French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Mon, 18 Dec 2017 20:30:23 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9.2 Jérusalem et l’atavisme américain http://www.israelshamir.com/french/jerusalem-et-latavisme-americain/ http://www.israelshamir.com/french/jerusalem-et-latavisme-americain/#respond Mon, 18 Dec 2017 19:18:32 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3336 Paradoxalement, la déclaration de Trump sur Jérusalem a eu bien des effets positifs. Le président a refusé de continuer à prétendre en toute malhonnêteté que les US soient un médiateur neutre. Il a  creusé la tombe du bestial MBS d’Arabie. Il a ramené la Palestine au cœur de l’agenda international après une longue absence. Il a donné à l’Europe une chance de retrouver son indépendance. Et il a fait un pas de plus pour démolir l’insoutenable empire américain. Raison de plus pour nous réjouir.

Jerusalem in my heart[1]

Jérusalem c’est d’abord et avant tout un symbole, un puissant symbole ; la reconnaissance américaine de la souveraineté juive sur la ville sainte est un signe de la victoire finale juive sur la chrétienté, et il faut le regretter de tout son cœur. Richard Cœur de Lion et Tancrède ne pourraient pas comprendre la reddition de la ville pour laquelle ils s’étaient battus, mais les temps ont changé. Les chrétiens d’hier ne se référaient pas aux juifs comme à leurs « frères aînés ». Ce qui a commencé avec la formule « Bonnes fêtes de fin d’année » au lieu de « Joyeux Noël » vient de se terminer sur cet acte honteux de déni du Christ.

Les Palestiniens ne vont pas être en mesure de sauver la Ville. La troisième intifada n’est pas en vue, malgré le crachat au visage que signifie pour eux la déclaration de Trump, et malgré l’appel du Hamas au soulèvement, il faudra encore attendre, à moins d’une provocation israélienne. Des milliers d’hommes et de femmes ont manifesté au cours de la semaine dernière : quelques-uns ont été visés par les soldats israéliens,

Dont l’un était en chaise roulante, amputé des deux jambes. Mais la Palestine n’a pas connu une explosion de colère. Pour un lecteur régulier de mes articles la réponse palestinienne discrète à la provocation américaine n’est pas une surprise. Comme je l’ai écrit il y a peu, jamais la vie ne leur a autant souri, on est dans une dynamique de prospérité modeste, le bâtiment, le tourisme, les restaurants, tout décolle et ils ne vont pas aller mourir pour une déclaration même si elle est accablante.

Les Palestiniens de Jérusalem Est vivent mieux que d’autres Palestiniens; il n’ont pas la citoyenneté, mais peuvent se déplacer plus ou moins librement dans toute la Palestine, y compris dans « l’Israël ancien ». Ils sont pragmatiques et patriotes. Ils se considèrent comme les gardiens de leur héritage, qui comprend les grands tombeaux d’al Aqsa et le Saint Sépulcre. Si les juifs s’avisent de toucher aux mausolées, ils répondent en force, comme cela s’est produit au mois d’août dernier lorsqu’Israël a tenté de limiter l’accès à la Grande Mosquée.

Mais la décision du président Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale de l’Etat juif n’a pas mis le feu aux poudres. Personne de sensé n’a jamais eu le moindre doute sur les sentiments américains. Les Américains sont pour Israël, c’est une obsession nationale.

Donc c’est fait, ils ont déclaré que Jérusalem était une capitale juive. Et avant, quand ils envoyaient leurs ambassadeurs, tous juifs, tous fervents sionistes, tous tenants du mot d’ordre « Israël d’abord », en quoi était-ce différent ?

Trump n’est pas différent de ses prédécesseurs. Tous les présidents américains ont déclaré Jérusalem capitale une et indivisible de l’Etat juif. Obama l’avait fait, Bush aussi. Certes, ils l’avaient dit lors de leur campagne électorale, et ont évité de répéter ce mantra une fois installés à la Maison blanche, mais ne sont jamais revenus dessus pour autant. Sur cent sénateurs US, quatre-vingt-dix ont approuvé la déclaration de Trump. Dix se sont abstenus, probablement parce qu’ils ne sauraient soutenir Trump sous aucun prétexte. L’establishment politique et profondément pro israélien, tant les libéraux que les fondamentalistes, les Républicains comme les Démocrates, et de Sanders à Bannon ; nous le savions, et désormais Trump a permis aux gens de le constater noir sur blanc. Il a fait ce que le peuple voulait. C’est pour cela que vous l’avez élu : il fera donc ce que vous avez voulu, et non pas ce que quelqu’un d’autre, prétendant s’y connaître mieux, pourrait vous dire.

Et pourquoi est-ce-que vous, les Américains, vous le voulez ? L’Amérique travaille son image de « ville  étincelante sur la colline », nouvel Israël à la destinée manifeste. Ce grand pays ne veut pas encore devenir simplement un grand pays de plus, il tient à conduire l’humanité et à modeler le monde selon sa propre configuration et à son image. L’Amérique est messianique depuis longtemps,  et c’est une habitude difficile à extirper.

Sous la coquille du Yankee au profil agressif, il y a un fanatique croyant à sa mission divine, avec la Bible de Scofield sous le bras, dans l’attente de la guerre de Gog et Magog contre Israël. Jetez un coup à ce site,  par exemple, sur les prophéties bibliques, parmi la pléthore de sites qui prédisent la guerre entre Israël d’un côté, l’Iran et la Russie de l’autre, les US se tenant aux côtés d’Israël mais à l’écart jusqu’à la Parousie, le Second Avènement. C’est démentiel, mais ce genre de schéma s’installe dans les profondeurs de l’être, et c’est ce qui explique des conduites démentes (rechercher la guerre avec l’Iran, bombarder Babylone et soutenir Israël) mieux que tout calcul en termes de pertes et profits.

L’amour, ou plutôt l’obsession israélienne fait partie de cette gestalt, de ce schéma directeur.

. Même si les baptistes du Sud et les libéraux de la côte Est ont l’air différents, ils ont la même empreinte originelle des Pères fondateurs, les puritains et les pèlerins. Et la Gestalt refait surface inopinément. La lutte actuelle contre le harcèlement sexuel est juste une nouvelle poussée de zèle puritain, même si les fondamentalistes font appel à la Bible, et les libéraux à la Femme dont les droits ne sauraient souffrir une égratignure.

C’est la seule explication plausiblepour ce genre de plainte : « Samantha Holvey, qui avait concouru pour le titre de Miss USA, a dit que Mr Tump avait lorgné sur son corps ainsi que sur d’autres femmes dans le salon de maquillage ». Pour une personne normale, il est évident qu’une participante au concours de Miss USA est là précisément pour se faire dévorer des yeux et désirer par des foules d’hommes. Pour un puritain fanatique, « celui qui regarde lubriquement une femme… », rien que pour un regard, est déjà en état de péché. Un zélote de Boston vers 1650 aurait approuvé la toute moderne persécution des hommes qui regardent d’un œil concupiscent.

La différence entre les démocrates déchristianisés et clintonistes du Vermont et un Républicain chrétien trumpiste dans le Mississippi est secondaire, pour ce qui est de la rationalisation de leurs sentiments et réactions. L’un et l’autre trouvent qu’il est mal de courtiser, de désirer, de regarder, même s’ils l’expliquent différemment. Voilà pourquoi tant de politiciens américains préfèrent se suicider s’ils se retrouvent accusés d’avoir posé leur regard sur une gamine de dix-sept ans quelques années auparavant, même si cela ne se prête à aucune action en justice.

Même chose en matière de relations avec l’étranger. Les descendants libéraux des puritains de la côte Est veulent aller abattre des gens par-delà les mers pour sauver des femmes noires menacées d’enlèvement par des hommes noirs en Afghanistan, et les fondamentalistes veulent réduire Babylone en cendres ; dans les deux cas, c’est un zèle messianique qui les anime, et le désir de transformer le monde.

La meilleure solution pour les Américains serait d’oublier le Moyen Orient, Babylone, Israël, Gog et Magog. Peut-être que Trump les y amènera, à force de complaire à la volonté populaire. Après tout, il a quelques bonnes raisons pour faire ce qu’il a fait. Il est le destructeur du mensonge fallacieux, dans sa bagarre contre le Congrès. Le Congrès avait forcé le président US à certifier de la bonne conduite de l’Iran tous les six mois ; Trump a refusé de le faire, et le monde ne s’est pas effondré pour autant. Le Congrès a forcé le président US à retarder le déménagement de l’ambassade de Tel Aviv de six mois en six mois : Trump a refusé, et le monde ne s’est pas effondré. C’est une autre falsitude de l’establishment politique qui vient de s’effondrer.

Par cette déclaration, il a probablement gagné du temps et retardé sa propre destitution. Les juifs ne sont pas réputés pour leur gratitude, acceptant tout bienfait comme un simple dû de toute éternité, mais malgré tout, cela lui laisse une chance de ne pas se faire descendre immédiatement.

Paradoxalement, la déclaration de Trump a eu bien des effets positifs. Le président pourrait dire, après Méphistophélès « je fais partie de ce pouvoir qui veut éternellement le mal et qui œuvre éternellement pour le bien ». Le président a refusé de continuer à prétendre, en toute malhonnêteté, que les US soient un médiateur neutre. Il a révélé les véritables sentiments de l’establishment US envers le Moyen Orient, envers leurs musulmans et envers leurs chrétiens, un sentiment de dédain absolu. Il a  creusé la tombe du bestial MBS d’Arabie. Il a ramené la Palestine au cœur de l’agenda international après une longue absence. Il a donné à l’Europe une chance de retrouver son indépendance. Et il a fait un pas de plus pour démolir l’insoutenable empire américain. Encore une bonne raison de nous réjouir.

Grâce à Trump, voilà que ressuscite la réconciliation qui agonisait entre le Fatah et le Hamas. Leur entente butait sur des écueils : le Fatah en demandait toujours plus, le Hamas commençait à perdre patience. L’obstacle principal, c’était l’aide US : les Américains ne voulaient pas subventionner le Hamas. Comme l’aide n’arrive plus de toute façon, ce n’est plus une pierre d’achoppement. La déclaration de Trump a encouragé les deux côtés à accélérer leurs négociations.

Trump a donné l’occasion aux Européens de dire ce qu’ils pensent vraiment de lui, à raison. Sa déclaration a mobilisé le président Erdogan, qui depuis la Turquie, a appeler à un sommet des Etats musulmans. Istanbul avait été le siège du califat pendant six cents ans, de 1362 à 1924, et Erdogan peut maintenant revendiquer à juste titre ce beau titre. En dénonçant les Israéliens et leurs valets américains, le président de la Turquie a gagné en autorité et en influence.

Il faut un Arabe pour trahir les Arabes, et c’est l’enfant gâté de Ryad, MBS, qui a choisi le rôle. Quand il n’est pas en train de torturer ses cousins pour les dévaliser, il se trouve mêlé à la négation de la Palestine et de Jérusalem. C’est lui qui a proposé à Jared Kushner de livrer Jérusalem, ce qui a donné lieu à ce qu’on a appelé « l’accord du siècle ». MBS a tenté de forcer le président palestinien Mahmoud Abbas à accepter l’accord ou à démissionner. Abbas a tout bonnement refusé.

Le meilleur journaliste pour le Moyen Orient David Hearst a fait remarquer qu’au Royaume des Saoud, où pèse une lourde censure, où un touit malvenu peut vous envoyer en taule pour des années, la négation de la Palestine et de Jérusalem avait été encouragée (son livre  The Gun and the Olive Branch , « Le Flingue et le rameau d’olivier », est une excellente initiation à l’histoire contemporaine de la Palestine.

Le romancier et écrivain saoudien Turki al-Hamad a touité “la Palestine ne devrait plus être considérée comme la première cause arabe.  Ma cause à moi, c’est le développement, la liberté et l’émancipation de mon pays. Quant à la Maison (la Palestine), elle a Le Seigneur (Dieu) pour la protéger si ses habitants (les Palestiniens) l’abandonnent. »

Hamzah Muhammad al-Salim, l’écrivain et analyste économique, a touité de sont côté: une fois que la paix avec Israël aura été conclue, cela deviendra la première destination pour les touristes saoudiens. » L’ancien directeur de la chaîne al-Arabiyah, Abd al-Rahman al-Rachid, a écrit pour sa part : « il est temps de reconsidérer le concept des relations avec Palestine et Israël. » Enfin, Muhammad al-Sheikh a dit : « la question de la Palestine, ce n’est pas notre affaire ». Ces sentiments, c’est MBS qui les a encouragés, et c’est sur la base de ceux-ci qu’il a proposé son marché à Trump. Maintenant, à mon avis, l’accord est caduc, et MBS pourrait connaître le sort d’Anouar al-Sadate, le président égyptien qui s’était mis d’accord avec Israël et qui a été assassiné. Les princes saoudiens se répandent déjà en litanies pour la Palestine et pour Jérusalem.

La déclaration de Trump a été un formidable cadeau à l’Iran. Après les Saoudiens, les plus grands ennemis de l’Iran ont révélé leur duplicité, et les Arabes vont avoir un point de vue nouveau et positif sur l’Iran. Par-dessus chiites et sunnites, l’Iran a prouvé sa dévotion invariable à la cause de Jérusalem et de la Palestine, et cela lui vaudra une reconnaissance.

Le président Poutine a une bonne raison de remercier Trump pour sa déclaration. La Russie est un joueur important au Moyen Orient, et après la trahison américaine de la Palestine, elle peut devenir le médiateur de la dernière chance dans les affaires inter-arabes. Nous pouvons nous attendre à ce que les futures négociations entre Israël et Palestiniens soient encadrées par les Russes, avec l’assistance de l’Onu.

Il se peut, même s’il n’est pas certain que Trump ait donné le coup de grâce au paradigme de la « solution à deux Etats », que c’en soit fini de l’idée même de partition. Saeb Erekat, le négociateur en chef du côté palestinien, a dit que c’était le moment de se tourner vers la solution à un seul Etat pour tous, ce qui devrait être largement préféré.

Car cet Etat pour tous ne sera pas « juif », et ça me convient tout à fait. Il n’y a pas d’Etat français pour Français ethniquement purs, la France est l’Etat de tous ses habitants ; il n’y a plus d’Etat islamique, et la Syrie appartient à tous les Syriens, qu’ils soient musulmans, chrétiens ou se réclament d’autres confessions. Il n’y a pas de raison d’avoir un Etat juif non plus. Que ce soit l’Israël-Palestine pour tous ses habitants.

Si cela doit guérir les Américains de leur fascination pour Sion, de leurs fantasmes de Parousie, ce sera le meilleur apport du président Trump au genre humain.

A l’Est ou à l’Ouest ?

Si les efforts pour la partition de la Palestine continuent quand même, quel pourrait être l’avenir de Jérusalem ?

Les juifs disent que Jérusalem leur appartient.

Les Américains sont d’accord avec les juifs, comme toujours.

Les Européens ne sont pas d’accord avec les Américains ni avec les juifs, et réservent leur jugement.

L’Autorité nationale palestinienne dit que Jérusalem Est  devrait être palestinienne, et que Jérusalem  Ouest peut être juive.

En avril dernier, le ministère des Affaires étrangères russe a déclaré que Jérusalem Ouest doit devenir la capitale d’Israël, tandis que Jérusalem Est devrait être la capitale de la Palestine.

Cette semaine, le sommet de l’Organisation pour la coopération islamique s’est tenu à Istanbul, dernier siège du califat, et a déclaré Jérusalem Est capitale de la Palestine. La déclaration a été approuvée par cinquante-quatre nations, représentant plus d’un milliard de musulmans.

Cela semble juste : Jérusalem Ouest pour les juifs, Jérusalem Est pour les Arabes. A moins que… ?

J’ai habité quelques années à Jérusalem, une belle maison arabe solide, joliment proportionnée, à deux étages,  édifiée avec la pierre blanche de Jérusalem, prolongée par un jardin verdoyant. Les maçons des années 1920 savaient manier la pierre, nous n’avions pas besoin de climatisation même aux jours les plus chauds de l’été ; et les maisons gardent la chaleur pendant les rudes hivers montagnards. Les plafonds étaient hauts, les fenêtres donnaient sur les jardins aux citronniers ombreux et aux néfliers du Japon feuillus. Les sols étaient pavés de céramique arménienne multicolore et de marbre.

Cette partie de Jérusalem avait été créée et peuplée par les Palestiniens chrétiens d’origine arabe, arménienne, grecque et allemande. C’est le premier élément foncier déclaré par l’administration US capitale éternelle de l’Etat juif qui n’a que soixante-dix ans. Et l’aire que je viens d’évoquer ne fait pas partie de Jérusalem Est ; ça se trouve à l’Ouest, c’est la plus belle partie de Jérusalem Ouest. La résidence du président israélien est juste au coin de la rue.

Personne ne fait objection à ce que cela fasse partie de l’Israël. Jérusalem Ouest, c’est hors débat, on ne discute que de Jérusalem Est. Elle est là, la plus grande réussite des juifs israéliens et de leurs soutiens en Amérique, et comme c’est souvent le cas, les plus grandes réussites sont sous estimées ou passées sous silence parce qu’elles semblent, relever de l’évidence, triviales

Mais nous pouvons aller plus loin que ce qu’on peut lire dans le New York Timeset découvrir la vérité occultée. Selon le droit, Jérusalem devrait être déclarée Ville internationale.

La totalité de Jérusalem avait été déclarée corpus separatum, c’est-à-dire entité séparée relevant de la juridiction internationale par la même Résolution 181 (II) 1/ du 29 novembre 1947 qui avait appelé à la création d’un Etat juif et d’un Etat arabe en Palestine. Les juifs n’en avaient cure, et se sont emparés de Jérusalem Ouest en 1948 en chassant la population chrétienne et musulmane. L’Onu a refusé de reconnaître main mise juive sur Jérusalem Ouest (Article 303 (IV) du 9 décembre 1949). La ville devrait être placée sous administration internationale permanente, avait décrété l’Onu.

