French – Israel Shamir http://www.israelshamir.com Ideas that will Derail the descent to Barbarity Tue, 14 Nov 2017 17:55:03 +0000 en hourly 1 https://wordpress.org/?v=4.9 Les juifs et la guerre http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/ http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/#respond Wed, 08 Nov 2017 18:30:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3309 De temps à autre, on a un observateur qui remarque une action juive concertée, et qui en fait part pro bono publico. Soit c’est le fait que les Juifs soutiennent l’immigration du Tiers monde, soit que les Juifs combattent les monuments mémoriels, ou encore, plus récemment, que les Juifs font la promotion de la guerre contre l’Iran. Aussitôt ceux-ci ripostent avec une contre-attaque massive et véhémente, et rendent la vie très difficile à l’observateur trop bavard. Puis le sujet passe à un second plan, parce que chacun est échaudé, ou ne sait pas comment faire avancer le débat, mais le problème reste entier.

Voici un exemple récent de cette séquence, un article de Philip Giraldi paru sur Unz.com qui fait encore des vagues sur le web. Il a déroulé une liste de Juifs qui soutenaient l’invasion de l’Irak, et qui poussent maintenant les US à attaquer l’Iran :
“David Frum, Max Boot, Bill Kristol et Bret Stephens, Mark Dubowitz, Michael Ledeen… eh bien, euh, ils sont tous juifs, et la plupart d’entre eux se qualifieraient de néo-conservateurs.” [Le 21 septembre, Giraldi a été congédié par un simple coup de fil du American Conservative, organe où il écrivait depuis 14 ans, ndt]
Giraldi a proposé de tenir les Juifs hors des positions d’influence en matière de politique étrangère, de façon à préserver les US des guerres dont ils n’ont aucun besoin. Giraldi écrivait : « Nous n’avons pas besoin d’une guerre avec l’Iran simplement parce que c’est Israël qui en veut une, et que quelques riches et puissant juifs américains sont heureux de nous la fournir clés en mains ».

De fait, le journal Ha aretz avait publié à l’époque, en avril 2003 : “La guerre en Irak a été conçue par 23 intellectuels néo-conservateurs, la plupart juifs, qui poussent maintenant le président Bush à changer le cours de l’histoire. Deux d’entre eux, les journalistes William Kristol et Charles Krauthammer, disent que c’est possible.”

Moi aussi j’avais publié dans la même veine lors de l’invasion de l’Irak, et c’est une bonne chose de voir que cette thèse n’est pas morte mais ressurgit de temps à autre. On pourrait ajouter que ce sont les mêmes personnes qui poussent à un conflit avec la Russie, qui diabolisent Poutine et qui attaquent Trump, malgré le fait que notre bonhomme orange tente de combler leurs moindres désirs comme un vrai père Noël.

Tout à fait d’accord avec Giraldi sur la maladie, venons-en à la question du remède. Cela servirait-il à quelque chose de maintenir les Juifs à l’écart de la politique étrangère ? Les US avaient ils échappé aux guerres avant l’ascension des Juifs à la fin des années 1960 ? Avant cette époque-là, les Juifs n’étaient guère à des postes en vue, et n’étaient certainement pas sur-représentés dans l’establishment. Ethel et Julius Rosenberg, couple de juifs, avaient été grillés sur la chaise électrique en 1953, ce qui n’avait pas soulevé d’objections particulières. Mcarthy terrifiait les juifs. Le mot Holocauste n’était pas encore apparu, avant 1968. On tenait encore les juifs hors des clubs et des hautes strates de la politique. L’Etat d’Israël avait été menacé en 1956 par les US plutôt qu’assisté.

Et pourtant, les US libres de Juifs avaient livré en Corée une terrible guerre de trois ans (1950-1953), au Viet-Nam (jusqu’en 1974), avaient envahi et provoqué le changement de régime au Guatemala et en Iran, avaient violemment interféré dans les élections en France et en Italie, et avaient livré la féroce Guerre froide contre l’URSS. Dans toutes ces campagnes, les juifs des US étaient dans le camp de la paix, et contre la guerre. Ils n’étaient nulle part au pouvoir lorsque les US avaient livré leurs guerres contre l’Espagne et le Mexique. Les US non juifs avaient organisé un coup d’Etat en Iran, et c’est le président Carter, ni juif ni pro-Israël, qui avait tenté d’envahir l’Iran. Les Juifs n’étaient pas impliqués dans la conquête de Panama, dans l’intervention au Nicaragua, dans l’opération sur l’île de la Grenade.

Peut-être parce que les juifs avaient quitté les théâtres de guerre d’Amérique latine pour le Moyen Orient. Une Amérique moins influencée par les juifs envahirait plutôt le Venezuela que l’Iran. Mais faut-il vraiment s’en réjouir ?

L’idée de corriger ou de canaliser une influence juive excessive est raisonnable, mais y parviendrait-on en maintenant Kristol et Krauthammer loin des medias (une excellente idée au demeurant)?
La prééminence juive aux US est intrinsèque à la culture US et à ses traditions. C’est Karl Marx qui écrivait (dans La Question juive, en 1844) qu’en Amérique du Nord, « la domination pratique du judaïsme sur le monde chrétien s’est installée comme l’expression même de ce pays, son expression sans ambiguïté et normale. » Il disait que tous les Yankees étaient des juifs, se conduisent comme des juifs, aspirent à être des juifs et se faisaient même circoncire comme les juifs. De sorte qu’il était naturel que les juifs pour de vrai réussissent mieux à se conduire en juifs que leurs voisins gentils. Werner Sombart ajoutait que les juifs étaient à la pointe de ce pays depuis le début de la conquête européenne, et qu’ils avaient créé le capitalisme de style américain avec la tournure qui leur convenait. Les juifs occupent les cimes en ce moment parce que l’Amérique est un produit construit et modelé pour les juifs, sur mesure, disait-il.

