêt du peuple. Vers 1968-1970, ils ont commencé à devenir plus riches que tous les Américains, et voilà : ils ont cessé de se battre pour le bien commun.
Les juifs pourraient devenir une force positive à condition que leur tendance excessive à amasser des biens matériels soit verrouillée. C’est ce qui s’est passé en URSS : comme les juifs ne pouvaient pas faire d’argent, ils se sont mis à faire des sciences et ont travaillé au bien commun. Même les oligarques pourraient devenir de bons managers au lieu d’être un châtiment pesant sur la nuque de toute la société.
Ce n’est pas plus compliqué que de chasser Max Boot du business de l’écriture. Alors pourquoi se contenter d’un palliatif quand on peut viser la jugulaire ?

adam@israelshamir.net

Traduction: maria POUMIER

Première publication: The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/feed/ 0
L’occupation grecque http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/ http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/#respond Tue, 07 Nov 2017 20:25:51 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3321 Théophilos III, le pape de Jérusalem (l’un des cinq papes d’origine, Sa Béatitude le patriarche de la sainte église orthodoxe grecque de Jérusalem et de la Terre sainte, car tel est son titre habituel, ose à peine se rendre dans les églises de nos jours. Chaque fois qu’il arrive, ses brebis l’attendent au dehors et l’empêchent d’entrer. La semaine dernière, la police juive l’a aidé à pénétrer dans une église de village, tandis que des centaines de croyants se pressaient pour le conspuer à grands cris. Il y a un plan pour l’empêcher de pénétrer à Noël prochain dans la Basilique de la Nativité.

Il faut se souvenir que son prédécesseur Irineos avait été déposé par les évêques douze ans plus tôt, et que depuis lors il vit dans une cellule solitaire dans le monastère, car il refuse de sortir de ses murs. Il sait que s’il s’en va, il ne sera pas autorisé à revenir. Considérant ses souffrances, l’actuel patriarche n’est pas porté à la complaisance.

Le bas clergé et les laïcs, les Palestiniens chrétiens de la Terre sainte, sont très ennuyés avec ce patriarche et avec la tournure que prend la direction de l’Eglise. Le patriarche est en train de vendre des terres de l’Eglise à des prix de braderie ; les terres de Césarée, propriété de l’Eglise, ont été cédées par lui pour un prix plus bas que celui d’une seule des maisons de cet immense espace. Bientôt l’Eglise va se retrouver dépouillée, et la communauté chrétienne de Palestine établie par le Christ lui-même va disparaître, disent les ecclésiastiques.

Mais l’argent n’est pas tout. Le patriarche ne permet pas aux Palestiniens de s’élever au sein de  l’Eglise ; un seul Palestinien, Sa Béatitude Theodosius Atallah Hanna, archevêque de Sébaste, a été ordonné il y a des années mais même lui n’a pas été autorisé à participer aux décisions de l’Eglise, il est tenu à l’écart du Synode, qui est l’organe directeur de l’Eglise, à l’écart de la Fraternité du Saint Sépulcre, il n’a même pas une église à lui, il n’a pas de salaire, c’est le seul archevêque qui soit ainsi maltraité. Tout cela parce qu’il n’est pas de sang grec.

Dans l’Eglise orthodoxe, seuls les moines peuvent prétendre devenir évêques, tandis que les simples prêtres paroissiaux peuvent se marier, ce qu’ils font en général. Le patriarche n’autorise pas les moines palestiniens qui ont fait leurs études de théologie en Grèce à  retourner en Terre sainte, afin qu’ils ne puissent pas prétendre à la chasuble épiscopale dans son Eglise. Il y a maintenant 24 moines palestiniens dans des monastères en Grèce ; tous ont demandé à être nommés sur leur terre natale, et cela leur a été refusé à tous.

« Si vous voulez vous installer en Palestine, renoncez à vos rites monastiques et mariez-vous. Autrement, restez au loin», leur a répondu le Patriarche. Tous les évêques de l’Eglise de Jérusalem sont des Grecs ethniques ; et ils sont bien décidés à prolonger éternellement cette occupation.

Tandis que les juifs tiennent les Palestiniens à l’écart des décisions politiques (même les Israéliens de gauche n’autorisent jamais des partis palestiniens à rejoindre le gouvernement) les Grecs tiennent les Palestiniens, descendants des Apôtres, à l’écart pour ce qui est de contrôler l’Eglise. Tout le monde est au courant de l’occupation juive en Palestine, c’est fréquemment l’objet de débats à l’Onu, les présidents en jouent tandis que les militants la combattent, mais l’occupation grecque de l’Eglise  de Jérusalem n’est jamais mentionnée en bonne compagnie.

Bien des  Grecs excellents soutiennent la lutte contre l’occupation, et prennent la mer pour briser le blocus de Gaza. C’est sûrement très bien, mais ce serait encore mieux s’ils prenaient position contre l’occupation grecque.

L’Eglise grecque, c’est-à-dire l’Eglise orthodoxe de Grèce, connaît parfaitement cette histoire honteuse. Leurs évêques se rendent en Terre sainte et rencontrent les chrétiens palestiniens. Mais ils n’osent pas affronter la hiérarchie de l’Eglise de Jérusalem et, sous la direction de l’actuel patriarche, ils considèrent les Palestiniens comme leur propre vache à lait, à traire à souhait.