En 1967, les juifs ont mis le grappin sur Jérusalem Est. Cette fois, ils n’ont pas expulsé la population chrétienne et musulmane, mais ils ne leur ont pas donné la citoyenneté israélienne. Depuis lors, les habitants de Jérusalem Est vivent comme des hôtes de passage dans leur propre ville. Ils ont des droits de résidents, mais s’ils voyagent à l’étranger pour travailler ou faire des études, ils perdent leur droit de résidence et ne peuvent pas revenir chez eux.

Jérusalem Est et Ouest ont une chose en commun : les deux parties sont illégalement occupées par l’Etat juif. Les deux tronçons diffèrent en ce que la population autochtone a été chassée à l’Ouest, tandis que celle de l’Est s’est vue retirer ses droits. Cette différence ne fait pas de Jérusalem Ouest une possession israélienne légitime. Trump a fait un pas vraiment positif, en unissant les deux parties illégalement occupées de Jérusalem en une seule phrase.

Les juifs (avec le soutien américain) nous ont fait oublier que Jérusalem Ouest est également occupée en toute illégalité (Noam Chomsky a beaucoup écrit sur ce sujet. Il a décrit Israël et les US comme le véritable « Front du rejet »). Ils ont rejeté la résolution originale de l’Onu, qui avait trait à la conquête de 1948 et à l’expulsion, et ont tenté de limiter le débat sur la conquête de 1967. Ils y sont parvenus ; même les amis de la Palestine discutent en se basant sur les frontières de 1967, et laissent tomber 1948 comme une vieillerie.

Mais les Palestiniens savent et n’oublient pas comment ils ont été chassés de leurs maisons, et comment les juifs s’y sont installés à leur place. Quel que soit l’avenir de Jérusalem, cette dépossession devrait être corrigée. Les non juifs ont rendu aux juifs les propriétés qu’ils avaient perdues durant la tourmente en Europe ; maintenant c’est le bon moment pour faire rendre les propriétés volées aux Arabes, aux Grecs et aux Allemands de Jérusalem Ouest.

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale en anglais: he Unz Review.

 

[1] “Jerusalem in my heart” : une tempête sonore

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Quand le chien n’aboie pas http://www.israelshamir.com/french/quand-le-chien-naboie-pas/ http://www.israelshamir.com/french/quand-le-chien-naboie-pas/#respond Sat, 02 Dec 2017 19:11:23 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3333 La meilleure solution pour un problème compliqué est toujours simple. L’œuf de Colomb, le nœud gordien, le lit de Procuste. Tant de gens s’étaient échinés à tenter de desserrer le sac de nœuds, avant qu’Alexandre arrive et en finisse d’un seul coup magistral de sa puissante épée. Des sages avaient essayé en vain de faire tenir l’œuf debout sur une table, jusqu’au jour où Christophe Colomb l’a écrasé par le petit bout. Et Procuste avait réglé le problème de l’extrême diversité de tailles dans la  population, en coupant les jambes aux trop grands et en étirant les jambes aux courts sur pattes.

Et maintenant le glorieux quoique trop long nom du  prince de la couronne des Saoud Muhammad bin Salman (pour faire court MBS) devrait rejoindre la liste des grands découvreurs de solutions. Il a affronté le problème d’avoir à gérer un pays en faillite, un trésor vide, et toute sorte de citoyens extrêmement riches, aux coffres débordants.

Trump se retrouve face à un problème semblable ; aux US, les chiens dominants tiennent toute la bonne viande, tandis que l’Etat croule sous une dette multimilliardaire. On a trois gentlemen de belle allure : Jeff Bezos, Bill Gates et Marck Zuckerberg, qui ont dans leurs coffres forts autant que la totalité des gens ordinaires. Le déficit annuel avoisine les 400 milliards de dollars, autrement dit un chiffre à douze zéros.

Les Grecs sont dans une situation encore pire: ils sont endettés, ils crèvent la dalle sous les plans d’austérité, tandis que l’argent que l’Etat grec a emprunté déborde des poches des riches.

Le problème est universel. Partout, du Royaume Uni à la Russie, du Brésil à la Grèce, c’est la même chose : les coffres de l’Etat sont vides, les politiques prescrivent l’austérité pour tous, mais une poignée de riches contemplent la croissance rapide de leur capital non imposable.

Bon, d’accord, on est au courant, et qu’est-ce que tu veux qu’on y fasse, petit malin? Tu vas t’en mordre la moustache, et alors ? Geindre ou vociférer, ou bien te contenter d’une bière bien fraîche pour oublier toutes ces saletés ? Tu le savais déjà, quand même, que tu n’as pas la permission de taxer les riches, que tu ne peux pas les empêcher de déménager leur capital dans des paradis fiscaux, que tu ne devrais même pas prononcer des mots aussi chargés de haine, où d’aucuns pourraient trouver des relents antisémites. Trump a connu ça : quand il a attaqué des banquiers dans sa campagne électorale, il a immédiatement été traité d’antisémite.

L’héritier de la couronne MBS a trouvé la solution. Il a coincé des centaines de gens parmi les plus riches de son royaume, les a parqués dans le Ritz Carlton cinq étoiles de sa capitale Riyad, et il leur a dit de cracher au bassinet. Quand ils lui ont ri au nez, il a fait appel à des sicaires pour mettre en place la ponction, style mafia.

The Daily Mail, dans un reportage en exclusivité nous dit que “les princes saoudiens et les hommes d’affaires milliardaires arrêtés lors d’une rafle plus tôt ce mois se retrouvent suspendus par les pieds et frappés par des agents de sociétés privées de sécurité américains. Les détentions ont été suivies d’interrogatoires menés, selon certaines sources, par des « mercenaires américains ». « Ils les frappent, les torturent, les giflent, les insultent. Ils veulent les briser », dit la source du Dail Mail.

La firme Blackwater a été mentionnée, et les réseaux sociaux arabes parlent aussi de sa présence en Arabie saoudite, de même que le président du Liban. Le successeur de cette firme, Academi, nie énergiquement avoir jamais mis les pieds en Arabie saoudite, et dit qu’ils ne font pas dans la torture.

N’empêche que la torture dans le somptueux hôtel a été confirmée par  l’un des meilleurs journalistes de la vieille école pour le Moyen Orient, David Hearst. D’après lui, plusieurs détenus ont été amenés à l’hôpital avec des  blessures suite à des séances de torture. Le plus riche Arabe parmi tous, le prince al-Walid bin al-Talal, dix-huit fois milliardaire, « partenaire important » de Bill Gates, copropriétaire de la 21 Century Fox et de Twitter, de l’hôtel George V à Paris et du Savoy à Londres, entre autres, s’est retrouvé accroché la tête en bas, à la mode mussolinienne.

Des centaines d’autres princes et gentlemen ont été torturés aussi, jusqu’à ce qu’ils consentent à livrer leurs biens mal acquis, soit 70% de toutes leurs possessions. Tandis que j’écris ceci, tandis que vous lisez ces lignes, la torture continue, de sorte que MBS a déjà essoré ces victimes de milliards de dollars, en cash et placements divers.

« C’est du racket ! » direz-vous. Peut-être que MBS avait vu Le Parrain dans son âge tendre, et qu’il avait été impressionné par l’efficacité de certaines méthodes. En tout cas, il a réglé, ou plutôt est en train de régler, son problème de trésorerie.

C’est peut-être la méthode qu’il faudrait  conseiller à Trump et à Poutine, ainsi qu’à d’autres dirigeants ? Si le dogme néolibéral interdit de les taxer, si les fonds offshore sont sacrés, qu’est ce qui reste à un dirigeant diligent, à part jeter son dévolu sur un hôtel cinq étoiles douillet puis embaucher une bande de tortionnaires expérimentés ?

Oui mais le tortionnaire en chef se retrouverait condamné et ostracisé par les défenseurs des droits de l’homme, direz-vous. Et pourtant, pas une voix, ni du côté de la gauche libérale ni d’une droite autoritaire n’a fait la moindre objection à l’exploit de MBS en matière d’extorsion de fonds et de tortures. Le copropriétaire de Twitter a été soumis à des bastonnades journalières, au moment même où la voix la plus haute de la conscience libérale, Tom Friedland du New York Times, faisait l’éloge de MBS comme un héraut du progrès. Dans un article qui relève du panégyrique, intitulé « Enfin, le printemps arabe arrive pour l’Arabie saoudite », avec pour sous-titre « L’héritier de la couronne a de grands projets pour sa société ».

Tom Friedman n’utilise pas le terme d’extorsion en disant que le “gouvernement de MBS a fait arrêter un nombre record de princes et d’hommes d’affaires suite à des plaintes pour corruption et les a jetés dans des cellules de fortune – le Riyadh Ritz-Carlton en l’occurrence- jusqu’à ce qu’ils acceptent de restituer leurs biens mal acquis ». Pas l’ombre d’une condamnation ! Imaginez ce qu’il dirait si Poutine devait arrêter ses oligarques « jusqu’à ce qu’ils restituent leurs biens mal acquis ».

Il y a une ligne dans l’éloge de Friedman à laquelle j’accorde foi, c’est quand il dit que les Saoudiens sont satisfaits de l’opération racket : « les Saoudiens avec qui j’en ai parlé m’ont répondu sur ce ton : « il faudrait les pendre tous la tête en bas et bien les secouer pour faire tomber toute la monnaie de leurs proches, les malmener jusqu’à ce qu’ils aient tout recraché ». D’ailleurs, je suis sûr que les Américains applaudiraient si leurs milliardaires subissaient le traitement MBS. Les Russes ont été ravis, lorsque Poutine a enfermé l’oligarque Khodorkovski, et se sont plaints qu’il n’y ait qu’un sous les verrous. Ils adoreraient voir le lot complet des oligarques qui ont pillé la Russie par des actes manifestement frauduleux, planifiés selon les instructions de conseillers américains à l’époque de Boris Eltsine, proprement prélevés « jusqu’à la dernière goutte ».

Les médias ne sont pas les seuls à soutenir le schéma extorsioniste. Le secrétaire au Trésor US Steven Mnuchin a dit sur CNBC : « je pense que le prince héritier [MBS] est en train de faire un excellent travail pour transformer son pays ». Le président Trump a félicité MBS aussi en des termes semblables ; pas un mot de condamnation n’a échappé non plus au président Poutine. Même Al Jazeera, tout en rapportant l’opération de siphonnement de fonds en des termes précis, n’en a pas fait vraiment tout un plat.

Il y a une véritable conspiration du silence autour des initiatives de MBS, un complot qui englobe les médias et les gouvernements. Il a fait enlever le premier ministre libanais, l’a mis en état d’arrestation, lui a retiré son téléphone et sa montre, l’a forcé à lire à la télé une lettre de démission rédigée par les hommes de MBS, et la réponse du monde a été parfaitement maîtrisée. Il a bombardé le Yémen, causant des centaines de milliers de morts entre le choléra et la famine, et le monde n’a pas bronché. Vous souvenez de la riposte quand les Russes ont bombardé Alep ? La guerre de MBS contre le Yémen ne suscite pas la moindre indignation.

Mais cette chape de silence retombe sur tous. D’habitude, le système des médias globalisés propage et amplifie les nouvelles dans un petit jeu d’agences qui se font écho et qui débouche indirectement sur des ventes exceptionnelles, a écrit le journaliste Claudio Resta. Mais dans ce cas, la nouvelle, importante et spectaculaire, n’a pas fait un seul gros titre. Dans notre société du spectacle, n’avoir pas exploité quelque chose d’aussi inscrit dans le spectaculaire est un gâchis de la plus rentable des ressources des médias.

Tout le potentiel pour un grand spectacle se trouve concentré là : l’arrestation  des dignitaires et des princes du sang, y compris le célèbre al-Walid bin al-Talal, investisseur bien connu, et de Bakr bin Laden, frère du mondialement connu Oussama, tout cela devrait nourrir les médias pour des jours et des jours. Ajoutons le décor de rêve du glorieux hôtel au bord du désert. Ajoutez à l’intensité dramatique le tir de roquettes sur l’hélicoptère dans lequel tentait de fuir le prince Mansour bin Muqrin, descendu en flammes, et mettant fin aux jours du susdit et d’autres dignitaires qui tentaient en vain d’en réchapper.

Quelle histoire haletante, haute en couleurs, et en costumes authentiques, sur une monarchie du Moyen Orient ! Cela aurait fait vendre les journaux pendant au moins une semaine. Mais c’est un silence assourdissant qui a suivi.

Les mêmes médias qui nous submergent sous les détails et les opinions dans le cas de violation des droits de l’homme en Russie ou en Chine manifestent à cette occasion une indifférence olympique pour le sort qui attend des princes et des milliardaires, injustement et arbitrairement coffrés et torturés dans un pays qui n’a pas la moindre constitution ni rien qui ressemble à un Habeas Corpus. Et les Nations unies se joignent à la conspiration du silence.

C’est probablement le trait le plus inhabituel de l’affaire, qui rappelle le récit de sir Arthur Conan Doyle Le chien qui n’aboyait pas. Dans cette aventure de Sherlock Holms, un chien n’avait pas aboyé alors qu’on  sortait un cheval de courses de son écurie, et cela revenait à montrer du doigt le voleur: c’était le maître du chien.

Dans le cas de MBS, le roquet médiatique garde le silence. Cela signifie que le méga patron du système médiatique, l’ensemble de ceux que j’appelle les Maîtres du Discours, a permis et autorisé l’opération racket. Nous sommes témoins d’un évènement médiatique unique, à la limite de la révélation. Comment se peut-il qu’un prince d’un Etat de troisième rang ait été autorisé à séquestrer des premiers ministres, à descendre des princes à coup de missiles terre-air, à garder sous clé et à torturer de puissants hommes d’affaires et dignitaires, en toute impunité, et sans que les médias réagissent ?

Est-ce que c’est par peur du côté des voleurs en chef que l’exemple de MBS soit repris et qu’on leur applique chez eux le même traitement pour leur soutirer quelques milliards ?

Ou bien est-il plus probable que l’Axe du bien, soit Trump, Netanyahou et MBS, avec la force qui est derrière eux, ait décidé de laisser le champ libre au prince volontaire qui leur a promis de leur livrer Jérusalem et d’offrir la Palestine en concession à perpétuité aux Juifs ? C’était cela, l’offre des vieux Saoudiens, qui sont devenus les seigneurs de toute l’Arabie à cause de leur volonté de satisfaire les désirs des juifs. Parce qu’il y avait d’autres seigneurs arabes et d’autres dynasties, encore plus éminentes, qui pouvaient prétendre régner sur la péninsule. Mais les Saoud étaient les seuls à être prêts à laisser choir la Palestine. Et ils avaient fait leurs preuves comme traîtres, car ils avaient déjà trahi leurs maîtres ottomans pendant la révolte arabe du colonel Lawrence.

Ce qu’on appelle le plan de paix de Trump, discuté et mis en forme par Jared Kushner et MBS, comporte la reddition de la Palestine, l’abandon du droit au retour pour les réfugiés de 1948, le renoncement à la souveraineté palestinienne, le renoncement à Jérusalem. Les Palestiniens paieront, Juifs et Saoudiens se partageront les dépouilles.

Pour cela, il faut que MBS graisse la patte à Mahmoud Abbas et à l’Autorité palestinienne, ce qui n’est pas une mission impossible. Abbas n’a pas de mandat, et il ne gouverne que sur autorisation israélienne. Mais il va falloir à son tour qu’il achète le Hamas, sans quoi Gaza  restera une épine plantée dans la chair des gestionnaires. Elle est là, la raison des efforts de réconciliation entre Gaza et la Cisjordanie, entre le Hamas et le Fatah avec l’Egypte à la manœuvre. Pour le moment ces efforts ne rencontrent pas un succès spectaculaire.

Le Hamas avait accepté une réconciliation en espérant améliorer les conditions d’existence des habitants souffrant à Gaza. Le Fatah était censé faire lever les sanctions, permettre la réalimentation en électricité, permettre aux gens d’entrer et de sortir par le point de passage de Rafah. Mais les sanctions sont toujours en place, les gens vivent misérablement comme toujours, et maintenant  l’Autorité palestinienne demande à ce que des milliers de gens chassés en 2007 puissent se réinstaller à Gaza. Ce qui signifierait mettre au chômage des milliers de gens qui vivent du Hamas. Pire encore, les appels de l’Autorité au désarmement de la branche militaire du Hamas, les brigades Izz ad-Din al-Qassam, c’est tout simplement impossible.

Au lieu d’obtenir la levée des sanctions, l’Autorité exige la reddition, et reproche à l’Iran l’intransigeance du Hamas. Azzam al-Ahmad, qui est à la tête de la délégation du Fatah pour la réconciliation palestinienne, a dit que l’Iran est le « sponsor numéro un »  de la division entre factions palestiniennes. C’est ce qu’il a dit sur la chaîne saoudienne al-Arabiya.

L’Iran est le principal écueil (plus exactement le seul) en travers du plan Kushner-MBS. Cela explique en partie la fureur saoudienne. Le dirigeant suprême de l’Iran est le “nouvel Hitler du Moyen Orient”, a dit MBS à Tom Friedman. « Mais nous avons appris de l’Europe que l’apaisement, ça ne marche pas. Nous ne voulons pas que le nouvel Hitler en Iran nous refasse au Moyen Orient le coup de ce qui s’est passé en Europe ». MBS a emprunté ces termes à un discours de Netanyahou, mais il s’est retenu de citer sa source.

C’est donc l’Iran qui bloque le plan de MBS pour brader la Palestine, qui bloque la guerre de MBS contre le Yémen, qui bloque l’invasion de la Syrie. Un nouvel Hitler, assurément ! Mais les Russes, alors, alliés de l’Iran dans la guerre de Syrie ?