C’est cela qu’il faudrait corriger, et alors les scribes juifistes comme Krauthamers ne pourront plus s’en donner à cœur joie en nous précipitant dans les guerres. Cessez de souscrire au modèle de la réussite juive, et les juifs ne pourront plus peser sur le Sénat. Rendez chrétiens les US, selon l’enseignement du Christ, partagez le travail et la richesse, aspirez à servir Dieu et non Mammon, que les premiers soient les derniers et les derniers les premiers, aimez votre prochain et donc votre voisin : là le problème sera résolu.

Si c’est un commandement trop ambitieux, changeons de niveau. Chasser de leur piédestal les Ledeens et les Frum (et j’estime qu’ils méritent largement le goudron et les plumes) ne servira à rien tant que les juifs riches ne sont pas délestés de leur butin mal acquis. Sans la richesse juive excessive, il n’y aura plus d’incitation excessive des juifs à la guerre. Et dans la mesure où plus de la moitié de toute la richesse des US se trouve entre les mains de quelques juifs, libérer cette force aura un effet colossal pour améliorer l’existence de chaque Américain, et même de chaque personne sur terre.

Et pourquoi s’arrêter là ? Les super riches non juifs sont aussi juifs que n’importe quel juif. Ils partagent les mêmes aspirations. Arrachez-leur donc leurs avoirs. Qu’est-ce que ça peut nous faire, que Jeff Bezos soit juif par le sang ou par ses croyances, ou qu’il ne le soit pas? Il se conduit comme un juif, et c’est suffisant. Etablissez un plafond pour la fortune, en contrepartie du salaire minimum. L’idée a fait son chemin : Jeremy Corbyn a déjà appelé à l’implantation du salaire maximum. Les impôts peuvent contribuer facilement en ce sens, dans la merveilleuse Suède des années 1950, la tranche d’impôt supérieure était taxée à 102%. On peut atteindre le même but d’une façon plus réjouissante en mettant “à poil’ en place publique à Washington les hommes les plus riches, pour le Mardi-Gras. Il ne faut pas que cela apparaisse comme une punition pour leurs excès de zèle, au contraire, c’est une assistance sur la voie de leur progrès spirituel. Trop de richesses emprisonnent l’esprit !

Ce serait excellent pour les juifs et pour tous ceux qui sont concernés par le problème: tant que la richesse juive moyenne aux US stagnait en dessous de la moyenne (c’est-à-dire aussi longtemps que les Juifs ont été moins riches que les Gentils), les juifs agissaient dans l’intérêt du peuple. Vers 1968-1970, ils ont commencé à devenir plus riches que tous les Américains, et voilà : ils ont cessé de se battre pour le bien commun.
Les juifs pourraient devenir une force positive à condition que leur tendance excessive à amasser des biens matériels soit verrouillée. C’est ce qui s’est passé en URSS : comme les juifs ne pouvaient pas faire d’argent, ils se sont mis à faire des sciences et ont travaillé au bien commun. Même les oligarques pourraient devenir de bons managers au lieu d’être un châtiment pesant sur la nuque de toute la société.
Ce n’est pas plus compliqué que de chasser Max Boot du business de l’écriture. Alors pourquoi se contenter d’un palliatif quand on peut viser la jugulaire ?

adam@israelshamir.net

Traduction: maria POUMIER

Première publication: The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/les-juifs-et-la-guerre/feed/ 0
Atterrissage en douceur au Moyen-Orient? http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/ http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/#respond Tue, 24 Oct 2017 17:03:21 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3305 Les fans de Trump, cette espèce menacée et en voie de disparition, traversent des temps bien difficiles. L’admirateur le plus fervent de l’homme à la tignasse fauve n’a pas pu digérer sa bataille de mots doux avec Kim, ses menaces contre l’Iran, sa farce à l’Unesco, en gardant son sérieux. Notre seule consolation est de nous dire qu’Hillary aurait été encore pire. Est-ce que c’est un comique à contre-emploi, un bouffon ? En tout cas, Trump est en train de faire le travail ingrat de faire atterrir en douceur l’empire US.

Le vaisseau spatial géant America peut encore  s’écraser sous le poids insoutenable de ses obligations et de ses ambitions, et entraîner sous les décombres une grande partie du monde : Troisième guerre mondiale est l’autre nom de cette menace de catastrophe. Trump est un expert en banqueroutes, et il était censé arraisonner en douceur le vaisseau, avec le moins de dégâts possible,  pour les Américains du moins.

Or c’est bien ce qu’il en train d’accomplir, avec l’aide du Congrès et des media dominants. Oui,  vous avez bien lu : en limitant la marge de manœuvre du président des US, avec leur franche animosité envers ses propositions, ils sont en train d’accélérer l’atterrissage. Peut-être que ce ne sera pas aussi suave que dans nos rêves, mais n’était la résistance de l’establishment, Trump aurait pu être tenté de maintenir la nef en vol.

Le Moyen Orient est le lieu d’un énorme investissement américain depuis des années, et ici (j’écris ceci en arrivant à Tel Aviv et à Jérusalem en provenance de Moscou), le sentiment qu’un retrait US est imminent est particulièrement vif. Bien des années auparavant, l’empire britannique s’était contracté et retiré de nombre de ses colonies et possessions : c’est au tour des US maintenant.

On dit que c’est la Russie qui avance, au détriment des US qui quittent le Moyen-Orient. Ce n’est pas tout à fait exact : les Russes ne peuvent et ne veulent pas assumer de fonctions impériales dans la région, ni ailleurs. Les Russes considèrent que l’idée d’un seul Etat régissant tous les autres n’a pas survécu à la mise en pratique, et qu’elle est morte, pour notre plus grand bien. Nous voici à nouveau dans le monde multipolaire du XIX° siècle et du début du XX°, avec des acteurs différents, mais avec le même paradigme. Les Russes s’efforcent de toutes leurs forces de stabiliser la région, sans en devenir pour autant le sheriff à la manœuvre.