Les résultats sont épouvantables. Palestine et Israël n’ont pas de services publics pour tous les citoyens, mais chaque communauté prend soin des siens. Les musulmans s’occupent des musulmans, les juifs des juifs, les catholiques et les protestants de leurs propres fidèles, construisent et dirigent des écoles, organisent des activités, depuis la vente d’huile d’olive jusqu’à la production de bière. Seuls les chrétiens orthodoxes de Palestine, la communauté la plus ancienne et la plus fournie, n’ont rien du tout. Leur nombre fond d’année en année. Evidemment, on peut à raison blâmer les juifs de n’en pas faire assez, mais il serait honnête de souligner la part de responsabilité des dirigeants de l’Eglise orthodoxe. Ils n’en ont rien à faire de leurs brebis locales, c’est tout. Ce ne sont pas les pasteurs de leurs troupeaux.

Ils ne bâtissent pas d’églises. Il y a beaucoup de grandes villes israéliennes, Beer Sheba, Afula, Eilat, Tel Aviv même a des milliers de chrétiens orthodoxes (des juifs baptisés ou des immigrants) mais  pas une seule église n’a été fondée. Les Russes ont proposé de construire les églises pour l’Eglise de Jérusalem, mais le patriarche n’est pas intéressé. Tout ce qui l’intéresse, ce sont les vieilles églises rentables parce que les pèlerins et les touristes grecs et russes s’y précipitent.

Les dirigeants de l’Eglise de Jérusalem, les évêques grecs qui refusent d’accepter les Palestiniens comme leurs égaux, pratiquent un racisme ecclésiastique, ou « ethnophylétisme », comme on dit. L’église orthodoxe a condamné cette pratique comme hérétique lors du synode de 1872 à Constantinople. Dans les faits, cette condamnation n’a rien changé du tout en Palestine.

La Terre sainte est le seul lieu au monde où les hiérarques sont invariablement des Grecs, et jamais des autochtones. Partout ailleurs, les Eglises orthodoxes s’appuient sur la tradition locale, s’expriment en langue vernaculaire, et sont administrées par des évêques locaux. L’Eglise orthodoxe russe a des laïcs russes et des évêques russes, en Grèce l’Eglise grecque a  ses équipes de laïcs grecs et ses évêques grecs, l’Eglise d’Antioche a des laïcs et des évêques syriens arabes, mais l’Eglise de Jérusalem, elle, qui a des laïcs et des prêtres paroissiaux palestiniens, n’a que des évêques grecs.

Les origines du problème remontent à l’an 1534, lorsqu’après la conquête ottomane un moine grec, Germanos, se retrouva installé au poste de patriarche de Jérusalem par décision de la Sublime Porte, autrement dit de l’Empire ottoman. Il ne nomma que des évêques grecs, et depuis lors les Grecs ont gardé le monopole du pouvoir ecclésiastique. Ils ont collaboré avec les Turcs, avec les Britanniques, et maintenant avec les Juifs, parce qu’ils n’ont pas de base indépendante sur qui compter, mais ils doivent leur existence à leur reconnaissance d’un pouvoir étranger supérieur sur le terrain.

Grecs, Juifs et Arméniens constituaient trois communautés d’élite sous l’empire; ils fournissaient le gros des couches cultivées, les uns accaparant le commerce (les Juifs), les autres l’administration (les Grecs) et l’artisanat (les Arméniens), tandis que les Turcs se contentaient d’être soldats et paysans. Les trois nations ont un modus operandi similaire : étroitement liés entre eux, agissant dans une perspective tribale, s’excluant réciproquement et se faisant concurrence. Si l’on veut comprendre l’origine de la domination juive aux US et ailleurs, il est bon de considérer comment ces trois groupes fonctionnaient dans la Turquie impériale. Et il n’y avait guère lieu de choisir entre les Juifs et les Grecs.

Les Grecs ethniques avaient confisqué la gestion des Eglises de tout l’empire, c’est-à-dire les Eglises de Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie. Aucun Arabe ethnique, aucun Turc ou Copte ne pouvait devenir évêque. Le résultat était parfait pour les Grecs mais tragique pour l’Eglise ; les laïcs votaient avec leurs pieds et quittaient l’Eglise pour l’Islam ou, dans une moindre mesure, pour des Eglises hors d’atteinte des Grecs, parmi lesquelles l’Eglise catholique romaine, l’Eglise syriaque et d’autres encore plus exotiques. Et le racisme ecclésiastique grec a tué, ou du moins miné la chrétienté native du Moyen Orient, celle du Christ et de ses apôtres.

De fait, les Coptes d’Egypte ont rompu avec l’Eglise d’Alexandrie, dominée par les Grecs, et ont fondé leur propre Eglise copte orthodoxe d’Alexandrie, rompant la communion avec d’autres Eglises orthodoxies, tandis que l’Eglise grecque orthodoxe d’Alexandrie fondait et devenait l’ombre d’elle-même.

C’est le contraire qui s’est produit en Syrie, où, à la fin du XIX° siècle, les Arabes locaux ont traîné leurs évêques grecs jusqu’aux ports puis les ont embarqués pour la Grèce. Ils ont élu des évêques arabes et un patriarche arabe, tout en restant en communion avec d’autres Eglises orthodoxes. Leur Eglise d’Antioche a été florissante jusqu’à l’entrée en scène de Daech, mais on peut espérer qu’elle regagne le terrain perdu dans la mesure où leurs frères orthodoxes russes les ont aidés à battre les djihadistes.