Eh bien les Russes ont décidé de rester à l’écart de ces évènements. Pendant la visite historique du roi Salman et de son fils MBS récemment à Moscou, apparemment les invités ont exposé leurs idées à leur hôte. Ils ont promis de maintenir les prix du pétrole élevés, et c’est important pour la Russie. Quand l’Arabie saoudite a fait chuter le prix du pétrole dans les années 1980, l’URSS s’est effondrée. Maintenant, avec des prix élevés, Poutine a décidé de payer 10 000 roubles (soit 150 dollars) par mois à chaque famille pour la naissance de son premier enfant. Apparemment, de leur côté, les Saoudiens ont accepté la présence russe en Syrie.

Poutine est un homme raisonnable; il se contente de sa part du gâteau, il ne fait pas monter les enchères. Il a appris la leçon de l’Iliade : les princes grecs et troyens  auraient pu obtenir presque tout ce qu’ils voulaient, les Grecs Hélène et une rançon substantielle, les Troyens auraient laissé les Grecs s’enfuir sains et saufs, mais il en voulaient encore plus, ils visaient la destruction totale de l’ennemi, et ils ont tout perdu. Simone Weil écrivait : «Un usage modéré de la force, qui seul permettrait d’échapper à l’engrenage, demanderait une vertu plus qu’humaine, aussi rare qu’une constante dignité dans la faiblesse. » Poutine c’est cela, à la fois dans son usage tempéré de la force et dans sa dignité entêtée en situation de faiblesse.

Cependant, tandis que les politiques russes diffèrent de celles de l’Occident, les médias russes ont été intégrés au domaine des Maîtres du Discours il y a des années. Poutine est parvenu à sauver partiellement quelques chaînes de télévision de leurs griffes, mais en général, les médias russes suivent le même canevas que les médias occidentaux. Un article antisioniste, une critique de la loi juive en Palestine a aussi peu de chances, ou moins, de paraître dans les Izvestia que dans le NY Times. Une couverture honnête du blocus de Gaza est tout aussi impossible sur CNN que sur la première chaîne et sur Russia Today.

La critique et la discussion des évènements du royaume des Saoud ont été bloquées en Russie. Les mêmes personnes qui bloquent le débat sur les affaires israélo palestiniennes bloquent maintenant le débat sur la crise au royaume des Saoud.

Par conséquent, l’Iran et la Syrie affaiblie par la guerre sont tout ce qui reste pour faire obstacle à une victoire juive décisive au Moyen Orient. Si une centaine d’années auparavant, les juifs avaient su jeter les US dans la première guerre mondiale, en remerciement pour la Déclaration Balfour, maintenant ils peuvent remettre ça sur le boulevard ouvert par le plan de paix Kushner-MBS par-dessus la tête des Palestiniens. Car pendant ces cent dernières années, les positions juives dans le contrôle mental n’ont fait que progresser, à travers Facebook et Google.

Pourtant leurs plans peuvent échouer, comme tous les plans de MBS. Ils n’ont encore rien réussi à mettre en place,  à part faire pression sur le Qatar au Yémen en voie de disparition. Beaucoup de sang, beaucoup d’argent vont couler, ajoutant au malheur du Moyen Orient et ailleurs.

Seule satisfaction : maintenant on sait à qui appartient le chien qui n’a pas aboyé.

Joindre Israel Shamir :   adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Article original publié sur The Unz Review.

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L’inquisition sexuelle http://www.israelshamir.com/french/linquisition-sexuelle/ http://www.israelshamir.com/french/linquisition-sexuelle/#respond Mon, 20 Nov 2017 20:34:33 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3325 Une moche baraquée, la cinquantaine ou plus, le cheveu mort, trois rangs de perles sous bajoues, racontant à gros sanglots une histoire d’attouchements non désirés, qui a peut-être eu lieu il y a des lustres, voilà qui constitue un spectacle pénible. Peut-être que Beverly Young Nelson a autrefois été jeune et belle, et capable de réveiller la passion au creux des reins d’un costaud, mais c’est loin, très loin. Et pourtant cette improbable créature a bel et bien empêché Roy Moore, le suspect, de gagner une élection en Alabama.

Si cette vieille chouette prétendait avoir prêté à Moore cent dollars trente ans plus tôt, et qu’elle les lui réclamait, intérêts et principal, le tribunal lui aurait ri au nez. Qu’est-ce qu’elle faisait donc, tout ce temps-là, où sont les preuves, lui dirait-on. Pourquoi personne ne lui pose la question aujourd’hui, alors que la carrière du bonhomme est fichue ? Comment se fait-il que des revendications aussi douteuses puissent anéantir un individu ?

D’autant plus que cette personne a un nom et un visage, même s’il n’est pas ragoûtant, alors que dans bien des cas, l’accusatrice reste anonyme, cachée derrière une lettre, tandis que l’accusé se retrouve nommé, montré du doigt, et en perd son boulot. Il n’y a que l’Inquisition qui ait agi de la sorte, à base de sources anonymes et de griefs opaques. Nous voilà aux prises avec la sexquisition.

Est-ce que c’est un phénomène purement américain ? La vengeance de Salem, où un spasme semblable de paranoïa massive avait amené une petite ville de la Nouvelle Angleterre à pendre une vingtaine de femmes accusées de sorcellerie ?

A Salem, les hommes faisaient la chasse aux sorcières ; trois cents ans plus tard, ce sont les sorcières qui pourchassent les hommes.

Et c’est une épidémie mondiale. Les US sont le modèle de tout l’espace de la Pax Americana, où l’on imite la musique et les films américains, et maintenant cet accès de démence. De tous les hommes, de tout âge, de toute confession, nul n’est à l’abri de poursuites.

En Israël, la petite âme sœur de l’Amérique, un rabbin a été inculpé pour une histoire de viol avec sodomisation sur une gamine il y a sept ans. C’est une policière féministe qui a géré l’affaire. Le rabbin a passé un mois en taule et presque une année en assignation à résidence ; il a perdu son travail, et son nom est maudit à jamais. Et puis on a découvert que la fille ne pouvait même pas se souvenir de ses propres mensonges et les répéter correctement. Le procureur a décrété l’annulation de la procédure  et le rabbin David Harrison a été remis en liberté. Qui lui rendra son année gâchée, sa réputation, son travail ? Est-ce que l’accusatrice et la policière vont le dédommager ? Eh bien non.

Et encore, il a eu de la chance. Le président israélien Mosché Katsav en a eu moins. Sa première accusatrice, cachée derrière la lettre A, s’est avérée être une menteuse, et ses griefs n’ont pas été entendus. Mais à mesure que son histoire circulait bien des femmes s’étaient  jointes à la chasse à courre, et Katsav s’était retrouvé derrière les barreaux. Maintenant, la plupart des juges sont des femmes, en Israël, et les hommes sont cuits.

L’Europe marche benoîtement dans les pas des US. Là, c’est un universitaire d’Oxford, né suisse et musulman, Tarik Ramadan, l’homme qui a fait tout ce qu’il pouvait pour que les musulmans d’Europe se sentent européens. Une colonne de bonnes femmes est arrivée pour dire qu’il les avait violées ou approchées avec des avances non sollicitées il y a quelques années. Il a été obligé de se mettre en congé à l’université.

Bref pas un chrétien, pas un juif, pas un musulman ne saurait échapper à une semblable accusation, à partir du moment où il a un nom, une position et quelque argent sur son compte en banque. Pour une raison mystérieuse, les trimeurs, les chauffeurs de taxi, les ascensoristes ou encore ouvriers sur les tapis d’assemblage  n’ont jamais fait partie des souvenirs des copines de Beverly Young Nelson au bout de vingt ans. Est-il plausible que les représentants de la classe ouvrière ne se montrent jamais entreprenants ? Il n’y aurait que les riches et célèbres qui aient la main leste ?

Cet assaut sur les hommes se produit au moment de la campagne Balance-ton-porc sur les réseaux sociaux. Bien des femmes ont été obligées de se joindre à la meute : si vous ne faites rien, c’est probablement que personne ne vous a jamais trouvée assez attrayante pour tenter le coup. Elles ont foncé, en masse. Les hommes aussi sont réceptifs à l’hystérie de masse, mais les femmes battent tous les records. Et les réseaux sociaux sont un riche terreau pour ces campagnes.

Et s’il y avait un noyau de vérité au fond de tout ce grabuge? Jusqu’à un certain point, oui, quand on crie au loup, il n’y a pas de fumée sans feu. Les actes les plus courants peuvent être évoqués en des termes extrêmement sensationnalistes. Au lieu de dire « il m’a serrée dans ses bras et il m’a embrassée » dites plutôt « il a introduit de force sa langue dans ma bouche tout en m’immobilisant, puis « il m’a clouée sur un lit sous son poids ». Le  sexe, il y a des gens pour vous en parler, des puritains, des viragos, du gibier de psy, de manière à ce que vous soyez prêt à réclamer la peine de mort pour le perpétrateur de la chose.

Le terme viol ne veut plus dire la même chose qu’à l’origine. Mon ami Julian Assange a passé des années sous les verrous, et son aventure parfaitement consentie avec deux de ses groupies a été qualifiée de viol pour de menus aspects techniques (une capote déchirée, un état de demi-sommeil ou d’éveil incomplet). Dans les deux cas, cela partait d’un remords  d’acheteur, ces dames regrettaient, deux jours après l’évènement, leur enthousiasme passager parce qu’il ne les avait point rappelées. Une femme détestant les hommes de toutes ses forces, la procureuse, se proclamant lesbienne, avait insisté pour envoyer Julian en taule. De son point de vue, un homme est à sa place quand il est enfermé, même si la requête est sans fondement. Et même après cette déclaration parfaitement discriminatoire, elle n’a pas été destituée.

La Suède connaît une avalanche de plaintes pour viol, ces temps-ci.  Certains lecteurs ont fait le rapprochement avec l’immigration de masse en provenance du Moyen Orient. Et certes un homme de ces régions peut facilement se tromper dans l’interprétation des paroles ou des gestes d’une jeune Européenne. Mais non mais non, disent les féministes ! Pourtant jusque dans les années 1950, les Européens se méprenaient régulièrement sur l’usage des « allumettes suédoises ». La fille devait souligner son « non », sans quoi ils croyaient vraiment que c’était la façon féminine normale d’être timides. Et il y a tant de gestes courants qu’on appelle des viols en Suède maintenant, que le terme est complètement dévalué.

Tout peut être décrit de façon répugnante. Manger de la viande c’est du cannibalisme, un compliment c’est un viol. Et en même temps, des choses qui révulsent les gens normaux   peuvent être décrites comme la normalité, voire la norme. Les hommes normaux sont révoltés par la description ou la présentation qu’on fait des relations sexuelles entre hommes. Et  on les force à accepter tout cela tout en considérant les gestes habituels entre homme et femme comme quasi criminels.

Les Américains ont voté pour Donald Trump dans l’espoir qu’il en finirait avec la rage émasculatrice dans leur société. Cela peut encore se faire en appliquant deux règles simples qui étaient tenues pour des garanties de justice, jusqu’au jour où la Cour suprême des US les a déclarées nulles et non avenues.

Premièrement, on en finit avec les réminiscences. La Bible, grande source de sens commun, nous dit ce qui relève du viol et comment  le gérer. Si l’agression a lieu en ville, la fille devrait ameuter le quartier, hurler et pleurer. Si cela ne suffit pas, ou si l’agression a eu lieu hors les murs, elle devrait se précipiter à la gendarmerie. Pas   au bout de vingt ans, pas une semaine plus tard, pas le surlendemain, mais sur le moment. Si elle n’a rien dit, c’est son problème.

Cette attitude règlerait la question de savoir si la femme veut dire oui ou non quand elle dit non. Si elle appelle au secours, c’est que c’est non.

Et c’en sera fini des mines dormantes prêtes à vous sauter à la figure à tout bout d champ.

Deuxièmement, plus d’anonymat pour les accusatrices. Si vous accusez un homme, soyez prêtes à faire face, ne vous cachez pas derrière le voile de l’anonymat.

Ces deux règles simples restaureront la santé de tous, et remettront le viol à sa vraie place horrible de jadis et de tous les temps.

Et pour le harcèlement, c’est le plus souvent une invention de la rancœur féminine. Cela ne devrait pas relever de la loi ni des tâches de la police. Si une dame est gênée par un regard insistant, qu’elle déclenche un procès, ou qu’elle appelle un policier si cela va plus loin. Les gendarmes savent ce qu’il faut faire avec ce genre de vice.

Les souvenirs tardifs de harcèlement ne sont pas valables, même s’ils sont vrais. Si la femme n’a pas réagi sur le moment, c’est trop tard.

Autrement, bientôt les US n’auront plus un politicien mâle et normal, juste des femmes et des efféminés. Et la maladie se répandra dans toute l’Europe, jusqu’au jour où le vieux Monde et l’Amérique du Nord seront prêts au repeuplement par des Africains virils.

La Russie reste un territoire libre pour les mâles. Bien des modes américaines envahissent Moscou, mais l’émasculation n’en fait pas partie. Les Russes ont interdit la propagande homosexualiste en direction des mineurs, et ils ont réglé le problème. De fait, les femmes russes préfèrent grandement le style russe. Ce sont les hommes qui règlent l’addition au restaurant, qui leur tiennent la porte, qui les aident à enfiler leur manteau ; bref, les hommes qui continuent à faire ce que faisaient les hommes bien élevés en Amérique et en Europe, il y a un demi-siècle.

La Russie a connu sa campagne “Balance-ton-porc”   (en russe je dirais #янебоюсьсказать) l’année dernière. Et un tas de femmes ont récité ou inventé des histoires de harcèlement. Mais c’est resté au niveau de facebook, car la loi ne permet pas de porter plainte des années après les faits allégués.

Et surtout, les Russes considèrent le sexe entre homme et femme comme une chose normale. Ils ne sont pas horrifiés par une relation entre prof et élève, ou entre patron et assistante. Les reportages sur les châtiments sévères imposés par les juges américains dans le cas d’une professeuse couchant avec des jeunes gens rencontrent l’incrédulité et la stupéfaction.  Sur cinquante histoires récentes de ce genre, aucune n’aurait été sanctionnée en Russie. Je ne comprendrais pas d’ailleurs en quoi un gamin de 17 ans séduit par sa prof de 23 ans aurait subi un tort.

On envierait plutôt le gosse, en tout cas. Mais c’est cette attitude traditionnelle en matière de sexe qui est la raison principale des attaques médiatiques contre la Russie, bien plus que les histoires de « hacqueurs russes ».

Il est très difficile de défendre Weinstein, avec son obsession pour l’Holocauste et sa soif de  revanche sur les blondes. Mais c’est son cas qui a ouvert les portes de l’Enfer. Refermons-les vite avant que l’équilibre de l’univers entre le yin et le yang, entre les pôles mâle et femelle, ne soit rompu.

Pourquoi est-ce que les US se retrouvent frappés de cet étrange fléau? Je serais tenté de l’expliquer comme une réaction contre la révolution de 1968, y compris la révolution sexuelle qui en faisait partie. Pour nous, les gosses des Sixties’, vivre c’était facile, le sexe c’était un domaine de liberté et de plénitude, en Californie ou en Crimée comme sur la Côte d’Azur. Nous en avions à profusion, du sexe sans capote, souvent avec des étrangères. C’était ça, le communisme. Redouter l’amour libre et le sexe à la portée de chacun, c’est avoir peur du communisme.

Les riches garçons et filles qui sont arrivés au pouvoir ensuite ont tout transformé en source de gains, et c’est avec ce schéma en tête qu’ils ont créé la pénurie, y compris la pénurie de sexe ; il s’agit d’une contre-révolution sexuelle. Les plaignantes pour harcèlement sont les petits soldats de la contre-révolution sexuelle, elles font monter les tarifs de leurs charmes en organisant la pénurie. C’est elles qui y perdront, les malheureuses ; espérons qu’elles n’auront pas dézingué la planète avant de s’en apercevoir.

 

 

Israel Shamir can be reached at adam@israelshamir.net

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Ca baigne, en Palestine comme en Israël http://www.israelshamir.com/french/ca-baigne-en-palestine-comme-en-israel/ http://www.israelshamir.com/french/ca-baigne-en-palestine-comme-en-israel/#respond Wed, 15 Nov 2017 20:29:52 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3323 Cent ans après la Déclaration Balfour, où en est-on, en Palestine?

J’aimerais pouvoir dire que la Palestine est en flammes et qu’Israël souffre intensément, mais il faut dire la vérité. Sous Netanyahou, l’Israël et la Palestine prospèrent.

Jamais ça n’a mieux marché. Le salaire minimum du côté israélien est à plus de 1500 dollars; en deux ans, il est passé de 4000 shekels à 5300 shekels. L’inflation n’a pas suivi, en dépit des prédictions les plus lugubres. Les pauvres ne sont plus si pauvres, même si certains ne connaissent pas vraiment la prospérité. Les prix en monnaie locale sont stables. Sur la scène internationale, le shekel est haut, très haut (sans atteindre les records fulgurants de 2014), et le Trésor se bat pour l’empêcher de monter encore. C’est pourquoi les prix paraissent plutôt chers aux étrangers. Un sandwich, le modeste falafel, aussi  israélien  que palestinien, avec une boisson, vous coûteront au moins 10 dollars, et à Tel Aviv cela vous sera probablement préparé et servi par un réfugié africain. Un menu à midi coûte environ 20 dollars, un bon dîner beaucoup plus, et il faut s’y prendre bien à l’avance pour trouver une table. Voilà pour le côté israélien. Du côté palestinien, le même déjeuner vous coûtera un peu moins, environ 15 dollars. Les restaurants sont bondés, les Israéliens adorent la bouffe et ils bouffent tout le temps, s’empiffrant à tout bout de champ.