Ils ont réalisé leur rêve vieux de plusieurs siècles : prendre pied en Méditerranée, de l’autre côté du Bosphore. Ce  rêve avait attiré la Russie dans la Première Guerre mondiale ; et voilà qu’ils ont triomphé, sans sacrifice exagérément lourd. Maintenant ils recherchent la stabilité, et veulent que les voisins de la Syrie s’habituent à l’arrivée des nouveaux venus russes.

Les dirigeants du Moyen Orient, qui ressentent que les US sont hors-jeu, se précipitent à Moscou, tandis que les émissaires du Kremlin s’envolent pour le Moyen Orient. Ils ont à gérer et à rétablir un ordre régional après la guerre de Syrie. Il y a encore quelques confrontations séparées quoique reliées entre elles : Syrie, Palestine, Irak, Yémen, tandis que les principaux joueurs sont la Russie, les US, l’Israël, la Turquie, l’Iran et les Saoud.

L’Israël joue un  jeu dangereux : il bombarde l’armée syrienne presque tous les jours. Malgré leur bouclier antimissiles renommé, leurs S-400, les Russes ne protègent pas les cibles syriennes, mais seulement leurs propres bases. Les avions israéliens ont décidé qu’ils pouvaient survoler impunément le Liban. Parfois ce sont des vols de reconnaissance, d’autres fois des raids assortis de bombardements. Lors de leur dernier vol de reconnaissance, les jets israéliens ont rencontré des missiles anti-aériens de génération plus ancienne, et apparemment en ont réchappé sans dommage (les Syriens ont revendiqué une frappe, mais cela n’a pas été vérifié par des sources indépendantes). Deux heures plus tard, les jets israéliens sont arrivés et ont détruit la batterie de missiles syriens. Les Russes sont restés cois et n’ont rien fait. Ce silence russe a une histoire intéressante, et des conséquences importantes.

Lors de sa dernière visite en Russie, le premier ministre Netanyahou a prévenu Poutine qu’Israël ne se bornerait pas à observer tranquillement l’Iran et le Hezbollah améliorer leurs positions par rapport à l’Israël et à la Syrie, et il a demandé aux Russes de chasser les Iraniens. Poutine a refusé, mais a exprimé sa compréhension. Il a promis d’essayer de retenir les Iraniens à huit km de la frontière israélienne. Il ne pouvait guère en faire plus, même s’il l’avait voulu.

L’Iran est un allié de la Russie en Syrie et au-delà. L’Iran participe, avec la Turquie et la Russie, au processus de paix d’Astana. L’Azerbaidjan et la Russie constituent une route Nord-sud importante pour le pétrole et les marchandises ; l’Iran, la Turquie et la Russie projettent de s’associer pour fournir du gaz à l’Europe. Les Iraniens ont soutenu Moscou dans sa bataille contre les extrémistes tchétchènes soutenus par Washington, comme l’a exposé en long et en large Poutine dans son entretien avec Oliver Stone. Les rapports entre Iran et Russie ne relèvent pas du grand amour passionnel, mais d’une bonne coordination, dans la coopération.

Les Iraniens se battent durement en Syrie; sans eux, la Russie aurait eu à envoyer des troupes au sol, et Poutine renâcle à le faire sans raisons très sérieuses ; le déplaisir d’Israël n’entre pour rien là-dedans.

En marge, rappelons qu’il y a quelques troupes russes en Syrie, et qu’il y a un contractant  privé russe, habituellement connu sous le nom de Wagner (en tant que compositeur de la Chevauchée des Walkyries). Il y a eu des publications dans les media russes possédés par Soros,  soulignant de lourdes pertes parmi eux. Cependant, j’ai rencontré une personne qui a des informations de première main sur le Groupe Wagner, et il m’a dit que leur activité était fort limitée. Ils ne sont plus armés, ni approvisionnés, ni payés par le ministère de la Défense russe, comme c’était le cas pendant un temps. Le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, un homme à poigne de souche mongole, n’appréciait pas d’avoir des troupes indépendantes sur le terrain.

Les voilà maintenant employés par une compagnie syrienne comme gardiens de sécurité pour les champs pétroliers. Ils disent qu’ils ne sont pas aussi bien armés et rémunérés que jadis, mais ils restent quand même. Leurs pertes sont supportables, et les forces armées russes ont très peu de pertes, malgré les sinistres prédictions de 2015.

Mon ami arabe s’est rendu à Damas, sa ville natale, et il a observé que les Syriens préfèrent grandement les Russes aux Perses, parce que les Perses interfèrent pour les endoctriner, ce que ne font pas les Russes. Les Gardiens de la Révolution perses essaient de convertir les Alaouites et d’autres communautés religieuses comparables, pour en faire de bons chiites dans le style iranien. Mais ces nombreuses sectes d’origine chiite se sont constituées il y a des siècles, et ne souhaitent pas rejoindre l’orthodoxie perse. Imaginez les catholiques essayant de ramener les protestants sous la houlette romaine. En outre, les Alaouites syriens pressentent que les Iraniens sont tentés par des affrontements avec la majorité sunnite.

Pourtant, malgré tous ces inconvénients, les Iraniens sont de bons combattants, et le gouvernement syrien a besoin d’eux pour gagner cette bataille. Ils ont donné des preuves de leurs capacités la semaine dernière lorsque les forces chiites irakiennes (entraînées par les Gardiens de la Révolution) ont pris Kirkouk, de concert avec l’armée gouvernementale iraquienne,  en finissant avec le projet insensé d’une indépendance du Kurdistan iraquien. On avait annoncé que le Kurdistan serait un « second Israël », un Etat non arabe laïque amical avec Tel Aviv. Mais ce qualificatif de « second Israël » n’est pas très recommandable dans une région subissant encore les menées du premier.