Les sièges de Constantinople et de Jérusalem sont restés aux mains des Grecs ethniques, avec dans les deux cas des conséquences regrettables. A Constantinople, les Grecs ont rejeté la proposition d’Ata Turk de devenir l’Eglise orthodoxe turque, alors que cela leur aurait rendu beaucoup d’églises, y compris la grande Sainte Sophie, et cela aurait probablement évité aux Grecs les confiscations et expulsions tragiques des années 1920. L’Eglise de Constantinople est devenue un spectre dominé par la CIA, et cela dure jusqu’à aujourd’hui.

Jérusalem et la Terre sainte étaient trop importants pour la chrétienté, elles ne pouvaient pas rester  des phénomènes locaux. Les Russes ont soutenu la restitution de leur Eglise aux autochtones, mais avec prudence, parce qu’ils chérissaient par-dessus tout leur unité en communion avec d’autres Eglises orthodoxes. Les Juifs s’en sont mêlés, certes. Et c’est ainsi que l’Eglise de Jérusalem est restée entre les mains de Grecs ethniques, et que de plus en plus de Palestiniens orthodoxes se sont convertis, devenant catholiques ou d’obédience protestante.

Aujourd’hui, après avoir été majoritaires au XIX° siècle, et alors qu’ils constituaient le tiers de toute la population palestinienne au temps du mandat britannique, les orthodoxes ne comptent guère plus de 30 000 membres, au sein de l’Eglise chrétienne.

Et voilà que maintenant, les Grecs à la tête de l’Eglise ont décidé de faire de leur vache à lait une bête à viande, et ils ont commencé à la saigner, en vendant ses biens aux Juifs.[1]

En témoigne l’histoire abondamment reprise de deux hôtels à la Porte de Jaffa à Jérusalem, jadis les excellents New Imperial Hotel et Petra. Tous les deux sont maintenant en pleine décrépitude, mais ils restent les mieux situés à Jérusalem. Ils ont été vendus par le patriarche précédent, Irineos, pour trois fois rien. Haaretz a révélé que les acheteurs avaient payé vingt fois moins cher que le prix du marché. Et qui étaient les acquéreurs ? Une organisation extrémiste juive, Ateret Cohanim, dont l’objectif est de reconstruire le Troisième Temple juif sur les ruines de la mosquée Al Aqsa ; en attendant, ils sont en train de faire le nettoyage ethnique de Jérusalem pour y installer des juifs à demeure.

Theophilos III, le patriarche actuel, a solennellement promis de faire annuler la vente. Certes il a saisi le tribunal d’instance (juif) du district de Jérusalem en demandant l’annulation du contrat parce qu’il avait été conclu frauduleusement pour un prix trop bas et des dessous de table. Mais le tribunal a statué : rien à faire. Pour ma part j’étais indigné de cette criante injustice juive, mais il s’est avéré que les turpitudes n’étaient nullement le fait des juifs…

J’ai rencontré un Palestinien chrétien, membre important du Conseil central orthodoxe en Israël, Alif Sabbagh du village  d’Al Buqaia (ou Pekiin) en Galilée ; c’est une personne qui a consacré sa vie à la conservation des documents concernant  les terres de l’église et les actes diligentés par le patriarcat. Il possède des archives complètes de tous les accords signés ces dernières années. Il m’a dit qu’il n’avait pas eu le choix ; le patriarche Théophilos a refusé de lui fournir les preuves de la fraude invoquée, et il a passé un accord secret avec les colons juifs.

Selon la loi israélienne, il y a deux instances  d’appel. Au premier niveau, le plaignant expose sa requête, et au deuxième niveau, il apporte les preuves justifiant sa requête. Le patriarche a bien formulé une première requête, mais a refusé de fournir les preuves à l’appui. La juge juive a dit qu’elle ne pouvait pas satisfaire à une requête sans les documents probants.

Et ce n’est pas que le patriarche n’ait pas pu les fournir. L’homme qui est au cœur du problème, Nikolas Papadimas, ancien trésorier de l’Eglise, celui qui est censé avoir signé les contrats sans en informer Irineos, avait quitté le pays et il était recherché par Interpol, car il fait l’objet de poursuites pour des  millions de dollars volés au patriarcat ; or il est revenu à Athènes et il a demandé à témoigner devant la cour. Son témoignage pulvériserait les revendications juives, et on comprend pourquoi les colons juifs ont fait objection à ce que son témoignage soit auditionné. Mais c’est que le patriarche  grec Théophilos aussi a fait objection à l’intervention de Papadimas, et la juge juive ne pouvait objectivement rien faire, même si elle l’avait voulu.

Au même moment, le patriarche vendait les terres de l’Eglise à Jérusalem Ouest, d’énormes lopins valant for cher, incluant le lot sur lequel est construit le Parlement, à de sociétés offshore mystérieuses, et pour des clopinettes. De fait, le vrai paiement sonnant et trébuchant est tombé dans son escarcelle personnelle, un compte à son nom dans un paradis fiscal, selon Alif Sabbagh. En réponse, la Knesset, le Parlement juif, a commencé à examiner le projet d’expropriation de Rachel Azaria, concernant des terrains ecclésiastiques vendus à des tiers  depuis 2010.

