French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Thu, 31 Aug 2017 04:00:43 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.8.2 Ils se sont parlé! http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/ http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/#respond Mon, 10 Jul 2017 20:49:20 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3261 Leur rencontre, tellement attendue, a été bien plus riche que tout ce que les uns ou les autres avaient pu prédire. L’anxiété était à son comble, et les attentes aussi basses qu’un lourd plafond de nuages juste avant l’orage, d’autant plus que Trump venait de passer par Varsovie, où il avait docilement repris les platitudes de la Guerre froide dictées par ses mentors. Il avait été expédié à Hambourg par l’establishment de Washington avec toutes les mises en garde de rigueur pour une novice au couvent à la veille d’une rencontre regrettable mais inévitable avec un don Juan. Ils ne faisaient pas confiance à un pareil débutant, et insistaient : il ne devait parler à Vlad que sous bonne garde, en présence d’adultes responsables tels tante Fiona Hill (conseillère de Theresa May) ou oncle H.R. McMaster (conseiller à la sécurité nationale US), tous deux bien connus pour leur aversion envers les Russes.

Ils l’avaient prévenu que, à deux pas d’une frappe nucléaire, toute autre réaction serait considérée une trahison envers la « Cité étincelante sur une colline » de Ronald Reagan. Chaque néocon et fanatique de la Guerre froide en Occident y était allé d’un petit avertissement au président : comment faire pour humilier Poutine et le remettre à sa place, plus bas que terre. En fait ils ne l’avaient pas autorisé à avoir une vraie rencontre avec Poutine, en lui bricolant un ordre du jour minutieusement surchargé, avec des conseillers et des ministres, et le tout ne devait pas prendre plus de quelques journées, format Camp David ou approchant. Et ils ont profondément raté leur coup.

La rencontre en marge du G20 était devenue le centre de tout, le G20 est devenu un rassemblement en marge du sommet Trump Poutine. Aucune pause, à partir du moment où ils se sont rencontrés : une grande sympathie réciproque se trahissait dans chacun de leurs sourires. Au début, Poutine était plutôt réservé ; il s’était endurci d’avance en cas de rejet, d’affront, toujours possible, et même d’insulte. Mais Trump a su le mettre à l’aise avec tact.

A la place de la demi-heure prévue, ils sont restés à parler pendant deux heures ; même la tentative de la femme de Trump pour remettre le grappin sur son mari n’a pas été couronnée de succès. Ils ne pouvaient pas s’arracher l’un à l’autre, c’est tout. Après quelques mois de séparation forcée par l’action des duègnes auto-désignées, ils étaient là, ensemble, comme deux compères, à la fin.

Les médias occidentaux, mettant en œuvre tous leurs maléfices pour empoisonner le courant entre les deux hommes, ont parlé de victoire de Poutine, les Russes sont devenus « les patrons », le chien qui a le dessus. Réaction typique, celle du Centre pour le Progrès de l’Amérique (Center for American Progress Action Fund), qui a déclaré que Trump s’était « tout simplement couché devant la Russie, unilatéralement ». Ils espéraient que Trump le vaniteux serait vexé d’être dépassé par Vlad. Nous n’allons pas nous joindre à leurs légions en concédant la victoire à Poutine. Ils ont gagné tous les deux, et c’est nous qui y avons gagné, avec eux.

D’un tel évènement, il est difficile d’attendre des résultats tangibles. Ces choses-là prennent plus de temps. Si cela a créé les conditions pour du travail à deux, cela devrait suffire. Et même à ce niveau, il y a eu des avancées notoires.

.

Je me permets de vous suggérer de voir le film d’Oliver Stone « Conversations avec Mr. Poutine », un film long mais qui ne vous décevra pas, comme préambule aux rapports sur la rencontre historique. Dans le film, Oliver Stone pose des questions à Poutine sur les accusations d’ingérence cybernétique dans les élections US, et Poutine lui donne une réponse complète et explicite. Il dit qu’il avait offert à Obama un traité sur la cybersécurité, décrivant précisément ce que les Etats peuvent et ne peuvent pas se faire les uns aux autres dans le cyber espace.

Obama n’a pas saisi la balle au bond, parce que les US croyaient avoir une grande supériorité sur le terrain, et ne voulaient pas se priver de leur avantage. « Selon les déclarations au gouvernement US d’un officier d’intelligence à la retraite, l’administration US avait pénétré le réseau électrique russe, leurs réseaux de télécommunication et les systèmes de commande du Kremlin. Le piratage présumé signifiait que des parts critiques des infrastructures russes étaient dès à présent vulnérables à une attaque par des cyber-armes secrètes américaines », selon l’agence de presse australienne.

Certes les récriminations contre les « piratages russes » sonnent faux, compte tenu que la NSA espionne tout le monde dans le monde entier, y compris la Russie. Des millions d’appels russes sont interceptés par les services secrets US tous les ans, nous a appris Snowden. L’idée de rédiger et de conclure des traités interdisant le piratage agressif arrive au bon moment, c’est une bonne idée. Lors de la rencontre de Hambourg, le président Trump en a convenu,et les présidents ont décidé de nommer une commission bilatérale pour mettre en œuvre un projet de traité. Ce sera bon pour toutes les nations, pas seulement pour les Russes et les Américains, parce que la NSA espionne jusqu’aux alliés des US, comme Mme Merkel en personne.

Le traité permettrait aussi de gérer des virus réellement dangereux, comme le Stuxnet qui a été lancé contre l’Iran, et ses versions les plus récentes, comme WannaCry. Julian Assange nous a révélé l’origine des virus ; ils viennent de l’arsenal de la NSA, et ils ont déjà causé des dégâts, depuis les banques russes jusqu’aux hôpitaux britanniques. La fabrique de virus de la NSA devrait être mise sous contrôle grâce au traité.

L’interférence dans les élections, voilà aussi un autre sujet abordé par les deux présidents. Non pas les sottises proférées sur une interférence russe dans les dernières élections américaines, mais l’histoire bien réelle de l’interférence américaine dans les élections russes, françaises, et partout ailleurs. Le président Trump a apparemment approuvé l’idée que cela devrait relever du traité, et être interrompu. Les guerriers du froid étaient alarmés : comment peut-on comparer l’ingérence russe dans notre processus démocratique occidental ? Cela me rappelle une vielle blague juive, juste avant la Première guerre mondiale :

– Allez, on va se faire quelques Turcs !

– Oui mais s’ils ripostent ?

– Pourquoi feraient-ils une chose pareille ? On ne leur a rien fait!

« Comment pouvez-vous comparer » est une rengaine de prédilection chez les juifs, habituellement brandie chaque fois qu’on compare l’assassinat d’un Juif et l’assassinat d’un Palestinien. Je n’ai jamais pu comprendre : s’il n’y a rien à redire à l’ingérence US dans les élections russes, pourquoi est-ce que les Russes ne pourraient pas s’immiscer dans des  élections US ? Peut-être que les deux présidents se mettront d’accord pour mettre fin à leurs ingérences, mais je n’en mettrais pas ma main au feu.

Ils ont fait un pas un avant sur la Syrie, aussi, en approuvant l’accord préparé par leurs équipes à Amman en Jordanie. Pour la première fois, cet accord contient une déclaration en faveur de l’intégrité territoriale d’une Syrie une et indivisible ; c’est un succès important pour la Russie. S’il a des suites, cet accord entraînera un cessez-le-feu au Sud-Ouest de la Syrie, dans la zone adjacente à la frontière jordanienne, et jusqu’à la ligne d’armistice avec l’Israël sur les hauteurs du Golan.

Dans un élan qui a surpris, Trump a accepté que la zone soit patrouillée par la police militaire russe. Cette suggestion, les Israéliens l’avaient combattue de toutes leurs forces. Malgré leurs visites fréquentes à Moscou, ils ne font confiance qu’aux US. Il devrait y avoir des troupes américaines sur le terrain en Syrie, et il est inacceptable d’avoir des troupes russes sur nos lignes, disaient les politiciens israéliens. Si la police militaire russe vient à patrouiller sur le terrain, dans la région, les Israéliens vont devoir avaler une sacrée couleuvre.

Nuance supplémentaire : la police militaire russe en Syrie a un état-major tchéchène, car ce sont de bons combattants, musulmans de confession, et entièrement dévoués au président Poutine, malgré le fait qu’il les avait combattus et battus, et a su les ramener sous la férule du Kremlin. Il y a eu une époque où les ennemis de la Russie professaient leur amour pour les Tchétchènes, mais c’est bien fini. Maintenant leur dirigeant Ramzan Kadyrov, jadis rebelle et fils de leur président rebelle précédent, soutient ardemment Poutine, et il fait l’objet de campagnes d’exécration parmi les libéraux occidentaux autant que chez les nationalistes russes. L’installation des Tchétchènes dans la police militaire en Syrie est un succès de la politique intérieure de Poutine, particulièrement significatif à la lumière des derniers évènements.

Cette semaine, les autorités russes ont bloqué l’accès public au site de l’extrême-droite nationaliste Spoutnik et Pogrome, comme en rend compte mon perspicace collègue Anatoly Karline. Ce site tirerait son nom des deux seuls mots russes qui sont entrés dans les dictionnaires d’anglais, dit-on. Ce sont des sympathisants des nazis, comme les nationalistes ukrainiens, et cela n’est pas populaire du tout en Russie, le pays qui a porté tout le poids de la guerre contre les nazis. Leur rédacteur en chef a publié un édito le 22 juin, disant que tous les bons Russes s’étaient réjouis quand les Allemands avaient envahi leur pays.

Ils sont aussi extrêmement anti-communistes, et cela n’est pas non plus un point de vue populaire en Russie. Ce site a été monté avec l’aide des services secrets occidentaux afin de semer la discorde entre citoyens russes d’origine ethnique différente, exactement comme la Radio Liberté financée par les US à l’époque soviétique, et par les Allemands pendant la guerre aussi. Ils poussent à l’hostilité entre Russes et Ukrainiens, comme entre Russes et Caucasiens.

De façon typique pour ces organisations politiques, malgré le nom du site (un « pogrome », après tout, c’est un soulèvement contre les juifs) ils sont tout à fait projuifs et ce sont des prosionistes fervents. Autrement, la CIA ne daignerait pas les soutenir. Mais ils ont toujours quelque chose à reprocher à Poutine (ils le détestent), aux Tchétchènes et à leur dirigeant.

A présent, nous constatons que Poutine a eu raison d’encourager les Tchétchènes à se battre pour la Russie. C’est vraiment une bonne idée d’utiliser des musulmans sunnites comme force de police dans cette zone hautement  musulmane et sunnite en train de se libérer de Daech, et les Tchéchènes sont réputés être des combattants féroces auxquels personne n’a envie de se frotter. Il vaut vraiment mieux les avoir du côté de Moscou plutôt que du côté des ennemis, et c’est vraiment aussi utile que de bloquer Spoutnik et Pogrome, toute considération morale mise à part.

Les deux présidents ont parlé de la Corée du Nord. Il y a quelques années, les Russes avaient soutenu les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée, nom officiel de la Corée du Nord, et les Américains n’avaient pas eu de mal à faire passer une résolution pour le renforcement des sanctions au Conseil de sécurité. C’est fini. Le mois dernier, les Russes ont pris un virage décisif : maintenant ils sont fermement opposés aux sanctions qui pourraient étrangler économiquement le pays et résolument hostiles à toute action militaire là-bas. La position russe s’est donc bien rapprochée de celle de la Corée du Nord, et, étonnamment, elle est bien plus proche que celle des Chinois, malgré le fait que le commerce des Chinois avec la Corée dépasse largement celui des Russes avec la même Corée. Si les Américains veulent que les Nord-Coréens arrêtent leurs essais nucléaires, a dit Poutine à Trump, ils devraient arrêter de faire des exercices militaires d’envergure. Les Russes veulent aussi encourager le dialogue entre Coréens du Nord et du Sud. Ce dialogue avait été très populaire et productif à une époque, mais les US s’étaient alors mis à interférer dans les élections sud-coréennes, et avaient bloqué les politiciens pro-dialogue. Mais les dirigeants du Nord aimeraient que le dialogue reprenne, ils ne perdent pas de vue la réunification de la Corée. Les Russes et leurs alliés chinois s’opposent grandement à l’installation du système de missiles défensif THAAD en Corée du Sud.

Sur l’Ukraine, les deux présidents ont été d’accord pour instaurer des communications par un canal bilatéral spécial, entre l’envoyé spécial des US et son homologue russe. Ils ont aussi confirmé leur confiance dans les accords de Minsk, et c’est une victoire diplomatique importante pour les Russes. Malheureusement, ces accords n’ont pas empêché les troupes de Kiev de bombarder les villes du Donbass.

Bref, Poutine et Trump se sont débrouillés pour arriver à leurs fins, contre toute attente. Leurs victoires immédiates sont certes modestes, mais ils ont planté le décor pour des progrès. Les prochaines étapes dépendront surtout de l’habileté de Trump pour résister aux pressions, pour se libérer de ses mentors. C’est le premier président américain à faire l’expérience d’attaques médiatiques aussi constantes, et il tient le coup. Il semblerait que ses conseillers le pressent de capituler devant ses ennemis dans les médias et au Congrès, mais c’est quelqu’un de têtu. Il  a aussi découvert que Vladimir Poutine peut être un partenaire et un ami véritable.

Le monde a bien changé : dans les années 1980, les Russes étaient bien contents parce que leur dirigeant Mikhaïl Gorbatchev avait rencontré Ronald Reagan et que les médias occidentaux l’admiraient et l’encensaient. Ils trouvaient tout à fait naturel que Gorbatchev admire Reagan. A l’époque, le soutien occidental était un vrai atout pour un homme politique russe. Gorbatchev était arrivé au pouvoir avec la bénédiction de Margaret Thatcher.

De nos jours, les Russes sont contents d’avoir un dirigeant capable de résister à toutes les pressions, un chef qui est admiré pour sa solidité. S’il est détesté en Occident, ils ont l’impression qu’il fait quelque chose de bien. Il se pourrait bien que les médias occidentaux, s’ils veulent déstabiliser Poutine, commencent à se répandre en éloges dithyrambiques.

Israel Shamir peut être joint  à l’adresse adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Publication originale : The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/feed/ 0
Ce que dirait Poutine à Trump http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/ http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/#respond Mon, 03 Jul 2017 17:32:36 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3256 Le premier rendez-vous est décisif, comme nous l’avons appris au collège, en courtisant Alice ou Nancy. La prochaine première rencontre entre deux présidents qui sont les super héros de notre génération, va planter le décor pour les prochaines années. Comment cela va se passer, qu’est-ce qu’ils vont se dire ? Les conséquences en seront heureuses ou fatales.

Tous les deux sont les meilleurs dirigeants que deux grands pays aient produits depuis bien des années. La Russie n’avait pas eu de dirigeant de cette stature, et avec un tel soutien populaire depuis Staline ; un sondage récent l’atteste : pour choisir la personnalité la plus  haute dans l’histoire, des Russes très divers ont placé Poutine et Staline en tête, avant Pouchkine, le poète russe qui occupe la place que les Anglais réservent à Shakespeare. Trump, avec toutes ses carences, est un grand et bon dirigeant ; dès le démarrage de sa carrière d’homme d’Etat, il dépasse d’une bonne tête ses prédécesseurs depuis Richard Nixon.

Ils sont extrêmement différents. D’abord par leurs expériences respectives. Poutine dirige son pays depuis environ dix-sept ans ; il a rudement appris les astuces et  ruses  de jeu du pouvoir, étant au départ le prête-nom des sept banquiers juifs qui avaient privatisé la Russie dans les années quatre-vingt-dix, puis devenant un autocrate pleinement indépendant, comparable à l’avant-dernier tsar Alexandre III, ou à Napoléon III. C’est un vrai dirigeant sage, selon les critères de Confucius, qui cache toujours sa volonté acérée dans un gant de velours, toujours modeste, modéré, tempéré, ne se laissant jamais aller à des accès de passion. Il ne perd jamais le contrôle de lui-même, et les sages nous disent que c’est la chose la plus difficile à contrôler, et la plus sublime. C’est aussi un homme d’Etat responsable et fiable ; sa parole vaut engagement : il a tenu les promesses ridicules qu’il avait faites à la famille de Eltsine. Et il est aussi très populaire parmi ses sujets.

Trump au contraire vient tout juste, dans son âge mûr, de s’embarquer dans un périple d’homme d’Etat, après toute une vie à rechercher les plaisirs et les succès en affaires. Il manque cruellement d’expérience, sa main mise sur le pouvoir est précaire. Il est entouré par des ennemis déclarés et cachés, par des gens qui prient pour qu’il se casse les dents. Ses propres services secrets sont dans l’opposition, ainsi que les médias et son propre parti. Et sa popularité n’est pas assurée.

C’est quelqu’un de passionné et de flamboyant, qui a tendance à donner libre cours à ses sentiments et émotions. Il est extroverti, tandis que Poutine est introverti. C’est un homme de scène, alors que Poutine avait travaillé dans l’ombre, en James Bond russe sur les bords.

De telles différences pourraient constituer le socle d’une belle amitié soudée par la complémentarité. Si ces deux personnages aux talents si différents devaient travailler ensemble pour un but commun, ils guideraient l’humanité  et nous sortiraient de l’impasse actuelle. Leurs différences sont celles de « deux durs face à face, venus des deux bouts du monde »[1].

Seulement voilà, tous les deux sont gravement handicapés. Trump par la campagne empoisonnée insinuant qu’il a été élu grâce à l’interférence russe, et qu’il fricote avec la Russie ; quelle que soit la conclusion, si elle ne débouche pas sur une frappe militaire, le New York Times et CNN vont croasser sur le mode : il a vendu les joyaux de la couronne. Poutine de son côté est handicapé par le fait que la Russie est plus faible que le US en tous sens sauf en matière d’armement apocalyptique. La Russie est encerclée par des bases militaires US, le budget militaire US est dix fois plus important que le budget russe. Poutine a très peu de marge de manœuvre pour un retrait et il pourrait bien répondre par la force à une provocation.

 

Si Poutine devait dire le fond de sa pensée à Trump, ce qui est très improbable, parce que leur conversation va certainement être sabotée, enregistrée et fuitée par la Nasa aux médias hostiles, voici ce qu’il lui dirait :

– Tu vas pouvoir réaliser tous tes vœux, Donald, rendre sa grandeur à l’Amérique, atteindre tous les objectifs réalistes des US, si tu t’inspires de ton grand prédécesseur Richard Nixon, le dernier président américain indépendant. Même aujourd’hui, après des années d’inflation, un ouvrier américain ramène à son foyer le même salaire que son père au temps de Nixon. S’il y a eu un  âge d’or pour les Américains, c’était bien à ce moment-là. Nixon a créé les bases de la prospérité, il a dessiné pour le long terme la politique étrangère des US, une politique qui reste valable et fonctionnelle, malgré les ajustements de rigueur, basée sur le commerce chinois et le pétrole arabe. Nixon a mis fin aux guerres en Asie du Sud Est, et a amorcé la détente.

Nixon a fait un virage complet  au Viet Nam. Il a mis fin à la guerre qui avait enflé pendant des années, sans la gagner : il a reconnu la futilité de la guerre. Toi, tu peux faire la même chose avec les guerres du Moyen Orient que ton pays livre depuis trop longtemps. Ce sont des guerres pour rien. Tout ce que tu veux obtenir en Syrie, tu peux le décrocher sans tirer un seul coup de feu, sans envoyer un seul soldat.