Le Kurdistan  a emprunté un  chapitre au modèle israélien, et a réalisé le nettoyage ethnique des Arabes et Turkmènes, les chassant de leur fief et des zones adjacentes de Kirkouk et des alentours de Mossoul. La zone de Kirkouk avec ses champs pétroliers est d’une importance et d’une valeur particulière. Elle avait été prise par les Kurdes lorsque Daech (l’Etat islamique) avait chassé l’armée iraquienne. Daech n’a pas combattu les Kurdes, réputés avoir aidé les islamistes à s’emparer de Mossoul. Tout en étant considérés comme le « second Israël », les Kurdes ont été localement considérés comme un « second Daech », un autre projet israélo-américain pour briser la fragile unité arabe.

 

Mais, à l’inverse d’Israël, le Kurdistan n’a pas su manœuvrer. Le seigneur d’Erbil, Moussoud Barzani, s’est fait appeler « président du Kurdistan » malgré le fait qu’il n’était pas reconnu comme tel, même par les Kurdes de la seconde ville plus importante, Souleymaniye ; il s’est attribué un énorme salaire. Officiellement, il recevait plus par mois que le président Obama en un an, mais cela ne lui suffisait pas, et il a privatisé les bénéfices pétroliers, devenant de la sorte multimilliardaire.

 

Le pire, c’est qu’il était un mauvais gestionnaire. Quand le pétrole était cher, le Kurdistan a cessé de produire quoi que ce soit d’autre que du pétrole. Le reste de la population vivait de ses largesses, comme prix de leur loyauté. Quand le prix du pétrole a baissé, l’économie du Kurdistan s’est effondrée, et avec une dette nationale de 20 milliards, Barzani a décidé de doubler la mise, en déclarant l’indépendance de sa région autonome, incluant Kirkouk. Il espérait qu’Israël et les US ne laisseraient pas les Irakiens exposer son coup de bluff à tous les vents, parce qu’il avait des instructeurs militaires américains et des conseillers israéliens. En outre, il croyait au mythe de la propagande officielle sur les prouesses militaires kurdes, de ses amazones de combat.

Or voilà que les soldats kurdes n’ont pas voulu mourir pour Barzani, parce qu’ils savaient que Kirkouk n’avait jamais appartenu aux Kurdes. Ils se sont retirés après fort peu de batailles, et les milices chiites iraquiennes, entraînées par l’Iran, se sont emparées de Kirkouk au profit de l’Etat irakien. Les Israéliens étaient outrés. Trump avait trahi un allié, écrivait Haaretz, et l’Iran avait été autorisé  à prendre le dessus. C’était un grand soulagement pour tous les autres : les Arabes et Turkmènes chassés peuvent maintenant rentrer chez eux, et l’Irak, la Turquie, l’Iran et la Syrie sont bien soulagés aussi, parce qu’un Kurdistan indépendant encouragerait la sédition dans leurs Etats. Et les Iraniens ont bel et bien sauvé Damas du réel danger d’une sécession kurde.

Venons-en à la partie israélienne. La destruction d’une batterie syrienne que je viens de mentionner a entraîné des complications. Cela s’est fait le jour où Sergueï Choïgou, le ministre de la Défense, était à Tel Aviv. Les Israéliens ont eu beau prétendre qu’ils avaient prévenu les Russes à l’avance, c’est après-coup qu’ils l’ont fait, et Choïgou a reçu la nouvelle de son état-major, alors que son avion était déjà sur le tarmac, prêt à décoller pour quitter l’Israël. Et le pire, c’est qu’il l’a reçue sur son téléphone, nullement par une connexion sécurisée.

Choïgou était très contrarié par ce cadeau de bienvenue, et a exprimé son dépit devant ses hôtes israéliens. Ils ont répliqué fort tranquillement que tandis qu’ils prennent note des intérêts de la Russie en Syrie, ils n’ont besoin des avis de personne quand il s’agit de leur propre sécurité.

C’était probablement une erreur, tout à fait courante chez les Israéliens. Ils poussent toujours le bouchon trop loin, ils cherchent l’escalade, profondément convaincus que cela leur donnera une grande victoire. Et les résultats sont souvent malheureux.

Au fait, je me souviens quand je servais comme jeune soldat dans la guerre d’usure sur le Canal de Suez: les Israéliens en voulaient toujours plus, bombardant les villes égyptiennes et refusant les négociations, jusqu’au jour où les Russes ont déplacé leurs systèmes anti-aériens sur le Canal. Et là, les Israéliens ont perdu leur supériorité dans les airs, et ont doucement imploré un cessez-le-feu. Autre exemple : les Israéliens ont abattu le chef du Hezbollah, et le résultat, c’est que Sayed Nasrallah est devenu le nouveau chef, bien plus efficace.

Cette fois-ci aussi, leur attitude agressive a été contreproductive. Le ministre de la Défense iranien a sauté dans la brèche et a promis d’aider la Syrie à sécuriser son espace aérien. Cette offre peut avoir deux conséquences ; d’abord, que les Russes se sentent jaloux et ferment l’espace aérien de la Syrie et du Liban, contre les forces aériennes israéliennes ; ou encore que les Russes restent en marge et permettent aux Iraniens (en les assistant éventuellement) de faire le travail. Dans les deux cas, les positions iraniennes en Syrie vont progresser, et les Israéliens perdront leur liberté pour opérer au-dessus du Liban et de la Syrie.

L’intransigeance israélienne ne va probablement pas payer non plus, concernant la réconciliation palestinienne. Deux partis principaux, l’OLP (où le Fatah est majoritaire) qui gouvernait en Cisjordanie, et le Hamas régnant sur la Bande de Gaza ont réussi à réduire leurs divergences. Gaza va passer sous contrôle de l’Autorité palestinienne, et les Israéliens en ont été furieux. Ils ont toujours beaucoup apprécié la guerre froide inter-palestinienne ; cela leur permettait de dire qu’ils ne pouvaient pas négocier avec Mahmoud Abbas parce qu’il ne représentait que la Cisjordanie. Maintenant, ils ne peuvent pas plus négocier, disent-ils, parce que le Hamas est terroriste.