Le patriarche Theophilos a fait appel à la solidarité  chrétienne, et les  Eglises occidentales ont répondu en critiquant le projet de  décret. Mais leur position se basait sur l’exposé mystificateur du patriarche, qui soulignait que le décret exproprierait des terres de l’Eglise. Mais je l’ai lu, ce décret, et ce n’est pas vrai : le décret rend la vente de terres de l’Eglise à des tiers pratiquement impossible. Après que le décret aura été validé, le Patriarche aura le choix : vendre les terres à l’Etat juif ou ne rien vendre du tout. Ceci lui coupe évidemment l’herbe sous les pieds, il ne pourra plus empocher de pots-de-vin, et cela ne fait pas vraiment de tort à l’Eglise.

Les Palestiniens chrétiens constituent une communauté prospère et florissante. Ils sont plus éduqués que les Juifs, ils sont à leur place, chez eux, enracinés dans le sol palestinien. Ils ont été et ils restent actifs dans la bataille pour la Palestine, ils sont souvent à la tête de la résistance malgré leur nombre réduit. Les noms qui viennent à l’esprit sont ceux de Georges Habache, le dirigeant chrétien du Front Populaire FPLP, et celui d’Emile Habibi, le grand écrivain palestinien. Ils sont en bons termes avec les musulmans palestiniens, et ils aimeraient le rester avec les juifs aussi. On trouve une assez bonne notice sur Wikipedia (en anglais) à leur sujet, car même si elle est biaisée comme d’habitude, l’historique des discussions rétablit l’équilibre. On remarque tout de suite l’omniprésence des opérateurs sionistes bien connus (Jayig etc) mais le message passe et cela permet de comprendre le sujet, ce qui est particulièrement difficile dans les articles relatifs à la Palestine sur Wikipedia.

Leur dirigeant spirituel c’est l’archevêque relativement jeune Theodosius Atallah Hanna, travailleur acharné, qui, par une coïncidence troublante, se trouve porter le même nom (Atallah) que le dernier patriarche palestinien avant  la confiscation du titre par les Grecs. Il est très actif, il rencontre des délégations tous les jours et publie habituellement des compte-rendu sur sa page Facebook ou sur son autre  page; et son message est le suivant : “Les Palestiniens chrétiens ne sont pas une minorité en Palestine; il n’y a pas de minorités en Palestine, mais des gens qui se battent pour la liberté ».

Il est également populaire chez les musulmans. Lors de la récente confrontation autour de la Mosquée Al Aqsa, il s’est rendu sur l’esplanade en solidarité avec le mufti de Jérusalem, qui est son ami personnel. C’est un bon ami des juifs orthodoxes de Neturei Karta, j’en ai été témoin en lui faisant compagnie lors d’une visite de condoléances. Il tente d’être ami aussi avec les juifs, car il reconnaît qu’ils ne sont pas près de quitter sa Palestine chérie. Et naturellement, il n’a pas la moindre animosité envers les Grecs, parce qu’il a fait ses études en Grèce, qu’il parle le grec couramment, qu’il se rend souvent en Grèce et qu’il reconnaît l’importance de la culture grecque pour les Palestiniens chrétiens.

Il ferait un nouveau patriarche parfait, qui mettrait fin à la discorde, et amènerait la paix et l’unité dans la plus vieille Eglise chrétienne, créée par le Christ lui-même. Les querelles de territoire disparaîtraient, les Grecs s’engrèneraient tranquillement avec les Palestiniens ; ils perdraient leur monopole mais préserveraient leur position importante. Bref, ce serait un personnage idéal pour incarner la décolonisation, qui permettrait non seulement aux Palestiniens natifs mais aussi à d’autres chrétiens orthodoxes de Terre sainte, en particulier aux ex-juifs russes baptisés et aux Russes ethniques, d’intégrer pleinement l’Eglise, projet qui horrifie l’actuel Patriarche Théophilos.

Il est d’ailleurs bien connu au Moyen Orient. Il s’est rendu en Syrie récemment, a visité les monastères et églises orthodoxes, et a rencontré le président Bachar al Assad qu’il admire pour sa défense des chrétiens face au carnage djihadiste. La police israélienne tout comme les médias israéliens l’ont attaqué, en réponse à sa visite chez « l’ennemi », alors qu’il ne faisait que remplir ses devoirs ecclésiastiques. Les Russes l’aiment ainsi que les Juifs baptisés en Israël (il en baptise souvent, ainsi que leurs enfants). C’est lui aussi qui nous a baptisés, ma femme, mon fils et moi, et j’en suis éternellement reconnaissant à Sa Béatitude.

Et pourtant, les militants palestiniens chrétiens qui mènent actuellement leurintifada contre le patriarche en titre pensent que la meilleure solution pour cette église tellement souffrante serait de se passer de patriarche pendant quelques années. Ils m’ont dit qu’ils préféreraient que l’Eglise soit gérée par un comité de trois évêques, parmi lesquels l’archevêque Theodosius Atallah Hanna, pendant quelque temps, ce qui donnerait à l’Eglise l’occasion d’établir de nouvelles règles pour l’élection du patriarche, de façon à en finir avec la règle héritée des Ottomans consistant à demander son consentement au souverain (autrement dit au gouvernement israélien, à l’Autorité palestinienne et au roi de Jordanie). Cette règle avait ouvert  l’Eglise aux chantages. Le gouvernement israélien refusait de donner son feu vert sauf si le candidat promettait de donner certaines terres de l’Eglise aux juifs. Les rebelles ont une idée qui va plus loin : il s’agirait de prendre des décisions en matière d’économie (biens fonciers ou salaires) en toute indépendance du patriarche. Que le patriarche gère les questions spirituelles, les laïcs sont capables de s’occuper des problèmes matériels, disent-ils.