 

Je me disais cela en recevant la visite du nouveau président du Viet Nam, il y a quelques jours. Les US se sont battus au Viet Nam pendant des années, vous avez perdu 50 000 hommes et tué des centaines de milliers de Vietnamiens, et malgré tout cela, vous avez été battus et chassés d’Indochine. Et au final, qu’est-ce qu’on découvre? Les Vietnamiens sont les meilleurs amis des US, maintenant. Ils aiment mieux les Américains que nous les Russes, ou les Chinois, alors que nous les avons soutenus contre vents et marées pendant leurs guerres contre vous ou contre les Français. La guerre du Viet Nam, c’était pour quoi ? Les Américains te poseront la question dans quelques années : pourquoi nous sommes nous battus en Syrie et en Irak ? Et tu seras bien en peine de répondre.

Nixon a osé opérer le retournement de la politique de contention de la Chine communiste qui avait tenu toute une génération. Il a bâti des ponts avec la Chine, instauré la paix et la prospérité pour le peuple américain, et pour le peuple chinois aussi. Tu peux en faire autant avec la politique de contention de la Russie, de l’Iran et d’autres Etats indépendants plus petits. Jette donc des ponts, et ce sera la prospérité pour tous.

Prenons d’abord le cas de la Syrie. Qu’est-ce que les US veulent gagner, en Syrie ? Tu peux le dire, et l’obtenir, sans guerre, sans frais et sans problème. Et je ne parle pas d’y arriver dans un morceau d’une Syrie brisée et fragmentée sous occupation. Je parle  d’une Syrie entière et unie, avec Damas pour capitale, et Bachar al Assad pour président. Il n’y a rien dans les limites du raisonnable que le président Assad te refuserait, et je me porterai garant de ses promesses. Tu veux faire du commerce, produire, vendre, transiter par la Syrie. Bienvenue, Ahalan we Salahan, te répondrait Assad. C’est son vœu le plus cher !

Et cela vaut pour l’Iran. Ce grand pays si ancien tient à l’amitié américaine, aux échanges et aux investissements US. Ils ont élu un président très pro-occidental et néolibéral il y a à peine quelques mois. Ils ont accepté les conditions humiliantes de l’accord sur le nucléaire. Ils n’ont jamais envoyé le moindre terroriste aux US ni en Europe.

Et pour ce qui est des conditions à respecter, ce sont les mêmes que le président Nixon avait acceptées dans ses accords avec la Chine. Pas d’interférence dans les affaires internes du pays. Nixon n’a pas demandé à la Chine de désarmer, de renoncer au communisme, de vendre leurs industries et leurs ressources naturelles aux sociétés américaines ni même d’ouvrir complètement leurs marchés aux US. Toi aussi tu peux renoncer à l’ingérence,  arrêter de te mêler des affaires intérieures des autres pays.

L’Iran veut être une république islamiste et permet à ses prêtres, appelés ayatollahs, d’avoir un œil sur leur gouvernement. Eh bien c’est leur affaire. Ce n’est ni pire ni meilleur que l’idée arabo saoudienne qu’une seule famille, descendante des Saoud, devrait faire la loi et empocher tous les bénéfices ; ou que la méthode israélienne qui privilégie une croyance, ou encore la manière de faire des Européens : tout cela relève du choix de chaque peuple. Nous ne leur disons pas ce qu’ils doivent manger, comment ils doivent choisir leurs partenaires ou gouverner leur pays. Personne n’est parfait, comme il est dit dans Certains l’aiment chaud.

Il y a des gens qui adorent s’entremettre. Ils disent que les Alaouites ont trop de pouvoir en Syrie. Nous répondons : c’est leurs oignons. Ils ne vous disent pas que les Juifs sont trop de pouvoir chez vous, et vous n’avez rien à leur dire sur leurs Alaouites. Laissez donc les Syriens se débrouiller avec ça dans leur style propre.

Je ne m’en ferais pas trop pour le désarmement non plus. Nixon n’en faisait pas un fromage. S’il avait attendu que la Chine désarme, vous n’auriez pas de produits chinois dans vos magasins.

A présent votre budget militaire est plus élevé que celui de tous les budgets militaires réunis, de tous les Etats de la planète. Si le désarmement te tracasse, commence par faire des coupes dans le tien, de façon raisonnable, et d’autres Etats suivront.

D’accord, il y avait aussi Taïwan.  Taïwan revendiquait sa souveraineté par rapport à la Chine, avait su garder sa place au Conseil de sécurité, son puissant lobby bloquait toute tentative pour modifier ce statu quo. Richard Nixon a opéré un revirement complet aussi sur Taïwan. Il n’a pas « bradé » ou « lâché » Taïwan, comme hurlait le lobby taïwanais. Il a simplement remis Taïwan à sa place, lui restituant des proportions légitimes et raisonnables dans la politique américaine.

Taïwan a continué à prospérer, et a de bonnes relations fonctionnelles avec la Chine continentale, de bonnes relations avec tout le monde, d’ailleurs, et sa population a gagné en matière de liberté et de respect des droits de l’homme; mais Taïwan a dû renoncer à ses revendications déraisonnables par rapport à la Chine et à l’usage du veto en matière de politique US.

Il y a un Taïwan au Moyen Orient, et il s’appelle Israël. Ses prétentions à la supériorité et à l’ascendant au Moyen Orient sont la principale cause de vos guerres en Syrie, en Iran et en Irak. Tu peux gérer ça aussi comme Nixon l’a fait pour le problème taïwanais.

Je suis le dernier à vouloir du mal à l’Etat juif. J’y vais régulièrement, je paye les retraites de centaines de milliers de retraités israéliens, je reçois leurs dirigeants abondamment, j’ai des amis d’enfance là-bas. Je suis réputé là-bas pour mes égards envers le peuple juif. J’ai donné un mois de salaire pour restaurer le musée juif de Moscou, qui est le plus grand musée juif au mode. Notre communauté juive prospère. Le rabbin en chef, qui appartient à la même branche loubavitch que la synagogue dont ta fille Ivanka et son mari Jared sont membres, fait appel à moi et trouve toujours chez moi l’aide et le soutien souhaités.

Les juifs sont des gens merveilleux, qui en douterait. Cependant, tu ne devrais pas permettre à ces gens merveilleux de te monter dessus comme sur leur bourrin. Ce sont les termes de Lénine, et j’avais appris ça  en tant que jeune communiste. Lénine était extrêmement amical avec les juifs, il avait beaucoup de collègues juifs, mais il ne leur a jamais permis de s’assoir sur son dos, et moi non plus.

Un traitement à la taïwanaise correspondrait aux vrais intérêts des Israéliens. Depuis quelques années, des centaines de milliers d’Israéliens ont déménagé en Russie. Nous les acceptons, parce qu’ils ne sont pas heureux dans l’Israël réel. Débarrassés de leurs ambitions,  les Israéliens trouveront la paix au Moyen Orient, dans leur foyer national.

La Russie est une bonne amie de l’Iran et de la Syrie, et cela n’affecte pas notre amitié avec Israël. Les Israéliens comprennent que pour nous ils ont comme le Taïwan régional, le reste du Moyen Orient constituant la Chine continentale. Tu peux faire la même chose : fais la paix et retrouve l’amitié avec la Syrie et avec l’Iran, et tiens les rênes de l’amitié avec Israël. Ils comprendront ; ils vont peut-être geindre pendant quelque temps, mais ils finiront par trouver un nouveau modus vivendi.

Avant d’entrer en guerre, définis tes objectifs. Si tu le fais en ce qui concerne la Syrie, tu verras que tu te jettes dans une guerre pour les intérêts du commandement de l’armée, pour les intérêts de la banque internationale et pour les intérêts israéliens. A ta place, je respecterais ces intérêts qui sont parfaitement légitimes, mais ce ne sont pas les tiens, ce ne sont pas les intérêts du peuple américain.

Les généraux adorent la guerre, c’est leur profession, ils en veulent toujours plus, et des plus gros budgets, et des médailles. Mais un bon dirigeant est celui qui commande à ses généraux, il n’est pas à leurs ordres. J’ai renvoyé les trois quarts de mes généraux, et ma popularité n’en a nullement souffert. Comment je m’y suis pris ? J’ai embauché un gars qui avait l’air idiot et qui n’était pas un professionnel, comme secrétaire à la Défense, avec pour mission de dégraisser l’armée. Il l’a fait et s’en est pris plein la figure. A la fin, je l’ai viré et l’armée ne m’en aime que plus !

Vous allez vraiment retrouver la prospérité et on t’appellera le meilleur président de tous les temps, si tu arrives à faire maigrir ton ministère de la Guerre. La Russie a eu beaucoup de bases à l’étranger, de Cuba jusqu’au Vietnam, d’Aden jusqu’à l’Arctique ; nous les avons toutes démantelées, et nous ne l’avons jamais regretté. Les bases coûtent cher, et il vaut mieux s’en passer.

Mes généraux, tu vois, ils me suppliaient d’envoyer des troupes en Ukraine, mais je ne l’ai pas fait. Nous ferons mieux de dépenser pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens. Maintenant nous avons quelques millions d’Ukrainiens qui ont voté avec leurs pieds : ils sont partis s’installer et travailler en Russie, parce que notre mode de vie leur plaît plus. Et n’oublie pas ceci ; l’Ukraine était la partie la plus riche de l’Union soviétique à l’époque de sa chute en 1991. Et maintenant les voilà pauvres. Il vaut mieux soutenir une économie que de livrer des guerres.

Les banquiers internationaux aussi adorent les guerres. Je respecte leurs désirs, mais je ne cherche pas à en faire mes obligés. Les juifs adorent les guerres, mais il n’est pas nécessaire de leur donner tout ce qu’ils souhaitent. Les US n’ont aucun intérêt véritable à défendre en Syrie ou en Ukraine au prix d’une guerre. Même chose pour l’Estonie. Je peux te le promettre : nos chars ne vont envahir les Etats baltes, même s’ils ont fait partie de la Russie pendant trois cents ans. Ôte simplement tes bases de l’Otan de notre voisinage. Si tu ne le fais pas, nous serons obligés de nous défendre  nous-mêmes.

Nixon avait fait aussi un virage à 180° dans sa politique avec la Russie. Il avait choisi la détente au lieu de la confrontation. C’était tellement effectif qu’en 1990, tous les Russes ont choisi de soutenir l’Amérique, de suivre l’Amérique et d’accepter le modèle américain. J’étais moi-même très pro-américain. Dans le film d’Oliver Stone, je le reconnais. J’ai été le premier à appeler le président Bush pour lui offrir mon aide au moment du 11 septembre. Je lui ai offert des facilités de passage quand il a décidé d’aller en Afghanistan. Il a fallu des années de soutien US aux rebelles terroristes dans le Caucase, d’implantation de l’Otan vers l’est, de vicieuses campagnes contre moi et contre notre mode de vie russe, d’attaques contre l’Irak, pour que je change d’avis sur l’éternelle bienveillance des US et j’en ai rendu compte dans mon discours de Munich.

Tu peux prendre ce virage toi aussi, passer de la confrontation à la détente en Russie, comme Nixon l’avait fait. Et tu trouveras en ma personne l’allié le plus ferme, le plus sûr.

Qu’est-ce que tu en penses, Donald, de cette offre?

 

 

Joindre Israel Shamir :  adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale dans The Unz Review.

[1] Rudyard Kipling disait aussi : « L’Est est l’Est, et l’Ouest est l’Ouest, et jamais ils ne se rencontreront » en 1889, dans son poème La Ballade de l’Est et l’Ouest, (ndt).

]]>
http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/feed/ 0
Après un sombre hiver http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/ http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/#respond Thu, 22 Jun 2017 16:54:18 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3249 En règle générale, j’essaie de toujours voir mon verre à moitié plein, et je laisse à d’autres le soin de le considérer à moitié vide. Et voici quelques bonnes raisons pour un éternel optimiste de s’en tenir à un angle positif.

L’été a fini par arriver jusque dans le Nord. Le ciel est bleu, l’herbe est tendre et verte, les fleurs s’ouvrent, bref aucune raison de se lamenter. Si Dieu nous comble de ses merveilles, dans sa grâce généreuse, il ne nous abandonnera pas. L’été, il est bien plus difficile de se sentir laissé pour compte que sous une pluie tenace. Que Dieu siège là-haut et tout ira bien ici-bas.

Et avec le beau temps, voilà que c’est tout l’édifice néo-libéral qui s’effondre. Avec l’élection de Trump, je vous avais dit que le « siècle juif » (selon les termes de Slezkine) était sur sa fin. C’est bien le cas, même si la nuit n’est jamais plus noire que juste avant l’aube.

Vous vous sentiez écrasés par le politiquement correct, à juste titre. Vous avez le droit d’appeler un chat un chat, mais pas un juif un juif. Parce qu’ils n’aiment pas ça, et ne perdent pas de temps pour faire savoir que cela leur déplaît. C’est ce qu’a vécu Jeff Sessions, le Procureur général, qui avait mentionné « l’AIPAC juif ». Cela ne prête pourtant pas à controverse. Que peut-il y avoir de plus juif que le Comité pour les Affaires Publiques Américano Israéliennes, ou lobby israélien, ou encore lobby juif ? Cette organisation est membre de la Conférence des organisations juives. Ceux qui y participent sont des juifs ou des politiciens et des activistes que espèrent obtenir de généreuses gratifications juives. Et pourtant Jeff Sessions s’est fait traiter d’antisémite et de sympathisant du Ku Kux Klan.

Mais cela n’a pas eu l’impact que vous pourriez supposer. Pas d’excuses, pas de désarroi voyant. Un twit d’Andrew Joyce amplement relayé disait : « Jeff Sessions traité d’antisémite pour le crime d’avoir suggéré que l’AIPAC est juif. Les juifs sont en mode panique. »

Pourquoi la panique? Une part notable de la force juive est due à leur goût pour l’action furtive. On ne les repère pas, ils essaient de rester invisibles, et y arrivent souvent. Si un savant obtient le prix Nobel, ou une actrice un trophée, et qu’ils sont juifs, vous serez mis au courant. Si c’est un fils de bouseux, vous n’en saurez rien. L’AIPAC agit dans la pénombre : c’est un outil inestimable, mais qui a une réputation aussi puante que le Gengis Khan du Capitole. Si les gens le qualifient de juif, comme Sessions, qui sait ce qu’ils vont trouver de juif demain ? Le New York Times, peut-être?

Et nous arrivons à la seconde raison, capitale, de la panique juive. Le système des Maîtres du Discours (media, grandes gueules, faiseurs d’opinion) est en panne. Ils ne sont pas arrivés à couronner leur premier choix Hillary, ils n’ont pas réussi à stopper l’ascension de Jeremy Corbyn. L’establishment britannique a tout fait pour l’éjecter, les journaux ont prophétisé qu’il allait subir la plus grande défaite de toute l’histoire des travaillistes. Ce garçon tempéré a été présenté comme l’ennemi archétypique des juifs ; on n’arrête pas de rappeler qu’il fricote avec le Hamas et avec d’autres Palestiniens. Ils ont exigé des excuses, il fallait qu’il prouve qu’il n’était pas antisémite. Et ses pires ennemis étaient dans son propre parti. Le Guardian l’a attaqué sans répit. Les socialistes juifs voulaient l’écorcher vif. Les députés juifs travaillistes étaient vivement hostiles à Corbyn. Ils ont pris part à une tentative de putsch, quand ils lui ont refusé un vote de confiance. Corbyn en a appelé aux masses, et il a gagné.

Michael Foster est un typique juif-contre- Corbyn. C’est un multimillionnaire, sponsor de Blair, qui a rendu possible la guerre en Irak, son nom est indissociable de la corruption politique et des menées subversives dans le parti travailliste au temps de Blair. Il a publié une attaque féroce contre Corbyn dans le Mail puis dans Haaretz, traitant le nouveau dirigeant de « brute fatale pour la démocratie, pour la Grande Bretagne et pour les juifs britanniques ».

Il s’en est pris à Corbyn parce qu’il rajeunissait le parti. « Voilà qu’ils démocratisent, disent-ils, le parti travailliste en noaynt la vieille garde sous un afflux de supporteurs des classes moyennes et travailleuses, anti-establishment, plus verts et plus socialistes. Ils répandent un credo socialiste reposant sur le secteur public dont nous avons tous soupé, et qui a été complètement discrédité dans les sombres années 1970 »

Mais ces histoires de discrédit n’impressionnent plus les gens. C’est le contraire, tout ce qu’ils détestent, tout ce qu’ils condamnent, c’est ce pour quoi les gens votent. Il y a les objectifs véritables de Corbyn, pour commencer. Il ne s’agit pas vaguement de « redonner sa grandeur à la Grande Bretagne », mais de sa décision terre à terre d’en finir avec l’austérité, de revenir à l’inscription gratuite dans les universités, de garantir des logements pour les jeunes, de renationaliser les chemins de fer, la Sécurité sociale et d’autres outils. De prendre de l’argent sur le budget de la Défense et de le donner au peuple. Voilà ce que veut la population,  et c’est ce que Corbyn leur a promis, alors que les conservateurs ont promis plus d’austérité pour tous, et moins d’impôts pour les  riches.

Trump ferait bien de s’inspirer des recettes de Corbyn: il a organisé ses supporteurs dans un parti interne, le Momentum, quelque chose qui ressemble fort à l’idée que Lénine se faisait du  parti. Ils s’en sont pris aux équivalents de McCain, aux traîtres au sein du parti travailliste. Et ils ont si bien réussi que Michael Foster les a traités de « section d’assaut nazi », malgré le fait que leur chef est Jon Lansman, qui a grandi dans une famille juive orthodoxe, qui a vécu un temps dans un kibboutz israélien, et qui a de la sympathie pour la gauche israélienne (un fieffé antisémite, pour tout dire ; en fait un juif sincère est toujours bienvenu, dans toutes les mouvances, par opposition à ceux qui cherchent toujours à prendre pied dans les deux camps, pour garder le contrôle de l’opposition. Même Joseph Staline, qui n’a pas la réputation d’un philosémite, avait des camarades juifs à des positions clés dans le gouvernement et dans le parti, et ils lui sont restés loyaux alors que les autres trahissaient sa mémoire.

Vous pensez peut-être que les juifs détestent Corbyn pour ses positions sur la Palestine? C’est ce qu’ils voudraient que vous croyiez. Ils aiment être vus comme des patriotes israéliens, mais l’Israël n’est qu’un écran de fumée pour cacher leurs véritables intérêts. Ils sont contre les travailleurs et pour eux-mêmes, pour les propriétaires terriens et les valises bien garnies. Ils ont une bien meilleure raison de détester Corbyn que le Moyen-Orient. La question israélo-palestinienne n’est après tout qu’un indicateur politique.

Effectivement, Corbyn a appelé à la réquisition des maisons vides pour loger les survivants de l’horrible incendie du North Kensington. Il y a au moins 1500 maisons vides dans le coin, que les propriétaires ne veulent pas louer pour les vendre avec une belle marge le moment venu. Il y a aussi bien des logements vides qui appartiennent à des banques et à des sociétés d’investissement.

Voilà pourquoi les loyers sont si chers à Londres, avec des listes d’attente pour les HLM, et les Anglais de souche qui ne peuvent pas trouver à se loger dans le centre. Ce sont les gens qui peuvent payer des loyers exorbitants qui occupent les appartements, ou ceux qui sont prêts à vivre dans des boîtes à chaussures, comme la Grenfell Tower. Dans les deux cas, les propriétaires ne sont probablement pas anglais, mais très tentés de détester Jeremy Corbyn.

Tous les bailleurs anglais ne sont pas juifs, loin de là. Mais les juifs parlent pour eux et les soutiennent. La majorité des juifs anglais votent pour les conservateurs, et plus de 70 députés conservateurs sont des propriétaires terriens. Ils sont fiers que les électeurs juifs aient empêché Corbyn de devenir Premier ministre, contre la volonté du peuple britannique.