Les touristes se ruent sur la Terre sainte, comme jamais. En octobre dernier, tous les hôtels à Jérusalem et à Tel Aviv étaient pleins ; pas moyen de trouver une chambre à moins de 200 dollars la nuit même franchement loin de tout. A Bethléem et même à Hébron, c’est pareil, les gens qui remplissent les hôtels sont des touristes en route pour Jérusalem. Il y a la queue pour entrer dans les sanctuaires les plus importants qui drainent le tourisme, l’église de la Nativité à Bethléem et le Saint Sépulcre à Jérusalem ; ils font la queue pendant des heures pour vénérer les lieux de naissance et de mise au tombeau du Sauveur. Les Palestiniens s’y retrouvent en travaillant dans le bâtiment. La construction connaît un vrai grand boum partout en Cisjordanie. Des logements neufs poussent sur la moindre friche. Des villages encore pauvres hier comme Imwas près de Bethléem et Taffuh près de Hébron sont devenus de vraies villes d’immeubles de trois ou quatre étages, très semblables à ceux que convoitent les Israéliens. Des bâtisses pas aussi charmantes et splendides que celles que construisaient leurs parents et grands-parents, mais c’est la tendance générale. Israël a réduit les checkpoints internes qui séparaient pratiquement chaque village palestinien de ses voisins. Aujourd’hui, un Palestinien peut se déplacer à peu près sans encombre dans sa zone de résidence. C’est toujours un cauchemar  d’aller de Bethléem (juste au sud de Jérusalem) jusqu’à Ramallah (juste au nord de Jérusalem) et il est presque impossible d’aller à Jérusalem, mais c’est quand même un progrès.

Ramallah est une ville moderne, avec beaucoup de bons logements de construction récente, des hôtels cinq étoiles, des restaurants de rêve, et l’université de Bir Zeit tout près. Ce n’est plus la ville qui avait vaillamment combattu l’armée israélienne pendant la seconde Intifada de 2001. Elle est devenue plus avenante. L’armée israélienne continue à rentrer dans la ville chaque fois que l’envie lui en prend, et elle s’empare des citoyens, parfois pour un simple post irrévérencieux sur facebook. Ils avaient arrêté ces jours-ci un jeune homme parce que Google avait mal traduit son « Good Morning » en termes de « Go and Kill them » ou quelque chose dans le genre, autrement dit : « descends-les tous ».

Les citoyens israéliens ne sont pas autorisés par le gouvernement israélien à pénétrer dans les territoires palestiniens. C’est probablement judicieux ; si les Israéliens pouvaient voir à quel point leurs voisins vivent dans le même environnement de style occidental, ils comprendraient d’emblée que le Mur n’est plus nécessaire, parce qu’il n’y a plus guère de différence entre les deux côtés, et ce serait la fin du séparatisme que les juifs s’imposent à eux-mêmes. Pour ma part, je ne peux pas applaudir à cette convergence. J’adorais la bonne vieille Palestine aux demeures en pierre de taille au milieu des vignobles, et les paysans palestiniens toujours en train de prendre soin de leurs oliviers et de leurs sources. C’est bien fini. A Dura al-karia, un charmant village aux fontaines merveilleuses, les champs ont été désertés. Les enfants des paysans qui trimaient dur bossent dans les bureaux du gouvernement de Ramallah, et ne rêvent pas de revenir aux travaux des champs. Les puits ne sont plus chéris comme la seule source de la vie, on ne les conserve qu’au titre de souvenir d’un passé révolu. Le néocapitalisme a démoli ce que le sionisme n’avait pas pu tuer.

Mais c’est la réalité du XXI° siècle. La même évolution s’est produite en Provence et en Toscane de l’autre côté de la mer ; tandis que des choses bien pires  se produisaient tout près, en Syrie et en Irak. Les gens se sont habitués à cette nouvelle réalité, il n’y a que nous, les vieux romantiques, pour nous en plaindre.

Cet Israël prospère peut facilement absorber la Palestine prospère en abolissant ses lois d’apartheid. Des années auparavant cela aurait été un saut dans l’inconnu, aujourd’hui ce serait une étape normale et facile, comme de rendre pratiquement invisible la frontière entre le Maryland et la Virginie (rappelons qu’il y avait une dispute frontalière entre les deux autour du Potomac). Malheureusement, personne en Israël n’appelle à franchir le pas. Les partis de droite juifs qui veulent intégrer la Palestine veulent s’en emparer, mais sans les habitants. Ils produisent des plans pour garder la terre et se débarrasser des gens. La gauche israélienne a pratiquement disparu. Son parti travailliste a élu un nouveau dirigeant ce mois-ci, et il a déjà promis de ne jamais transiger sur les colonies (qui devraient donc rester juives pour toujours) et de ne jamais permettre aux Arabes de rejoindre son gouvernement. Il a également appelé à montrer une attitude plus combative et vigoureuse envers les voisins de l’Etat juif : s’ils s’avisent de tirer un missile, nous devrions en larguer cinquante. Les Arabes ne comprennent que le langage de la force, dit-il. Avec une telle gauche, pas besoin de droite…

Ce serait donc sensé, du point de vue des pertes et des bénéfices, d’aller vers l’intégration, mais cela l’était déjà auparavant, même en 1948, quand Israël possédait le seul port moderne de Haïfa, sur la Méditerranée orientale, et que l’oléoduc pouvait livrer le pétrole de Kirkouk aux raffineries de Haïfa, et que le chemin de fer reliait Beyrouth à Damas et au Caire via Jaffa et Tel Aviv. Même alors, les juifs auraient pu se la couler douce, mais ils préféraient l’hostilité éternelle. Quand j’y repense, je ne suis pas sûr que cette fois ce sera différent.

La deuxième partie de la Déclaration Balfour, la promesse de sauvegarder les droits des non-juifs, s’est avérée bien problématique. Et tant que les juifs ne sont pas contraints à reconsidérer la question, aucun vrai progrès n’est en vue. Mais même sans progrès et dans des conditions d’inégalité, la position géographique unique de la Palestine et la politique économique raisonnable de Netanyahou rendent la vie tout à fait supportable. C’est très agaçant de ne pas pouvoir sortir librement de Bethléem pour aller à Ramallah ou à Jaffa en voiture, c’est douloureux de ne pas pouvoir prendre un avion ou atterrir librement sur le seul aéroport du pays, mais du point de vue de l’économie, ça ne va pas si mal. Il est probable que bien des noirs prospéraient même au temps de Jim Crow, et à l’époque de l’apartheid en Afrique du sud…

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale en anglais sur  The Unz Review.

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Les juifs et la guerre http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/ http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/#respond Wed, 08 Nov 2017 18:30:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3309 De temps à autre, on a un observateur qui remarque une action juive concertée, et qui en fait part pro bono publico. Soit c’est le fait que les Juifs soutiennent l’immigration du Tiers monde, soit que les Juifs combattent les monuments mémoriels, ou encore, plus récemment, que les Juifs font la promotion de la guerre contre l’Iran. Aussitôt ceux-ci ripostent avec une contre-attaque massive et véhémente, et rendent la vie très difficile à l’observateur trop bavard. Puis le sujet passe à un second plan, parce que chacun est échaudé, ou ne sait pas comment faire avancer le débat, mais le problème reste entier.

Voici un exemple récent de cette séquence, un article de Philip Giraldi paru sur Unz.com qui fait encore des vagues sur le web. Il a déroulé une liste de Juifs qui soutenaient l’invasion de l’Irak, et qui poussent maintenant les US à attaquer l’Iran :
“David Frum, Max Boot, Bill Kristol et Bret Stephens, Mark Dubowitz, Michael Ledeen… eh bien, euh, ils sont tous juifs, et la plupart d’entre eux se qualifieraient de néo-conservateurs.” [Le 21 septembre, Giraldi a été congédié par un simple coup de fil du American Conservative, organe où il écrivait depuis 14 ans, ndt]
Giraldi a proposé de tenir les Juifs hors des positions d’influence en matière de politique étrangère, de façon à préserver les US des guerres dont ils n’ont aucun besoin. Giraldi écrivait : « Nous n’avons pas besoin d’une guerre avec l’Iran simplement parce que c’est Israël qui en veut une, et que quelques riches et puissant juifs américains sont heureux de nous la fournir clés en mains ».

De fait, le journal Ha aretz avait publié à l’époque, en avril 2003 : “La guerre en Irak a été conçue par 23 intellectuels néo-conservateurs, la plupart juifs, qui poussent maintenant le président Bush à changer le cours de l’histoire. Deux d’entre eux, les journalistes William Kristol et Charles Krauthammer, disent que c’est possible.”

Moi aussi j’avais publié dans la même veine lors de l’invasion de l’Irak, et c’est une bonne chose de voir que cette thèse n’est pas morte mais ressurgit de temps à autre. On pourrait ajouter que ce sont les mêmes personnes qui poussent à un conflit avec la Russie, qui diabolisent Poutine et qui attaquent Trump, malgré le fait que notre bonhomme orange tente de combler leurs moindres désirs comme un vrai père Noël.

Tout à fait d’accord avec Giraldi sur la maladie, venons-en à la question du remède. Cela servirait-il à quelque chose de maintenir les Juifs à l’écart de la politique étrangère ? Les US avaient ils échappé aux guerres avant l’ascension des Juifs à la fin des années 1960 ? Avant cette époque-là, les Juifs n’étaient guère à des postes en vue, et n’étaient certainement pas sur-représentés dans l’establishment. Ethel et Julius Rosenberg, couple de juifs, avaient été grillés sur la chaise électrique en 1953, ce qui n’avait pas soulevé d’objections particulières. Mcarthy terrifiait les juifs. Le mot Holocauste n’était pas encore apparu, avant 1968. On tenait encore les juifs hors des clubs et des hautes strates de la politique. L’Etat d’Israël avait été menacé en 1956 par les US plutôt qu’assisté.

Et pourtant, les US libres de Juifs avaient livré en Corée une terrible guerre de trois ans (1950-1953), au Viet-Nam (jusqu’en 1974), avaient envahi et provoqué le changement de régime au Guatemala et en Iran, avaient violemment interféré dans les élections en France et en Italie, et avaient livré la féroce Guerre froide contre l’URSS. Dans toutes ces campagnes, les juifs des US étaient dans le camp de la paix, et contre la guerre. Ils n’étaient nulle part au pouvoir lorsque les US avaient livré leurs guerres contre l’Espagne et le Mexique. Les US non juifs avaient organisé un coup d’Etat en Iran, et c’est le président Carter, ni juif ni pro-Israël, qui avait tenté d’envahir l’Iran. Les Juifs n’étaient pas impliqués dans la conquête de Panama, dans l’intervention au Nicaragua, dans l’opération sur l’île de la Grenade.

Peut-être parce que les juifs avaient quitté les théâtres de guerre d’Amérique latine pour le Moyen Orient. Une Amérique moins influencée par les juifs envahirait plutôt le Venezuela que l’Iran. Mais faut-il vraiment s’en réjouir ?

L’idée de corriger ou de canaliser une influence juive excessive est raisonnable, mais y parviendrait-on en maintenant Kristol et Krauthammer loin des medias (une excellente idée au demeurant)?
La prééminence juive aux US est intrinsèque à la culture US et à ses traditions. C’est Karl Marx qui écrivait (dans La Question juive, en 1844) qu’en Amérique du Nord, « la domination pratique du judaïsme sur le monde chrétien s’est installée comme l’expression même de ce pays, son expression sans ambiguïté et normale. » Il disait que tous les Yankees étaient des juifs, se conduisent comme des juifs, aspirent à être des juifs et se faisaient même circoncire comme les juifs. De sorte qu’il était naturel que les juifs pour de vrai réussissent mieux à se conduire en juifs que leurs voisins gentils. Werner Sombart ajoutait que les juifs étaient à la pointe de ce pays depuis le début de la conquête européenne, et qu’ils avaient créé le capitalisme de style américain avec la tournure qui leur convenait. Les juifs occupent les cimes en ce moment parce que l’Amérique est un produit construit et modelé pour les juifs, sur mesure, disait-il.

C’est cela qu’il faudrait corriger, et alors les scribes juifistes comme Krauthamers ne pourront plus s’en donner à cœur joie en nous précipitant dans les guerres. Cessez de souscrire au modèle de la réussite juive, et les juifs ne pourront plus peser sur le Sénat. Rendez chrétiens les US, selon l’enseignement du Christ, partagez le travail et la richesse, aspirez à servir Dieu et non Mammon, que les premiers soient les derniers et les derniers les premiers, aimez votre prochain et donc votre voisin : là le problème sera résolu.

Si c’est un commandement trop ambitieux, changeons de niveau. Chasser de leur piédestal les Ledeens et les Frum (et j’estime qu’ils méritent largement le goudron et les plumes) ne servira à rien tant que les juifs riches ne sont pas délestés de leur butin mal acquis. Sans la richesse juive excessive, il n’y aura plus d’incitation excessive des juifs à la guerre. Et dans la mesure où plus de la moitié de toute la richesse des US se trouve entre les mains de quelques juifs, libérer cette force aura un effet colossal pour améliorer l’existence de chaque Américain, et même de chaque personne sur terre.

Et pourquoi s’arrêter là ? Les super riches non juifs sont aussi juifs que n’importe quel juif. Ils partagent les mêmes aspirations. Arrachez-leur donc leurs avoirs. Qu’est-ce que ça peut nous faire, que Jeff Bezos soit juif par le sang ou par ses croyances, ou qu’il ne le soit pas? Il se conduit comme un juif, et c’est suffisant. Etablissez un plafond pour la fortune, en contrepartie du salaire minimum. L’idée a fait son chemin : Jeremy Corbyn a déjà appelé à l’implantation du salaire maximum. Les impôts peuvent contribuer facilement en ce sens, dans la merveilleuse Suède des années 1950, la tranche d’impôt supérieure était taxée à 102%. On peut atteindre le même but d’une façon plus réjouissante en mettant “à poil’ en place publique à Washington les hommes les plus riches, pour le Mardi-Gras. Il ne faut pas que cela apparaisse comme une punition pour leurs excès de zèle, au contraire, c’est une assistance sur la voie de leur progrès spirituel. Trop de richesses emprisonnent l’esprit !

Ce serait excellent pour les juifs et pour tous ceux qui sont concernés par le problème: tant que la richesse juive moyenne aux US stagnait en dessous de la moyenne (c’est-à-dire aussi longtemps que les Juifs ont été moins riches que les Gentils), les juifs agissaient dans l’intérêt du peuple. Vers 1968-1970, ils ont commencé à devenir plus riches que tous les Américains, et voilà : ils ont cessé de se battre pour le bien commun.
Les juifs pourraient devenir une force positive à condition que leur tendance excessive à amasser des biens matériels soit verrouillée. C’est ce qui s’est passé en URSS : comme les juifs ne pouvaient pas faire d’argent, ils se sont mis à faire des sciences et ont travaillé au bien commun. Même les oligarques pourraient devenir de bons managers au lieu d’être un châtiment pesant sur la nuque de toute la société.
Ce n’est pas plus compliqué que de chasser Max Boot du business de l’écriture. Alors pourquoi se contenter d’un palliatif quand on peut viser la jugulaire ?

adam@israelshamir.net

Traduction: maria POUMIER

Première publication: The Unz Review.

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L’occupation grecque http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/ http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/#respond Tue, 07 Nov 2017 20:25:51 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3321 Théophilos III, le pape de Jérusalem (l’un des cinq papes d’origine, Sa Béatitude le patriarche de la sainte église orthodoxe grecque de Jérusalem et de la Terre sainte, car tel est son titre habituel, ose à peine se rendre dans les églises de nos jours. Chaque fois qu’il arrive, ses brebis l’attendent au dehors et l’empêchent d’entrer. La semaine dernière, la police juive l’a aidé à pénétrer dans une église de village, tandis que des centaines de croyants se pressaient pour le conspuer à grands cris. Il y a un plan pour l’empêcher de pénétrer à Noël prochain dans la Basilique de la Nativité.

Il faut se souvenir que son prédécesseur Irineos avait été déposé par les évêques douze ans plus tôt, et que depuis lors il vit dans une cellule solitaire dans le monastère, car il refuse de sortir de ses murs. Il sait que s’il s’en va, il ne sera pas autorisé à revenir. Considérant ses souffrances, l’actuel patriarche n’est pas porté à la complaisance.

Le bas clergé et les laïcs, les Palestiniens chrétiens de la Terre sainte, sont très ennuyés avec ce patriarche et avec la tournure que prend la direction de l’Eglise. Le patriarche est en train de vendre des terres de l’Eglise à des prix de braderie ; les terres de Césarée, propriété de l’Eglise, ont été cédées par lui pour un prix plus bas que celui d’une seule des maisons de cet immense espace. Bientôt l’Eglise va se retrouver dépouillée, et la communauté chrétienne de Palestine établie par le Christ lui-même va disparaître, disent les ecclésiastiques.

Mais l’argent n’est pas tout. Le patriarche ne permet pas aux Palestiniens de s’élever au sein de  l’Eglise ; un seul Palestinien, Sa Béatitude Theodosius Atallah Hanna, archevêque de Sébaste, a été ordonné il y a des années mais même lui n’a pas été autorisé à participer aux décisions de l’Eglise, il est tenu à l’écart du Synode, qui est l’organe directeur de l’Eglise, à l’écart de la Fraternité du Saint Sépulcre, il n’a même pas une église à lui, il n’a pas de salaire, c’est le seul archevêque qui soit ainsi maltraité. Tout cela parce qu’il n’est pas de sang grec.

Dans l’Eglise orthodoxe, seuls les moines peuvent prétendre devenir évêques, tandis que les simples prêtres paroissiaux peuvent se marier, ce qu’ils font en général. Le patriarche n’autorise pas les moines palestiniens qui ont fait leurs études de théologie en Grèce à  retourner en Terre sainte, afin qu’ils ne puissent pas prétendre à la chasuble épiscopale dans son Eglise. Il y a maintenant 24 moines palestiniens dans des monastères en Grèce ; tous ont demandé à être nommés sur leur terre natale, et cela leur a été refusé à tous.