Ils ont posé trois conditions au Hamas : la reconnaissance de l’Etat juif, le désarmement, et la fin de la propagande anti-israélienne. Le Hamas a répondu : on verra quand les poules auront des dents. Les US ont soutenu le refus israélien, et ont dit qu’ils mettraient fin à leur soutien financier à l’Autorité palestinienne, si le Fatah et le Hamas fusionnent en un seul gouvernement.

La Russie a pris en main les efforts de réconciliation. Les dirigeants du Hamas sont allés à Moscou, et ont été bien reçus. J’étais présent lors de leur conférence de presse, et j’ai entendu leurs pronostics optimistes. Juste après eux, les gens du Fatah sont arrivés à Moscou, et ont été bien reçus aussi.  Moscou veut aller plus loin et les voir s’embrasser, ce qui va probablement devenir possible. Et qu’est-ce qui reste des menaces israéliennes ?

Maintenant les dirigeants du Hamas sont allés à Téhéran demander du soutien. Les Iraniens ont promis de les aider. L’intransigeance israélienne inutile a donc permis à l’Iran de s’introduire à Gaza sur un pied bien plus assuré. Vous me direz que la Russie et l’Iran ont joué au bon et au méchant flic. La Russie propose des initiatives de paix, et quand elles sont rejetées, alors l’Iran entre en scène avec l’alternative militaire. Au Kurdistan, c’est ce qui s’est passé aussi : les Russes ont supplié Barzani de remettre à plus tard sa requête d’indépendance, pour quelques années ; celui-ci n’a pas écouté, l’Iran est entré en scène et s’est emparé de Kirkouk.

Le ministre de la Défense israélien Lieberman a dit cette semaine que dans un avenir proche, Israël se trouvera en guerre sur trois fronts à la fois : au Liban, en Syrie et à Gaza. Sur ces trois emplacements, les Israéliens trouveront les Iraniens pour les recevoir. A moins que les Israéliens acceptent les idées russes. Et pour les US ? Trump garde encore l’option de la guerre avec l’Iran, et cela peut se produire. A partir de là, le Moyen Orient deviendrait inhabitable. Mais si les US restent en dehors du jeu, une espèce d’arrangement pacifique sera de l’ordre du possible.

La Turquie a offert un nouvel angle de vue pour la nouvelle configuration, dans la mesure où le président Erdogan a pratiquement rompu avec les US, d’une façon tout à fait spectaculaire. La police turque a arrêté un employé turc du consulat américain en Turquie. Les US ont eu la main lourde pour répondre, en cessant d’octroyer des visas aux Turcs. Les Turcs ont répondu en mettant fin aux visas pour les Américains.

Ces échanges arrivent juste après la décision turque d’acheter des S-400, le système de missiles de défense russes, ce qui navre profondément les US. Le retrait des forces allemandes de l’Otan de la base aérienne la plus importante de Turquie a pratiquement permis à la Turquie de sortir de l’Otan. Les Turcs ont également aidé la Russie et l’Iran à saboter l’indépendance mort-née du Kurdistan : ils ont fermé la frontière pour le pétrole du Kurdistan, et l’économie du petit Etat confiné est en chute libre.

Les Saoudiens, les amis préférés, de confiance, des US, ont commencé à avoir chaud. Le vieux roi Salman est arrivé récemment à Moscou pour une visite solennelle. Il a promis d’acheter de ces S-400 tellement à la mode, et s’est plaint que l’Iran soit trop actif et puissant dans la région.

Engagement plus important pour les Russes, les Saoudiens ont accepté de réduire leur production de pétrole pour maintenir les prix. Les Russes se souviennent encore du cauchemar de la fin des années 1980, quand les Saoudiens, sur demande des US, avaient baissé le prix du pétrole jusqu’à 5 dollars le baril, et ce faisant, avaient porté un coup terrible à l’Union soviétique. Il semble que les Saoudiens et les Russes fassent donc des affaires ensemble, bien tranquillement.

On n’attendait pas grand-chose de la visite royale : les Saoud n’ont plus beaucoup d’argent, et leurs promesses ne vont souvent pas plus loin. Une promesse de mariage ce n’est pas la même chose qu’un mariage, dit-on. Cependant, cette visite confirme que les pays du Moyen-Orient ont accepté la Russie comme l’un des pays clé dans la région, et c’est cela qui compte.

Voilà les principaux facteurs du remodelage  au Moyen Orient en cours. Cela se fait sous nos yeux, et il semble que les US vont pouvoir quitter cette région si instable dans un cadre de paix relative.


Joindre l’auteur: 
adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Première publication de l’original sur  The Unz Review

]]>
http://www.israelshamir.com/french/atterrissage-en-douceur-au-moyen-orient/feed/ 0
L’antisémitisme manié comme une arme http://www.israelshamir.com/french/lantisemitisme-manie-comme-une-arme/ http://www.israelshamir.com/french/lantisemitisme-manie-comme-une-arme/#respond Thu, 19 Oct 2017 17:10:03 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3307 La Palestine, avec ses paysages merveilleusement vallonnés et ses vénérables oliviers, les uns même plantés de ses mains par Marie, la Vierge, la Mère de Jésus le Christ, la femme palestinienne qui possédait une petite oliveraie près de l’actuel couvent de Cremisan à Beit-Jalla, qui porte encore son nom ; la Palestine avec ses montagnards penchés, tannés par le soleil, aux yeux bleus, et durs à la peine, ma deuxième patrie, ou peut-être bien la première, où je me trouve au moment où j’écris ces lignes, la Palestine est aussi un endroit rare sur la planète, où les gens n’ont pas peur de prononcer le mot juif.