Le patriarche attend la suite avec une certaine appréhension. Il mobilise toutes les ressources de l’Eglise pour acheter ceux qui ont du poids dans le cadre de l’Autorité palestinienne, auprès des princes jordaniens et parmi les officiels israéliens. Les Palestiniens parlent de vastes terrains promis au prince Ghazi bin Muhammad de Jordanie, pour s’attirer en retour la loyauté de la maison royale jordanienne. Les Israéliens ont d’ores et déjà reçu des cadeaux encore plus généreux, et les officiels de l’Autorité palestinienne n’ont pas été oubliés non plus.

Les Russes pourraient peser sur l’issue de la querelle, mais ils n’ont aucune envie d’interférer dans les affaires de cette Eglise sœur. En privé, ils font état de leur sympathie pour la cause palestinienne, mais ne veulent pas mettre en danger leurs rapports avec les patriarcats de Jérusalem ni de Constantinople. Ceux-ci peuvent tristement riposter en acceptant les exigences des évêques ukrainiens qui réclament une reconnaissance, et en général ils causent plus de problèmes que de juste, pour les Russes.

C’est pour cette raison qu’il est bien difficile de prédire comment la bataille prendra fin, si le rusé  patriarche sauvera sa position et la domination grecque sur l’Eglise, en garantissant chaque fois plus de terres aux gens qui sont au pouvoir, ou si cette intifada palestinienne l’emportera au final, avec une Eglise indépendante de ses colons grecs. Il est probable que la meilleure force capable de venir à bout  pacifiquement de la rivalité viendra de Grèce, du peuple grec, car il est capable de comprendre le problème et de faire ce qu’il prêche aux autres pouvoirs coloniaux, très précisément d’en finir avec la colonisation et l’occupation. Faute de quoi, le sort de la plus ancienne Eglise chrétienne au monde est incertain.

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction et note: Maria Poumier

Publication originale:  The Unz Review.

 

[1]  Voir l’article de Claire Bastié «  A Jérusalem la vente de biens de l’Eglise grecque orthodoxe provoque de fortes tensions »

https://www.la-croix.com/Religion/Orthodoxie/A-Jerusalem-vente-biens-lEglise-grecque-orthodoxe-provoque-fortes-tensions-2017-09-12-1200876239

Voir également : “Les ventes des terrains de l’Eglise aux acheteurs anonymes mettent les propriétaires sur la touche”

http://fr.timesofisrael.com/les-ventes-des-terrains-de-leglise-aux-acheteurs-anonymes-mettent-les-proprietaires-sur-la-touche/

]]>
http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/feed/ 0
Atterrissage en douceur au Moyen-Orient? http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/ http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/#respond Tue, 24 Oct 2017 17:03:21 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3305 Les fans de Trump, cette espèce menacée et en voie de disparition, traversent des temps bien difficiles. L’admirateur le plus fervent de l’homme à la tignasse fauve n’a pas pu digérer sa bataille de mots doux avec Kim, ses menaces contre l’Iran, sa farce à l’Unesco, en gardant son sérieux. Notre seule consolation est de nous dire qu’Hillary aurait été encore pire. Est-ce que c’est un comique à contre-emploi, un bouffon ? En tout cas, Trump est en train de faire le travail ingrat de faire atterrir en douceur l’empire US.

Le vaisseau spatial géant America peut encore  s’écraser sous le poids insoutenable de ses obligations et de ses ambitions, et entraîner sous les décombres une grande partie du monde : Troisième guerre mondiale est l’autre nom de cette menace de catastrophe. Trump est un expert en banqueroutes, et il était censé arraisonner en douceur le vaisseau, avec le moins de dégâts possible,  pour les Américains du moins.

Or c’est bien ce qu’il en train d’accomplir, avec l’aide du Congrès et des media dominants. Oui,  vous avez bien lu : en limitant la marge de manœuvre du président des US, avec leur franche animosité envers ses propositions, ils sont en train d’accélérer l’atterrissage. Peut-être que ce ne sera pas aussi suave que dans nos rêves, mais n’était la résistance de l’establishment, Trump aurait pu être tenté de maintenir la nef en vol.

Le Moyen Orient est le lieu d’un énorme investissement américain depuis des années, et ici (j’écris ceci en arrivant à Tel Aviv et à Jérusalem en provenance de Moscou), le sentiment qu’un retrait US est imminent est particulièrement vif. Bien des années auparavant, l’empire britannique s’était contracté et retiré de nombre de ses colonies et possessions : c’est au tour des US maintenant.

On dit que c’est la Russie qui avance, au détriment des US qui quittent le Moyen-Orient. Ce n’est pas tout à fait exact : les Russes ne peuvent et ne veulent pas assumer de fonctions impériales dans la région, ni ailleurs. Les Russes considèrent que l’idée d’un seul Etat régissant tous les autres n’a pas survécu à la mise en pratique, et qu’elle est morte, pour notre plus grand bien. Nous voici à nouveau dans le monde multipolaire du XIX° siècle et du début du XX°, avec des acteurs différents, mais avec le même paradigme. Les Russes s’efforcent de toutes leurs forces de stabiliser la région, sans en devenir pour autant le sheriff à la manœuvre.