« Si vous voulez vous installer en Palestine, renoncez à vos rites monastiques et mariez-vous. Autrement, restez au loin», leur a répondu le Patriarche. Tous les évêques de l’Eglise de Jérusalem sont des Grecs ethniques ; et ils sont bien décidés à prolonger éternellement cette occupation.

Tandis que les juifs tiennent les Palestiniens à l’écart des décisions politiques (même les Israéliens de gauche n’autorisent jamais des partis palestiniens à rejoindre le gouvernement) les Grecs tiennent les Palestiniens, descendants des Apôtres, à l’écart pour ce qui est de contrôler l’Eglise. Tout le monde est au courant de l’occupation juive en Palestine, c’est fréquemment l’objet de débats à l’Onu, les présidents en jouent tandis que les militants la combattent, mais l’occupation grecque de l’Eglise  de Jérusalem n’est jamais mentionnée en bonne compagnie.

Bien des  Grecs excellents soutiennent la lutte contre l’occupation, et prennent la mer pour briser le blocus de Gaza. C’est sûrement très bien, mais ce serait encore mieux s’ils prenaient position contre l’occupation grecque.

L’Eglise grecque, c’est-à-dire l’Eglise orthodoxe de Grèce, connaît parfaitement cette histoire honteuse. Leurs évêques se rendent en Terre sainte et rencontrent les chrétiens palestiniens. Mais ils n’osent pas affronter la hiérarchie de l’Eglise de Jérusalem et, sous la direction de l’actuel patriarche, ils considèrent les Palestiniens comme leur propre vache à lait, à traire à souhait.

Les résultats sont épouvantables. Palestine et Israël n’ont pas de services publics pour tous les citoyens, mais chaque communauté prend soin des siens. Les musulmans s’occupent des musulmans, les juifs des juifs, les catholiques et les protestants de leurs propres fidèles, construisent et dirigent des écoles, organisent des activités, depuis la vente d’huile d’olive jusqu’à la production de bière. Seuls les chrétiens orthodoxes de Palestine, la communauté la plus ancienne et la plus fournie, n’ont rien du tout. Leur nombre fond d’année en année. Evidemment, on peut à raison blâmer les juifs de n’en pas faire assez, mais il serait honnête de souligner la part de responsabilité des dirigeants de l’Eglise orthodoxe. Ils n’en ont rien à faire de leurs brebis locales, c’est tout. Ce ne sont pas les pasteurs de leurs troupeaux.

Ils ne bâtissent pas d’églises. Il y a beaucoup de grandes villes israéliennes, Beer Sheba, Afula, Eilat, Tel Aviv même a des milliers de chrétiens orthodoxes (des juifs baptisés ou des immigrants) mais  pas une seule église n’a été fondée. Les Russes ont proposé de construire les églises pour l’Eglise de Jérusalem, mais le patriarche n’est pas intéressé. Tout ce qui l’intéresse, ce sont les vieilles églises rentables parce que les pèlerins et les touristes grecs et russes s’y précipitent.

Les dirigeants de l’Eglise de Jérusalem, les évêques grecs qui refusent d’accepter les Palestiniens comme leurs égaux, pratiquent un racisme ecclésiastique, ou « ethnophylétisme », comme on dit. L’église orthodoxe a condamné cette pratique comme hérétique lors du synode de 1872 à Constantinople. Dans les faits, cette condamnation n’a rien changé du tout en Palestine.

La Terre sainte est le seul lieu au monde où les hiérarques sont invariablement des Grecs, et jamais des autochtones. Partout ailleurs, les Eglises orthodoxes s’appuient sur la tradition locale, s’expriment en langue vernaculaire, et sont administrées par des évêques locaux. L’Eglise orthodoxe russe a des laïcs russes et des évêques russes, en Grèce l’Eglise grecque a  ses équipes de laïcs grecs et ses évêques grecs, l’Eglise d’Antioche a des laïcs et des évêques syriens arabes, mais l’Eglise de Jérusalem, elle, qui a des laïcs et des prêtres paroissiaux palestiniens, n’a que des évêques grecs.

Les origines du problème remontent à l’an 1534, lorsqu’après la conquête ottomane un moine grec, Germanos, se retrouva installé au poste de patriarche de Jérusalem par décision de la Sublime Porte, autrement dit de l’Empire ottoman. Il ne nomma que des évêques grecs, et depuis lors les Grecs ont gardé le monopole du pouvoir ecclésiastique. Ils ont collaboré avec les Turcs, avec les Britanniques, et maintenant avec les Juifs, parce qu’ils n’ont pas de base indépendante sur qui compter, mais ils doivent leur existence à leur reconnaissance d’un pouvoir étranger supérieur sur le terrain.

Grecs, Juifs et Arméniens constituaient trois communautés d’élite sous l’empire; ils fournissaient le gros des couches cultivées, les uns accaparant le commerce (les Juifs), les autres l’administration (les Grecs) et l’artisanat (les Arméniens), tandis que les Turcs se contentaient d’être soldats et paysans. Les trois nations ont un modus operandi similaire : étroitement liés entre eux, agissant dans une perspective tribale, s’excluant réciproquement et se faisant concurrence. Si l’on veut comprendre l’origine de la domination juive aux US et ailleurs, il est bon de considérer comment ces trois groupes fonctionnaient dans la Turquie impériale. Et il n’y avait guère lieu de choisir entre les Juifs et les Grecs.

Les Grecs ethniques avaient confisqué la gestion des Eglises de tout l’empire, c’est-à-dire les Eglises de Constantinople, Antioche, Jérusalem et Alexandrie. Aucun Arabe ethnique, aucun Turc ou Copte ne pouvait devenir évêque. Le résultat était parfait pour les Grecs mais tragique pour l’Eglise ; les laïcs votaient avec leurs pieds et quittaient l’Eglise pour l’Islam ou, dans une moindre mesure, pour des Eglises hors d’atteinte des Grecs, parmi lesquelles l’Eglise catholique romaine, l’Eglise syriaque et d’autres encore plus exotiques. Et le racisme ecclésiastique grec a tué, ou du moins miné la chrétienté native du Moyen Orient, celle du Christ et de ses apôtres.

De fait, les Coptes d’Egypte ont rompu avec l’Eglise d’Alexandrie, dominée par les Grecs, et ont fondé leur propre Eglise copte orthodoxe d’Alexandrie, rompant la communion avec d’autres Eglises orthodoxies, tandis que l’Eglise grecque orthodoxe d’Alexandrie fondait et devenait l’ombre d’elle-même.

C’est le contraire qui s’est produit en Syrie, où, à la fin du XIX° siècle, les Arabes locaux ont traîné leurs évêques grecs jusqu’aux ports puis les ont embarqués pour la Grèce. Ils ont élu des évêques arabes et un patriarche arabe, tout en restant en communion avec d’autres Eglises orthodoxes. Leur Eglise d’Antioche a été florissante jusqu’à l’entrée en scène de Daech, mais on peut espérer qu’elle regagne le terrain perdu dans la mesure où leurs frères orthodoxes russes les ont aidés à battre les djihadistes.

Les sièges de Constantinople et de Jérusalem sont restés aux mains des Grecs ethniques, avec dans les deux cas des conséquences regrettables. A Constantinople, les Grecs ont rejeté la proposition d’Ata Turk de devenir l’Eglise orthodoxe turque, alors que cela leur aurait rendu beaucoup d’églises, y compris la grande Sainte Sophie, et cela aurait probablement évité aux Grecs les confiscations et expulsions tragiques des années 1920. L’Eglise de Constantinople est devenue un spectre dominé par la CIA, et cela dure jusqu’à aujourd’hui.

Jérusalem et la Terre sainte étaient trop importants pour la chrétienté, elles ne pouvaient pas rester  des phénomènes locaux. Les Russes ont soutenu la restitution de leur Eglise aux autochtones, mais avec prudence, parce qu’ils chérissaient par-dessus tout leur unité en communion avec d’autres Eglises orthodoxes. Les Juifs s’en sont mêlés, certes. Et c’est ainsi que l’Eglise de Jérusalem est restée entre les mains de Grecs ethniques, et que de plus en plus de Palestiniens orthodoxes se sont convertis, devenant catholiques ou d’obédience protestante.

Aujourd’hui, après avoir été majoritaires au XIX° siècle, et alors qu’ils constituaient le tiers de toute la population palestinienne au temps du mandat britannique, les orthodoxes ne comptent guère plus de 30 000 membres, au sein de l’Eglise chrétienne.

Et voilà que maintenant, les Grecs à la tête de l’Eglise ont décidé de faire de leur vache à lait une bête à viande, et ils ont commencé à la saigner, en vendant ses biens aux Juifs.[1]

En témoigne l’histoire abondamment reprise de deux hôtels à la Porte de Jaffa à Jérusalem, jadis les excellents New Imperial Hotel et Petra. Tous les deux sont maintenant en pleine décrépitude, mais ils restent les mieux situés à Jérusalem. Ils ont été vendus par le patriarche précédent, Irineos, pour trois fois rien. Haaretz a révélé que les acheteurs avaient payé vingt fois moins cher que le prix du marché. Et qui étaient les acquéreurs ? Une organisation extrémiste juive, Ateret Cohanim, dont l’objectif est de reconstruire le Troisième Temple juif sur les ruines de la mosquée Al Aqsa ; en attendant, ils sont en train de faire le nettoyage ethnique de Jérusalem pour y installer des juifs à demeure.

Theophilos III, le patriarche actuel, a solennellement promis de faire annuler la vente. Certes il a saisi le tribunal d’instance (juif) du district de Jérusalem en demandant l’annulation du contrat parce qu’il avait été conclu frauduleusement pour un prix trop bas et des dessous de table. Mais le tribunal a statué : rien à faire. Pour ma part j’étais indigné de cette criante injustice juive, mais il s’est avéré que les turpitudes n’étaient nullement le fait des juifs…

J’ai rencontré un Palestinien chrétien, membre important du Conseil central orthodoxe en Israël, Alif Sabbagh du village  d’Al Buqaia (ou Pekiin) en Galilée ; c’est une personne qui a consacré sa vie à la conservation des documents concernant  les terres de l’église et les actes diligentés par le patriarcat. Il possède des archives complètes de tous les accords signés ces dernières années. Il m’a dit qu’il n’avait pas eu le choix ; le patriarche Théophilos a refusé de lui fournir les preuves de la fraude invoquée, et il a passé un accord secret avec les colons juifs.

Selon la loi israélienne, il y a deux instances  d’appel. Au premier niveau, le plaignant expose sa requête, et au deuxième niveau, il apporte les preuves justifiant sa requête. Le patriarche a bien formulé une première requête, mais a refusé de fournir les preuves à l’appui. La juge juive a dit qu’elle ne pouvait pas satisfaire à une requête sans les documents probants.

Et ce n’est pas que le patriarche n’ait pas pu les fournir. L’homme qui est au cœur du problème, Nikolas Papadimas, ancien trésorier de l’Eglise, celui qui est censé avoir signé les contrats sans en informer Irineos, avait quitté le pays et il était recherché par Interpol, car il fait l’objet de poursuites pour des  millions de dollars volés au patriarcat ; or il est revenu à Athènes et il a demandé à témoigner devant la cour. Son témoignage pulvériserait les revendications juives, et on comprend pourquoi les colons juifs ont fait objection à ce que son témoignage soit auditionné. Mais c’est que le patriarche  grec Théophilos aussi a fait objection à l’intervention de Papadimas, et la juge juive ne pouvait objectivement rien faire, même si elle l’avait voulu.

Au même moment, le patriarche vendait les terres de l’Eglise à Jérusalem Ouest, d’énormes lopins valant for cher, incluant le lot sur lequel est construit le Parlement, à de sociétés offshore mystérieuses, et pour des clopinettes. De fait, le vrai paiement sonnant et trébuchant est tombé dans son escarcelle personnelle, un compte à son nom dans un paradis fiscal, selon Alif Sabbagh. En réponse, la Knesset, le Parlement juif, a commencé à examiner le projet d’expropriation de Rachel Azaria, concernant des terrains ecclésiastiques vendus à des tiers  depuis 2010.

Le patriarche Theophilos a fait appel à la solidarité  chrétienne, et les  Eglises occidentales ont répondu en critiquant le projet de  décret. Mais leur position se basait sur l’exposé mystificateur du patriarche, qui soulignait que le décret exproprierait des terres de l’Eglise. Mais je l’ai lu, ce décret, et ce n’est pas vrai : le décret rend la vente de terres de l’Eglise à des tiers pratiquement impossible. Après que le décret aura été validé, le Patriarche aura le choix : vendre les terres à l’Etat juif ou ne rien vendre du tout. Ceci lui coupe évidemment l’herbe sous les pieds, il ne pourra plus empocher de pots-de-vin, et cela ne fait pas vraiment de tort à l’Eglise.

Les Palestiniens chrétiens constituent une communauté prospère et florissante. Ils sont plus éduqués que les Juifs, ils sont à leur place, chez eux, enracinés dans le sol palestinien. Ils ont été et ils restent actifs dans la bataille pour la Palestine, ils sont souvent à la tête de la résistance malgré leur nombre réduit. Les noms qui viennent à l’esprit sont ceux de Georges Habache, le dirigeant chrétien du Front Populaire FPLP, et celui d’Emile Habibi, le grand écrivain palestinien. Ils sont en bons termes avec les musulmans palestiniens, et ils aimeraient le rester avec les juifs aussi. On trouve une assez bonne notice sur Wikipedia (en anglais) à leur sujet, car même si elle est biaisée comme d’habitude, l’historique des discussions rétablit l’équilibre. On remarque tout de suite l’omniprésence des opérateurs sionistes bien connus (Jayig etc) mais le message passe et cela permet de comprendre le sujet, ce qui est particulièrement difficile dans les articles relatifs à la Palestine sur Wikipedia.

Leur dirigeant spirituel c’est l’archevêque relativement jeune Theodosius Atallah Hanna, travailleur acharné, qui, par une coïncidence troublante, se trouve porter le même nom (Atallah) que le dernier patriarche palestinien avant  la confiscation du titre par les Grecs. Il est très actif, il rencontre des délégations tous les jours et publie habituellement des compte-rendu sur sa page Facebook ou sur son autre  page; et son message est le suivant : “Les Palestiniens chrétiens ne sont pas une minorité en Palestine; il n’y a pas de minorités en Palestine, mais des gens qui se battent pour la liberté ».

Il est également populaire chez les musulmans. Lors de la récente confrontation autour de la Mosquée Al Aqsa, il s’est rendu sur l’esplanade en solidarité avec le mufti de Jérusalem, qui est son ami personnel. C’est un bon ami des juifs orthodoxes de Neturei Karta, j’en ai été témoin en lui faisant compagnie lors d’une visite de condoléances. Il tente d’être ami aussi avec les juifs, car il reconnaît qu’ils ne sont pas près de quitter sa Palestine chérie. Et naturellement, il n’a pas la moindre animosité envers les Grecs, parce qu’il a fait ses études en Grèce, qu’il parle le grec couramment, qu’il se rend souvent en Grèce et qu’il reconnaît l’importance de la culture grecque pour les Palestiniens chrétiens.

Il ferait un nouveau patriarche parfait, qui mettrait fin à la discorde, et amènerait la paix et l’unité dans la plus vieille Eglise chrétienne, créée par le Christ lui-même. Les querelles de territoire disparaîtraient, les Grecs s’engrèneraient tranquillement avec les Palestiniens ; ils perdraient leur monopole mais préserveraient leur position importante. Bref, ce serait un personnage idéal pour incarner la décolonisation, qui permettrait non seulement aux Palestiniens natifs mais aussi à d’autres chrétiens orthodoxes de Terre sainte, en particulier aux ex-juifs russes baptisés et aux Russes ethniques, d’intégrer pleinement l’Eglise, projet qui horrifie l’actuel Patriarche Théophilos.

Il est d’ailleurs bien connu au Moyen Orient. Il s’est rendu en Syrie récemment, a visité les monastères et églises orthodoxes, et a rencontré le président Bachar al Assad qu’il admire pour sa défense des chrétiens face au carnage djihadiste. La police israélienne tout comme les médias israéliens l’ont attaqué, en réponse à sa visite chez « l’ennemi », alors qu’il ne faisait que remplir ses devoirs ecclésiastiques. Les Russes l’aiment ainsi que les Juifs baptisés en Israël (il en baptise souvent, ainsi que leurs enfants). C’est lui aussi qui nous a baptisés, ma femme, mon fils et moi, et j’en suis éternellement reconnaissant à Sa Béatitude.

Et pourtant, les militants palestiniens chrétiens qui mènent actuellement leurintifada contre le patriarche en titre pensent que la meilleure solution pour cette église tellement souffrante serait de se passer de patriarche pendant quelques années. Ils m’ont dit qu’ils préféreraient que l’Eglise soit gérée par un comité de trois évêques, parmi lesquels l’archevêque Theodosius Atallah Hanna, pendant quelque temps, ce qui donnerait à l’Eglise l’occasion d’établir de nouvelles règles pour l’élection du patriarche, de façon à en finir avec la règle héritée des Ottomans consistant à demander son consentement au souverain (autrement dit au gouvernement israélien, à l’Autorité palestinienne et au roi de Jordanie). Cette règle avait ouvert  l’Eglise aux chantages. Le gouvernement israélien refusait de donner son feu vert sauf si le candidat promettait de donner certaines terres de l’Eglise aux juifs. Les rebelles ont une idée qui va plus loin : il s’agirait de prendre des décisions en matière d’économie (biens fonciers ou salaires) en toute indépendance du patriarche. Que le patriarche gère les questions spirituelles, les laïcs sont capables de s’occuper des problèmes matériels, disent-ils.