 

J’ai un ami palestinien, le professeur de chimie à la retraite Ghassan Abdulla (nous sommes devenus amis il y a des années, quand nous tentions de faire avancer l’idée d’un seul Etat pour tous les habitants de la Terre sainte, de toute confession, idée qui est universellement acceptée dans le monde entier, dont votre pays, que ce soit les US, le Royaume Uni, la Russie ou la France, mais encore considérée comme extrêmement radicale ici). Abdulla, donc, reçoit souvent des visiteurs  d’Allemagne et d’Autriche, et sa femme vient de la partie germanophone de la Suisse. Ces hôtes font une tête  scandalisée chaque fois qu’ils entendent le mot juif, en particulier avec une connotation négative, du genre « les juifs ne nous permettent pas d’avoir de l’eau », ou « les juifs ne nous laissent pas utiliser l’aéroport », ou encore « les juifs ont déclaré un état de siège et ne nous pouvons pas aller à l’église », voire « les juifs ont tiré sur les gosses au croisement », et tant d’autres phrases semblables bien trop fréquentes dans le pays où les juifs font la loi, et où les gentils en sont réduits à obéir, ou bien ils crèvent. Les hôtes allemands cherchent instinctivement un lit pour ramper dessous et se cacher. S’ils trouvent une échappatoire, ils marmonnent « sûrement pas tous les juifs », ou encore « nous aimons les juifs » ou une ânerie de ce genre.

L’armée d’occupation US en Europe a instillé une terrible peur des juifs dans le cœur des Européens et dans leurs cervelles. C’est une peur connue depuis longtemps : l’Evangile  témoigne du fait que les gens avaient peur de parler ouvertement du Christ « car ils avaient peur des juifs » (1) Depuis lors, la peur n’a fait que croître et embellir. Et puisque cet effroi existe, il serait étrange qu’ils ne la mettent pas à profit.

Les élections autrichiennes de dimanche dernier nous en offrent une démonstration de choix. Pendant la campagne, le parti social démocrate autrichien (on simplifie en SDO) a importé un maître en coups tordus, israélien, un macher en yiddisch, Tal Silberstein, pour ruiner la réputation de son adversaire Sebastian Kurz ; il a créé une page facebook au nom de Kurz, et posté là quelques diatribes farouchement antijuives, il a organisé un groupe de fans sur FB et a rajouté des slogans nazis forts de café. L’idée était que les Autrichiens seraient refroidis et feraient le vide autour de Kurz.

 

Kurz a découvert cela et a demandé aux modérateurs de FB de mettre un terme à la chose. D’habitude, nul besoin de répéter une telle demande à FB, concernant des trucs nazis. Et une usurpation d’identité  déclenche une exclusion dans un délai raisonnable. Dans ce cas, cependant, Mr Zuckerberg et ses mignons ont traîné les pieds, renâclant à saboter  la dénonciation par Silberstein d’un antisémite. Kurz a eu de la chance, parce que Silberstein venait de se faire arrêter en Israël pour des délits relevant de la corruption. Après quoi, FB s’est débouché les oreilles et a mis fin aux pages et aux groupes créés par Silberstein. Une chance inouïe : si Silberstein avait été arrêté n’importe où ailleurs, il serait considéré comme une victime des antisémites, et son réseau empoisonné serait encore intact.

Ce Silberstein porte déjà un nom qui lui fait une place dans la palmarès de la honte : expert en relations publiques avec dessous de table, il avait été mouillé dans des affaires de pots de vin, alors qu’il dirigeait la campagne de Julia Timoshenko, en Ukraine. Celle-ci a atterri en prison, et lui en Israël. En Autriche, il a eu des malchances en série : des hackers ont éventé sa correspondance avec le SDO, ses plans sont maintenant connus du public, les dirigeants du SDO ont dû faire profil bas, et ils ont perdu les élections.

La tentative de Silberstein pour piéger Kurz en tant qu’antisémite a donc échoué jusqu’à un certain point. Mais cela ne l’a pas empêché de dénigrer un autre politicien autrichien sous prétexte de haine des juifs. Il s’agit du dirigeant du FPO Heinz-Christian Strache. La fin de l’histoire peut nous réconforter : les Autrichiens

ont préféré ces deux partis, la liste de Kurz et le FPO, malgré leur antisémitisme supposé, et ont puni le SDO, le parti cachère.

Mais avant  de nous en féliciter, voyons l’autre face de cette belle surprise. Pour sortir du guêpier et exonérer leurs partis de la calomnie juive, les deux dirigeants ont eu l’idée de proclamer leur loyauté envers Israël. Il s’y sont rendus, séparément, se sont fait prendre en photo avec Netanyahou et au Mémorial de l’Holocauste, enfin ils ont longuement expliqué devant le micro combien ils appréciaient et adoraient l’Israël.

L’accusation d’antisémitisme est une opération gagnante à tous les coups, pour les juifs. Si un politicien ne veut pas de ce que veulent les juifs, ils l’appellent antisémite, et ensuite, soit il fait ce qu’ils veulent, soit il jure allégeance à l’Israël. Dans le premier cas, c’est un libéral, dans le deuxième c’est un nationaliste. Et dans tous les cas, les juifs ont gagné.

Et ce sont les Palestiniens qui perdent. Ils sont enfermés  derrière un mur très haut ; ils ne peuvent pas partir, et les juifs rentrent chez eux chaque fois qu’ils en ont envie, pour attraper un homme et le descendre, ou pour le jeter dans une de leurs geôles innommables. De temps à autre, les juifs s’emparent d’une colline ou d’une vallée, et construisent là une enclave gardée et réservée aux juifs. Ils prennent l’eau, les champs. Si les Palestiniens ont construit par eux même par exemple une centrale électrique, les juifs la réduisent en miettes. Ils disent qu’autrement, les Palestiniens sont capables de se servir de l’électricité pour fabriquer des armes afin de tuer des juifs. Il vaut mieux que ce soient les juifs qui leur en vendent : l’UE paye pour une partie de celle-ci, l’Autorité palestinienne paye pour le reste, et l’argent tombe dans les poches juives, tandis que les juifs gardent le contrôle de l’énergie électrique.