Corbyn appartient au parti travailliste traditionnel des années 1970. En ce temps-là j’habitais à Londres, je travaillais pour la BBC. Londres et l’Angleterre m’influençaient beaucoup. Mon écrivain préféré est Wodehouse, pas Dostoïevski. Mon fleuve préféré est la Tamise, pas la Volga ou le Jourdain. J’ai une vive nostalgie pour cette Angleterre travailliste. Cette ville magnifique pleine de vie était abordable même pour un jeune journaliste. Nous avions pu, ma femme et moi, acheter un appartement de taille convenable à Kensington, et payions des traites très raisonnables. Le logement était abordable parce que les travaillistes donnaient la priorité aux locataires, non aux bailleurs. Les gens à la rue ou simplement les jeunes nomades squattaient des propriétés luxueuses de millionnaires étrangers qui étaient vides. Et ils ne pouvaient pas expulser leurs locataires ou augmenter les loyers librement, et ils finissaient par vendre leurs propriétés à leurs locataires. Ce n’était vraiment pas enviable, d’être propriétaire dans l’Angleterre travailliste. Les propriétaires-occupants étaient devenus la majorité des habitants de Londres.

A cette glorieuse époque, les financiers étaient lourdement taxés, tandis que les mineurs de charbon recevaient des aides. C’était avant que la méchante sorcière Thatcher ferme les mines et fasse de l’Angleterre des ouvriers le paradis des financiers, avant qu’ils inventent le réchauffement climatique pour tuer le charbon. Et c’est l’Angleterre à laquelle veut revenir Jeremy Corbyn. C’est pour cela que les juifs britanniques le détestent si passionnément.

Et les juifs ne le seraient pas s’ils devaient soutenir un seul parti. Ils les soutiennent tous et les rendent semblables entre eux. Ils ont soutenu les travaillistes, et ce sont devenus des conservateurs, voués aux banquiers et contre les travailleurs ; ils ont soutenu les conservateurs, et ceux-ci ont renoncé à leurs idées conservatrices, pour s’acoquiner avec les juifs et le politiquement correct, et ils ont amené des étrangers du Tiers monde et de l’Europe de l’Est par chargements entiers. Et voilà que Corbyn arrive, réinvente le travaillisme de jadis, mettant à mal tous leurs efforts pour embourgeoiser le parti.

Le parti de Corbyn n’a pas gagné franchement si l’on en croit les sondages, mais il y a de fortes chances qu’il le fasse d’ici un an peut-être. Les rédacteurs juifs comme Nick Cohen (scoop : il a essayé de me démolir pour ma collaboration avec Julian Assange et Wikileaks) vont manger leur chapeau ; ils avaient prévu la déroute de Corbyn, et c’est eux qui sont en panne.

Je vais vous donner un autre exemple de l’effondrement du politiquement correct qui a lieu en Europe. En Suède, merveilleux pays frappé par une abnégation collective quasi suicidaire, se pose la question des « mineurs non accompagnés » parmi les réfugiés. Ce sont en général des gaillards afghans ou syriens qui arrivent en Suède et qui revendiquent le statut de mineurs non accompagnés. On les accueille et on leur fournit tout le confort minimal. Même s’ils commettent un crime, on les traite avec bonté, s’agissant de mineurs. Ils ressemblent souvent à des jeunes de vingt ou trente ans. Et c’est vrai qu’il peut être difficile de déterminer l’âge d’une personne  qui vient d’ailleurs, les Orientaux ont souvent l’air plus âgés que les gens du Nord. En général, ces « enfants » n’ont pas de papiers fiables. Jusqu’à maintenant c’était considéré comme de la haine raciste de mettre en doute leurs déclarations. Quand un journaliste écrivait qu’ils avaient une bonne vingtaine d’années, il était stigmatisé comme nazi, et perdait son boulot. Des journalistes sérieux, dans des journaux sérieux, parlaient à ce propos de « légende urbaine ». Et puis il y a eu un changement d’attitude. Les « démocrates suédois», le parti nationaliste d’extrême droite, jumeau suédois du FN français, est devenu, selon les sondages récents, le deuxième parti du pays. Et les libéraux ont compris que leurs idées ne pouvaient plus être bannies ou marginalisées, que l’allusion aux nazis ne fait plus peur à personne, que ça ne marche plus.

On a assisté alors à un changement de paradigme. Le journal libéral qui donne le la, celui-là même qui stigmatisait les opposants comme nazis, a publié un édito affirmant que les enfants non accompagnés n’en sont nullement, que 80 ou 85% d’entre eux ont plus de vingt ans. Ce n’est plus une légende urbaine, comme ils disaient auparavant, mais la réalité. Et ils ont proposé d’éliminer la catégorie des enfants réfugiés selon leurs déclarations. C’était une réclamation nazi jusqu’alors, les braves gens étaient censés croire ce que disaient ces jeunes gens. Et puis voilà que soudain les choses ont changé. Les braves gens ont le droit de croire ce qu’ils voient, et d’envoyer un gaillard chez le docteur pour déterminer son âge véritable. Donc la bataille contre les gens dont les stratèges du gouvernement mondial se servent pour favoriser le grand remplacement des populations a porté ses fruits.

Cela  veut-il dire que les démocrates suédois peuvent gagner les élections ? J’en doute, parce qu’ils n’ont pas de réponse sur d’autres questions, en dehors de l’immigration. Est-ce que la Suède doit rester dans l’UE ou la quitter ? Est-ce que les ouvriers suédois devraient avoir la sécurité de l’emploi, ou rester abonnés à la précarité ? Ils n’ont pas de réponse, et pour cette raison, on a du mal à croire qu’ils puissent gagner. Mais ils ont déjà fait un excellent travail en sabotant le  politiquement correct et en permettant le libre échange d’idées.

On peut tromper beaucoup de gens un temps, mais pas tout le monde tout le temps. La grande invention juive du politiquement correct et leurs médias n’impressionnent plus personne.

S’il en est ainsi, me direz-vous, pourquoi est-ce que l’opposition n’a pas gagné en France ? C’est parce que l’extrême-droite, le FN, avait certaines bonnes idées, mais ne se bat pas pour les questions de fond : l’austérité, les salaires, les loyers, la sécurité de l’emploi. C’est très bien d’être contre l’immigration, mais ce n’est pas la question la plus urgente pour laquelle les gens veulent des réponses. Corbyn a promis d’en finir avec les CDD et de revenir aux CDI, mais Marine ne l’a pas fait.

Aux US c’est très différent. Même si les jeunes sont coincés dans des contrats courts et peuvent être virés en cinq minutes, même s’il faut payer des milliers de dollars pour les études et les soins médicaux, on y est habitué et on trouve ça naturel. Il n’y a jamais eu de démocratie sociale, les syndicats n’existent pas. Pour eux la gauche ce sont ceux qui défendent les juifs et les noirs, pas ceux qui vous défendent vous. Un vrai militant de gauche, quelqu’un qui se bat pour les travailleurs, finirait probablement lynché en tant que rouge, là-bas.

Quoi qu’il en soit, prenons conscience qu’un vent nouveau se lève, désormais, le vent du changement. On peut voir cela comme un retour aux années 1970, après des décennies de néo-libéralisme nourri par la CIA. Comme les US ont toujours été différents de l’Europe, ils trouveront aussi des chemins bien à eux.

 Israel Shamir

Traduction : Maria Poumier

Première publication: The Unz Review.

source: http://plumenclume.org/blog/261-apres-un-sombre-hiver-le-changement-de-paradigme-arrive

]]>
http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/feed/ 0
Vladimir Ilitch Trump? http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/ http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/#respond Wed, 17 May 2017 19:02:54 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3236 Que dieu bénisse Donald Trump pour s’être débarrassé de James Comey! Quelques jours avant ce pas décisif, Justin Raimondo avait qualifié James Comey d’homme « le plus puissant de l’Amérique ». C’est Comey qui poussait les US à une guerre innécessaire avec une Russie réticente. Répondant à une question de Lindsey Graham, belliciste notoire, il avait dit que les Russes constituent « la plus grande menace pour n’importe quelle nation, étant données leurs intentions et leurs capacités. » Ce qui déborde quelque peu de l’agenda du FBI, certes. Il revendiquait le droit de décider de la politique étrangère des US, et de décider qui sont les médias légitimes, les MSM (main stream), par opposition à Wikileaks. Il avait vu trop grand, et il a pris une déculottée.

En saquant Comey, Trump a franchi une première étape pour regagner le terrain perdu. Nous l’avions vu reculer précédemment : il avait viré Bannon, bombardé la Syrie, promu sa bêtasse de fille et son coquin de mari, les hissant presque à un statut présidentiel. Les résultats étaient bien tristes. Il se retrouvait traité comme un canard boiteux, pas seulement une cible à abattre. Le comportement de Comey était particulièrement insultant. Si la politique extérieure doit être décidée par le FBI et le New York Times, nul besoin d’avoir un président.

J’applaudirais encore si Trump lâchait quelques drones tueurs, dans le style Obama, pour en finir avec John McCain et Lindsey Graham. J’imagine le spectacle géant : au-dessus d’un superbe gâteau au chocolat, regarder les drones foncer droit sur ces deux  salopards. Mais Trump n’est peut-être pas de cette trempe-là, il n’a qu’à inventer un moyen moins spectaculaire pour se débarrasser des traîtres.

L’initiative suivante, consistant à inviter M. Serguëi Lavrov à la Maison Blanche, était tout à fait justifiée aussi et utile, singulièrement dans le contexte du cri de ralliement de Comey : Sus à la Russie menace universelle ! De sages cerveaux ont cru bon de suggérer qu’il avait choisi un mauvais moment pour ce faire, et qu’il risquait de prendre des coups. Elle est bien bonne ! Il se serait fait attaquer de toute façon, tôt ou tard. En faisant ce qu’il a fait au moment où il l’a fait, Trump a prouvé qu’il en était capable, c’est tout. Malgré l’incroyable diabolisation de la Russie, malgré la stupide accusation d’être à la botte de Poutine, il a rencontré le Premier Ministre russe. Un geste viril, oui, « il en a », et a tout lieu d’en être fier.

Les va-t-en-guerre ont riposté avec l’accusation ridicule « il livre des secrets stratégiques à Lavrov. »

Ridicule, mais qui en dit long: l’idée est d’installer un réflexe conditionné chez les politiques et les hommes d’Etat, le genre de choses que faisait Pavlov avec les chiens. Ses chiens commençaient à saliver en entendant la cloche habituellement associée avec le repas, ou bien prenaient la fuite au son qu’ils avaient associé avec une raclée. Un politicien bien conditionné devrait changer de trottoir chaque fois qu’un diplomate russe est en vue, ce qui mettrait fin au danger de paix.

Jusqu’à maintenant, les schémas pavloviens les plus épurés, c’était le lobby israélien qui les produisait. Les juifs sont excellents pour vous conditionner. Tellement de journalistes et de politiques ont été formatés pour jurer allégeance au dogme juif. Au moindre haussement de sourcils, ils rampent à quatre pattes et clament leur amour pour Israël et/ou les juifs. Feu Joe Sobran, spirituel journaliste de Washington, les comparait aux vaches qui broutent dans un pré entouré d’une clôture légèrement électrifiée. Si elles essaient de s’en approcher, elles reçoivent une petite décharge très désagréable. Il n’en faut pas plus pour que la majorité du troupeau reste prudemment à sa place.

Et quand un politicien est formaté, on peut le mener partout où cela convient au berger. De fait, le premier à avoir murmuré que Trump « passait des secrets » à Lavrov, c’est Alan Dershowitz, le sioniste adorateur de la torture, qui a su former tellement de politiciens à l’amour d’Israël ou de ses avatars.

C’est pour cela que je préfère les hommes politiques qui prouvent qu’ils n’ont pas été effarouchés ou conditionnés par les juifs. Telle la merveilleuse Cynthia McKinney, qui a perdu son poste de députée sur la colline du Capitole, mais ne s’est pas rendue. C’est ce que j’appellerais le premier test pour un homme politique. Si les juifs peuvent vous faire plier, ils le feront. J’ajouterai, pour vous réconforter : il n’est pas nécessaire de combattre les juifs, il suffit de ne leur faire aucune concession, vous obtiendrez qu’ils fassent ce que vous voulez. C’est pratiquement la même chose que lorsqu’on promène un gros chien. Laissez-le choisir son chemin une fois, et c’est lui va vous tirer sur des kilomètres; tenez-lui la laisse courte, et il obéira.

J’ai vu cette qualité  chez le président Trump, justement. Il a rejeté l’appel juif à s’excuser pour l’étoile à six branches collée à l’image d’Hillary, il a envoyé promener ceux qui insistaient pour qu’il mentionne l’Holocauste, et même quand il l’a fait, il n’a pas même mentionné les juifs, ce qui les a consternés. Après il a filé doux pour un temps, bombardé la Syrie et fait quelques bruitages pro-israéliens, il a envoyé son Ivanka en faire plus selon la routine pro-juive, et on l’a cru en déroute. Et puis il a invité Lavrov, espérons que cette fois-ci il va garder les rênes bien en main.

Je suis quelque peu embarrassé d’encenser le président US pour des gestes aussi minimes comme de renvoyer un directeur du FBI ou de rencontrer  le ministre des Affaires étrangères d’un Etat important. La prochaine fois, il va falloir que je chante ses louanges pour avoir croqué une pomme ou s’être lavé les mains (“ah, le bon garçon!”). Mais c’est qu’on sent bien qu’il a besoin de nos encouragements pour faire quelque chose de bien. En tant que père de trois garçons, je le sais : les garçons ont besoin d’être encouragés. Et s’il n’y a pas de grands exploits à fêter, qu’ils se lavent les mains avant de passer à table, c’est déjà ça.

Ce qui attend Trump, c’est une tâche herculéenne : dérouter le navire de guerre America pour éviter la collision alors que tous les gens importants se trouvant à des postes importants veulent absolument mettre les gaz et foncer tout droit. Ils s’imaginent que l’autre, en face, se déviera le premier ; mais le « vaisseau ennemi » est un phare signalant un écueil. C’est le rocher de l’île-monde et de son cœur battant. Pourquoi est-ce que tellement d’Américains, de Britanniques et d’Européens voudraient tenter le diable en allant au-devant de la guerre et de ses désastres ?

Il y a cent ans exactement, Vladimir Ilitch Lénine avait découvert que le système auquel nous avons affaire produit nécessairement des guerres mondiales. Ce n’est pas une question de gentillesse ou de méchanceté, un affrontement entre des méchants et des  gentils, c’est le système qui veut ça. Il l’a expliqué dans un ouvrage concis, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme [de 1916, publié en 1917] mettant radicalement Marx à jour. L’idée c’est que le capitalisme évolue depuis la production dynamique et compétitive vers la mainmise du capital financier, alors que le capital financier mène inévitablement aux guerres. Si ce sont les financiers qui commandent, la guerre est inévitable, disait-il, parce qu’ils sont insatiables.

Industriels, bâtisseurs, fermiers peuvent s’arrêter aux limites de leur territoire, et le souhaiter, tandis que les financiers en  veulent toujours plus, parce qu’il n’y a pas de limite naturelle à leur expansion. Ils veulent coloniser encore plus de pays, soumettre plus de nations et pomper leur substance. La seule façon de sauver le monde des horreurs de la guerre (souvenez-vous que Lénine écrivait après Verdun et la bataille d’Ypres), c’est de se débarrasser de la domination par le capital financier (exactement la conclusion à laquelle était arrivé Jésus quand Il avait chassé les marchands du Temple).

La même année, Lénine réalisait sa grande expérience pour délivrer la Russie, son pays,des banquiers et autres exploiteurs, ce qui le vouait à subir leur haine éternelle (et des tonnes d’histoires mensongères sur sa cruauté sanguinaire, en supplément). L’histoire a démontré qu’il avait partiellement raison : les pays qui ont suivi la voie ouverte par Lénine n’ont jamais déclenché de guerre, n’ont jamais colonisé d’autres pays, mais ont prêté main-forte à d’autres qui voulaient chasser les sangsues et l’interférence occidentale. La Russie soviétique est un exemple : c’est un pays donateur pour tous les autres Etats socialistes, de la Géorgie à l’Afghanistan. Peut-être que les communistes étaient trop bons pour ce monde. Après la décommunisation de la Russie, les revenus de la Russie ont grimpé, tandis que ceux de presque tous les Etats ex-soviétiques dégringolaient, s’ils n’étaient pas soutenus par l’Europe. Et ils n’ont pas connu de guerre.

De l’autre côté, les Etats qui sont restés sous la férule des banquiers sont entrés en guerre de plus en plus fréquemment. Ils ont colonisé ou ont été colonisés. Probablement aucun plus que les US, la patrie de la Réserve Fédérale, du dollar et de tant de grandes sociétés financières.

Pour l’Amérique, la prochaine guerre mondiale est inévitable, à moins que les Américains se débarrassent de leurs financiers, et de leurs domestiques dans les médias et autres institutions d’Etat. Ma sympathie pour le président Trump se base sur son antipathie envers les hommes d’argent. A partir du moment où il a attaqué la Réserve Fédérale et Wall Street, j’ai été conquis, et vous aussi peut-être.

Seulement je ne suis pas un vrai marxiste. Je m’explique. Les marxistes considèrent les capitalistes de la finance comme une sorte d’exploiteurs progressistes. « Progressiste » n’est pas synonyme de meilleur ; c’est juste plus avancé, comme lorsqu’on parle d’une maladie à un stade avancé. Les marxistes classiques croient que le bonheur de l’humanité arrivera après la victoire totale du capitalisme financier progressiste. Lénine, lui, arrivait à la conclusion qu’il n’y avait pas de raison d’attendre leur victoire : les ouvriers peuvent tout faire en mieux. Tout dépend de ceux qui décident de s’y mettre, et comment, pour combattre le capital financier.

Le capitalisme financier a deux sortes d’ennemis : les progressistes et les réactionnaires ; les progressistes sont ceux qui veulent aller plus loin, éliminer le règne de l’argent, instaurer une joyeuse fraternité entre tous les hommes, le travail libéré, le développement humain, dans un monde sans maîtres et sans esclaves. Ces gens sont les travailleurs, et ils sont heureux de travailler à condition de ne pas être escroqués. Ils ne veulent ni exploiter ni être exploités. Julius Evola et Guénon, les penseurs phare de la droite extrême détestaient la modernité et croyaient qu’on pouvait revenir en arrière. Ils souhaitaient le retour du féodalisme ou de formations encore plus anciennes.

Nous ne réalisons pas complètement que le capitalisme industriel des années 1950, avec ses capitaines d’industrie et les gens qui ont fait l’économie réelle, celui des magnats du pétrole et des grands bâtisseurs, appartient aussi désormais au passé. Ils sont encore riches et puissants, mais les ducs et les rois aussi, et ils ont été battus aussi par des hommes d’argent très élégants.

Les marxistes croient que les progressistes vont gagner, tandis que les réactionnaires sont condamnés à la défaite. Lénine n’était pas un marxiste classique, parce qu’il croyait au grand potentiel des « réactionnaires », autrement dit des paysans. Il ne pensait pas que les gens doivent attendre que les banquiers mettent le grappin sur le monde entier. Il y a des raccourcis possibles, et les exploiteurs, on peut et on doit les battre.

Pour ma part, toujours optimiste et d’un caractère sujet à l’espérance, je ne suis pas même un vrai léniniste, dans la mesure où j’ai de la sympathie pour tous les ennemis des banquiers, révolutionnaires ou réactionnaires, d’extrême gauche ou d’extrême droite, qu’ils soient ouvriers, fermiers, aristos ou fondamentalistes religieux, gens à l’esprit libre, magnats du pétrole ou promoteurs immobiliers comme Trump. Je ne peux pas exclure la possibilité que Trump lui-même réussisse là où la gauche a échoué : réussisse à détruire la Réserve Fédérale, à tenir les banquiers en laisse, à donner aux Américains du travail productif, à les conduire vers la prospérité universelle et à les sauver d’une guerre horrible. L’idée du déterminisme historique est une idée fausse qui renie notre liberté de vouloir.