Le patriarche attend la suite avec une certaine appréhension. Il mobilise toutes les ressources de l’Eglise pour acheter ceux qui ont du poids dans le cadre de l’Autorité palestinienne, auprès des princes jordaniens et parmi les officiels israéliens. Les Palestiniens parlent de vastes terrains promis au prince Ghazi bin Muhammad de Jordanie, pour s’attirer en retour la loyauté de la maison royale jordanienne. Les Israéliens ont d’ores et déjà reçu des cadeaux encore plus généreux, et les officiels de l’Autorité palestinienne n’ont pas été oubliés non plus.

Les Russes pourraient peser sur l’issue de la querelle, mais ils n’ont aucune envie d’interférer dans les affaires de cette Eglise sœur. En privé, ils font état de leur sympathie pour la cause palestinienne, mais ne veulent pas mettre en danger leurs rapports avec les patriarcats de Jérusalem ni de Constantinople. Ceux-ci peuvent tristement riposter en acceptant les exigences des évêques ukrainiens qui réclament une reconnaissance, et en général ils causent plus de problèmes que de juste, pour les Russes.

C’est pour cette raison qu’il est bien difficile de prédire comment la bataille prendra fin, si le rusé  patriarche sauvera sa position et la domination grecque sur l’Eglise, en garantissant chaque fois plus de terres aux gens qui sont au pouvoir, ou si cette intifada palestinienne l’emportera au final, avec une Eglise indépendante de ses colons grecs. Il est probable que la meilleure force capable de venir à bout  pacifiquement de la rivalité viendra de Grèce, du peuple grec, car il est capable de comprendre le problème et de faire ce qu’il prêche aux autres pouvoirs coloniaux, très précisément d’en finir avec la colonisation et l’occupation. Faute de quoi, le sort de la plus ancienne Eglise chrétienne au monde est incertain.

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction et note: Maria Poumier

Publication originale:  The Unz Review.

 

[1]  Voir l’article de Claire Bastié «  A Jérusalem la vente de biens de l’Eglise grecque orthodoxe provoque de fortes tensions »

https://www.la-croix.com/Religion/Orthodoxie/A-Jerusalem-vente-biens-lEglise-grecque-orthodoxe-provoque-fortes-tensions-2017-09-12-1200876239

Voir également : “Les ventes des terrains de l’Eglise aux acheteurs anonymes mettent les propriétaires sur la touche”

http://fr.timesofisrael.com/les-ventes-des-terrains-de-leglise-aux-acheteurs-anonymes-mettent-les-proprietaires-sur-la-touche/

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http://www.israelshamir.com/french/loccupation-grecque/feed/ 0
Atterrissage en douceur au Moyen-Orient? http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/ http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/#respond Tue, 24 Oct 2017 17:03:21 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3305 Les fans de Trump, cette espèce menacée et en voie de disparition, traversent des temps bien difficiles. L’admirateur le plus fervent de l’homme à la tignasse fauve n’a pas pu digérer sa bataille de mots doux avec Kim, ses menaces contre l’Iran, sa farce à l’Unesco, en gardant son sérieux. Notre seule consolation est de nous dire qu’Hillary aurait été encore pire. Est-ce que c’est un comique à contre-emploi, un bouffon ? En tout cas, Trump est en train de faire le travail ingrat de faire atterrir en douceur l’empire US.

Le vaisseau spatial géant America peut encore  s’écraser sous le poids insoutenable de ses obligations et de ses ambitions, et entraîner sous les décombres une grande partie du monde : Troisième guerre mondiale est l’autre nom de cette menace de catastrophe. Trump est un expert en banqueroutes, et il était censé arraisonner en douceur le vaisseau, avec le moins de dégâts possible,  pour les Américains du moins.

Or c’est bien ce qu’il en train d’accomplir, avec l’aide du Congrès et des media dominants. Oui,  vous avez bien lu : en limitant la marge de manœuvre du président des US, avec leur franche animosité envers ses propositions, ils sont en train d’accélérer l’atterrissage. Peut-être que ce ne sera pas aussi suave que dans nos rêves, mais n’était la résistance de l’establishment, Trump aurait pu être tenté de maintenir la nef en vol.

Le Moyen Orient est le lieu d’un énorme investissement américain depuis des années, et ici (j’écris ceci en arrivant à Tel Aviv et à Jérusalem en provenance de Moscou), le sentiment qu’un retrait US est imminent est particulièrement vif. Bien des années auparavant, l’empire britannique s’était contracté et retiré de nombre de ses colonies et possessions : c’est au tour des US maintenant.

On dit que c’est la Russie qui avance, au détriment des US qui quittent le Moyen-Orient. Ce n’est pas tout à fait exact : les Russes ne peuvent et ne veulent pas assumer de fonctions impériales dans la région, ni ailleurs. Les Russes considèrent que l’idée d’un seul Etat régissant tous les autres n’a pas survécu à la mise en pratique, et qu’elle est morte, pour notre plus grand bien. Nous voici à nouveau dans le monde multipolaire du XIX° siècle et du début du XX°, avec des acteurs différents, mais avec le même paradigme. Les Russes s’efforcent de toutes leurs forces de stabiliser la région, sans en devenir pour autant le sheriff à la manœuvre.

Ils ont réalisé leur rêve vieux de plusieurs siècles : prendre pied en Méditerranée, de l’autre côté du Bosphore. Ce  rêve avait attiré la Russie dans la Première Guerre mondiale ; et voilà qu’ils ont triomphé, sans sacrifice exagérément lourd. Maintenant ils recherchent la stabilité, et veulent que les voisins de la Syrie s’habituent à l’arrivée des nouveaux venus russes.

Les dirigeants du Moyen Orient, qui ressentent que les US sont hors-jeu, se précipitent à Moscou, tandis que les émissaires du Kremlin s’envolent pour le Moyen Orient. Ils ont à gérer et à rétablir un ordre régional après la guerre de Syrie. Il y a encore quelques confrontations séparées quoique reliées entre elles : Syrie, Palestine, Irak, Yémen, tandis que les principaux joueurs sont la Russie, les US, l’Israël, la Turquie, l’Iran et les Saoud.

L’Israël joue un  jeu dangereux : il bombarde l’armée syrienne presque tous les jours. Malgré leur bouclier antimissiles renommé, leurs S-400, les Russes ne protègent pas les cibles syriennes, mais seulement leurs propres bases. Les avions israéliens ont décidé qu’ils pouvaient survoler impunément le Liban. Parfois ce sont des vols de reconnaissance, d’autres fois des raids assortis de bombardements. Lors de leur dernier vol de reconnaissance, les jets israéliens ont rencontré des missiles anti-aériens de génération plus ancienne, et apparemment en ont réchappé sans dommage (les Syriens ont revendiqué une frappe, mais cela n’a pas été vérifié par des sources indépendantes). Deux heures plus tard, les jets israéliens sont arrivés et ont détruit la batterie de missiles syriens. Les Russes sont restés cois et n’ont rien fait. Ce silence russe a une histoire intéressante, et des conséquences importantes.

Lors de sa dernière visite en Russie, le premier ministre Netanyahou a prévenu Poutine qu’Israël ne se bornerait pas à observer tranquillement l’Iran et le Hezbollah améliorer leurs positions par rapport à l’Israël et à la Syrie, et il a demandé aux Russes de chasser les Iraniens. Poutine a refusé, mais a exprimé sa compréhension. Il a promis d’essayer de retenir les Iraniens à huit km de la frontière israélienne. Il ne pouvait guère en faire plus, même s’il l’avait voulu.

L’Iran est un allié de la Russie en Syrie et au-delà. L’Iran participe, avec la Turquie et la Russie, au processus de paix d’Astana. L’Azerbaidjan et la Russie constituent une route Nord-sud importante pour le pétrole et les marchandises ; l’Iran, la Turquie et la Russie projettent de s’associer pour fournir du gaz à l’Europe. Les Iraniens ont soutenu Moscou dans sa bataille contre les extrémistes tchétchènes soutenus par Washington, comme l’a exposé en long et en large Poutine dans son entretien avec Oliver Stone. Les rapports entre Iran et Russie ne relèvent pas du grand amour passionnel, mais d’une bonne coordination, dans la coopération.

Les Iraniens se battent durement en Syrie; sans eux, la Russie aurait eu à envoyer des troupes au sol, et Poutine renâcle à le faire sans raisons très sérieuses ; le déplaisir d’Israël n’entre pour rien là-dedans.

En marge, rappelons qu’il y a quelques troupes russes en Syrie, et qu’il y a un contractant  privé russe, habituellement connu sous le nom de Wagner (en tant que compositeur de la Chevauchée des Walkyries). Il y a eu des publications dans les media russes possédés par Soros,  soulignant de lourdes pertes parmi eux. Cependant, j’ai rencontré une personne qui a des informations de première main sur le Groupe Wagner, et il m’a dit que leur activité était fort limitée. Ils ne sont plus armés, ni approvisionnés, ni payés par le ministère de la Défense russe, comme c’était le cas pendant un temps. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, un homme à poigne de souche mongole, n’appréciait pas d’avoir des troupes indépendantes sur le terrain.

Les voilà maintenant employés par une compagnie syrienne comme gardiens de sécurité pour les champs pétroliers. Ils disent qu’ils ne sont pas aussi bien armés et rémunérés que jadis, mais ils restent quand même. Leurs pertes sont supportables, et les forces armées russes ont très peu de pertes, malgré les sinistres prédictions de 2015.

Mon ami arabe s’est rendu à Damas, sa ville natale, et il a observé que les Syriens préfèrent grandement les Russes aux Perses, parce que les Perses interfèrent pour les endoctriner, ce que ne font pas les Russes. Les Gardiens de la Révolution perses essaient de convertir les Alaouites et d’autres communautés religieuses comparables, pour en faire de bons chiites dans le style iranien. Mais ces nombreuses sectes d’origine chiite se sont constituées il y a des siècles, et ne souhaitent pas rejoindre l’orthodoxie perse. Imaginez les catholiques essayant de ramener les protestants sous la houlette romaine. En outre, les Alaouites syriens pressentent que les Iraniens sont tentés par des affrontements avec la majorité sunnite.

Pourtant, malgré tous ces inconvénients, les Iraniens sont de bons combattants, et le gouvernement syrien a besoin d’eux pour gagner cette bataille. Ils ont donné des preuves de leurs capacités la semaine dernière lorsque les forces chiites irakiennes (entraînées par les Gardiens de la Révolution) ont pris Kirkouk, de concert avec l’armée gouvernementale iraquienne,  en finissant avec le projet insensé d’une indépendance du Kurdistan iraquien. On avait annoncé que le Kurdistan serait un « second Israël », un Etat non arabe laïque amical avec Tel Aviv. Mais ce qualificatif de « second Israël » n’est pas très recommandable dans une région subissant encore les menées du premier.

Le Kurdistan  a emprunté un  chapitre au modèle israélien, et a réalisé le nettoyage ethnique des Arabes et Turkmènes, les chassant de leur fief et des zones adjacentes de Kirkouk et des alentours de Mossoul. La zone de Kirkouk avec ses champs pétroliers est d’une importance et d’une valeur particulière. Elle avait été prise par les Kurdes lorsque Daech (l’Etat islamique) avait chassé l’armée iraquienne. Daech n’a pas combattu les Kurdes, réputés avoir aidé les islamistes à s’emparer de Mossoul. Tout en étant considérés comme le « second Israël », les Kurdes ont été localement considérés comme un « second Daech », un autre projet israélo-américain pour briser la fragile unité arabe.

 

Mais, à l’inverse d’Israël, le Kurdistan n’a pas su manœuvrer. Le seigneur d’Erbil, Moussoud Barzani, s’est fait appeler « président du Kurdistan » malgré le fait qu’il n’était pas reconnu comme tel, même par les Kurdes de la seconde ville plus importante, Souleymaniye ; il s’est attribué un énorme salaire. Officiellement, il recevait plus par mois que le président Obama en un an, mais cela ne lui suffisait pas, et il a privatisé les bénéfices pétroliers, devenant de la sorte multimilliardaire.

 

Le pire, c’est qu’il était un mauvais gestionnaire. Quand le pétrole était cher, le Kurdistan a cessé de produire quoi que ce soit d’autre que du pétrole. Le reste de la population vivait de ses largesses, comme prix de leur loyauté. Quand le prix du pétrole a baissé, l’économie du Kurdistan s’est effondrée, et avec une dette nationale de 20 milliards, Barzani a décidé de doubler la mise, en déclarant l’indépendance de sa région autonome, incluant Kirkouk. Il espérait qu’Israël et les US ne laisseraient pas les Irakiens exposer son coup de bluff à tous les vents, parce qu’il avait des instructeurs militaires américains et des conseillers israéliens. En outre, il croyait au mythe de la propagande officielle sur les prouesses militaires kurdes, de ses amazones de combat.

Or voilà que les soldats kurdes n’ont pas voulu mourir pour Barzani, parce qu’ils savaient que Kirkouk n’avait jamais appartenu aux Kurdes. Ils se sont retirés après fort peu de batailles, et les milices chiites iraquiennes, entraînées par l’Iran, se sont emparées de Kirkouk au profit de l’Etat irakien. Les Israéliens étaient outrés. Trump avait trahi un allié, écrivait Haaretz, et l’Iran avait été autorisé  à prendre le dessus. C’était un grand soulagement pour tous les autres : les Arabes et Turkmènes chassés peuvent maintenant rentrer chez eux, et l’Irak, la Turquie, l’Iran et la Syrie sont bien soulagés aussi, parce qu’un Kurdistan indépendant encouragerait la sédition dans leurs Etats. Et les Iraniens ont bel et bien sauvé Damas du réel danger d’une sécession kurde.

Venons-en à la partie israélienne. La destruction d’une batterie syrienne que je viens de mentionner a entraîné des complications. Cela s’est fait le jour où Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, était à Tel Aviv. Les Israéliens ont eu beau prétendre qu’ils avaient prévenu les Russes à l’avance, c’est après-coup qu’ils l’ont fait, et Choïgou a reçu la nouvelle de son état-major, alors que son avion était déjà sur le tarmac, prêt à décoller pour quitter l’Israël. Et le pire, c’est qu’il l’a reçue sur son téléphone, nullement par une connexion sécurisée.

Choïgou était très contrarié par ce cadeau de bienvenue, et a exprimé son dépit devant ses hôtes israéliens. Ils ont répliqué fort tranquillement que tandis qu’ils prennent note des intérêts de la Russie en Syrie, ils n’ont besoin des avis de personne quand il s’agit de leur propre sécurité.

C’était probablement une erreur, tout à fait courante chez les Israéliens. Ils poussent toujours le bouchon trop loin, ils cherchent l’escalade, profondément convaincus que cela leur donnera une grande victoire. Et les résultats sont souvent malheureux.

Au fait, je me souviens quand je servais comme jeune soldat dans la guerre d’usure sur le Canal de Suez: les Israéliens en voulaient toujours plus, bombardant les villes égyptiennes et refusant les négociations, jusqu’au jour où les Russes ont déplacé leurs systèmes anti-aériens sur le Canal. Et là, les Israéliens ont perdu leur supériorité dans les airs, et ont doucement imploré un cessez-le-feu. Autre exemple : les Israéliens ont abattu le chef du Hezbollah, et le résultat, c’est que Sayed Nasrallah est devenu le nouveau chef, bien plus efficace.

Cette fois-ci aussi, leur attitude agressive a été contreproductive. Le ministre de la Défense iranien a sauté dans la brèche et a promis d’aider la Syrie à sécuriser son espace aérien. Cette offre peut avoir deux conséquences ; d’abord, que les Russes se sentent jaloux et ferment l’espace aérien de la Syrie et du Liban, contre les forces aériennes israéliennes ; ou encore que les Russes restent en marge et permettent aux Iraniens (en les assistant éventuellement) de faire le travail. Dans les deux cas, les positions iraniennes en Syrie vont progresser, et les Israéliens perdront leur liberté pour opérer au-dessus du Liban et de la Syrie.

L’intransigeance israélienne ne va probablement pas payer non plus, concernant la réconciliation palestinienne. Deux partis principaux, l’OLP (où le Fatah est majoritaire) qui gouvernait en Cisjordanie, et le Hamas régnant sur la Bande de Gaza ont réussi à réduire leurs divergences. Gaza va passer sous contrôle de l’Autorité palestinienne, et les Israéliens en ont été furieux. Ils ont toujours beaucoup apprécié la guerre froide inter-palestinienne ; cela leur permettait de dire qu’ils ne pouvaient pas négocier avec Mahmoud Abbas parce qu’il ne représentait que la Cisjordanie. Maintenant, ils ne peuvent pas plus négocier, disent-ils, parce que le Hamas est terroriste.

Ils ont posé trois conditions au Hamas : la reconnaissance de l’Etat juif, le désarmement, et la fin de la propagande anti-israélienne. Le Hamas a répondu : on verra quand les poules auront des dents. Les US ont soutenu le refus israélien, et ont dit qu’ils mettraient fin à leur soutien financier à l’Autorité palestinienne, si le Fatah et le Hamas fusionnent en un seul gouvernement.

La Russie a pris en main les efforts de réconciliation. Les dirigeants du Hamas sont allés à Moscou, et ont été bien reçus. J’étais présent lors de leur conférence de presse, et j’ai entendu leurs pronostics optimistes. Juste après eux, les gens du Fatah sont arrivés à Moscou, et ont été bien reçus aussi.  Moscou veut aller plus loin et les voir s’embrasser, ce qui va probablement devenir possible. Et qu’est-ce qui reste des menaces israéliennes ?

Maintenant les dirigeants du Hamas sont allés à Téhéran demander du soutien. Les Iraniens ont promis de les aider. L’intransigeance israélienne inutile a donc permis à l’Iran de s’introduire à Gaza sur un pied bien plus assuré. Vous me direz que la Russie et l’Iran ont joué au bon et au méchant flic. La Russie propose des initiatives de paix, et quand elles sont rejetées, alors l’Iran entre en scène avec l’alternative militaire. Au Kurdistan, c’est ce qui s’est passé aussi : les Russes ont supplié Barzani de remettre à plus tard sa requête d’indépendance, pour quelques années ; celui-ci n’a pas écouté, l’Iran est entré en scène et s’est emparé de Kirkouk.