Est-ce que vous pouvez lire le paragraphe ci-dessus sans une certaine gêne ? Si ce n’est pas le cas, vous êtes aussi parmi les victimes des chasseurs d’antisémites. Je n’aime pas particulièrement les gens qui détestent les juifs, mais ces chasseurs d’antisémitisme sont pires, bien pires, parce qu’ils causent des dommages bien réels, et non pas imaginaires.

Voyez le cas de Weinstein, le branleur d’Hollywood, c’est un chasseur d’antisémites typique, qui rêve de flinguer les goys comme dans son film Basterds, ou de tringler les shiksas dans la vie réelle. Il a appelé à botter le cul aux ennemis des juifs, à s’organiser « comme la mafia a su le faire » alors que ces lascars pourraient donner à la Mafia une ou deux leçons. Il forçait les filles non juives à des relations sexuelles parce qu’il n’était qu’un simple gosse de juifs du Bronx qui rêvait de revanche, a écrit l’éditorialiste   du site juif  Tabletmag.com: « inutile de dire que presque toutes ces femmes étaient non juives, de quoi alimenter ses délires vengeurs de champion qui s’était créé des passerelles à partir de ses origines sémitiques et avait su s’élever hors de sa banlieue ». Au gala d’Algemeiner à New York, Weinstein a déclaré : « j’adore Israël, j’adore ce que défend Israël, je suis fier d’être juif, je suis israélien par le cœur et par l’esprit. »

Chaque fois qu’un gosse palestinien est abattu, chaque fois qu’un olivier est déraciné par les bulldozers juifs, Weinstein et Silberstein sont complices du crime.

Maintenant en Angeleterre, il y a une terrible chasse aux antisémites au sein du parti travailliste ; l’idée est de démolir Jeremy Corbyn, de restituer le parti à la bande Blair et de son maître payeur Madelson, qui a dit : « Je tente de couler Jeremy Corbyn tous les jours », avec des accusations d’antisémitisme. Corbyn fait tout ce qu’il peut pour se couvrir de ce côté-là. De braves gens, des militants solides ont été expulsés pour des raisons futiles, si les juifs demandaient leur tête. Même le vieux professeur Moshe Machover, un universitaire et un socialiste israélien, qui réside depuis longtemps au Royaume Uni, a été chassé du parti travailliste, sur ordre de l’ambassadeur israélien au Royaume Uni.

Les US représentent le pire cas de crainte des juifs. Les Américains en ont si peur qu’ils expriment leur amour servile des juifs à tout bout de champ. Pas en privé, de fait. J’ai rencontré certains dignitaires américains : chaque fois qu’ils ont cru ne pas être écoutés ou enregistrés par la NSA, ils ont parlé tout à fait librement de l’impossibilité pour eux d’échapper à  l’étau du vice juif. Mais en public, jamais ils n’auraient rien dit de contraire au bon vouloir juif. Je ne connais qu’une députée qui ait osé, C’est Cynthia McKinney. Elle a perdu son siège, mais elle a gagné les cœurs. Une personne « de couleur », comme vous dites aux US, qui est la plus blanche de tous.

Voyez maintenant la situation de Donald Trump. Depuis le début de sa carrière politique, chaque jour ou deux fois par jour, il répète qu’il n’est pas un antisémite. Et il se trouve de plus en plus attaché à Israël, pour le prouver.

Il fait tout pour Israël. Il a claqué la porte de l’Unesco parce qu’ils ne sont pas assez obéissants envers Israël, alors qu’ils ont piétiné leur propre règlement pour élire la juive franco-marocaine Azoulay à leur tête, juste pour faire plaisir à Trump et à Netanyahou. Il a bousillé l’accord nucléaire avec l’Iran, parce que c’est Netanyahou qui le lui demandait. Et malgré cela, tous les jours, les juifs hurlent que c’est un antisémite ; aujourd’hui même, au moment où j’écris ces lignes, ils le traitent d’antisémite parce qu’il a recommandé au sénateur Chuck Schumer de faire le point avec Israël sur sa position au sujet de l’accord nucléaire avec l’Iran (2).

 

Avec Netanyahou, voilà que Trump prépare maintenant une guerre civile inter-palestinienne, ou du moins il bloque la voie palestinienne pour régler leurs problèmes internes. Depuis 2006, les Palestiniens ont été divisés entre le Fatah et le Hamas. Maintenant ils veulent constituer un gouvernement de coalition et organiser des élections proprement démocratiques, comme ils l’avaient fait en 2006. Israël est contre, naturellement, comme ils sont contre toute tentative pour en finir avec les effusions de sang dans la région. Les juifs veulent plus de guerre dans tous les cas de figure, qu’il s’agisse de la guerre Iran Irak puis de la guerre contre le terrorisme puis de la guerre en Syrie, ils sont toujours pour la guerre, mais ils tiennent particulièrement à ce qu’il y ait une bonne guerre civile palestinienne. Et c’est là que les US interviennent, en disant que le Hamas est terroriste et que les US vont bloquer l’Autorité palestinienne devant les tribunaux comme au niveau des banques, s’ils acceptent le Hamas.

Les juifs continuent donc à se servir de cet outil merveilleux, la chasse aux antisémites. Même s’ils ne détruisent pas leur ennemi – Trump n’est pas à terre, Corbyn non plus, Kurz non plus – ils obligent les politiciens qu’ils attaquent à soutenir Israël encore plus. Pile tu perds, face je gagne. Or c’est le chemin de la perdition.

La seule façon de se sortir de là est de rendre les gens insensibles à l’accusation d’antisémitisme. Voilà pourquoi j’applaudis à certaines publications bien pugnaces sur le site Unz.com et ailleurs, car même si ce n’est pas tout à fait honnête, cela contribue toujours à désensibiliser le lecteur.