Trump comme vous peut voir que le monde peut être amélioré si les énormes ressources drainées vers la guerre sont redirigées vers la paix. Justement maintenant, la Chine vient de tenir une conférence internationale pour la Route de la Soie (OBOR) avec la participation active de la Russie, de la Chine, de la Turquie. Ils ont en tête un grand projet d’infrastructures qui permettra à de nombreux pays de se développer à côté les uns des autres. Les US n’y ont aucunement pris part, tandis que les Allemands objectaient que les Chinois  ne leur avaient pas permis d’acheter des firmes chinoises « comme eux le font en Allemagne ». Les Chinois ont bien raison ; il n’y a aucune raison de vendre ses propres firmes qui produisent. Qu’elles produisent dans l’intérêt de la nation. Cela devrait constituer une solution recevable pour Trump.

Dans bien des pays, les gens sont en train de chercher une issue à l’impasse actuelle. C’est ce que fait Jeremy Corbyn, le dirigeant des travaillistes anglais. Son problème est semblable à celui de Trump. Dans son parti, même si les organisations de base soutiennent Corbyn, les chefs ont été mis en place et promus par Tony Blair. Deux fois, Corbyn a su déjouer leurs tentatives de putsch. Et pourtant, les médias, surtout le Guardian, journal du parti dirigeant travailliste-libéral, veulent sa peau. Chaque jour, ils publient des oraisons funèbres pour la politique de Corbyn, en espérant, par quelque œuvre de magie noire, causer sa démission. Ils viennent de pré-publier un Manifeste travailliste de Corbyn révélant ce qu’il projette de faire après la victoire. Ils pensaient que cette publication serait le coup de grâce, et c’est tout le contraire qui s’est produit : les gens sont tout à fait favorables à son plan de dépenser des milliards pour revenir sur les privatisations de Thatcher et Blair. Le peuple anglais retrouverait son NHS (Service national de santé) qui était le meilleur au monde. Ils reprendraient en main leurs chemins de fer qui se détériorent, parce que les propriétaires privés écrèment les bénéfices et demandent aux contribuables de payer les charges.

Au demeurant, ces plans coûteront toujours moins cher que l’alternative conservatrice, parce que Corbyn veut éliminer l’arsenal nucléaire britannique et en finir avec l’argent  jeté par les fenêtres pour l’armement,  alors que les conservateurs veulent en dépenser encore plus en nouvelles armes. Mon petit doigt me dit que s’il gagne contre toute attente, les Russes seront accusés d’interférence en sa faveur. Ces accusations ne font pas mouche avec les candidats, mais encore moins avec les Russes, qui sont fiers d’être considérés comme aussi puissants.

Gardant à l’esprit que les travaux de Lénine ne sont pas populaires aujourd’hui, et comme son nom a été outrageusement sali, je vous recommande un nouveau livre qui vient de sortir en Russie, une biographie gigantesque rédigée par Lev Danilkine. C’est très bien écrit, ce n’est pas trop révérenciel, mais respectueux, et c’est écrit pour les lecteurs modernes, avec une radiographie de la vie de Lénine depuis son enfance sur les bords de la Volga et ses errances dans les villes d’Europe, jusqu’à sa mort à Moscou. Ce n’est pas encore traduit, mais je suis sûr que ce livre aura un grand retentissement dès que ce sera fait.

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Original publié par The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/feed/ 0
Face à “L’Aurora” http://www.israelshamir.com/french/face-a-laurora/ http://www.israelshamir.com/french/face-a-laurora/#respond Fri, 05 May 2017 18:23:04 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3230 Pour les Russes, « Aurora » n’est pas la déesse de l’aube, c’est avant tout le vaisseau de guerre Aurora, le croiseur légendaire dont les salves sur le Palais d’Hiver avaient été le coup de tonnerre scandant l’entrée en scène de la révolution russe de novembre 1917. J’ai récemment participé à un colloque commémorant le centième anniversaire de la révolution russe dans le miroir de la gauche mondiale, à St-Pétersbourg, la cité de la révolution, à laquelle étaient conviés les représentants des partis socialistes européens. Nous avions, face à notre salle de conférences, le croiseur Aurora, et cela nous aidait à nous concentrer sur les seules choses importantes, la victoire et la défaite.

La gauche avait gagné il y a un siècle, et la gauche a perdu il y a un quart de siècle. Quand le système soviétique est tombé il y avait une espérance largement partagée que la gauche refleurisse, parce que le mouvement de la jeunesse éternelle  s’était débarrassé de la vieille Russie poussiéreuse et ringarde. C’était l’idée des eurocommunistes. Or, à la surprise générale, la gauche est entrée en agonie, pour mourir après 1991. Les partis eurocommunistes se sont évanouis. Nous ne le savions pas, ou nous ne voulions pas le savoir, mais apparemment, la gauche mondiale était indissociable de la révolution russe.

Il y a cent ans, Lénine et Staline avaient réglé tous leurs problèmes et tranchant le nœud gordien de la cupidité. Ils avaient modernisé leur pays, donné de l’espoir au peuple, offert un choix aux travailleurs. Ils n’avaient pas fait de la Russie un paradis, même si la Russie soviétique des années 1960 était aussi développée et prospère que les pays constituant le noyau de l’Europe occidentale.

Paradoxalement, les travailleurs occidentaux avaient été les plus grands bénéficiaires de la révolution russe. La classe possédante occidentale avait été fort effrayée par les communistes russes, et cela les avait amenés à devenir plus attentionnés. Elle partageait ses profits avec ses ouvriers. Vous avez eu la belle vie parce que les canons de l’Aurora tenaient en joue votre Un pour cent, dans chaque pays. En 1991, les communistes ont été vaincus, parce que leurs dirigeants ont trahi.

Et depuis lors, les propriétaires de l’Occident victorieux ont entrepris une Reconquista à l’échelle mondiale. Ils ont repris aux travailleurs chacune de leurs conquêtes, et créé ce nouveau monde d’immense richesse pour une poignée de gens, et de misère croissante pour tous les autres.

Mais ce qui a été perdu, nous pouvons le regagner. Les capitalistes n’ont pas cédé au désespoir en 1917.Aucune raison de désespérer pour les communistes en 2017. Il semble qu’il n’y ait pas d’autre voie, pas de raccourci possible : le monde a besoin de nouveaux Lénine et Staline. La cupidité doit être terrassée à nouveau, les médias et les usines doivent être arrachés à leurs propriétaires. Il ne faut pas seulement légiférer sur le minimum vital, mais aussi sur les revenus maximum.

Le populisme est devenu un gros mot, mais je vais vous dire : il en faudrait encore bien plus, du populisme. Le travail dans la dignité pour les travailleurs, c’est ce slogan populiste qui a donné à Trump son ticket pour la Maison blanche. Il faudrait donner aux gens tout ce qu’ils veulent. Lénine avait promis de donner la terre aux paysans, les usines aux ouvriers, la paix aux nations, et son gouvernement avait fait tout ce qu’il avait pu en ce sens. Maintenant les gens veulent être sûrs du lendemain, ils veulent que leurs enfants fassent des études, ils veulent les soins médicaux de leur choix et abordables, de bons logements ; ils veulent la liberté et la sécurité. Ils veulent regagner tout ce qui a été perdu après 1991. Et pour y arriver il va falloir plaquer un certain nombre de banquiers dos au mur, à l’aube, c’est tout. On ne veut plus de gentil beau gosse à la tête du pays, voilà le premier commandement pour le retour de la gauche. La gauche doit rompre avec les libéraux.

C’est le bon moment pour divorcer. A moins qu’il soit déjà trop tard ? Ciel, mais pourquoi donc ? La gauche et les libéraux ont l’air de vivre des jours heureux ensemble. Au départ, c’était un mariage d’intérêt commun, mais c’est devenu un mariage d’amour. Jusqu’ici, en tout cas ; seulement l’espérance de vie de la gauche est devenue très courte, comme celle de l’amant d’une pieuvre. Ces créatures (Octopus cyanea, pour être précis) étranglent et mangent leurs partenaires dès qu’ils ont fini leur affaire. La gauche a fait son boulot, et elle est mûre pour être déglutie. Et qui va s’apercevoir que la gauche a disparu ?

Il m’arrive d’avoir honte d’appartenir à la gauche. Demandez aux gens dans la rue, pour quoi est-ce que la gauche se bat, et ils vous diront : ce sont des bons petits gars qui défendent de bonnes causes. Les toilettes transgenre, le mariage gay, la parité, les réfugiés syriens, le changement climatique, les accès pour handicapés, les primes pour les chômeurs, parfois. Ils sont contre la discrimination des immigrants, les insultes, ils sont pour la correction en politique, et les droits des minorités. La gauche déteste Poutine et Trump, et adore Israël, à part son  premier ministre actuel.

Ou pire encore. Je l’ai relu trois fois, ça m’a fait un choc, à l’estomac, et je ne pouvais pas en croire mes yeux : vous avez entendu parler de Paul Gottfried, l’honorable contributeur du site unz.com ? Il a qualifié l’ex patron de l’AntiDefamation League, Abe Foxman le rougeaud, d’ « un homme de gauche ». C’est une véritable insulte. Un juif nationaliste comme M. Foxman ne peut pas être de gauche. Staline l’aurait envoyé au fin fond de la Sibérie, où le dur labeur et le climat encore plus dur l’auraient guéri à jamais de son indignation et de sa constipation permanentes. La gauche n’est nullement « contre la majorité blanche et chrétienne », comme le prétend Gottfried. Les gens de gauche, les vrais,  sont pour la majorité, pour la classe ouvrière.

Il n’y a pas de désaccord entre les agendas des gens de gauche et des libéraux, direz-vous.Or, surprise pour les petits jeunes, jusqu’en 1990, la gauche et les libéraux étaient des ennemis acharnés. La gauche était pour les ouvriers ; son icône, Staline, était la terreur des libéraux ; il conseillait aux communistes allemands de faire alliance avec l’extrême droite allemande et non avec les libéraux ; son marxisme n’était pas une abomination culturelle, mais un vrai problème pour les gens riches. Mais après 1990, la gauche a rejoint les libéraux victorieux, pour des raisons pratiques. Comme cela se produit dans les mariages de raison, leurs rapports  ont viré à l’amour vrai, et il se peut qu’ils soient devenus un couple fusionnel.

En politique, le rasoir d’Ockam  est impitoyable. La gauche a perdu  son identité, et sa raison d’être. Aussi elle disparaît, dévorée par les libéraux. D’habitude, le chemin vers l’oubli passe par une coalition pour gouverner. Chaque fois que la gauche a rejoint le gouvernement des libéraux (qu’ils l’appellent unité nationale, front populaire, ou front contre la bête immonde), la gauche a fondu, digérée par la chaude étreinte des libéraux.

Je suis vraiment malheureux de voir que Counterpunch, une publication que j’aimais et pour laquelle j’ai écrit pendant des années et des années, a succombé à cette maladie. Ils peuvent toujours se qualifier eux-mêmes de voix de la gauche américaine, mais ils publient John Feffer. Cette bête nauséeuse, Feffer, est un « gauchiste » partisan de la libre circulation pour les migrants, de la guerre contre la Russie et contre Trump, et il a lancé un appel : « Tous ceux qui se situent à gauche d’Anne Coulter devraient être de notre bord. Plus que jamais, c’est le moment d’être unis ». Oh que non, moi je veux rester aux côtés d’Anne Coulter qui a écrit presque le même jour où Feffer pondait ses ordures : laissons la Russie devenir notre nation sœur. Et la dernière chose que je souhaite, c’est l’unité avec Feffer.

C’est l’unité pour tous de Feffer qui nous a amenés où nous en sommes : la gauche mourante, et les libéraux qui vont hériter du pactole. Et la droite antilibérale n’est pas une alternative viable, hélas. Les élections récentes en Hollande, le 15 mars dernier, en ont donné la preuve.

Je ne sais pas si vous avez suivi ces élections, l’évènement le plus intéressant et le plus important qui se soit produit aux Pays Bas depuis la glorieuse révolution. Il était impossible de prédire comment les Hollandais allaient voter. L’effet Trump arrive, disaient les gens  sombrement, et ils envisageaient que les Hollandais voteraient pour leur Trump à eux, qui s’appelle Geert Wilders.

Le pari était assez raisonnable. Les Pays Bas ont été gouvernés par une coalition morose de droite et gauche. Aucune différence si vous préférez la gauche ou la droite, puisque de toutes façons, la gauche et la droite gouvernent ensemble. C’est l’establishment qui gouverne, et la démocratie lui fournit un écran de fumée..

Avec un pareil gouvernement, on s’attendait à ce que le peuple vote pour un outsider. Mais pour qui? Les Pays Bas, comme le reste de l’Europe occidentale et l’Amérique du nord, ont un vaste électorat insatisfait, en tant que victimes du néolibéralisme, qui les qualifie de « déplorables ». Ils souffrent de se voir déplacés par des vagues d’immigrants, chassés de leurs emplois et logements, ils atterrissent quelque part comme intérimaires dans des macdo, et ne rêvent plus d’un emploi stable dans une aciérie.

Les “déplorables” pouvaient voter pour la gauche ancienne manière, parce qu’ils sont devenus chômeurs ou précaires, et ont été dépouillés par les riches et puissants ; mais la gauche d’aujourd’hui ne se souciait pas d’eux. La gauche vivait bien son alliance avec l’élite libérale, avec les financiers juifs et juifistes, et leurs médias ; la tolérance (ce qui veut dire la priorité aux immigrants), le marxisme culturel (qui n’a même pas une vague parenté avec le marxisme de classe au couteau entre les dents), l’élitisme, c’était le plus important.

Mais le parti de droite (VVD) devait montrer aux « déplorables » qu’ils étaient aussi méchants pour les Turcs et les musulmans que Gert Wilders, ou pires (meilleurs, vus de l’autre côté), dans la mesure où ils ont le pouvoir, tandis que Wilders ne l’a pas. Ils ont refusé que le jet turc atterrisse, et renvoyé un autre ministre turc hors de la Hollande. Les Turcs ont manifesté, et la police hollandaise a chargé contre la manif turque avec des bergers allemands féroces.

Les électeurs potentiels de Wilders étaient en extase.

Ils n’en avaient que faire, d’Erdogan, mais ils étaient contents que des ministres musulmans aient  reçu un coup de pied au derrière et que l’on ait lâché les chiens contre les Turcs. L’extrême droite appelle à chasser les musulmans, nous, on le fait : il était là, le message subliminal du VVD. Et ça a marché ! Contre toute attente, le VVD a gagné, le parti d’extrême droite de Geert Wilders a gagné quelques points, mais le parti  travailliste (le PvdA) a perdu les élections, laminé. Ce parti s’est désintégré. Une partie de son électorat est allée vers un parti de gauche plus radical, mais la majorité les a juste lâchés, dégoûtés.

L’establishment hollandais s’était débrouillé pour tromper la révolution trumpiste. Wilders s’est retrouvé dans un désert politique, les travaillistes se sont effondrés, les forces de centre droit vont rester au pouvoir. Les électeurs voulaient clairement un changement ; ils refusaient le néolibéralisme et la globalisation, mais ils l’auront de toute façon, et vlan, comme récompense pour avoir été vilains avec les Turcs.

La conclusion correcte des élections hollandaises, c’est que la gauche devrait aller plus franchement à gauche, et fausser compagnie à la droite libérale, si elle veut toujours être une force indépendante.

Les élections françaises ont commencé là où ont fini les élections hollandaises : avec la désintégration du parti socialiste. Rien à regretter : ce parti était devenu le jumeau de la droite libérale et poursuivait le même genre de politique. Les socialistes avaient rendu furieux les travailleurs avec leurs lois anti-travail rédigées par Macron, et ils avaient rendu furieux les catholiques en forçant le passage de leurs lois pour le mariage gay. Le candidat socialiste faisait 6% à l’issue du premier tour.

C’est Mélenchon qui a sauvé la cause de la gauche. Non seulement il s’est bien tiré du premier tour, mais il a même refusé de soutenir Macron au deuxième. Il aurait mieux valu  qu’il soutienne ouvertement Marine le Pen, mais c’était probablement trop dur pour un gauchiste français.

Dans l’état actuel des choses, un Français de gauche n’a pas d’autre choix que de voter Le Pen. Le Pen, ce n’est pas Geert Wilders, elle n’est pas aveuglée par une question unique. Elle a un soutien communiste solide. Ce n’est pas la candidate idéale pour la gauche, mais quand on est mendiant, on n’a pas le choix.

Si c’est elle qui gagne, la révolution mise en route par l’élection de Trump va se poursuivre. Si elle échoue, nous allons reculer, jusqu’à la case départ. Trump aura remporté sa victoire surprise pour rien. Les gens au pouvoir ont appris la leçon.

Peut-être que désormais la division droite-gauche n’a plus de raison d’être ; ce qui compte c’est l’attitude à avoir face au mondialisme et au néolibéralisme. Peut-être, je dis bien, en théorie, et je suis d’accord à ce niveau. Nous pourrions dire que peut-être Bannon aurait  mieux fait que Trotski. Mais nous constatons que la droite antimondialiste ne tient pas sa promesse. Bannon a été chassé, et Trump n’est pas sûr d’être décidé à renvoyer Janet Yellen de la Réserve fédérale faire ses valises. C’est précisément le moment où la gauche est attendue au tournant pour attaquer le bastion des banquiers et de leurs pairs.

Les antimondialistes de droite ne vont pas disparaître, de toute façon ; la gauche rajeunie des fils de Lénine devrait les considérer comme des alliés possibles. Cependant, les révolutions triomphent quand elles sont conduites par des hommes d’une carrure hors du commun, et ce genre de personnages peut surgir des deux côtés du spectre politique.

Israel Shamir peut être joint sur adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

première publication: The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/face-a-laurora/feed/ 0
Donald à Canossa http://www.israelshamir.com/french/donald-a-canossa/ http://www.israelshamir.com/french/donald-a-canossa/#respond Tue, 18 Apr 2017 22:44:39 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3223 Qu’est-ce qu’il y a de mal à gazer son propre peuple? Après tout, c’est ce que fait la Californie et l’Oklahoma projette d’en faire autant, et ce sont des Etats fort évolués. Je n’aimerais pas que les Russes larguent leurs missiles hurlants sur Sacramento : ils n’ont pas besoin de renfort pour gazer les gens, chez eux. Gazer la population d’un autre pays peut être considéré comme une ingérence indue, mais si vous gazez votre  propre population, c’est vos oignons, incontestablement. Occupez-vous de vos affaires, donc, gazons gaiement, mais chacun chez soi.

Et s’il s’agit de magnifiques bébés qui vous font de la peine, aux US on tire la chasse d’eau, un million de superbes bébés sont vendangés tous les ans par les avortistes. Vous aimeriez que Vlady Poutine atomise le quartier général du Planning familial au 434 West Street à New York, sous prétexte qu’ils massacrent tellement de jolis bébés ?

“Son propre people” c’est qui ? Voilà une question qui se prête à bien des interprétations. Il y a quelques années je me suis rendu aux funérailles d’une jeune fille palestinienne chrétienne qui avait été gazée à mort dans sa chambre à Beit Jalla près de Jérusalem (ils avaient lancé une grenade lacrymogène par sa fenêtre). Si vous dites qu’elle n’en faisait point partie, du peuple israélien, alors, dans cette même mesure, les juifs allemands ne faisaient point partie du peuple allemand, et par conséquent, Hitler n’a point « gazé son propre peuple », ce qui lui confère une supériorité notoire, si l’on s’en tient à la version autorisée par l’ADL (AntiDefamation League), sur Bachar  al-Assad.