Le ministre de la Défense israélien Lieberman a dit cette semaine que dans un avenir proche, Israël se trouvera en guerre sur trois fronts à la fois : au Liban, en Syrie et à Gaza. Sur ces trois emplacements, les Israéliens trouveront les Iraniens pour les recevoir. A moins que les Israéliens acceptent les idées russes. Et pour les US ? Trump garde encore l’option de la guerre avec l’Iran, et cela peut se produire. A partir de là, le Moyen Orient deviendrait inhabitable. Mais si les US restent en dehors du jeu, une espèce d’arrangement pacifique sera de l’ordre du possible.

La Turquie a offert un nouvel angle de vue pour la nouvelle configuration, dans la mesure où le président Erdogan a pratiquement rompu avec les US, d’une façon tout à fait spectaculaire. La police turque a arrêté un employé turc du consulat américain en Turquie. Les US ont eu la main lourde pour répondre, en cessant d’octroyer des visas aux Turcs. Les Turcs ont répondu en mettant fin aux visas pour les Américains.

Ces échanges arrivent juste après la décision turque d’acheter des S-400, le système de missiles de défense russes, ce qui navre profondément les US. Le retrait des forces allemandes de l’Otan de la base aérienne la plus importante de Turquie a pratiquement permis à la Turquie de sortir de l’Otan. Les Turcs ont également aidé la Russie et l’Iran à saboter l’indépendance mort-née du Kurdistan : ils ont fermé la frontière pour le pétrole du Kurdistan, et l’économie du petit Etat confiné est en chute libre.

Les Saoudiens, les amis préférés, de confiance, des US, ont commencé à avoir chaud. Le vieux roi Salman est arrivé récemment à Moscou pour une visite solennelle. Il a promis d’acheter de ces S-400 tellement à la mode, et s’est plaint que l’Iran soit trop actif et puissant dans la région.

Engagement plus important pour les Russes, les Saoudiens ont accepté de réduire leur production de pétrole pour maintenir les prix. Les Russes se souviennent encore du cauchemar de la fin des années 1980, quand les Saoudiens, sur demande des US, avaient baissé le prix du pétrole jusqu’à 5 dollars le baril, et ce faisant, avaient porté un coup terrible à l’Union soviétique. Il semble que les Saoudiens et les Russes fassent donc des affaires ensemble, bien tranquillement.

On n’attendait pas grand-chose de la visite royale : les Saoud n’ont plus beaucoup d’argent, et leurs promesses ne vont souvent pas plus loin. Une promesse de mariage ce n’est pas la même chose qu’un mariage, dit-on. Cependant, cette visite confirme que les pays du Moyen-Orient ont accepté la Russie comme l’un des pays clé dans la région, et c’est cela qui compte.

Voilà les principaux facteurs du remodelage  au Moyen Orient en cours. Cela se fait sous nos yeux, et il semble que les US vont pouvoir quitter cette région si instable dans un cadre de paix relative.


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adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Première publication de l’original sur  The Unz Review

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L’antisémitisme manié comme une arme http://www.israelshamir.com/french/lantisemitisme-manie-comme-une-arme/ http://www.israelshamir.com/french/lantisemitisme-manie-comme-une-arme/#respond Thu, 19 Oct 2017 17:10:03 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3307 La Palestine, avec ses paysages merveilleusement vallonnés et ses vénérables oliviers, les uns même plantés de ses mains par Marie, la Vierge, la Mère de Jésus le Christ, la femme palestinienne qui possédait une petite oliveraie près de l’actuel couvent de Cremisan à Beit-Jalla, qui porte encore son nom ; la Palestine avec ses montagnards penchés, tannés par le soleil, aux yeux bleus, et durs à la peine, ma deuxième patrie, ou peut-être bien la première, où je me trouve au moment où j’écris ces lignes, la Palestine est aussi un endroit rare sur la planète, où les gens n’ont pas peur de prononcer le mot juif.

 

J’ai un ami palestinien, le professeur de chimie à la retraite Ghassan Abdulla (nous sommes devenus amis il y a des années, quand nous tentions de faire avancer l’idée d’un seul Etat pour tous les habitants de la Terre sainte, de toute confession, idée qui est universellement acceptée dans le monde entier, dont votre pays, que ce soit les US, le Royaume Uni, la Russie ou la France, mais encore considérée comme extrêmement radicale ici). Abdulla, donc, reçoit souvent des visiteurs  d’Allemagne et d’Autriche, et sa femme vient de la partie germanophone de la Suisse. Ces hôtes font une tête  scandalisée chaque fois qu’ils entendent le mot juif, en particulier avec une connotation négative, du genre « les juifs ne nous permettent pas d’avoir de l’eau », ou « les juifs ne nous laissent pas utiliser l’aéroport », ou encore « les juifs ont déclaré un état de siège et ne nous pouvons pas aller à l’église », voire « les juifs ont tiré sur les gosses au croisement », et tant d’autres phrases semblables bien trop fréquentes dans le pays où les juifs font la loi, et où les gentils en sont réduits à obéir, ou bien ils crèvent. Les hôtes allemands cherchent instinctivement un lit pour ramper dessous et se cacher. S’ils trouvent une échappatoire, ils marmonnent « sûrement pas tous les juifs », ou encore « nous aimons les juifs » ou une ânerie de ce genre.

L’armée d’occupation US en Europe a instillé une terrible peur des juifs dans le cœur des Européens et dans leurs cervelles. C’est une peur connue depuis longtemps : l’Evangile  témoigne du fait que les gens avaient peur de parler ouvertement du Christ « car ils avaient peur des juifs » (1) Depuis lors, la peur n’a fait que croître et embellir. Et puisque cet effroi existe, il serait étrange qu’ils ne la mettent pas à profit.

Les élections autrichiennes de dimanche dernier nous en offrent une démonstration de choix. Pendant la campagne, le parti social démocrate autrichien (on simplifie en SDO) a importé un maître en coups tordus, israélien, un macher en yiddisch, Tal Silberstein, pour ruiner la réputation de son adversaire Sebastian Kurz ; il a créé une page facebook au nom de Kurz, et posté là quelques diatribes farouchement antijuives, il a organisé un groupe de fans sur FB et a rajouté des slogans nazis forts de café. L’idée était que les Autrichiens seraient refroidis et feraient le vide autour de Kurz.

 

Kurz a découvert cela et a demandé aux modérateurs de FB de mettre un terme à la chose. D’habitude, nul besoin de répéter une telle demande à FB, concernant des trucs nazis. Et une usurpation d’identité  déclenche une exclusion dans un délai raisonnable. Dans ce cas, cependant, Mr Zuckerberg et ses mignons ont traîné les pieds, renâclant à saboter  la dénonciation par Silberstein d’un antisémite. Kurz a eu de la chance, parce que Silberstein venait de se faire arrêter en Israël pour des délits relevant de la corruption. Après quoi, FB s’est débouché les oreilles et a mis fin aux pages et aux groupes créés par Silberstein. Une chance inouïe : si Silberstein avait été arrêté n’importe où ailleurs, il serait considéré comme une victime des antisémites, et son réseau empoisonné serait encore intact.

Ce Silberstein porte déjà un nom qui lui fait une place dans la palmarès de la honte : expert en relations publiques avec dessous de table, il avait été mouillé dans des affaires de pots de vin, alors qu’il dirigeait la campagne de Julia Timoshenko, en Ukraine. Celle-ci a atterri en prison, et lui en Israël. En Autriche, il a eu des malchances en série : des hackers ont éventé sa correspondance avec le SDO, ses plans sont maintenant connus du public, les dirigeants du SDO ont dû faire profil bas, et ils ont perdu les élections.

La tentative de Silberstein pour piéger Kurz en tant qu’antisémite a donc échoué jusqu’à un certain point. Mais cela ne l’a pas empêché de dénigrer un autre politicien autrichien sous prétexte de haine des juifs. Il s’agit du dirigeant du FPO Heinz-Christian Strache. La fin de l’histoire peut nous réconforter : les Autrichiens

ont préféré ces deux partis, la liste de Kurz et le FPO, malgré leur antisémitisme supposé, et ont puni le SDO, le parti cachère.

Mais avant  de nous en féliciter, voyons l’autre face de cette belle surprise. Pour sortir du guêpier et exonérer leurs partis de la calomnie juive, les deux dirigeants ont eu l’idée de proclamer leur loyauté envers Israël. Il s’y sont rendus, séparément, se sont fait prendre en photo avec Netanyahou et au Mémorial de l’Holocauste, enfin ils ont longuement expliqué devant le micro combien ils appréciaient et adoraient l’Israël.

L’accusation d’antisémitisme est une opération gagnante à tous les coups, pour les juifs. Si un politicien ne veut pas de ce que veulent les juifs, ils l’appellent antisémite, et ensuite, soit il fait ce qu’ils veulent, soit il jure allégeance à l’Israël. Dans le premier cas, c’est un libéral, dans le deuxième c’est un nationaliste. Et dans tous les cas, les juifs ont gagné.

Et ce sont les Palestiniens qui perdent. Ils sont enfermés  derrière un mur très haut ; ils ne peuvent pas partir, et les juifs rentrent chez eux chaque fois qu’ils en ont envie, pour attraper un homme et le descendre, ou pour le jeter dans une de leurs geôles innommables. De temps à autre, les juifs s’emparent d’une colline ou d’une vallée, et construisent là une enclave gardée et réservée aux juifs. Ils prennent l’eau, les champs. Si les Palestiniens ont construit par eux même par exemple une centrale électrique, les juifs la réduisent en miettes. Ils disent qu’autrement, les Palestiniens sont capables de se servir de l’électricité pour fabriquer des armes afin de tuer des juifs. Il vaut mieux que ce soient les juifs qui leur en vendent : l’UE paye pour une partie de celle-ci, l’Autorité palestinienne paye pour le reste, et l’argent tombe dans les poches juives, tandis que les juifs gardent le contrôle de l’énergie électrique.

Est-ce que vous pouvez lire le paragraphe ci-dessus sans une certaine gêne ? Si ce n’est pas le cas, vous êtes aussi parmi les victimes des chasseurs d’antisémites. Je n’aime pas particulièrement les gens qui détestent les juifs, mais ces chasseurs d’antisémitisme sont pires, bien pires, parce qu’ils causent des dommages bien réels, et non pas imaginaires.

Voyez le cas de Weinstein, le branleur d’Hollywood, c’est un chasseur d’antisémites typique, qui rêve de flinguer les goys comme dans son film Basterds, ou de tringler les shiksas dans la vie réelle. Il a appelé à botter le cul aux ennemis des juifs, à s’organiser « comme la mafia a su le faire » alors que ces lascars pourraient donner à la Mafia une ou deux leçons. Il forçait les filles non juives à des relations sexuelles parce qu’il n’était qu’un simple gosse de juifs du Bronx qui rêvait de revanche, a écrit l’éditorialiste   du site juif  Tabletmag.com: « inutile de dire que presque toutes ces femmes étaient non juives, de quoi alimenter ses délires vengeurs de champion qui s’était créé des passerelles à partir de ses origines sémitiques et avait su s’élever hors de sa banlieue ». Au gala d’Algemeiner à New York, Weinstein a déclaré : « j’adore Israël, j’adore ce que défend Israël, je suis fier d’être juif, je suis israélien par le cœur et par l’esprit. »

Chaque fois qu’un gosse palestinien est abattu, chaque fois qu’un olivier est déraciné par les bulldozers juifs, Weinstein et Silberstein sont complices du crime.

Maintenant en Angeleterre, il y a une terrible chasse aux antisémites au sein du parti travailliste ; l’idée est de démolir Jeremy Corbyn, de restituer le parti à la bande Blair et de son maître payeur Madelson, qui a dit : « Je tente de couler Jeremy Corbyn tous les jours », avec des accusations d’antisémitisme. Corbyn fait tout ce qu’il peut pour se couvrir de ce côté-là. De braves gens, des militants solides ont été expulsés pour des raisons futiles, si les juifs demandaient leur tête. Même le vieux professeur Moshe Machover, un universitaire et un socialiste israélien, qui réside depuis longtemps au Royaume Uni, a été chassé du parti travailliste, sur ordre de l’ambassadeur israélien au Royaume Uni.

Les US représentent le pire cas de crainte des juifs. Les Américains en ont si peur qu’ils expriment leur amour servile des juifs à tout bout de champ. Pas en privé, de fait. J’ai rencontré certains dignitaires américains : chaque fois qu’ils ont cru ne pas être écoutés ou enregistrés par la NSA, ils ont parlé tout à fait librement de l’impossibilité pour eux d’échapper à  l’étau du vice juif. Mais en public, jamais ils n’auraient rien dit de contraire au bon vouloir juif. Je ne connais qu’une députée qui ait osé, C’est Cynthia McKinney. Elle a perdu son siège, mais elle a gagné les cœurs. Une personne « de couleur », comme vous dites aux US, qui est la plus blanche de tous.

Voyez maintenant la situation de Donald Trump. Depuis le début de sa carrière politique, chaque jour ou deux fois par jour, il répète qu’il n’est pas un antisémite. Et il se trouve de plus en plus attaché à Israël, pour le prouver.

Il fait tout pour Israël. Il a claqué la porte de l’Unesco parce qu’ils ne sont pas assez obéissants envers Israël, alors qu’ils ont piétiné leur propre règlement pour élire la juive franco-marocaine Azoulay à leur tête, juste pour faire plaisir à Trump et à Netanyahou. Il a bousillé l’accord nucléaire avec l’Iran, parce que c’est Netanyahou qui le lui demandait. Et malgré cela, tous les jours, les juifs hurlent que c’est un antisémite ; aujourd’hui même, au moment où j’écris ces lignes, ils le traitent d’antisémite parce qu’il a recommandé au sénateur Chuck Schumer de faire le point avec Israël sur sa position au sujet de l’accord nucléaire avec l’Iran (2).

 

Avec Netanyahou, voilà que Trump prépare maintenant une guerre civile inter-palestinienne, ou du moins il bloque la voie palestinienne pour régler leurs problèmes internes. Depuis 2006, les Palestiniens ont été divisés entre le Fatah et le Hamas. Maintenant ils veulent constituer un gouvernement de coalition et organiser des élections proprement démocratiques, comme ils l’avaient fait en 2006. Israël est contre, naturellement, comme ils sont contre toute tentative pour en finir avec les effusions de sang dans la région. Les juifs veulent plus de guerre dans tous les cas de figure, qu’il s’agisse de la guerre Iran Irak puis de la guerre contre le terrorisme puis de la guerre en Syrie, ils sont toujours pour la guerre, mais ils tiennent particulièrement à ce qu’il y ait une bonne guerre civile palestinienne. Et c’est là que les US interviennent, en disant que le Hamas est terroriste et que les US vont bloquer l’Autorité palestinienne devant les tribunaux comme au niveau des banques, s’ils acceptent le Hamas.

Les juifs continuent donc à se servir de cet outil merveilleux, la chasse aux antisémites. Même s’ils ne détruisent pas leur ennemi – Trump n’est pas à terre, Corbyn non plus, Kurz non plus – ils obligent les politiciens qu’ils attaquent à soutenir Israël encore plus. Pile tu perds, face je gagne. Or c’est le chemin de la perdition.

La seule façon de se sortir de là est de rendre les gens insensibles à l’accusation d’antisémitisme. Voilà pourquoi j’applaudis à certaines publications bien pugnaces sur le site Unz.com et ailleurs, car même si ce n’est pas tout à fait honnête, cela contribue toujours à désensibiliser le lecteur.

Certains bons militants juifs suggèrent de manœuvrer en sens contraire: « combattez l’antisémitisme, ne leur passez rien, disent-il, l’antisémitisme est contreproductif. » Il y en a, des bons militants juifs, pour sûr. Par exemple, Philip Weiss ou Norman Finkelstein. Et de temps en temps, ils tirent sur des antisémites supposés, par exemple sur l’écrivain et musicien israélien Gilad Atzmon. Je ne veux pas discuter avec eux, parce qu’ils font du bon boulot, mais pas quand ils se joignent aux chasseurs d’antisémites. Il n’y a rien à dire si on n’aime pas telle ou telle affirmation ou tel mot d’ordre anti juif ; en fait, c’est inévitable parce que la critique des juifs a plusieurs visages. Mais il y a de la marge, entre faire la grimace et se retrouver dans le camp de Netanyahou et de Weinstein.

L’âme des politiciens goys est tellement fragile, ils sont si craintifs devant les juifs qu’il vaut mieux ne pas les traumatiser en leur suggérant qu’il y a certains affreux antisémites qu’il faudrait affronter. Chaque vote juif perdu sera bien compensé par les votes gagnés. C’est le bon moment pour se débarrasser du joug juif, tout spécialement si ce joug est en fait un blocage purement psychologique.

Les gens peuvent ne pas aimer les gitans, les immigrants qui arrivent en masse, les banquiers, remettre à leur place les journalistes et les machers. Il est parfaitement acceptable de ne pas aimer les juifs, ce n’est pas contraire à la loi. Aucune obligation de compenser cela en pliant le genou devant l’Israël.

Si vous gardez cela présent à l’esprit, nous libèrerons la Palestine; mais si vous ne le faites pas, la guerre est inévitable.

Notes:

(1) Jean  mentionne expressément la peur des juifs quatre fois, en particulier 20 : 19.

(2) Le tout de Trump est “antisémite” dans la mesure où  il remet en lumière la question de la souveraineté US

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction et notes: Maria Poumier

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Le gang de Lucy Stein est entré dans Moscou http://www.israelshamir.com/french/le-gang-de-lucy-stein-est-entre-dans-moscou/ http://www.israelshamir.com/french/le-gang-de-lucy-stein-est-entre-dans-moscou/#respond Tue, 19 Sep 2017 23:15:39 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3290 Est-ce que la Ligue des fans de Poutine peut gagner les élections municipales à New York? Pas de danger, marmonnerez-vous, à raison probablement. Et pourtant, la semaine dernière, aux élections municipales, les forces pro-US ont mis le grappin sur un tiers des sièges à Moscou. C’est un choc, étouffé par le silence des médias tant sur l’élection que sur ses résultats.