Ils ont réalisé leur rêve vieux de plusieurs siècles : prendre pied en Méditerranée, de l’autre côté du Bosphore. Ce  rêve avait attiré la Russie dans la Première Guerre mondiale ; et voilà qu’ils ont triomphé, sans sacrifice exagérément lourd. Maintenant ils recherchent la stabilité, et veulent que les voisins de la Syrie s’habituent à l’arrivée des nouveaux venus russes.

Les dirigeants du Moyen Orient, qui ressentent que les US sont hors-jeu, se précipitent à Moscou, tandis que les émissaires du Kremlin s’envolent pour le Moyen Orient. Ils ont à gérer et à rétablir un ordre régional après la guerre de Syrie. Il y a encore quelques confrontations séparées quoique reliées entre elles : Syrie, Palestine, Irak, Yémen, tandis que les principaux joueurs sont la Russie, les US, l’Israël, la Turquie, l’Iran et les Saoud.

L’Israël joue un  jeu dangereux : il bombarde l’armée syrienne presque tous les jours. Malgré leur bouclier antimissiles renommé, leurs S-400, les Russes ne protègent pas les cibles syriennes, mais seulement leurs propres bases. Les avions israéliens ont décidé qu’ils pouvaient survoler impunément le Liban. Parfois ce sont des vols de reconnaissance, d’autres fois des raids assortis de bombardements. Lors de leur dernier vol de reconnaissance, les jets israéliens ont rencontré des missiles anti-aériens de génération plus ancienne, et apparemment en ont réchappé sans dommage (les Syriens ont revendiqué une frappe, mais cela n’a pas été vérifié par des sources indépendantes). Deux heures plus tard, les jets israéliens sont arrivés et ont détruit la batterie de missiles syriens. Les Russes sont restés cois et n’ont rien fait. Ce silence russe a une histoire intéressante, et des conséquences importantes.

Lors de sa dernière visite en Russie, le premier ministre Netanyahou a prévenu Poutine qu’Israël ne se bornerait pas à observer tranquillement l’Iran et le Hezbollah améliorer leurs positions par rapport à l’Israël et à la Syrie, et il a demandé aux Russes de chasser les Iraniens. Poutine a refusé, mais a exprimé sa compréhension. Il a promis d’essayer de retenir les Iraniens à huit km de la frontière israélienne. Il ne pouvait guère en faire plus, même s’il l’avait voulu.

L’Iran est un allié de la Russie en Syrie et au-delà. L’Iran participe, avec la Turquie et la Russie, au processus de paix d’Astana. L’Azerbaidjan et la Russie constituent une route Nord-sud importante pour le pétrole et les marchandises ; l’Iran, la Turquie et la Russie projettent de s’associer pour fournir du gaz à l’Europe. Les Iraniens ont soutenu Moscou dans sa bataille contre les extrémistes tchétchènes soutenus par Washington, comme l’a exposé en long et en large Poutine dans son entretien avec Oliver Stone. Les rapports entre Iran et Russie ne relèvent pas du grand amour passionnel, mais d’une bonne coordination, dans la coopération.

Les Iraniens se battent durement en Syrie; sans eux, la Russie aurait eu à envoyer des troupes au sol, et Poutine renâcle à le faire sans raisons très sérieuses ; le déplaisir d’Israël n’entre pour rien là-dedans.

En marge, rappelons qu’il y a quelques troupes russes en Syrie, et qu’il y a un contractant  privé russe, habituellement connu sous le nom de Wagner (en tant que compositeur de la Chevauchée des Walkyries). Il y a eu des publications dans les media russes possédés par Soros,  soulignant de lourdes pertes parmi eux. Cependant, j’ai rencontré une personne qui a des informations de première main sur le Groupe Wagner, et il m’a dit que leur activité était fort limitée. Ils ne sont plus armés, ni approvisionnés, ni payés par le ministère de la Défense russe, comme c’était le cas pendant un temps. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, un homme à poigne de souche mongole, n’appréciait pas d’avoir des troupes indépendantes sur le terrain.

Les voilà maintenant employés par une compagnie syrienne comme gardiens de sécurité pour les champs pétroliers. Ils disent qu’ils ne sont pas aussi bien armés et rémunérés que jadis, mais ils restent quand même. Leurs pertes sont supportables, et les forces armées russes ont très peu de pertes, malgré les sinistres prédictions de 2015.

Mon ami arabe s’est rendu à Damas, sa ville natale, et il a observé que les Syriens préfèrent grandement les Russes aux Perses, parce que les Perses interfèrent pour les endoctriner, ce que ne font pas les Russes. Les Gardiens de la Révolution perses essaient de convertir les Alaouites et d’autres communautés religieuses comparables, pour en faire de bons chiites dans le style iranien. Mais ces nombreuses sectes d’origine chiite se sont constituées il y a des siècles, et ne souhaitent pas rejoindre l’orthodoxie perse. Imaginez les catholiques essayant de ramener les protestants sous la houlette romaine. En outre, les Alaouites syriens pressentent que les Iraniens sont tentés par des affrontements avec la majorité sunnite.

Pourtant, malgré tous ces inconvénients, les Iraniens sont de bons combattants, et le gouvernement syrien a besoin d’eux pour gagner cette bataille. Ils ont donné des preuves de leurs capacités la semaine dernière lorsque les forces chiites irakiennes (entraînées par les Gardiens de la Révolution) ont pris Kirkouk, de concert avec l’armée gouvernementale iraquienne,  en finissant avec le projet insensé d’une indépendance du Kurdistan iraquien. On avait annoncé que le Kurdistan serait un « second Israël », un Etat non arabe laïque amical avec Tel Aviv. Mais ce qualificatif de « second Israël » n’est pas très recommandable dans une région subissant encore les menées du premier.