Pourquoi donc est-ce si horrible aux yeux du Seigneur de gazer des gens et/ou de magnifiques bébés, alors que les faire frire dans le napalm ou les arroser d’agent Orange ou les faire crever de faim est hautement recommandable ? Ou encore les atomiser, certes. A moins que  l’atomisation de Nagasaki soit un crime plus insignifiant que tous les autres? Si c’est une question d’esthétique, je pense que le napalm  permet de faire les pires photos de bébés grillés jusqu’à l’os, tout à fait comme celles qu’on prend à Gaza après un raid israélien. Ce sont des photos si horribles que j’ai interdit à mon éditeur italien d’en mettre une sur la couverture de mon livre. Franchement, à côté de ça, les gazages, c’est presque joli.

Pour toutes ces raisons, je ne chercherai pas à polémiquer sur la question de savoir si Assad l’a fait ou pas. C’est une sombre histoire, et les Russes, avec la presse alternative, ont sorti un certain nombre de versions contradictoires entre elles, style Rashomon. Toute l’affaire relevait de l’opération sous faux-drapeau soigneusement préparée par les rebelles et/ou les Américains ; à moins qu’il se soit agi d’un monstrueux accident, résultant d’une frappe aérienne syrienne sur une fabrique d’armes chimiques rebelles, comme dans le cas des US une semaine plus tard ; ou bien encore c’était une combinaison des deux, les rebelles mettant à profit la fuite pour déclencher l’enfer. Washington, ce n’est pas Kurosawa, et l’administration Trump a immédiatement déclaré qu’ils savaient ce qui s’était passé juste avant la catastrophe, exactement comme Bush et Netanyahou qui savaient tout tout de suite sur le 11 septembre. Pour moi cela n’a pas grand intérêt, de quelle façon ces quatre-vingt personnes sont mortes, parmi les centaines de milliers qui ont péri dans les guerres du Moyen Orient déclenchées par Bush senior et poursuivies par ses successeurs méritants.

Le verdict officiel de Washington n’a pas grande valeur après l’histoire des couveuses débranchées au Koweit, les armes de destruction massive dans une fiole brandie par Collin Powell, les atrocités libyennes et autres fausses nouvelles. Ils ont trop souvent crié au loup pour qu’on les écoute cette fois-ci. Je n’accorde foi à rien de ce que les médias mainstream nous racontent, car ce sont des menteurs invétérés, et ils l’ont prouvé eux-mêmes. Mais qui s’en soucie, même si c’était vrai, après avoir entendu la secrétaire d’Etat Madeleine Albright en personne dire que ça valait la peine de massacrer 500 000 magnifiques petits bébés, juste pour affaiblir l’Irak ?

Je vous conseille donc de ne pas vous attarder sur le film d’horreur de « Bachar gazant son propre peuple », chassez tout ça de votre esprit. On s’en fout : c’est juste une guerre psychologique à l’œuvre, contre votre propre peuple, contre vous, lecteurs, précisément. Rejeter ces histoires vous permettra de retrouver votre capacité à juger droit. Envoyez-les promener, oubliez tout ce dont ils veulent que vous discutiez, et vous regagnerez votre liberté de pensée.

Ceci étant, l’histoire sous-jacente du virage à 180° de Donald est une histoire des plus réjouissantes à certains égards, en tout cas elle mérite qu’on s’y arrête. Sans fioritures superflues (style « il a vu les bébés morts ») elle est encore meilleure. Après des années de twit contre les guerres du Moyen Orient et l’amitié avec la Russie, après ses coups de boutoir contre la caste dirigeante et après avoir gagné, une reddition aussi complète, c’est ahurissant.

Ça l’est moins si on considère ce qui l’attendait : être chassé du pouvoir et enfermé dans les cachots d’Alcatraz ou de Guantanamo. La CIA et le New York Times avec l’aide du pouvoir judiciaire et du toujours félon McCain avaient comploté de le boucler ou de l’abattre, et il n’a pas trouvé d’autre moyen pour sauver sa peau que d’aller à Canossa, fissa.

Trump avait quelques ambitions, mais le martyre, ça n’entrait pas dans ses projets. Tourner casaque, c’est choisir de rester en vie pour repartir à l’attaque, plus tard, s’est-il dit, avant de bannir Bannon et de bombarder la Syrie.

 

.

Et ça a marché, comme par magie. Ses ennemis declarés au Congrès et dans les media l’ont félicité comme un gandin sortant d’une maison close: alors, mon garcon, te voilà devenu un homme! Te voilà devenu un vrai président ! Fareed Zakaria l’a béni sur CNN : « Donald Trump est devenu le vrai président des US hier soir ». Les juifs ont oublié leurs sornettes sur l’air de l’antisémitisme, et ont jeté la kippa par-dessus les moulins en son honneur. Mrs Clinton a cessé de bouder, maintenant elle dit qu’elle ne regrette plus d’avoir perdu les élections face à un tel homme. Petit exploit, mais d’un gros rendement, pourrait dire Donald. Si Paris vaut bien une messe, Washington vaut bien une frappe.

Après tout, l’Amérique c’est une union tribale de Comanches et d’Apaches, évoluée, certes, mais le grand chef blanc se doit d’avoir la ceinture de scalps la plus fournie, et en bandoulière.

Les Russes n’ont pas été excessivement choqués. Ils ont toléré les frappes de missiles israéliens et les bombardements sur la Syrie depuis le début; pourquoi s’y opposer maintenant ? La ligne russe est la suivante : nous combattons les terroristes, nous ne nous battons pas pour Bachar al Assad contre d’autres forces, qu’il s’agisse d’Israël, de la Turquie, des Kurdes, des US ou de l’opposition modérée. D’accord, ce n’est pas loyal avec Assad, mais c’est la position russe, qu’on le veuille ou  non. Ils n’essaient pas de livrer bataille à tout l’Occident, plus Israël plus les royaumes sunnites. Ils combattent ISIS, al Nosra et autres factions extrémistes de la mouvance islamique. La frappe de Trump les agace, mais ça ne constitue pas un franchissement de la ligne rouge telle qu’ils l’ont tracée.

Les médias occidentaux ont souligné que la frappe en Syrie visait Poutine avant tout, que le but était d’humilier le dirigeant russe. Mais les Russes voient les choses autrement. Pour eux, c’était un règlement de comptes entre Assad et Trump. Poutine ne s’est pas senti humilié, et c’est la raison pour laquelle il a reçu le secrétaire d’Etat Rex Tillerson au Kremlin. Lavrov et lui ont dit à Tillerson que les US n’avaient absolument aucune preuve de ce qu’ils affirmaient, qu’il fallait faire une enquête, qu’ils ne croyaient pas qu’Assad ait pu être dans le coup. Tillerson a proposé que les Russes changent de camp en Syrie, et cette proposition a été immédiatement rejetée. Lavrov a brièvement rappelé les causes de la guerre en Irak, en Libye et en Syrie ; il leur a rappelé l’affaire de l’imposture des armes chimiques de 2013. Mais ça ne les a pas empêchés de se retirer sans acrimonie. Les relations russo-américaines n’ont pas empiré, essentiellement parce que Poutine veut absolument éviter une guerre avec les US aussi longtemps qu’il le pourra, de préférence pendant encore cinq ou six ans.

Trump a fort bien géré la question chinoise. Il a déclaré que le président Xi avait exprimé sa compréhension pour ne pas dire son approbation pour la frappe. Les Chinois ont démenti, mais n’en ont pas fait trop de battage. Ils se sont abstenus lors du vote au Conseil de sécurité, et la Russie a été obligée d’opposer son veto seule. C’est une grande victoire pour le président US, et c’est inattendu.

Les éditorialistes pensaient que Trump projetait de renforcer l’amitié avec la Russie pour isoler la Chine; et voilà que, contre toute attente, il s’est servi de la Chine pour isoler la Russie. Les présidents russe et chinois devraient se méfier de ce gambit américain au lieu de se faire du souci à cause de la frappe syrienne.

Israël est ravi de la frappe; droite et gauche ont accordé leurs violons, dans cette affaire, tout en offrant des explications différentes. Mais c’est qu’Israël se réjouit de tout ce qui peut foudroyer une cible arabe. Les juifs américains aussi étaient satisfaits. J’ai écrit sur un chiasme entre juifs libéraux et sionistes, que Donald Trump avait essayé d’exploiter à son profit. Cette fois, il a donné satisfaction aux deux factions.

Si Trump doit être satisfait de ce grand résultat, nous pouvons dire qu’il est désormais gagnant, et il n’a même pas endommagé ses relations avec la Russie ou la Chine. Le problème, c’est que s’il est tenté de refaire le coup avec la Corée du nord, ce sera une erreur très coûteuse.

Les Nord-coréens, à qui j’ai rendu visite l’année dernière, ne sont pas un ventre mou comme la Syrie ou l’Irak. Ce sont les durs à cuire de la planète. Ils sont habitués à la confrontation avec les US. Ils sont nés dedans, ils ont grandi pendant la guerre de Corée des années 1950, alors que leur pays était dévasté par les bombes US. Leurs parents avaient subi la colonisation japonaise, et ils sont déterminés : plus jamais ça. Ils n’aiment pas les Américains ni les Japonais, et ils aimeraient bien assouvir leur vengeance sur eux et sur leurs larbins Sud-coréens. Les mères des marins et des soldats tant japonais qu’américains feraient bien de prier pour que le président Trump retrouve la raison.

Si Trump bombarde la Corée, les Coréens sont capables de frapper en retour la flotte US, et les bases US en Corée du sud et à Okinawa. Et ils se serviront probablement de leurs armes nucléaires. C’est précisément pour ce cas de figure qu’ils ont bricolé leurs bombes A et H. C’est exactement pour cette raison qu’ils ont refusé tout plan de dénucléarisation, et ils ont eu raison.

Le problème avec les plans américains, c’est leur tendance à se répéter. Ils remettent toujours sur les rails la même routine qu’ils ont empruntée aux Western spaghetti. Vous savez, le justicier qui s’adresse à son adversaire : relâche l’otage et pose ton arme,ou je tire. Quand le type pose son flingue, l’autre a un sourire sardonique, et il tire de toute façon. Ce n’est pas une approche chevaleresque, mais la politique extérieure des US, ce sont les hommes d’affaire qui la dessinent, pas des hommes d’honneur.

En septembre 2013, Obama avait menacé Bachar al Assad, s’il ne posait pas son arme. Assad a obéi, a livré son arsenal d’armes chimiques, la seule chose qu’il aurait pu utiliser contre son voisin israélien doté de l’arme nucléaire. Les Russes (volontairement ou pas) ont entériné ce subterfuge israélo-américain. Après qu’Assad se soit volontairement désarmé, Israël ne craignait plus rien ; Assad ne pouvait plus rien faire contre Israël ou contre les Américains. Alors ils se sont mis à l’accuser d’utiliser des armes chimiques, celles-la mêmes qu’il venait de livrer, et se sont rués sur lui.

En Libye, même chose. Ils ont menacé Mouammar Kadhafi et il  a balancé son arsenal. Il a également ouvert son pays aux TNC (titres de créance négociables) pour qu’ils achètent et exploitent le gaz et le pétrole libyens. Ils ont privatisé et acheté tout ce qu’ils voulaient, et pour finir, ils ont attaqué la Libye et abattu Kadhafi dans la foulée.

Vous vous souvenez que Saddam Hussein avait satisfait à toutes les exigences US, avait ouvert chaque porte dans tout le pays pour permettre des inspections, et une fois qu’ils ont été sûrs qu’il n’avait aucune arme de destruction massive, ils l’ont accusé d’en avoir, ils l’ont attaqué, ils ont bousillé son pays pour de bon, et ils l’ont pendu. On ne peut même pas qualifier la politique étrangère US de déloyale : on ne dit pas d’un cyclone que c’est un « vent fort ».

Les Nord-coréens connaissent cette leçon par cœur. Ils ne vont pas lâcher leurs armes, même si les Russes et les Chinois les supplient à genoux, pour leur bien. Jadis, on pouvait compter sur la Russie et la Chine, mais c’était au temps de Staline et de Mao, voilà ce qu’ils pensent. Les Coréens savent que de nos jours, un pays ne peut se fier qu’à ses propres forces nucléaires et doit être prêt à charger partout où ça fait mal.

Pour l’Irak et la Syrie, il y avait un point vulnérable, un otage, en quelque sorte, qui était l’Etat juif, mais ils se sont laissé convaincre de rendre les armes. Pour la Corée du nord, les points faibles ce sont les bases US et le Japon, qui est un vieil ennemi et l’allié des US.

Donald Trump a envoyé des forces considérables sur les côtes coréennes. Il y a des dizaines de milliers de marins et de soldats, il y a des bateaux, des sous-marins atomiques et une force aérienne. Les Américains viennent de faire exploser leur Mère de toutes les bombes en Afghanistan, un pauvre pays qu’ils ont dévasté d’abord en y amenant Osama bin Laden puis en l’envahissant et finalement en en faisant le plus grand producteur de drogue au monde, la drogue étant la dernière source de richesse indépendante de la CIA. Aucun doute que les US soient capables de pilonner à mort la Corée, pour la deuxième fois en une génération. Mais ils ne peuvent pas faire peur aux Nord-coréens. Impossible de leur faire peur.

La Corée du Nord n’a pas de milliardaires prêts à servir de cinquième colonne américaine. Ils n’ont pas de minorités ethniques ni sexuelles, ni de culture de la critique. Ce sont des gens têtus, ils ne se rendront pas, et c’est tout.

Trump sera obligé de les bombarder, d’en tuer un million, et peut-être qu’un million de Japonais et d’Américains seront tués dans les représailles de la Corée. Trump peut voir sa flotte du Pacifique coulée juste au moment où il en aura besoin pour sa confrontation avec la Chine. Les Coréens ne peuvent pas frapper le continent US, mais une agression de Trump et la riposte coréenne peuvent saboter la force navale des US et alors les US se verront envahis par les Mexicains, ceux-là même que Trump déteste si fort. C’est un  juste retour des choses, une ironie de l’histoire. Personne ne peut faire autant de mal à la république que le président, en fin de compte. Est-ce que c’est vraiment ce qui nous attend ? En tout cas, c’est possible. Ce n’est pas sûr et certain, mais c’est de l’ordre du possible.

Ce sera une fin honteuse pour la carrière de Trump, et bien inutile, certes. La Corée du Nord ne menace personne ; ils vivent à leur guise sur leur presqu’île loin de tout. Ils ont des bombes atomiques pour cuirasse, qui les rendent durs à avaler et durs à digérer, mais elles ne sont pas là pour attaquer. Il vaudrait vraiment mieux ne pas s’en prendre à eux, et revenir aux promesses de Trump à ses électeurs.

C’est encore possible ; on oubliera sa frappe en Syrie ; Trump a assez de temps devant lui pour éliminer ses ennemis dans le parti républicain, pour démanteler la CIA, pour créer sa propre milice et pour entreprendre de sauver l’Amérique.

Mais il y a un obstacle. Pourquoi tellement d’Américains veulent-ils une guerre mondiale, et supplient Trump de la déclencher ? L’Amérique est surpeuplée, c’est pour cela. Il y a trop d’habitants, et depuis la guerre de Troie, la guerre est la solution aux excédents de population. Les forces qui amènent des réfugiés et des immigrants sur vos rivages sont les mêmes forces qui vous poussent à la guerre. Ma génération, celle du baby boom, est venue au monde après la Seconde Guerre mondiale, et le monde nous a bien accueillis. Nous avons grandi avec de l’espace. Nous avions la campagne pour folâtrer, et les loyers étaient relativement bon marché. Nous pouvions avoir des enfants, nous avions des situations à protéger. Maintenant, c’est la foule partout, la nature a été détruite ou privatisée, on est même arrivé à tuer la Mer morte.

La population US a doublé depuis 1960 ; l’Europe (tout comme la Russie) a un quart de population en plus, principalement des immigrants, et certaines villes ont grandi bien plus vite : Moscou a vu sa population tripler. L’accroissement de population amène la guerre. Le Moyen Orient est en guerre, et ce n’est pas seulement la faute de l’Amérique, mais aussi à cause de leur choix de fécondité. La population d’Israël, de Palestine, de Syrie a quadruplé, celle de la Jordanie a été multipliée par dix, tandis que le Liban s’en sort mieux que la plupart des autres en ayant seulement doublé ses habitants. La malheureuse population d’Alep s’est multipliée par six depuis les années 1950, et naturellement il y a eu la guerre civile. Même après tant de mort et de destruction, la Syrie aujourd’hui a plus de monde qu’elle n’en a jamais eu, tandis qu’Israël manque de place même pour enterrer ses habitants. Israël en est à 1000% au-dessus de la moyenne des pays de l’OCDE (la densité y est dix fois plus forte)

Une autre raison dont on débat moins c’est que les moyens de production ont grandement augmenté et maintenant Wall Street et autres libéraux radicaux pensent qu’il y a trop de gens superflus qui ne peuvent pas être employés avec profit. Au lieu de ramener l’industrie aux US, il est plus facile d’exterminer une centaine de millions de gens excédentaires en Amérique.

Voilà les raisons pour lesquelles le parti de la guerre veut la troisième guerre mondiale, pour faire de la place aux générations montantes et se débarrasser du surplus. Peut-être que le gros bras à la touffe orange est un avatar imprévu de Shiva le dieu destructeur, dont l’agression contre la Corée laissera notre monde dévasté et qui ouvrira un nouveau monde spacieux à nos fils et filles, s’ils survivent à la guerre. Et si le plan Corée échoue, il reste encore la Russie et la Chine, et tôt ou tard ils seront obligés d’entrer en guerre. A moins que ces libéraux qui veulent un monde débarrassé de nous, on les terrasse.

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale : The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/donald-a-canossa/feed/ 0
Cadeaux de Pourim http://www.israelshamir.com/french/cadeaux-de-pourim/ http://www.israelshamir.com/french/cadeaux-de-pourim/#respond Tue, 14 Mar 2017 20:32:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3207 Le premier ministre israélien est comme ce veau du proverbe russe : « Veau qui flatte tète deux mères ». Après sa rencontre fructueuse avec le président Trump, il a filé chez l’ennemi numéro des US, se jeter au cou de son bon ami le président Poutine, à Moscou la ville glacée, où il est toujours chaudement accueilli. Cette fois-ci, il est arrivé juste avant Pourim, la joyeuse fête juive où les juifs célèbrent leur ascension légendaire en Perse, il y a environ 2500 ans. Cette fête, qui tombe le dimanche 12 mars cette année, comptait beaucoup pour les  deux hommes. Pour respecter la tradition, Netanyahou était censé apporter à son hôte des gâteaux de Pourim, les homentashen en yiddisch, ou « oreilles d’Haman[1] », des gâteaux triangulaires fourrés à la confiture.

Le lendemain de Pourim, vous pouvez assister à la plus intéressante scène de rue dans le quartier juif orthodoxe de Jérusalem, Mea Shamrim,  et voir des jeunes filles parfaitement costumées en habits du XVIII° siècle porter des corbeilles en osier garnies de douceurs, des shalahmones pour leur amis et proches, comme autant de Petits Chaperons rouges. Pourim, c’est le carnaval juif, leur Mardi gras, et cela tombe à peu près au début du Carême chrétien. Le carnaval, c’est quand on fait les choses à l’envers : les juifs se saoulent et vocifèrent ; autrefois il leur arrivait de malmener des chrétiens, de préférence un prêtre, et ils satisfaisaient généralement leurs envies d’ébats divers.

Poutine, toujours aussi amical, a souhaité un joyeux Pourim à son hôte, et Bibi, comme en repérage, a aussitôt révélé l’objet de sa visite. Les Perses avaient voulu exterminer les juifs ce jour-là, mais Dieu les en avait empêchés, a-t-il expliqué. De nos jours, les Iraniens, qui sont toujours persans, veulent éliminer les Juifs, mais l’Etat juif est désormais puissant,  etc. Et Bibi venait pour demander à Poutine de lâcher l’Iran., de chasser les combattants iraniens de Syrie, de bloquer le transit iranien vers le Liban, ou encore de se joindre à une coalition anti-Iran ; la référence à Pourim était un argument de plus pour conforter son audacieuse requête.