Normalement, je ne me mêle pas trop de la politique intérieure russe (tout le contraire pour ce qui relève des affaires  étrangères). C’est de la cuisine de clocher, opaque et nullement démocratique. Ceci est valable dans chaque pays que je connais, mais en Russie, il n’y a même pas de compétition. Les conseillers du Kremlin tentent de figer les résultats avec autant de subtilité que pour les primaires démocratiques sous le règne de Debbie Wasserman Schultz. Cette fois ils ont eu une idée brillante au premier abord ; ce serait super si très  peu de gens allaient voter, disons, seulement ceux qui seraient nécessaires pour valider l’élection. De la sorte, pas de frais de publicité, de publication de programmes, de couverture par la télé. Les gens étaient vaguement au courant qu’il y avait des élections municipales, mais l’affaire était si insignifiante que très peu de gens se sont dérangés pour voter : à peine plus de 10% des inscrits. Mais le subterfuge cynique a lamentablement échoué.

 

A Moscou (la seule partie de la Russie qui compte) les trois grands partis d’opposition, les communistes, les nationalistes et les socialistes proches du Kremlin, ont été décimés. Leurs votes avaient été raflés par les libéraux pro-occidentaux, qui se décrivent eux-mêmes comme ceux qui « ont les bons gènes », « les bonnes têtes », à la « poignée de main franche », une série d’épithètes qui ont à voir, dans l’esprit des Russes, avec la judéité prospère, en quelque sorte, ou avec la nomenclature soviétique juivifiée. Les noms les plus connus  comportent Lucy Stein, une jeune journaliste juive relativement connue, qui montre des moulages de sa poitrine dans ses campagnes d’opinion et qui a filmé un montage ou l’on voit un petit garçon brutalisé par la police de Poutine. Autre personnage, Maxim Katz, jeune activiste juif qui a organisé la livraison bruyante des fleurs à l’endroit où Nemstov avait été assassiné, en touchant une commission juteuse, dit la rumeur.

Ces jeunes gens  (ils n’ont pas trente ans) étaient cornaqués par Dmitry Gudkov, membre  du parlement russe et fils d’un membre du parlement russe. Ça rappelle la chambre des Lords, mais Gudkov senior est un ex-colonel du KGB, un oligarque et le propriétaire d’une entreprise d’huissiers, tout à la fois, pedigree plutôt trivial. Les troupes de Gudkov avaient constitué une coalition avec Yabloko (la pomme, en russe) un parti libéral de quelque visibilité pendant les années Eltsine. Ils sont contre la politique de Poutine, pour la restitution de la Crimée à l’Ukraine et pour une alliance avec l’Ouest libéral.

Les autres partis n’ont pas fait attention, tandis que les libéraux prenaient soin de se préparer pour ces élections négligées, et ils ont envoyé leurs votants aux urnes. Pour cela, ils avaient importé une technologie américaine, et l’un des assistants de Sanders, né en Russie, Vitali Shklyravor, qui était venu mettre au point ce qu’ils appelaient une « Uber politique », une application web pour que leurs candidats occupent le terrain et gagnent des votes. Et ils ont déployé des moyens bien plus importants que leurs concurrents.

C’était donc ça, la démocratie en action ? Voyons, c’était un exemple éclatant d’ingérence réelle dans des élections à l’étranger! Alors que les enquêtes du FBI n’ont toujours pas produit la moindre preuve tangible d’une interférence russe dans les élections US, et que l’audit de Facebook a révélé qu’il y avait eu injection de 150 000 dollars en campagnes publicitaires pour des entités pro-Kremlin entre 2015 et 2017, l’interférence US dans les récentes élections de Moscou a été vaste, puissante, et efficace. Les forces pro-US ont dépensé plus de soixante millions de dollars à Moscou seulement, selon les estimations les plus conservatrices, et probablement bien plus. Et ces fonds venaient de l’étranger.

L’idée d’une ingérence russe dans les élections US était flatteuse mais sotte. Les Russes ne jouent pas dans la même ligue en matière d’ingénierie politique. Les Américains maîtrisent la chose, s’étant entraînés dans un environnement concurrentiel. La seule chance pour les Russes d’avoir des élections honnêtes  était d’adopter une autre technologie     américaine, autrement dit de livrer bataille contre l’interférence étrangère. Le Kremlin pouvait et aurait dû contrôler les voies d’accès de chaque opération du gang Stein-Katz, et agir avec la même rudesse que les Américains avec l’interférence russe imaginaire. Mais est-ce qu’ils auraient voulu le faire ? J’en doute. Ceux qui ont mal manœuvré dans les élections feront tout ce qu’ils peuvent pour étouffer la chose. Pas un média russe important ne s’en est fait l’écho, sur ordre direct du Kremlin.

Nous avons des preuves de l’interférence US dans les élections russes : un aveu du coordinateur de Russie ouverte, une entité politique créée par Michael Khodorkovsky. Cet oligarque, jadis l’homme le plus riche de la Russie, a passé neuf ans derrière les barreaux en Russie pour évasion fiscale massive, escroqueries, crimes en bande organisée et complot pour commettre des meurtres, un vrai requin dans les eaux fangeuses des affaires et de la politique russe.

M Khodorkovsky était un agent d’influence américain depuis des années. Après avoir été pardonné par Poutine, il s’est installé à l’étranger et il est devenu le centre de la campagne clandestine pour un changement de régime en Russie. Avec d’autres oligarques exilés et recherchés, Nevzline, basé à Tel Aviv, et Chichvarkine, basé à Londres, Khodorkovsky achemine des fonds pour l’opposition pro occidentale en Russie.

Sa coordinatrice Maria Baronova était jadis très proche de Khodorkovsky mais s’en est séparée il y a quelque temps. Sur sa page Facebook elle admet que « Gudkov et Katz sont le projet secret de Khodorkovsky » tandis que d’autres éléments de l’opposition constituent le projet public de Khodorkovsky. En d’autres termes, toute la campagne avait été organisée depuis Washninglton, ou bien depuis Langley, la base aéronautique.

Comme nous l’avons appris par les câbles du Département d’Etat publiés par Wikileaks, c’est dans les habitudes de la CIA pour orchestrer des changements de régime: au lieu d’envoyer de l’argent directement à l’opposition, ils emploient les oligarques comme intermédiaires. C’est le canal utilisé en Syrie depuis 2006, tout comme au Liban, et maintenant  cela s’applique à la Russie.

Les gagnants des récentes élections municipales à Moscou n’étaient pas simplement les « bonnes têtes »  de la nomenclature, mais des agents stipendiés de l’Etat profond US. Ils ont mis en œuvre l’expérience US, et l’argent US. Elle est là, la vraie interférence, pleinement victorieuse, et les organisateurs s’en sont très bien tirés.

Le système politique post soviétique tel qu’organisé par les conseillers de Poutine devrait partager la responsabilité du désastre. Communistes, nationalistes de Zhirinovsky et socialistes de Mironov ont été domestiqués si efficacement qu’ils ont perdu toute espèce de culot, de volonté de pouvoir, de désir de victoire, et leurs électeurs de même. Les gens ne s’intéressent plus à eux. Le parti au pouvoir Russie Unie n’est guère en meilleur état : c’est un clone du CRSU inoffensif, le dernier   parti communiste soviétique qui avait été démantelé par Gorbatchev et Eltsine sans la moindre objection de la part de leurs millions d’affiliés. C’est un parti de gens qui veulent avoir le pouvoir et les privilèges afférents, c’est tout.

 

L’Ukraine avait été dirigée par un parti semblable, le Parti des régions. Dirigé par Victor Yanoukovitch, ce parti s’est effondré après le coup d’Etat, ses membres ont quitté le bateau qui sombrait aussi vite que possible. Russie unie prendra la fuite aussi, en cas de problème ; ils assisteront impuissants à l’entrée de Khodorkovsky au Kremlin, et ils applaudiront probablement. Les 70% de voix pour Russie Unie ne garantissent en rien leur soutien à la démarche indépendante de Poutine. Il vaudrait mieux pour Poutine s’appuyer sur des cadres en nombre plus réduit, mais fiables et dévoués à sa personne. Lénine disait : « un petit anchois vaut mieux qu’un gros cancrelat ». Cela vaut aussi pour d’autres pays, comme l’ont découvert Trump et Corbyn : ils ne peuvent absolument pas compter sur leurs grands partis. Ils feraient mieux de parier sur un petit parti solide constitué par leurs soutiens les plus fidèles.

Les porte-paroles du Kremlin se veulent rassurants en soulignant les pouvoirs très limités des députés élus. Selon la loi, ils ne peuvent gérer que les affaires strictement municipales. Cependant, il n’est pas rare que des entités de ce genre accroissent leur pouvoir dans une situation révolutionnaire. En France, en 1789, le parlement élu devait être simplement un organe de conseil pour le monarque, mais il a rapidement confisqué tous les pouvoirs et tranché la tête au roi. En URSS, en 1991, le parlement de la Fédération russe avait très peu de droits, et il était sous la coupe du parlement soviétique, mais il s’est attribué tous les droits, et c’est lui qui a brisé l’URSS.

Oubliez Navalny. Il va peut-être falloir nous habituer à l’idée que le prochain président de la Russie s’appelle Maxime Katz, et que Lucy Stein soit son Premier ministre. A moins que Poutine gagne des points lors des prochaines élections présidentielles.

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Première publication en anglais: The Unz Review.

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Qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos! http://www.israelshamir.com/french/quon-mapporte-la-tete-de-jeff-bezos/ http://www.israelshamir.com/french/quon-mapporte-la-tete-de-jeff-bezos/#respond Fri, 11 Aug 2017 22:55:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=article&p=3286 Voici l’appel que Donald Trump devrait lancer ce matin: “Qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos!” (1). C’est le bon moment frapper un bon coup dans la bagarre contre la Lügenpresse. Tous ses efforts pour retenir le vaisseau en perdition de la société US sont vains, tant qu’il prend l’eau par le fond. Si les Fake News applaudissent toutes les ordures qui le chahutent à chaque nouveau décret présidentiel, que restera-t-il de ses décrets : des curiosités pour collectionneurs. Des dépouilles bizarres de la présidence abrégée de Donald Trump. Les médias spécialisés dans les bobards ont si bien ridiculisé le POTUS que ce colosse à la belle mèche flamboyante a déjà rétréci à la taille d’un petit doigt lilliputien.

Trump ne peut pas pas s’en tirer par des initiatives en politique étrangère. Oubliez la Corée du Nord, qui s’y frotte s’y pique, c’est un hérisson, on ne sait pas par où l’attraper ni pour quoi faire. Tout ce que Kim veut signifier à Trump c’est « je ne suis pas une cible facile, va te faire voir ailleurs ». La Corée du Nord est-elle dangereuse ? Seulement pour ceux qui veulent lui marcher sur les pieds.

Le personnage de P G Wodehouse Mr Mulliner discutait avec le lobby anti-tabac: “Ils viennent me dire que s’ils mettent deux gouttes de nicotine sur la langue d’un chien, l’animal clamse aussitôt ; mais quand je leur demande s’ils ont déjà essayé ce truc enfantin : ne pas mettre de nicotine sur la langue du chien, ils n’ont rien à répondre. Ils sont abasourdis. Et ils repartent en marmonnant qu’ils n’y avaient jamais pensé avant ».

C’est un schéma tout à fait valable s’agissant de la Corée du Nord. Vous n’avez qu’à essayer le truc enfantin de ne pas interférer avec ces gens, de ne pas leur envoyer de troupes, de bateaux ni d’avions. Si vous voulez vraiment obtenir quelque chose de la Corée du Nord, déplacez vos troupes et envoyez vos flottes aériennes ailleurs, par exemple à Norfolk en Virginie ; elles seront bien plus appréciées là-bas. Et on vous félicitera pour votre sagesse, aussi bien chez les Sud-Coréens que chez les Japonais, sans parler de votre base sociale aux US.

Les média-menteurs vont sûrement dire que vous avez eu les pétoches et que vous avez pris la fuite devant le gros Kim. Mais ils vont dire quelque chose de répugnant de toute façon. Et si vous alliez déclencher un holocauste nucléaire sur la Corée, ils écriraient : il l’a fait parce que les agents du FBI de Mueller ont fouillé le domicile de Pul Manaforte et ont découvert que c’est un espion russe.

Donald, écoute : ils n’ont prêté aucune attention à la grande victoire que vous aviez remportée la veille, quand ton Secrétaire d’Etat et toi avez convaincu les Russes et les Chinois de voter pour le projet de sanctions contre la Corée au Conseil de sécurité. C’était une de ces victoires diplomatiques qui comptent, mais la Lugenpresse n’en a pas touché mot.

Venons-en au fait. Ton ennemi ce n’est pas Kim, ton ennemi, ce sont vos medias qui donnent le la. D’accord, ce ne sont pas les seuls, mais si cet ennemi-là, tu le terrasses, les juges obéiront, les députés rentreront dans le rang, Mueller retombera dans l’oubli. Il y a juste un problème, c’est comment maîtriser cet ennemi têtu.

Tu as essayé de créer la Trump TV avec de vraies actualités, et tu as été à juste titre ridiculisé de tous les côtés. Même si Kayleigh McEnany n’est pas désagréable à regarder, ce style de TV est démodé jusqu’en Arabie saoudite. Les Saoudiens préfèrent regarder les émissions interdites, sur al Jazeera.

Tu ne peux pas bombarder le quartier général du New York Times ou de CNN. Est-ce que ça veut dire que tu es vulnérable sur tous les flancs? Oui, bien sûr, tant que tu ne provoques pas une certaine trouille chez les Maîtres du discours et leurs alliés. Ton compère Poutine s’était trouvé jadis dans la même situation que toi maintenant, jusqu’au jour où il a fait arrêter l’oligarque  Mr Khodorkovsky, en 2003.Quand l’homme le plus riche de Russie s’est retrouvé en taule pour dix ans, ls seigneurs de la presse russe ont vu la lumière. Ils ont compris que le jeu devenait dangereux.

La classe médiatique américaine n’est pas différente. L’épouse du colonel et Judy o’Grady sont des sœurs sous leur peau, disait Rudyard Kipling. Montrez leur un patron de médias rossé à mort, et elles deviendront beaucoup, beaucoup plus raisonnables.

Et là, je me permets de te suggérer d’aller voir du côté de Jeff Bezos, avant toute chose et sans plus attendre. C’est lui, le père de la crise nord-coréenne, qu’il en soit la première victime. C’est lui qui a prétendu que les Coréens fabriquaient ces ogives nucléaires qui ont déclenché la crise. Et il a fait ça, le salaud, juste le jour de l’anniversaire de la pire atrocité de tous les temps, la crémation d’Hiroshima.

S’il doit y avoir une guerre nucléaire, on pourra l’appeler la guerre de Jeff Bezos.

Jeff Bezos est l’homme le plus riche de la planète. S’il y a quelqu’un qui mérite d’être haï, c’est bien lui. Saute-lui dessus, Donald, fais-lui la peau. C’est une cible facile, grâce à la Corée du Nord. Un nouveau-riche, sorti de nulle part. Pas de vieille fortune chez ses aïeux, pas de vieille camaraderie d’anciens copains de promo. Qui voudra le soutenir ? La CIA ? Coupe donc dans le budget de la CIA, prélève la somme exacte qu’ils paient à Bezos, et les barbouzes comprendront le message.

Mets le grappin sur ses annonceurs publicitaires. Chasse ses reporteurs de la Maison blanche. Demande, que dis-je, exige du FBI qu’il fasse une enquête sur ses agissements. Un type riche comme Bezos a forcément commis des tas de saletés, aucun doute là-dessus. Si le FBI n’est pas capable de les découvrir, ses crimes, saque le chef du FBI, et prends quelqu’un qui saura y faire. Attire sur sa tête toute la haine du monde. Et quand il sera en route pour la prison, tu le découvriras : les autres vont devenir bien plus prudents, et  tenir leur langue. Et encore mieux : confisque-lui ses profits mal acquis et reverse-moi tout ça dans un bon système de soins pour chaque Américain. Ça devrait suffire. Il est probable que tu pourras payer tous les loyers des étudiants au surplus. Et là, tu seras en mesure de procéder à tes réformes si nécessaires.

Mais le plus grand crime de Bezos ne relève pas de la loi. Il a fait main basse sur le Washington Post, massacré la réputation du glorieux journal de jadis, le journal de Bernstein, de Woodward, de Seymour Hersh et de tant d’autres magnifiques journalistes et reporteurs américains. Il a fait d’un vénérable quotidien un torchon de propagande en nommant un chef de campagne à la place d’un professionnel. Si Lenovo n’a pas le droit d’utiliser le nom d’IBM, alors qu’ils ont acheté la firme, Bezos ne devrait pas être autorisé à utiliser le nom de ce bon vieux Wash Post. Il n’a qu’à l’appeler le Bezos Post

On l’aura compris, la campagne contre Bezos, ce n’est pas contre la liberté de la presse, au contraire, c’est pour sauver la presse de la pompe à phynance.

Allez, Donald, démarre donc chacune de tes journées avec un grand cri : « qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos ! »

(1) Jeff Bezos est le patron d’Amazon. Or les chercheurs liés à Bob Sanders sont en train de nous révéler les liens solides qui unissent Amazon à la CIA: amazon soutient les crimes de guerre,la propagande de guerre et la suppression de la liberté d’expression. Voici le dossier à suivre de très prês: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/aou2017/ama1-a17.shtml , et la deuxième partie: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/aou2017/ama2-a18.shtml

Pour joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction et note: Maria Poumier

Original publié par The Unz Review.

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