Le Kurdistan  a emprunté un  chapitre au modèle israélien, et a réalisé le nettoyage ethnique des Arabes et Turkmènes, les chassant de leur fief et des zones adjacentes de Kirkouk et des alentours de Mossoul. La zone de Kirkouk avec ses champs pétroliers est d’une importance et d’une valeur particulière. Elle avait été prise par les Kurdes lorsque Daech (l’Etat islamique) avait chassé l’armée iraquienne. Daech n’a pas combattu les Kurdes, réputés avoir aidé les islamistes à s’emparer de Mossoul. Tout en étant considérés comme le « second Israël », les Kurdes ont été localement considérés comme un « second Daech », un autre projet israélo-américain pour briser la fragile unité arabe.

 

Mais, à l’inverse d’Israël, le Kurdistan n’a pas su manœuvrer. Le seigneur d’Erbil, Moussoud Barzani, s’est fait appeler « président du Kurdistan » malgré le fait qu’il n’était pas reconnu comme tel, même par les Kurdes de la seconde ville plus importante, Souleymaniye ; il s’est attribué un énorme salaire. Officiellement, il recevait plus par mois que le président Obama en un an, mais cela ne lui suffisait pas, et il a privatisé les bénéfices pétroliers, devenant de la sorte multimilliardaire.

 

Le pire, c’est qu’il était un mauvais gestionnaire. Quand le pétrole était cher, le Kurdistan a cessé de produire quoi que ce soit d’autre que du pétrole. Le reste de la population vivait de ses largesses, comme prix de leur loyauté. Quand le prix du pétrole a baissé, l’économie du Kurdistan s’est effondrée, et avec une dette nationale de 20 milliards, Barzani a décidé de doubler la mise, en déclarant l’indépendance de sa région autonome, incluant Kirkouk. Il espérait qu’Israël et les US ne laisseraient pas les Irakiens exposer son coup de bluff à tous les vents, parce qu’il avait des instructeurs militaires américains et des conseillers israéliens. En outre, il croyait au mythe de la propagande officielle sur les prouesses militaires kurdes, de ses amazones de combat.

Or voilà que les soldats kurdes n’ont pas voulu mourir pour Barzani, parce qu’ils savaient que Kirkouk n’avait jamais appartenu aux Kurdes. Ils se sont retirés après fort peu de batailles, et les milices chiites iraquiennes, entraînées par l’Iran, se sont emparées de Kirkouk au profit de l’Etat irakien. Les Israéliens étaient outrés. Trump avait trahi un allié, écrivait Haaretz, et l’Iran avait été autorisé  à prendre le dessus. C’était un grand soulagement pour tous les autres : les Arabes et Turkmènes chassés peuvent maintenant rentrer chez eux, et l’Irak, la Turquie, l’Iran et la Syrie sont bien soulagés aussi, parce qu’un Kurdistan indépendant encouragerait la sédition dans leurs Etats. Et les Iraniens ont bel et bien sauvé Damas du réel danger d’une sécession kurde.

Venons-en à la partie israélienne. La destruction d’une batterie syrienne que je viens de mentionner a entraîné des complications. Cela s’est fait le jour où Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, était à Tel Aviv. Les Israéliens ont eu beau prétendre qu’ils avaient prévenu les Russes à l’avance, c’est après-coup qu’ils l’ont fait, et Choïgou a reçu la nouvelle de son état-major, alors que son avion était déjà sur le tarmac, prêt à décoller pour quitter l’Israël. Et le pire, c’est qu’il l’a reçue sur son téléphone, nullement par une connexion sécurisée.

Choïgou était très contrarié par ce cadeau de bienvenue, et a exprimé son dépit devant ses hôtes israéliens. Ils ont répliqué fort tranquillement que tandis qu’ils prennent note des intérêts de la Russie en Syrie, ils n’ont besoin des avis de personne quand il s’agit de leur propre sécurité.

C’était probablement une erreur, tout à fait courante chez les Israéliens. Ils poussent toujours le bouchon trop loin, ils cherchent l’escalade, profondément convaincus que cela leur donnera une grande victoire. Et les résultats sont souvent malheureux.

Au fait, je me souviens quand je servais comme jeune soldat dans la guerre d’usure sur le Canal de Suez: les Israéliens en voulaient toujours plus, bombardant les villes égyptiennes et refusant les négociations, jusqu’au jour où les Russes ont déplacé leurs systèmes anti-aériens sur le Canal. Et là, les Israéliens ont perdu leur supériorité dans les airs, et ont doucement imploré un cessez-le-feu. Autre exemple : les Israéliens ont abattu le chef du Hezbollah, et le résultat, c’est que Sayed Nasrallah est devenu le nouveau chef, bien plus efficace.

Cette fois-ci aussi, leur attitude agressive a été contreproductive. Le ministre de la Défense iranien a sauté dans la brèche et a promis d’aider la Syrie à sécuriser son espace aérien. Cette offre peut avoir deux conséquences ; d’abord, que les Russes se sentent jaloux et ferment l’espace aérien de la Syrie et du Liban, contre les forces aériennes israéliennes ; ou encore que les Russes restent en marge et permettent aux Iraniens (en les assistant éventuellement) de faire le travail. Dans les deux cas, les positions iraniennes en Syrie vont progresser, et les Israéliens perdront leur liberté pour opérer au-dessus du Liban et de la Syrie.