Poutine était donc censé jouer le rôle d’Artaxerxès, le stupide roi des Perses, qui avait été convaincu par la séductrice Esther de se prêter à un massacre des ennemis des Juifs et de donner aux Juifs un traitement préférentiel, celui dont ils jouissent jusqu’à aujourd’hui. Bibi jouait le rôle d’Esther dans cette performance style Pourim-Spiel, la saynète comique que les Juifs aiment bien monter à l’occasion de Pourim. Il tentait d’appâter Poutine avec la perspective de se retrouver au coude à coude avec le président Trump, le roi d’Arabie saoudite et lui-même, tous ensemble contre les méchants Persans.

Netanyahou craignait que la guerre en Syrie soit bientôt finie (il aimerait qu’elle dure éternellement, jusqu’au dernier Syrien) et les Iraniens qui ont tellement contribué à la victoire de Damas vont probablement rester et continuer à approvisionner leurs amis du Hezbollah syrien. Et cela signifie qu’Israël ne pourra plus bombarder Libanais et Syriens aussi librement que d’habitude. Les Russes n’ont jamais utilisé leurs missiles S-400 contre les jets israéliens quand ils faisaient intrusion en Syrie, mais les Iraniens pourraient ne pas être aussi rétifs pour riposter. Il y a quelques jours à peine, les Iraniens ont fait la preuve que leur système doté de S-300 russes est parfaitement opérationnel.

Netanyahou aurait pu essayer de tenter Poutine en soulignant sa capacité pour mobiliser le lobby israélien à ses côtés, et pour clouer le bec aux hystériques anti-Russes à Washington. Les juifs ont un grand pouvoir aux US, et le premier ministre de l’Etat juif peut certainement les manipuler à sa guise, si Poutine acceptait sa requête. Et Trump a déjà fait quelques déclarations très anti-iraniennes, ce qui rend la suggestion plausible.

 

Beaucoup de gens attendaient avec anxiété de voir comment Poutine allait répondre à son séducteur juif. Poutine lui a ri au nez. Même si vous ne regardez jamais de vidéos, je vous recommande vraiment de ne pas rater ces quelques secondes de franche rigolade, où le président russe parfaitement détendu, après avoir écouté le premier ministre israélien comme un père indulgent face à son fils qui vient pour la énième fois d’inventer un prétexte pour lui faire acheter un jouet dangereux. Rien à faire, fiston, s’est dit Poutine, et il a répondu : «  c’était il y a deux mille cinq cents ans. On vit dans un monde différent, à présent. »

Personnellement, je n’étais pas vraiment anxieux, parce que ce dialogue avait été répété quelques jours plus tôt par le député et ministre des Affaires étrangères Michal Bogdanov et les journalistes de Al Hayat, ce journal arabe important, dont le propriétaire est saoudien, qui paraît à Londres. Bogdanov est un excellent diplomate, courtois, portant beau, spirituel, intellectuel et gagnant à être connu. Il a été ambassadeur russe à Tel Aviv et au Caire, et il connaît tous ceux qui comptent au Moyen Orient par leur prénom. Il est aussi le représentant spécial, désormais, du Président, pour le Moyen Orient. C’est un homme qui en sait plus que tous les autres en matière de politique étrangère russe au Moyen Orient. Ses réponses ne pouvaient pas être très éloignées des idées de Poutine.

Il était cuisiné par Raed Jabr, le correspondant à Moscou de Al Hayat, un sombre et svelte Palestinien qui représente le point de vue arabe dominant de Ryad à Beyrouth. Vous souvenez-vous de la ligne préférée des présidents US et législateurs, selon laquelle “le jour ne passe pas entre les US et Israël » ? Si l’on en juge par les questions insistantes de Jabr, aucun rai de lumière ne saurait filtrer entre les US et l’Arabie saoudite.

A tout bout de champ, l’homme d’Al Hayat demandait quand les Iraniens se retireraient de la Syrie. M. Bogdanov lui a répondu : « en Syrie, il y a des dizaines de milliers de volontaires étrangers : des milliers de Tunisiens, de Marocains et d’Afghans, tandis que les Iraniens, comme les Russes, sont en Syrie à la demande du gouvernement légitime, et seul le gouvernement légitime peut leur intimer des ordres de mouvement. La direction officielle pourra demander à toutes les forces étrangères de se retirer une fois la solution acquise. »

Ses paroles ont été transmises de façon imprécise mais claire par le Washington Post :  « Les autorités légales qui auront été choisies légalement en Syrie seraient les seules à avoir le droit de demander le retrait de toutes les puissances étrangères du pays », aurait dit Bogdanov. En fait, Bogdanov ne parlait que du gouvernement légitime après un accord, pas nécessairement d’un gouvernement choisi de telle ou telle façon.

Bogdanov rejetait le discours sur l’exportation de la révolution iranienne, et le supposé désir de l’Iran d’étendre son influence au Moyen Orient, tout particulièrement en Irak, en Syrie, au Liban et au Bahrein. Il appelait au rapprochement entre US et Iran, avec une participation saoudienne. En Syrie, il a appelé un système laïc de ses vœux, nullement un système chiite , ni musulman sunnite, ni chrétien, accédant au pouvoir par des élections libres, loyales et transparentes dans le pays et à l’étranger, incluant la participation des réfugiés dans les pays limitrophes comme dans les pays plus éloignés, sous les auspices des Nations Unies.

Bogdanova regretté le fait que les US veulent garder l’Iran en dehors des négociations sur la Syrie. « Les Américains agissent sans respecter les lois internationales. Nous devons respecter la souveraineté de la Syrie, qui est un Etat membre des Nations Unies. » Il est visiblement pessimiste quant aux relations avec les rebelles. « Ils disent que la révolution ne s’arrêtera pas  avant le renversement du régime, quand Bachar al Asssad et sa clique auront été traînés devant un tribunal international. Avec un tel objectif, la guerre peut durer éternellement. »

Il a rejeté l’idée que les Iraniens veuillent exporter la révolution islamique. « Les Iraniens disent que la révolution islamique relevait de la politique intérieure, pour correspondre  aux intérêts du peuple iranien. » Il a rappelé la présence militaire iranienne à Oman dans les années 1970 à la demande du gouvernement légitime. Quand les troubles avaient pris fin, les Iraniens avaient quitté Oman sans objection. »

Il a appelé à des pourparlers entre l’Iran et les Saoudiens, à Moscou ou ailleurs, par l’entremise des Russes. Bogdanov a également rejeté le point de vue saoudien sur la guerre du Yémen (les Saoudiens considèrent qu’ils sont habilités à traiter du Yémen, mais que les Iraniens devraient en être exclus). Il a rejeté l’attitude turque envers les Kurdes en Syrie (« Pourquoi la Turquie est-elle d’accord pour un Kurdistan irakien, mais n’accepte pas un tel Kurdistan en Syrie ? Je pense que cela ne les regarde pas. C’est l’affaire des Irakiens et des Syriens. C’est au peuple syrien et non à l’Etat russe ou turc de décider ».)

Il a résumé la politique russe en ces termes: « La Russie veut s’en tenir à la légitimité internationale. Nous sommes liés par le principe de non-ingérence dans les affaires internes des autres pays, ce qui comporte aussi la non-ingérence dans nos affaires internes. Nous respectons le processus démocratique et non pas les révolutions de couleur. Pour arriver à une entente entre les parties, le principe du ni vainqueur ni vaincu est le plus souhaitable. »

Cette interview de Mikhaïl Bogdanov répond entièrement à la question sur un engagement éventuel de la Russie contre l’Iran : c’est niet. En politique, bien des choses sont possibles. La politique n’est pas un  jeu scout, je m’y connais en realpolitik. Mais il n’y a absolument aucune raison pour que la Russie lâche l’Iran en échange de quelque promesse obscure et pourimesque de Netanyahou.

Israël et les US sont désormais réputés pour leurs initiatives perfides. Des Philippines à l’Egypte et à l’Azerbaïdjan, les pays qui ont été jadis pro-américains se sont vus trahis, et depuis tournent le dos à Washington. Les US ne sont plus un partenaire fiable. Si M. Trump arrive à contrer la révolution rose dans son pays et à s’affermir comme un vrai chef, alors peut-être pourra-t-il restaurer la crédibilité américaine. Mais en attendant, les US ne sont pas fiables. Et pour ce qui est de la duplicité israélienne, il suffit de voir comment les Israéliens ont tenu leurs promesses faites aux Palestiniens à Oslo. Les Iraniens sont loin d’être des gens rectilignes, mais ce sont des alliés, et ils se battent au coude à coude avec les Russes en Syrie, où la partie est terminée mais où la guerre n’est pas encore finie. La realpolitik élémentaire dit aux Russes de rester soudés avec l’Iran et de rejeter les offres de Bibi.

Mais les Israéliens sont tenaces. Il y a quelques jours, le ministre israélien de la Défense Avigdor Lieberman a appelé, dans un entretien pour le Die Welt, à la création d’une alliance militaire « sur le modèle de l’Otan », entre Israël, Arabie saoudite, et Etats du Golfe contre l’Iran et les chiites. L’Etat juif a donc été pleinement assimilé dans son environnement comme partie prenante du bloc sunnite réactionnaire pro-occidental. Et voilà, ce n’est plus un mouton noir.

Il y a une issue, c’est de promouvoir un arrangement entre les Saoud et l’Iran. Le contentieux entre les deux Etats est ancien, beaucoup plus ancien que la révolution islamique, mais il y a eu des compromis antérieurement, en particulier au milieu des années 1970, et maintenant les choses sont mûres pour une nouvelle transaction. Les Saoudiens ont dépensé bien trop d’argent pour déstabiliser la Syrie et pour une guerre sans espoir au Yémen. Les Russes peuvent les inciter à trouver une solution. Et cela calmerait aussi les ambitions israéliennes en faveur d’une nouvelle série de guerres.

Mais pour cela, il faut d’abord vaincre la révolution rose à Washington, et le président Trump devrait procéder à la démilitarisation de la politique étrangère US. L’alternative, une guerre avec l’Iran, est trop horrible à envisager.

Et Bibi, alors ? Il a reçu un lot de consolation : un cadeau de Pourim très significatif, de la part de Poutine. Ce n’est pas la tête d’un combattant iranien sur un plateau d’argent, ni des gâteaux ou les oreilles d’Haman dans une corbeille, mais un livre vieux de cinq siècles, La Guerre des Juifs, de Flavius Josèphe[2]. C’est un livre bien choisi, qui devrait rappeler à Bibi le fou qu’il vaut mieux faire des compromis que de tenter de gratter le ciel. Les Juifs de Flavius Josèphe auraient pris du bon temps sous la protection d’une Rome bienveillante, s’ils n’avaient pas visé trop haut, et attiré sur eux la catastrophe.

Peut-être aussi que Poutine avait à l’esprit une autre sentence de Flavius Josèphe qui disait : les Juifs avaient une représentation de la capitale perse sur la porte de leur temple, pour leur rappeler que les Perses avaient rendu le temple aux  Juifs, et qu’ils devaient être respectés et redoutés par les Juifs à jamais.

Joindre Israel Shamir: adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Première publication: The Unz Review.

 

[1] Sur l’éclairante histoire d’Haman, voir le texte de Shamir, publié en 2006, Le Syndrome d’Haman

[2] Flavius Josèphe vécut entre 37 ap.J-C et 100, mais l’exemplaire offert par Poutine à son hôte a été publié en 1526 en toscan, juste après l’invention de l’imprimerie.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/cadeaux-de-pourim/feed/ 0
La grande peur de la Russie http://www.israelshamir.com/french/la-grande-peur-de-la-russie/ http://www.israelshamir.com/french/la-grande-peur-de-la-russie/#respond Thu, 09 Mar 2017 19:11:00 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3196 Révélation : j’ai rencontré des Russes. J’en ai trouvé une ce matin même sur mon chemin. Elle m’a apporté le café. Il se passe des choses tellement dingues, tellement dangereuses, à Moscou. J’ai bien peur que la CIA et la NSA en aient eu vent, et qu’ils puissent se servir de cette rencontre, même contre vous, cher lecteur. Vous avez pris connaissance d’un article d’Israël Shamir. Saviez-vous qu’il a des contacts russes ?

Je ne suis plus tout jeune, mais c’est la première fois que j’assiste à une telle chasse aux sorcières. En Russie, il y a beaucoup d’étrangers, Européens, Américains, et les Russes se mêlent à eux librement, sans peur. Ils n’ont pas peur, les Russes, de rencontrer l’ambassadeur US, ils en seraient plutôt fiers, quand ils en ont l’occasion. Quand il organise une fête ou  une réception, tout le gratin de Moscou accourt à Spaso-House, la résidence de l’ambassadeur.

Même au temps de Staline, les Russes allaient à ces réceptions, et Mikhaïl Boulgakov en a décrit une comme  le bal de Satan, dans Le Maître et Marguerite. Ces dernières années, toutes les personnalités de l’opposition russe ont rendu visite à l’ambassadeur US, et ont eu des conversations chaleureuses avec lui.

Et pas seulement en Russie. Les câbles du Département d’Etat publiés par Wikileaks font état de centaines de rencontres entre ambassadeurs US et ténors de l’opposition dans le monde entier. Et nulle part on n’a considéré ces rencontres comme une atteinte à la sécurité nationale et une charge rédhibitoire contre un dirigeant de l’opposition.

Peut-être qu’à la lumière de la grande peur des Russes, les nations devraient promulguer des lois pour interdire à toute personne ayant rencontré un ambassadeur US de briguer la moindre responsabilité publique ou candidature électorale. Elles pourraient appeler la chose Loi de Flynn, par esprit de réciprocité.

C’est la classe politique US qui s’est attirée cette menace. Si toute personne ayant rencontré un ambassadeur russe ou un ministre du gouvernement russe, ou encore le président russe (ce qu’à Dieu ne plaise) est impropre à la gouvernance, c’est toute la strate supérieure des politiciens US qui devrait être disqualifiée. L’année dernière, même Jill Stein, la super-woman kacher de la politique US, candidate du Parti Vert à la présidence, avait visité Moscou et avait partagé la table de Poutine, avant de reprendre son vol pour aller réclamer le recomptage des votes dans le Wisconsin.

Les Russes  observent la nouvelle chasse aux sorcières transatlantique avec une certaine surprise. Ils ne savaient pas qu’ils étaient si redoutables, si effrayants. Moi non plus, d’ailleurs. Je peux faire la liste des fautes graves de la Russie à partir d’aujourd’hui jusqu’à Noël prochain : bureaucratie atroce, législation impossible, police fastidieuse, grands écarts dans le niveau de vie, climat infect et mauvaises routes ; mais je ne vois aucune raison pour considérer la Russie comme une menace pour qui que ce soit. Les Russes sont d’accord pour respecter les lois internationales, ils croient à la souveraineté nationale, ils préfèrent ne pas dire aux autres pays comment ils devraient gérer leur vie civique ou faire des affaires. Et ils ne se mêlent pas des affaires des autres Etats, ce qui serait pourtant bienvenu.

Quand en février 2014 Mrs Nuland, qui faisait partie du Département d’Etat à ce moment, (l’auteure du « Fuck l’UE » a heureusement perdu sa place avec l’ascension de Donald Trump) avec l’ambassadeur US Geoffrey Pyatt avait attisé les braises sur la place Maïdan, puis largué quelques milliards sur Kiev, l’ambassadeur russe à Kiev préférait se faire rare. Il était peut-être au golf. Pas une figure de la politique russe n’avait pris la peine de se rendre à Kiev et d’aller parler au peuple. La non-interférence russe dans les affaires ukrainiennes avait été scrupuleuse, comme si l’Ukraine était un Etat lointain d’Amérique latine sans intérêt pour les Russes.

Ce fatal mois de février il y a trois ans, la seule chose qui intéressait les Russes, c’était Sotchi, où se tenaient les Jeux Olympiques. Kiev était en flammes, mais ils discutaient du biathlon. Le biathlon, voyons ! Les gouverneurs des provinces ukrainiennes avaient voulu demander à Moscou si les Russes viendraient pour tirer d’affaire le gouvernement légitime, mais personne n’avait décroché le téléphone.

Le 22 février 2014, lorsque le président Yanoukovitch s’était enfui de Kiev et s’était rendu à Kharkov pour rencontrer les dirigeants de l’Ukraine orientale, les Russes auraient pu établir le gouvernement légitime à Kharkov et pour le moins partager l’Ukraine en deux moitiés, sans difficulté. Mais ils ne s’étaient pas montrés, et n’avaient pas dit qu’ils soutiendraient un tel gouvernement, et le peuple ukrainien s’est résigné au putsch de Kiev.

Si Poutine avait la moindre ressemblance avec l’image incendiaire qu’en donnent les médias occidentaux, l’Ukraine serait une province occidentale de la Russie, comme pendant les quatre siècles précédents, et cela se serait fait en toute légalité, sans un coup de feu.

Mais Poutine n’est pas ce Vlady le Terrible de vos bandes dessinées. Il adore remettre les choses au lendemain, c’est un homme qui ne bougera pas, tant qu’il a le choix. Il ne rentre en action que s’il n’y a pas moyen de retarder l’échéance. Il avait pris la Crimée, ou plutôt accepté la demande des habitants qui voulaient s’unir à la Russie, parce qu’il pensait (à juste titre) que son peuple ne lui pardonnerait pas s’il livrait la presqu’île avec la base principale de la flotte à l’OTAN et s’il mettait la population russe à la merci des gangs de l’Ukraine occidentale férocement anti-russes.

Mon vieil ami israélien et observateur de la Russie, Yakov Kedmi, jadis chef d’un service secret israélien, avait prédit en avril 2014 que l’armée russe s’emparerait de l’Est et du Sud de l’Ukraine avant les élections présidentielles en Ukraine. Je l’avais détrompé, le traitant de rêveur chimérique. Poutine n’en fera rien s’il a la moindre possibilité de se tenir coi, lui disais-je. Et j’avais raison.

 

Poutine avait agi en Géorgie en 2008 seulement après que ses troupes pour le maintien de la paix avaient été attaquées par les troupes – entraînées par l’OTAN –  du président Saakachvili, qui s’est rendu célèbre pour avoir dit que son armée prendrait Moscou  en une nuit. Et même à ce moment, il n’avait pas pris Tbilissi la capitale, mais ramené ses troupes en arrière. Les provocations telles que la destruction des tombes et monuments russes du temps de la guerre, et la privation de leurs droits de citoyens pour les Russes dans les pays baltes, ne sont pas parvenues à lui forcer la main.

La dernière chose qu’il souhaitait était de se quereller avec les US. Il avait approuvé l’invasion US  de l’Afghanistan  et ouvert son territoire pour le transit des troupes et des armes US. Il avait approuvé les résolutions sur l’Irak avant l’invasion US ; il n’a pris position contre l’invasion qu’assuré du soutien de la France et de l’Allemagne. Il avait été d’accord (plus exactement, il s’était abstenu) pour la résolution voulue par les occidentaux sur la Libye, qui a débouché    sur l’assassinat du colonel Kadhafi. Il avait bradé les bases russes au Viet Nam et à Cuba. Il a retiré ses troupes de Tartous, sa seule base navale en Syrie, et n’est revenu sur le terrain syrien que face à une attaque américaine imminente sur cet Etat souverain, à la demande de son dirigeant légitime.

Les médias occidentaux présentent la Russie comme un féroce Rottweiler, et les Russes ne se reconnaissent pas dans le miroir des médias occidentaux. La Russie est plutôt un Terre-Neuve : une masse solide, pacifique, nullement agressive. Je le sais parce que j’en ai eu, des Terre- Neuve. Même un chat insupportable n’arrive pas à réveiller leur esprit de combat.