L’intransigeance israélienne ne va probablement pas payer non plus, concernant la réconciliation palestinienne. Deux partis principaux, l’OLP (où le Fatah est majoritaire) qui gouvernait en Cisjordanie, et le Hamas régnant sur la Bande de Gaza ont réussi à réduire leurs divergences. Gaza va passer sous contrôle de l’Autorité palestinienne, et les Israéliens en ont été furieux. Ils ont toujours beaucoup apprécié la guerre froide inter-palestinienne ; cela leur permettait de dire qu’ils ne pouvaient pas négocier avec Mahmoud Abbas parce qu’il ne représentait que la Cisjordanie. Maintenant, ils ne peuvent pas plus négocier, disent-ils, parce que le Hamas est terroriste.

Ils ont posé trois conditions au Hamas : la reconnaissance de l’Etat juif, le désarmement, et la fin de la propagande anti-israélienne. Le Hamas a répondu : on verra quand les poules auront des dents. Les US ont soutenu le refus israélien, et ont dit qu’ils mettraient fin à leur soutien financier à l’Autorité palestinienne, si le Fatah et le Hamas fusionnent en un seul gouvernement.

La Russie a pris en main les efforts de réconciliation. Les dirigeants du Hamas sont allés à Moscou, et ont été bien reçus. J’étais présent lors de leur conférence de presse, et j’ai entendu leurs pronostics optimistes. Juste après eux, les gens du Fatah sont arrivés à Moscou, et ont été bien reçus aussi.  Moscou veut aller plus loin et les voir s’embrasser, ce qui va probablement devenir possible. Et qu’est-ce qui reste des menaces israéliennes ?

Maintenant les dirigeants du Hamas sont allés à Téhéran demander du soutien. Les Iraniens ont promis de les aider. L’intransigeance israélienne inutile a donc permis à l’Iran de s’introduire à Gaza sur un pied bien plus assuré. Vous me direz que la Russie et l’Iran ont joué au bon et au méchant flic. La Russie propose des initiatives de paix, et quand elles sont rejetées, alors l’Iran entre en scène avec l’alternative militaire. Au Kurdistan, c’est ce qui s’est passé aussi : les Russes ont supplié Barzani de remettre à plus tard sa requête d’indépendance, pour quelques années ; celui-ci n’a pas écouté, l’Iran est entré en scène et s’est emparé de Kirkouk.

Le ministre de la Défense israélien Lieberman a dit cette semaine que dans un avenir proche, Israël se trouvera en guerre sur trois fronts à la fois : au Liban, en Syrie et à Gaza. Sur ces trois emplacements, les Israéliens trouveront les Iraniens pour les recevoir. A moins que les Israéliens acceptent les idées russes. Et pour les US ? Trump garde encore l’option de la guerre avec l’Iran, et cela peut se produire. A partir de là, le Moyen Orient deviendrait inhabitable. Mais si les US restent en dehors du jeu, une espèce d’arrangement pacifique sera de l’ordre du possible.

La Turquie a offert un nouvel angle de vue pour la nouvelle configuration, dans la mesure où le président Erdogan a pratiquement rompu avec les US, d’une façon tout à fait spectaculaire. La police turque a arrêté un employé turc du consulat américain en Turquie. Les US ont eu la main lourde pour répondre, en cessant d’octroyer des visas aux Turcs. Les Turcs ont répondu en mettant fin aux visas pour les Américains.

Ces échanges arrivent juste après la décision turque d’acheter des S-400, le système de missiles de défense russes, ce qui navre profondément les US. Le retrait des forces allemandes de l’Otan de la base aérienne la plus importante de Turquie a pratiquement permis à la Turquie de sortir de l’Otan. Les Turcs ont également aidé la Russie et l’Iran à saboter l’indépendance mort-née du Kurdistan : ils ont fermé la frontière pour le pétrole du Kurdistan, et l’économie du petit Etat confiné est en chute libre.

Les Saoudiens, les amis préférés, de confiance, des US, ont commencé à avoir chaud. Le vieux roi Salman est arrivé récemment à Moscou pour une visite solennelle. Il a promis d’acheter de ces S-400 tellement à la mode, et s’est plaint que l’Iran soit trop actif et puissant dans la région.

Engagement plus important pour les Russes, les Saoudiens ont accepté de réduire leur production de pétrole pour maintenir les prix. Les Russes se souviennent encore du cauchemar de la fin des années 1980, quand les Saoudiens, sur demande des US, avaient baissé le prix du pétrole jusqu’à 5 dollars le baril, et ce faisant, avaient porté un coup terrible à l’Union soviétique. Il semble que les Saoudiens et les Russes fassent donc des affaires ensemble, bien tranquillement.

On n’attendait pas grand-chose de la visite royale : les Saoud n’ont plus beaucoup d’argent, et leurs promesses ne vont souvent pas plus loin. Une promesse de mariage ce n’est pas la même chose qu’un mariage, dit-on. Cependant, cette visite confirme que les pays du Moyen-Orient ont accepté la Russie comme l’un des pays clé dans la région, et c’est cela qui compte.

Voilà les principaux facteurs du remodelage  au Moyen Orient en cours. Cela se fait sous nos yeux, et il semble que les US vont pouvoir quitter cette région si instable dans un cadre de paix relative.


Joindre l’auteur: 
adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Première publication de l’original sur  The Unz Review

]]>
http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/feed/ 0