Idéologiquement, la Russie de Poutine n’est pas si différente de l’Occident. Le 8 mars, la Journée des femmes, est officiellement férié en Russie, et les femmes russes ont tous les droits de leurs sœurs occidentales, ou ceux dont celles-ci  rêvent. Les millionnaires russes sont libres d’armer les plus grands yachts au monde. Ils paient aussi peu d’impôt que d’autres, juste un impôt sur le revenu de 13%. Même Trump n’arriverait pas à faire mieux. Le communisme est bien mort, et la machine de propagande officielle répète tous les jours que l’époque soviétique était horrible, malgré les souvenirs pleins de tendresse qu’en ont les générations qui l’ont connue. Les communistes n’ont pas accès aux médias, alors qu’ils constituent bel et bien le second plus grand parti en Russie.

Le petit parti d’opposition pro occidental, tout à fait clintonesque et impopulaire, reçoit beaucoup de soutien de la part du gouvernement. Ils sont autorisés à manifester, ils ont une chaîne  de télé et des journaux, tandis que l’opposition anti-occidentale, trumpiste ou communiste, est maintenue à l’écart, avec des médias marginaux, et ne manifeste pas dans les rues.

Les nationalistes blancs, une petite bande, sont envoyés en taule au moindre soupçon de blague antisémite. Un militant d’extrême droite comme Jeremy Bedford Turner (relaxé aux US) aurait été enfermé depuis longtemps, en Russie. Moscou a 92 synagogues pour moins d’un millier de juifs pratiquants, cornaqués par des rabbins Loubavitch américains d’importation. Les meilleures portions de terrain municipal et les plus convoitées sont données aux synagogues et aux centres culturels juifs gratuitement.

 

L’article 282 du Code Pénal russe est aussi strict que les militants de l’ADL ou du SPLC pourraient en rêver. Une grande partie des articles publiés sur le site http://Unz.com , s’ils paraissaient en Russie, enverrait leurs auteurs à la case prison. La Russie a des millions d’immigrants ; c’est de fait le troisième pays pour le nombre d’immigrants agréés. La majorité est musulmane. Moscou a l’une des plus grandes mosquées au monde. Et la Russie a des accords de dispense de visa avec de nombreux pays musulmans.

Les liens de la Russie avec l’extrême droite relèvent de l’imagination. Elle a son correspondant russe, en la personne  d’Alexandre Douguine, philosophe et disciple d’Heidegger bien connu, et de ses amis. Ils sont bien pires que l’extrême droite occidentale. Douguine est souvent présenté comme le « conseiller de Poutine » mais il n’est jamais parvenu à rencontrer Poutine en tête à tête. Douguine soutient Poutine, mais Poutine ne soutient pas Douguine. Le  philosophe a été chassé de l’Université d’Etat de Moscou, il  atterri dans une chaîne de télévision sur internet, et selon certaines rumeurs, il en aurait été chassé. Ses points de vue sont moins acceptables en Russie que ceux de Steve Bannon aux US.

RT, la chaîne, l’agence de presse et le site russe, est toujours prudente comme la BBC. Récemment une extrémiste d’origine russe, Nina Kouprianova, dont les touits pleins d’esprit sont très suivis, loin d’être la « Voix de Moscou » comme le prétend le Daily Beast, a vu ses articles retirés du site de RT. Son soutien total à Poutine ne lui a été d’aucun secours. Douguine n’est pas un invité fréquent sur RT, ni sur aucune chaîne russe d’importance d’ailleurs.

 

D’un autre côté, il y a, c’est le côté positif, une liberté d’expression “comme en Occident”, et les attaques contre Poutine et son Premier Ministre Medvedev constituent un sujet routinier dans les médias russes et sur les réseaux sociaux. Un documentaire court de M. Navalny, accusant Medvedev de corruption, vient d’atteindre six millions de vues. Des millions de Russes utilisent Facebook, où Mark Zuckerberg leur apprend ce qui peut se dire dans une société bien élevée et ce qui ne peut pas passer.

Bref, désolé de vous décevoir, la Russie est  formidable, mais n’est pas une ennemie de l’Occident, même pas dans sa version Obama-clintonienne. Elle veut juste faire les choses à son rythme. Elle n’a pas interféré, et ne le souhaite pas, dans vos idées.

Les histoires invraisemblables de hackers russes qui influenceraient le vote des Américains peuvent partir à la corbeille, depuis la publication de Vault 7, une vaste collection des artefacts de la CIA pour le piratage informatique, en particulier la révélation de son système UMBRAGE. La CIA a créé une « empreinte digitale » qui peut être utilisée par les enquêteurs judiciares pour attribuer des attaques multiples et différentes à une seule et même entité.

Wikileaks expliquait : « C’est comme si vous trouviez la même blessure au couteau, sur de multiples victimes de meurtre. Le style unique des blessures crée le soupçon qu’un seul assassin en est le responsable. Aussitôt qu’un meurtre est élucidé, alors, tous les autres sont attribués à la même personne. Le groupe UMBRAGE, avec sa branche « Prise de contrôle à distance », collectionne et entretient une bibliothèque substantielle de techniques d’attaque « volées » à des maliciels produits dans d’autres Etats, y compris la Fédération de Russie. Avec UMBRAGE et les projets liés, la CIA non seulement augmente son nombre total de types d’attaque, mais désoriente aussi les efforts d’attribution en laissant derrière elle les ‘empreintes digitales’ des groupes auxquels ont été volées les techniques d’attaque. »

Et vlan, pour les « empreintes digitales russes » prétendument trouvées dans le courriel du DNC qui aurait fuité avec d’autres révélations liées à Trump ! Certes il ne peut y avoir la moindre preuve sur qui a hacké qui, mais on peut présumer que lorsque certaines preuves finissent par être présentées, elles ont été fabriquées par la CIA.

Voilà qui nous amène au vrai coupable, la communauté du renseignement US. Elle est devenue si puissante qu’elle a décidé de diriger le pays, les US et le monde, tout en conservant les institutions démocratiques comme camouflage.

Ce sont eux, et non pas la timide Russie de Poutine, qui poussent le monde vers l’Armageddon final. Eux qui ont organisé la grande peur de la Russie. Maintenant nous savons que le président Trump est le dernier défenseur de l’ordre démocratique moribond, tandis que ses ennemis dans les médias sont des larbins de la CIA.

Comme personne n’aime être manipulé, je vais vous dire, vous qui votez aux US : vous n’avez pas été manipulés par les Russes. C’est tout le contraire, vous êtes les gens les plus libres au monde, vous avez su profiter de l’occasion unique de sauver votre pays et le monde entier, en danger d’être confisqué par les espions. Le travail est loin d’être fini, et personne ne le fera à votre place, en tout cas sûrement pas le président russe.

Maintenant, armés de cette certitude, vous pouvez soutenir votre président et vous asseoir sur la propagande que produit la CIA. Désormais nous n’avons aucun doute que le président Obama a bien écouté et lu chaque mot prononcé ou écrit par Donal Trump et dans son entourage. Maintenant nous n’avons aucun doute que les médias ne sont rien qu’un outil de piratage dans l’arsenal de la CIA, créé pour prendre le contrôle des ordinateurs les plus précieux au monde : vos esprits et vos cœurs.

Traduction : Maria Poumier

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Original publié sur The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/la-grande-peur-de-la-russie/feed/ 0
Envers et contre tout http://www.israelshamir.com/french/envers-et-contre-tout/ http://www.israelshamir.com/french/envers-et-contre-tout/#respond Tue, 21 Feb 2017 19:46:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3198 On a toujours une impression d’étalage indécent, devant la bedaine flasque de Michael Moore, comme devant les parties génitales d’une dame d’âge mûr. Le gros  tas de viande aurait pu diriger la marche des vieilles peaux sans bonnet de chatte rose, son visage seul aurait suffi. En fait il ressemble à George Soros : même sale tronche obscène. Pour moi, son apparence devrait suffire à le plomber : comme Oscar Wilde, je pense que les créatures laides sont immorales. Il suffit de regarder Madeleine Albright, autre face de croupion. Mais s’il vous en faut plus, son livre Stupid White Men [paru en 2003, non traduit à ce jour] est le livre le plus exécrable qui ait été publié aux US en ce siècle : là il proclamait que si les passagers du 11 septembre avaient été noirs, jamais il n’y aurait eu d’attentat. Et voilà que Mike tête de bite a mis à poil les plans secrets de Poutine et a appelé à introniser la Clinton parce que Trump est un espion russe. Des années auparavant, il avait protesté contre la guerre en Irak, et maintenant il appelle à l’Armageddon nucléaire. Avec des ennemis pareils, pas question de lâcher Trump.

Trump est foutu, s’écrient partisans et honnisseurs de concert. Il a été battu, brisé, il ne s’en relèvera pas. C’est un canard boiteux qu’il faut traîner devant les tribunaux. Il va ramper, il va retourner dans sa tanière dorée, et laissera la Maison blanche à qui de droit, ou mieux encore, il filera retrouver son compère Vlad Poutine.

Eh bien non, chers amis et lecteurs, Trump se bat de pied ferme, même si ces choses-là prennent du temps. Ce n’est pas si facile, de changer de paradigme, les dés avaient été lourdement chargés pour l’éliminer dès le départ. Et pourtant, il a gagné la première manche, et il va continuer. C’est un garçon têtu, et il persévère. Les juges corrompus le menottent, la CIA et la NSA balancent ses initiatives au New York Times, à CNN et à la BBC, mais il reste droit dans ses bottes, prêt à livrer bataille contre son ennemi, l’ennemi de l’Amérique, l’hydre qui a tant de têtes à trois lettres.

Il y a des coureurs qui veulent voir la victoire tout de suite, et ils se découragent au premier obstacle. Un juge intoxiqué de pouvoir ouvre les portes de l’Amérique aux troupes de choc de Daech, en annulant un décret extrêmement modéré et prudent, et les voilà qui se tordent les mains. C’est terrible, mais que pouvait faire Trump ? Ne rien faire parce que son ordre serait invalidé ? Il fallait qu’il tente le coup, pour que les gens voient les choses en face, et puissent juger les juges. Aligner les juges dos au mur sur la frontière mexicaine au petit jour ? Il ne peut pas encore se le permettre, mais cela aurait du sens.

Flynn a dû partir et ils s’écrient « tout est perdu ». Ce serait très grave, en fait, si Trump s’était couché, dans ce cas, mais il n’en est rien. Lors d’une conférence de presse absolument publique et très relayée, avec le premier ministre Netanyahuo, Trump a déclaré : « Michael Flynn, le général Flynn, est un homme remarquable. Je pense qu’il a été traité très injustement par les médias, et je les appelle médias menteurs. C’est extrêmement malhonnête, ce qui est arrivé au général Flynn, la façon dont ils l’ont traité, et les documents et papiers qui ont fuité, j’insiste, en toute illégalité. Terriblement malhonnête. » Ce sont les paroles d’un combattant, d’un homme qui a perdu une bataille, ou une escarmouche, mais qui continue à mener la guerre.

Peut-être aurait-il mieux valu qu’il garde Flynn, mais la politique, c’est l’art du possible. Les mots de Trump pour soutenir le général démis sortaient complètement des clous.

Trump avait rencontré Netanyahou, et  les âmes sensibles ont annoncé que le président US s’aplatissait devant le funeste lobby. Mais c’est tout le contraire ; l’ADL, les troupes d’assaut juives, l’ont attaqué parce qu’il refusait d’entonner leur mot favori : antisémitisme. Haaretz a déclaré : oui, Trump est un antisémite, tandis qu’un  édito du New York Times s’interrogeait gravement sur son refus de cracher le gros mot en question comme on le lui demandait ; les rabbins parlèrent de remarques terrifiantes et antisionistes parce qu’il refusait d’entonner la rengaine éculée  dite « solution à deux Etats ». Au fait, soulignons que les Palestiniens soutiennent bel et bien la solution à un seul Etat mentionnée par Trump et ils ne croient pas une seconde à la mythique solution à deux Etats, équivalent moyen-oriental de la quadrature du cercle. Trump n’a rien voulu entendre, il a sorti son engin préféré, l’argument du soutien à Bibi Netanyahou ; avec ce bouclier flamboyant il a su désarçonner les meutes de chasseurs d’antisémites, sans pour autant faire ce qu’ils voulaient.

Il vaudrait mieux de toute façon qu’il oublie complètement les juifs, mais ce n’est pas faisable tant qu’ils ont la main mise sur tous les médias menteurs et sur le cœur des Américains ordinaires. Refuser de condamner l’antisémitisme, c’est l’extrême limite de l’audace pour un politicien américain, sauf à se jeter la tête la première dans le précipice.

Après cet éclaircissement, il faut bien admettre que le premier mois de la première présidence de Trump a été assez raide. Nous espérions que les forces vaincues seraient raisonnables et permettraient au nouveau président de mettre en œuvre son programme, mais ils ont poursuivi leur bataille d’arrière-garde. Sa  tâche est colossale : Trump ose vouloir enterrer le capitalisme globalisant avant qu’il engloutisse les travailleurs européens et américains. Sans Trump, l’Amérique et l’Europe seraient envahis par des millions de gens à qui l’on a arraché leur toit dans les guerres dites préventives. Sans Trump, les travailleurs américains et européens seraient broyés, à force de bosser dans des hambourgueries, tandis que les financiers leur pomperaient sang, sueurs et pleurs. Un virage aussi radical ne pouvait pas ne pas susciter d’opposition.

Pensez aux gens qui ont réussi des changements radicaux d’une telle magnitude. Je ne mentionnerai pas de noms, pour ne pas vous faire peur. Aucun d’entre eux n’avait une personnalité particulièrement attachante, mais ils avaient pour eux leur charisme, une volonté de fer, une bonne mémoire, la persévérance, et ils voyaient loin ; c’étaient des maîtres de la tactique, parce qu’ils sentaient quand c’était le moment de faire un pas en arrière ou de foncer. Et il se pourrait que Trump ait ces qualités. Mais surtout, ils avaient généralement un parti loyal pour les soutenir, ou du moins une armée ou des services secrets à leur disposition. Or Trump n’a rien de tout ça.

Ces outils supplémentaires sont indispensables pour mater les éléments non démocratiques et non élus au gouvernement : aux US, le pouvoir judiciaire et les médias, deux des quatre pouvoirs décisifs, sont profondément  anti-démocratiques. Les médias sont habituellement la propriété de riches juifs, et ils font leur jeu. Les juges sont instinctivement antidémocratiques ; ils méprisent la démocratie et l’opinion populaire.

La machine judiciaire est aussi lourdement judaïsée : trois ou quatre des neuf juges à la Cour suprême sont juifs. Le président Obama avait tenté d’installer un juge juif supplémentaire, et des éléments pro juifs vont se battre pour empêcher un non juif de leur « voler »  la place. Il y a tellement de magistrats, d’avocats et de professeurs de droit juifs qu’ils imposent leur imprimatur à toute la profession. Aucun changement radical ne peut être mis en route tant que ces pouvoirs n’ont pas été bridés.

Trump ne dispose pas d’un parti loyal, ni de services secrets de confiance. Les services d’intelligence US sont contre lui, l’espionnent et livrent leur butin à ses ennemis politiques. Le parti républicain se méfie de Trump. Il y a trop de Républicains en train d’aiguiser leurs couteaux dans son dos, à commencer par le vieux traître Mc Cain. Les sénateurs républicains et les représentants ont une énorme dette envers leurs donateurs (largement juifs) ; ils ont besoin du soutien des médias pour se faire réélire.

Trump devrait établir un  contrôle sur son parti, en plaçant  ses fidèles et en chassant ses adversaires qui sont dans les appareils du parti, au Sénat et au Congrès, même si quelques siègse doivent échoir à un démocrate. Ce n’est pas une mission impossible. Cela instillera quelques saines frayeurs dans les cœurs portés à la soumission.

Reprendre le contrôle des services secrets, c’est relativement facile : pour commencer, déclencher une chasse aux sorcières contre les traîtres qui ont balancé aux médias le contenu de conversations  téléphoniques classifiées. Cela relève de la haute trahison ; des tas de gens à la loyauté douteuse peuvent être démis de leurs fonctions sur de simples soupçons. Un aller simple pour Guantanamo aidera les traîtres potentiels à y voir plus clair. Ils devraient être traités aussi durement que le pauvre Bradley Manning l’a été. Et de toutes façons, les services secrets sont totalement gonflés ; les US ne peuvent pas entretenir un million d’espions. 80% de leurs effectifs devraient s’en aller, rejoindre le marché du travail et se rendre utiles. Et ceux qui resteront seront loyaux.

On peut juguler les médias de bien des façons. En général, ce genre d’entreprise ne rapporte guère, et ils sont fragiles  face à des OPA hostile ; d’autres peuvent être brisés en vertu de la législation anti-trust. Il suffit d’un contrôle fiscal pour faire plier le genou à un baron hostile, dans le monde des médias. Dans le cas du New York Times, leur système d’actions à plusieurs étages peut être attaqué par les actionnaires car parfaitement injuste. La mesure la plus recommandable et radicale serait de séparer le contenu publicitaire du reste, en interdisant à ceux qui font appel à la publicité de publier du contenu politique, comme je l’ai déjà suggéré, mais il lui faudrait pour cela l’approbation du Congrès. [“Dix leçons pour sauver le monde”,

http://www.israelshamir.net/French/Save-the-world-Fr.htm]

Les juges sont humains ; les juges hostiles qui se croient au-dessus du Président et du Congrès peuvent soumis à des contrôles approfondis, avec amendes à la clé. Les postes à vie devraient être abolis dans les tribunaux et les universités.

La tâche qui attend le président Trump est donc redoutable, mais pas insurmontable. Tailler dans les services de sécurité jusqu’à les ramener au niveau des services britanniques ou français, qui sont d’ailleurs disproportionnés aussi. Rappelez-vous, après la Première Guerre mondiale, les US n’avaient pas de services secrets du tout, et ils étaient prospères. Terrorisez un baron de la presse et un sénateur républicain. Etalez au grand jour la corruption des juges de district. Ouvrez la boîte de Pandore dans la Fondation Clinton. Traduisez en justice quelques néocons pour avoir menti au Congrès. Rétablissez les passerelles avec Bernie Sanders. Appelez ceux qui vous soutiennent à prendre leur carte au Parti républicain et à consolider votre avance dans des primaires. Tout cela, certes, prendra du temps.

Maintenant vous comprenez pourquoi les affirmations de nos collègues Paul Craig Roberts et The Saker sont à tout le moins prématurés. Face à l’hostilité de l’ancien régime, Trump aura besoin de six mois au moins pour s’installer vraiment à la Maison blanche. A titre de comparaison, Poutine avait mis cinq ans à consolider son pouvoir, et cinq ans de plus pour le solidifier, alors qu’il avait le soutien total des services de sécurité russes et une constitution très autoritaire, écrite par les Américains pour leur homme de paille Boris Eltsine.

Le président Poutine se souvient que cela prend du temps. C’est pour cette raison qu’il n’est pas indûment outré du temps qu’il faut à Trump pour normaliser les relations US-Russie. Les fausses nouvelles sur un désenchantement des Russes envers Trump sont précisément juste cela : des fausses  nouvelles. Les Russes croient à une évolution positive dans les relations Russie-US, et ils ne retiennent pas leur respiration pour autant.

Mais pourquoi est-ce que je crois tellement que Trump va gagner, au bout du compte ? Les US ne sont pas une île ; ils font partie de l’Occident, et c’est tout l’Occident qui traverse un changement de paradigme.  Les têtes de bite ont perdu, les sans-dents ont gagné, et pas qu’un peu. Rappelez-vous, Trump n’a pas été le premier à gagner, il y a d’abord eu le Brexit. Entre le vote du Brexit et l’élection de Trump, le gouvernement britannique a hésité et temporisé. Les Britanniques n’étaient pas sûrs que le vote soit vraiment un signe de basculement, ou si c’était un coup de chance. Depuis la victoire de Trump, ils foncent.

Les juges britanniques –aussi félons que les Américains– ont essayé d’enrayer le Brexit en insistant  pour que la chose soit soumise à l’appréciation du Parlement. Ils croyaient fermement que le Parlement refuserait de prendre la chose au sérieux, et maintiendrait l’Angleterre dans l’UE, comme leurs médias l’exigeaient. Mais ils se trompaient. Le public britannique avait voté pour le Brexit à 52 contre 48%, mais les parlementaires britanniques ont approuvé le Brexit à 83 contre 17%. Les « déplorables », comme ils disent, ont gagné haut la main.

Traversons maintenant la Manche. La caste dirigeante françaies préférait que ce soit François Fillon (du centre droit, un républicain modéré, selon la terminologie américaine) qui hérite du siège du minable président Hollande. Sa victoire paraissait assurée. Mais alors qu’il s’apprêtait à marcher sur l’Elysée, un fait déplaisant a fait surface. Ce modeste membre du parlement a prélevé (volé, en bon anglais) un bon petit million de dollars sur les contribuables français sous prétexte que sa femme travaillait comme assistante parlementaire. [1]

Maintenant plus personne ne veut plus entendre parler de lui, et la reine des sans-dents, Marine Le Pen, a de bonnes chances de gagner le premier tour des élections en mai. Elle affrontera un socialiste modéré, Emmanuel Macron, et il n’est pas très affriolant [pro gay, pro Israël, loi travail, démago, pinocchio etc]. Sa rhétorique consistant à la traiter d’aigrie, d’ennemie de la-liberté-égalité-fraternité, parce qu’elle n’est pas emballée par l’immigration arabe, ne sera probablement pas écoutée [malgré les efforts désespérés des médias]. Les gens en ont marre, et ils ne sont pas convaincus que plus d’Arabes signifie plus d’égalité. Si bien que Marine peut gagner, et la France deviendra une alliée de l’Amérique de Trump.

Fillon a accusé des « forces de l’ombre » de chercher à le démolir, et il a probablement vu juste. Cette révélation a coupé les ailes à ses équipiers, et c’est arrivé au moment juste, exactement comme dans le cas des courriels sur la Convention démocrate. Dans les deux cas, le crime, ou du moins la malversation, était bien réel, et l’un comme l’autre méritaient d’être battus. Dans les deux cas, seule une force vraiment puissante et « obscure » pouvait faire que cela prenne. Ce n’est pas la Russie ; la Russie ne joue pas encore dans cette équipe, pour le moment. On est en présence d’une force occidentale mystérieuse revendiquant un capitalisme nationaliste, contre une force globaliste libérale adepte de la séquence « je t’envahis et après je t’invite ». Cette force a aidé Trump à atteindre la Maison blanche, elle est à l’origine du Brexit, elle a écarté Fillon du chemin de Marine. Il est probable que la Merkel perdra les élections qui viennent, mettant un terme au projet d’Obama d’installer l’Allemagne dans le rôle de pilier d’angle du monde libéral globalisé.

Les Maîtres du Discours sont en passe d’être battus dans tout l’Occident. Les reculades provisoires de Donald Trump ne modifieront pas cette tendance. Le capitalisme productif national est prêt à prendre le relais des financiers, des barons des médias, des promoteurs de minorités, des toilettes transgenre et des études féministes. La bataille est loin d’être finie, mais en attendant, il semble bien que les sans-dents soient en passe de gagner, et que les faces de teuche sont en train de perdre.

Nous ne savons pas qui les porte, dans le fond, les « déplorables ». Quand le Brexit a gagné, les Maîtres du discours ont dit que c’était la faute des retraités, des racailles, des beaufs. Mais ensuite, le parlement a donné son soutien au Brexit. Mme Clinton méprisait les sans dents, mais aujourd’hui c’est Trump qui siège à la Maison blanche. Avec la France et l’Allemagne qui attendent leur tour, une nouvelle force entre en scène, et elle est soutenue par les majorités autochtones. Qui la dirige, cette force, par derrière ? Les industriels, les gens qui croient en l’esprit, ou simplement l’esprit du temps, le Zeitgeist ? Quoi qu’il en soit, cette force va aider Trump, s’il persiste.

 

Pour joindre l’auteur : adam@israelshamir.net

Traduction, ajouts et note : Maria Poumier

Original publié dans The Unz Review.

 

[1] Shamir tient déjà compte des nuances que lui ont apportées ses premiers lecteurs français, sur la manœuvre médiatique foudroyante pour pulvériser la candidature Fillon, et il les  publie dans les commentaires à son article en anglais.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/envers-et-contre-tout/feed/ 0
Quand Trump se fatigue pour rien http://www.israelshamir.com/french/quand-trump-se-fatigue-pour-rien/ http://www.israelshamir.com/french/quand-trump-se-fatigue-pour-rien/#respond Tue, 07 Feb 2017 19:54:31 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3200 Le président Trump avait grassement payé son obole aux juifs. Il avait fait (presque) tout ce qu’ils voulaient pour leur Etat juif : promis de déménager l’ambassade US à Jérusalem occupée, ce qui légaliserait leur annexion de la ville sainte  et entériné leurs colonies illégales ; il leur avait donné des positions au sommet de son administration ; il a dit aux Palestiniens de renoncer à leurs requêtes à la Cour Internationale ou à tout autre grief, il a même menacé l’Iran d’une guerre. Et tout cela en vain. Les organisations juives et les médias juifs attaquent Trump sans l’ombre d’une hésitation ni la moindre considération. Sa première initiative pour brider en douceur la vague d’invasion s’est heurtée à une véhémence juive uniforme.

Il s’est vu traité de nouvel Hitler et accusé de haïr les musulmans : quelle autre raison aurait pu l’inspirer pour arrêter ne serait-ce que pour quelques mois, la vaillante nouvelle vague d’émigration depuis sept Etats du Moyen Orient ? Aujourd’hui il distingue les musulmans, demain il chassera les juifs, ont dit les journaux juifs. L’immigration, c’est le sang vital de l’Amérique, et les réfugiés musulmans sont bienvenus pour apporter plus de diversité aux US.

Des manifestations massives, généreusement financées par ce philanthrope juif Soros si renommé, ont secoué les US, tandis que des juges s’empressaient de bannir l’ordre de bannissement. Ils ont souligné que les ordres étaient anti-musulmans, et par conséquent anti-constitutionnels. La constitution promet en quelque sorte, d’après eux, l’égalité complète pour les immigrants, et ne permet pas de faire de discrimination entre chrétiens et musulmans.

Que voilà une interprétation curieuse de la constitution US. C’est un pays qui comme tout autre Etat, discrimine en toute normalité, ou, pour nous servir d’un mot moins chargé, choisit ses citoyens potentiels. Le choix des sept Etats n’était pas le fait de Donald Trump mais de son prédécesseur sanctifié : le président Barack Obama, ce grand ami des musulmans, avait lui-même fait ce choix quelques années auparavant. Trump n’avait fait qu’un pas extrêmement modéré et modeste vers un blocage de l’immigration, en retenant une liste d’Etats déjà choisis par le président Démocrate.

On pourrait d’ailleurs invoquer le fait que les habitants des sept Etats en question ont les meilleures raisons de haïr l’Amérique, car ce sont les présidents précédents qui les leur ont fournies.

La Libye, l’Etat le plus prospère de l’Afrique du Nord jusqu’à une date récente, a été ravagé par le président Obama : l’invasion de l’Otan a détruit la Libye ; au lieu d’arrêter la vague migratoire, la Libye est devenue le tremplin des Africains pour déferler sur le Nord.

La Syrie, autre victime d’Obama ; avec sa rengaine « Assad doit partir », avec le transfert d’armes, d’argent et d’équipement massif (vous vous souvenez des caravanes de pickup Toyota blancs traversant le désert ?) entre les mains des extrémistes islamiques, il a ruiné leur pays.

Pour l’Irak, c’est l’œuvre du président Bush jr : il a envahi l’Etat sunnite le plus avancé, l’a mis en pièces et a fait cadeau du centre du pays à Daech.

Pour la Somalie, c’est le président Bush Sr. qui l’a dévastée, en envahissant ce malheureux pays au début des années quatre-vingt-dix, lorsque l’effondrement de l’URSS lui a permis de le faire sous la bannière de l’Onu. Depuis lors, la Somalie et devenue le fournisseur de choix en matière de migrants et de réfugiés pour la Suède (où ils ont formé la plus grande communauté, à Malmö et ailleurs) : les US souhaitent ardemment en avoir aussi.

Le Yémen a eu sa part sous Obama, Mme Clinton jouant un rôle important dans l’affaire : c’est elle qui a facilité la livraison d’armes à l’Arabie saoudite en temps réel, pour lui permettre de bombarder les Yéménites.

Et le Soudan, c’était le président Clinton, après quoi, le pays a été démembré et le Sud Soudan séparatiste a vu le jour : les deux moitiés se sont retrouvées également inopérantes.

C’est l’Iran qui fait bizarre, dans la liste des Sept Mercenaires. Il n’a pas été envahi, ni bombardé, juste menacé d’invasion et de bombardement pendant longtemps, depuis le président Carter. C’est un pays qui n’a pas de terroristes, qui n’est pas en faillite, ses citoyens ne se précipitent pas pour réclamer l’asile politique. En fait, le président Obama l’avait mis sur la liste parce qu’il projetait de le bombarder, mais il n’y est jamais parvenu.

 

Tandis que Bush, Clinton et Obama bombardaient et envahissaient ces pays, les humanitariens Démocrates, y compris leurs dirigeants juifs, se contentaient d’applaudir et de réclamer plus de bombes. Et ils ont été stupéfaits quand Trump a promis :on arrête les changements de régime chez les autres, fin de la routine planétaire « on les envahit et après on les invite ». Wikileaks a bien montré la logique sous-jacente : bombardez les musulmans, et vous êtes quelqu’un de bien ; bannissez les musulmans, et c’est vous qui devenez l’ennemi.

Au premier abord, les gens qui ont fomenté les guerres au Moyen-Orient voulaient susciter  une vague de réfugiés vers l’Europe et l’Amérique du Nord afin d’injecter plus de couleur et de diversité dans ces pauvres contrées monochromes. La protection sociale, la cohésion nationale, le marché du travail local et les traditions disparaîtront, et ces pays connaîtront un processus d’homogénéisation. Jamais plus les autochtones ne seront capables de pointer du doigt les juifs, parce qu’il n’y aura plus d’autochtones, juste des tas de gens du monde entier, qui fêteront Kumbaya.

Les juifs pourront alors goûter et garder leurs positions privilégiées en Europe comme c’est le cas aux US. Ils ne seront pas seuls : par leur réussite, ils instaureront un patron à recopier par tous ceux qui ont envie de réussir dans le monde nouveau, et des masses de juifs par imitation serviront de socle aux menées politiques des vrais juifs.

L’insistance juive pour faire accepter les réfugiés syriens et l’immigration musulmane en général est quand même un phénomène gênant et déconcertant. Hypocrite est un mot trop doux pour en rendre compte. Excluons d’emblée que la moindre compassion soit à l’oeuvre. Il y a des milliers d’autochtones de Haïfa qui souffrent en Syrie et rêvent de revenir dans leurs villes et villages, mais Israël n’autorise nullement ces réfugiés syriens-là à rentrer chez eux : leur seul crime est de n’être pas juifs.

Israël n’accepte que les juifs, et les juifs américains n’y voient pas d’objection ; ils ne comparent pas les dirigeants israéliens à Hitler ou à Trump. Israël avait construit un mur sur sa frontière avec le Sinaï, et ce mur a stoppé net la vague des migrants africains. Les juifs américains n’ont pas hurlé « ni mur ni tri » devant l’ambassade israélienne. Quel est donc ce mystère ?

Kevin MacDonald a écrit un article profond pour tenter de démêler ce mystère, intitulé « Pourquoi les organisations juives veulent elles des réfugiés anti-israéliens ? «  et il l’a publié le 17 janvier quelques jours à peine avant l’installation de Donald Trump et trois bonnes semaines avant que le sujet devienne brûlant. Il a judicieusement prévu que Trump n’appellerait pas à l’unité nationale, dans son discours inaugural, alors que les médias misaient là-dessus. Mais surtout, il a prédit que Trump annoncerait une pause immédiate dans l’accueil des « réfugiés », en augmentation pour le moment, et que l’année fiscale suivante, le quota serait réduit à zéro. Cela déclencherait l’hystérie, et les grandes organisations juives s’y associeraient, c’était une quasi-certitude. La question de KMD était : mais pourquoi faire? Et s’il offre quelques réponses possibles, personne ne répond à son propre questionnement. Le monde est plein de convulsions diverses; et les US peuvent ramener autant de réfugiés qu’ils le souhaitent d’Ukraine ou du Brésil, de Chine et d’Afrique centrale, si l’on ne se place pas sous l’angle israélien.

Pour ma part, je suggère une explication toute simple : les juifs veulent importer des musulmans pour combattre le Christ et l’Eglise.

Les musulmans du Moyen Orient ne sont pas, ou n’étaient pas anti-chrétiens ; ils ont coexisté pendant des milliiers d’années avec leurs voisins chrétiens. En Palestine, chrétiens et musulmans vivaient ensemble et ont souffert ensemble sous le joug de Sion.

Mais depuis une date récente, un vent nouveau souffle dans la foi musulmane, le vent d’un rejet très énergique de tout ce qui n’est pas l’islam sunnite strict à la sauce Daech. Leur premier ennemi, c’est l’islam chiite, mais les chrétiens suivent les chiites comme seconde cible privilégiée de leur persécution. Les Frères musulmans, beaucoup plus modérés, se sont aussi durcis contre les chrétiens. A Gaza, le Hamas (qui est une branche des Frères musulmans) fait des sermons amicaux, mais les chrétiens quittent la bande de Gaza à toute vitesse. Le gouvernement par les mêmes Frères musulmans au Caire était considéré anti-chrétien par leurs voisins coptes. De sorte que les nouveaux réfugiés des contrées infectées par Daech (six parmi les sept de Trump : la Syrie, l’Irak, la Libye, le Yémen, la Somalie, le Soudan) ont probablement été contaminés par cette tendance anti-chrétienne.

C’est une  qualité superflue qu’on leur prête, en fait. Les musulmans sont instrumentalisés comme des partenaires silencieux dans la guerre juive contre l’Eglise. Au lieu de dire : « Nous, juifs, ne voulons pas entendre sonner de cloches chrétiennes, voir des Crèches de Noël, ni entendre de bénédictions chrétiennes », ces gens épris de modestie et d’effacement se cachent généralement derrière les musulmans. Ce sont les musulmans qui n’ont pas envie d’entendre sonner les cloches et de voir des sapins de Noël, disent-ils. Nous, juifs, nous sommes simplement un peu plus à l’écoute de nos frères musulmans que vous, espèces de brutes, et nous percevons ces choses. La sensibilité musulmane est d’ores et déjà brandie en Allemagne pour exclure les délices de la charcuterie locale et pour faire disparaître les célébrations chrétiennes. Aucune importance, si les musulmans, normalement, n’élèvent aucune objection contre les rites chrétiens, comme nous en avons l’expérience en Palestine. Les juifs et autres ennemis de l’Eglise continuent à marteler leur rengaine.

Avec les nouveaux musulmans contaminés par Daech, la guerre contre l’Eglise va accélérer d’un cran. On peut être sûrs que les juges US du genre de ceux de Seattle vont faire bannir les célébrations de Noël d’ici quelques années, en invoquant les mêmes réfugiés, qu’ils veulent absolument faire débarquer sur les rivages américains.

La guerre contre le Christ et contre l’Eglise est l’élément le plus important du judaïsme. Partout où les juifs triomphent, l’Eglise en souffre, et réciproquement. Israël, l’Etat juif, a été installé dans le berceau de la chrétienté, et ce, nullement par la volonté des sionistes ; de fait, Theodore Herzl, le promoteur du sionisme, appelait à l’implantation d’un Etat juif ailleurs, dans un espace allant de l’Ouganda (dans le Kenya actuel) à l’Argentine. Mais la guerre contre le Christ avait besoin de la Palestine, avec ses profondes racines chrétiennes.

Le texte juif médiéval primitif le plus populaire glorifiait Judas de sa victoire sur le Christ. La bataille contre l’Eglise et le Christ a modelé les armes juives que sont les médias et l’argent. L’Eglise était contre les usuriers ; le prêt à intérêt a été interdit par l’Eglise, mais les juifs s’en sont servis pour accumuler un vaste capital à mettre en œuvre contre l’Eglise.

Pour ce qui est des médias, la concentration actuelle de presque tous les médias importants entre des mains juives a commencé en France au 19° siècle, où les juifs avaient ourdi un complot pour prendre la propriété et le contrôle des médias, et les infléchir avec grands succès contre l’Eglise au long de la Troisième République, en particulier à partir de l’Affaire Dreyfus [Voir « La double Affaire Dreyfus », par Israël Adam Shamir ici :

http://www.israelshamir.net/French/L’Affaire_Dreyfus-FR.htm ]

Les juifs se sont habituellement alliés aux protestants, en tant qu’ennemis comme eux de l’Eglise. Les protestants croyaient certainement qu’ils se servaient des juifs pour leurs propres intérêts, mais finalement, séparées et hostiles les unes aux autres, les églises protestantes se sont retrouvées soumises à la seule volonté des juifs. C’est la raison pour laquelle les positions juives sont tellement solides aux US, en l’absence d’une église nationale unique. A en juger par l’Affaire migratoire, les juifs croient qu’ils peuvent franchir une nouvelle étape dans leur bataille contre le Christ : en utilisant les fanatiques islamiques comme couverture, ils projettent de renvoyer l’Eglise aux catacombes, et hors de l’espace public du même coup.

Ce qui va suivre dépendra beaucoup de la volonté du président Trump. Il se bat contre des obstacles incroyables. Son idée d’utiliser les sionistes contre les positions juives prévalentes, ça ne marche pas pour le moment. « Ses »juifs sont visés en tant que traîtres à la cause juive. « Kushner fait du tort aux juifs », dit Haaretz. Certes les juifs ont des choses plus importantes à défendre que l’Etat juif, mais ils sont unis pour la diversité, en d’autres termes, pour plus d’émigration depuis le Moyen-Orient.

Il devrait arrêter de cogner à la porte qui lui est fermée. Oublier le déménagement de l’ambassade, arrêter de tergiverser sur les autres rêves sionistes, et avant tout, oublier d’attaquer l’Iran. Si les sionistes offraient à Trump un soutien de tout cœur pour leurs frères américains, cela pourrait à la rigueur avoir du sens ; mais dans les circonstances actuelles, on n’en est pas là. Si Israël était menacé, alors, peut-être, les sionistes pourraient prévaloir sur leurs cousins libéraux, et les convaincre de penser plus à Israël et moins à la diversité. Mais le mot clé, néanmoins, reste le « peut-être »…

Eviter les guerres, voilà un autre secret de la réussite. Les US dépensent bien trop d’argent dans leurs guerres. Rester à l’écart du guêpier ukrainien ou syrien est parfaitement possible ; si l’Amérique dépense son argent chez elle, cela fera monter la popularité de Trump, et sabotera les efforts de ses adversaires. La classe ouvrière US pourrait être son meilleur rempart, parce que ce sont eux qui ont à perdre avec les guerres et l’immigration.

En attendant, Trump se débrouille bien. Il fait ce qu’il a promis : il a défendu la Russie alors qu’on le poussait dans l’autre sens ; et il tente de stopper l’immigration. Il a même essayé de ravir l’arme holocaustique aux juifs en refusant de les mentionner quand il a évoqué la chose. Aussitôt, les juifs l’ont traité de négationniste, ce qui est bon signe. Espérons qu’il va gagner.

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Publication originale par The Unz Review.

Traduction: Maria Poumier

]]>
http://www.israelshamir.com/french/quand-trump-se-fatigue-pour-rien/feed/ 0