Certains bons militants juifs suggèrent de manœuvrer en sens contraire: « combattez l’antisémitisme, ne leur passez rien, disent-il, l’antisémitisme est contreproductif. » Il y en a, des bons militants juifs, pour sûr. Par exemple, Philip Weiss ou Norman Finkelstein. Et de temps en temps, ils tirent sur des antisémites supposés, par exemple sur l’écrivain et musicien israélien Gilad Atzmon. Je ne veux pas discuter avec eux, parce qu’ils font du bon boulot, mais pas quand ils se joignent aux chasseurs d’antisémites. Il n’y a rien à dire si on n’aime pas telle ou telle affirmation ou tel mot d’ordre anti juif ; en fait, c’est inévitable parce que la critique des juifs a plusieurs visages. Mais il y a de la marge, entre faire la grimace et se retrouver dans le camp de Netanyahou et de Weinstein.

L’âme des politiciens goys est tellement fragile, ils sont si craintifs devant les juifs qu’il vaut mieux ne pas les traumatiser en leur suggérant qu’il y a certains affreux antisémites qu’il faudrait affronter. Chaque vote juif perdu sera bien compensé par les votes gagnés. C’est le bon moment pour se débarrasser du joug juif, tout spécialement si ce joug est en fait un blocage purement psychologique.

Les gens peuvent ne pas aimer les gitans, les immigrants qui arrivent en masse, les banquiers, remettre à leur place les journalistes et les machers. Il est parfaitement acceptable de ne pas aimer les juifs, ce n’est pas contraire à la loi. Aucune obligation de compenser cela en pliant le genou devant l’Israël.

Si vous gardez cela présent à l’esprit, nous libèrerons la Palestine; mais si vous ne le faites pas, la guerre est inévitable.

Notes:

(1) Jean  mentionne expressément la peur des juifs quatre fois, en particulier 20 : 19.

(2) Le tout de Trump est “antisémite” dans la mesure où  il remet en lumière la question de la souveraineté US

 

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction et notes: Maria Poumier

]]>
http://www.israelshamir.com/french/lantisemitisme-manie-comme-une-arme/feed/ 0
Le gang de Lucy Stein est entré dans Moscou http://www.israelshamir.com/french/le-gang-de-lucy-stein-est-entre-dans-moscou/ http://www.israelshamir.com/french/le-gang-de-lucy-stein-est-entre-dans-moscou/#respond Tue, 19 Sep 2017 23:15:39 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3290 Est-ce que la Ligue des fans de Poutine peut gagner les élections municipales à New York? Pas de danger, marmonnerez-vous, à raison probablement. Et pourtant, la semaine dernière, aux élections municipales, les forces pro-US ont mis le grappin sur un tiers des sièges à Moscou. C’est un choc, étouffé par le silence des médias tant sur l’élection que sur ses résultats.

Normalement, je ne me mêle pas trop de la politique intérieure russe (tout le contraire pour ce qui relève des affaires  étrangères). C’est de la cuisine de clocher, opaque et nullement démocratique. Ceci est valable dans chaque pays que je connais, mais en Russie, il n’y a même pas de compétition. Les conseillers du Kremlin tentent de figer les résultats avec autant de subtilité que pour les primaires démocratiques sous le règne de Debbie Wasserman Schultz. Cette fois ils ont eu une idée brillante au premier abord ; ce serait super si très  peu de gens allaient voter, disons, seulement ceux qui seraient nécessaires pour valider l’élection. De la sorte, pas de frais de publicité, de publication de programmes, de couverture par la télé. Les gens étaient vaguement au courant qu’il y avait des élections municipales, mais l’affaire était si insignifiante que très peu de gens se sont dérangés pour voter : à peine plus de 10% des inscrits. Mais le subterfuge cynique a lamentablement échoué.

 

A Moscou (la seule partie de la Russie qui compte) les trois grands partis d’opposition, les communistes, les nationalistes et les socialistes proches du Kremlin, ont été décimés. Leurs votes avaient été raflés par les libéraux pro-occidentaux, qui se décrivent eux-mêmes comme ceux qui « ont les bons gènes », « les bonnes têtes », à la « poignée de main franche », une série d’épithètes qui ont à voir, dans l’esprit des Russes, avec la judéité prospère, en quelque sorte, ou avec la nomenclature soviétique juivifiée. Les noms les plus connus  comportent Lucy Stein, une jeune journaliste juive relativement connue, qui montre des moulages de sa poitrine dans ses campagnes d’opinion et qui a filmé un montage ou l’on voit un petit garçon brutalisé par la police de Poutine. Autre personnage, Maxim Katz, jeune activiste juif qui a organisé la livraison bruyante des fleurs à l’endroit où Nemstov avait été assassiné, en touchant une commission juteuse, dit la rumeur.

Ces jeunes gens  (ils n’ont pas trente ans) étaient cornaqués par Dmitry Gudkov, membre  du parlement russe et fils d’un membre du parlement russe. Ça rappelle la chambre des Lords, mais Gudkov senior est un ex-colonel du KGB, un oligarque et le propriétaire d’une entreprise d’huissiers, tout à la fois, pedigree plutôt trivial. Les troupes de Gudkov avaient constitué une coalition avec Yabloko (la pomme, en russe) un parti libéral de quelque visibilité pendant les années Eltsine. Ils sont contre la politique de Poutine, pour la restitution de la Crimée à l’Ukraine et pour une alliance avec l’Ouest libéral.

Les autres partis n’ont pas fait attention, tandis que les libéraux prenaient soin de se préparer pour ces élections négligées, et ils ont envoyé leurs votants aux urnes. Pour cela, ils avaient importé une technologie américaine, et l’un des assistants de Sanders, né en Russie, Vitali Shklyravor, qui était venu mettre au point ce qu’ils appelaient une « Uber politique », une application web pour que leurs candidats occupent le terrain et gagnent des votes. Et ils ont déployé des moyens bien plus importants que leurs concurrents.

C’était donc ça, la démocratie en action ? Voyons, c’était un exemple éclatant d’ingérence réelle dans des élections à l’étranger! Alors que les enquêtes du FBI n’ont toujours pas produit la moindre preuve tangible d’une interférence russe dans les élections US, et que l’audit de Facebook a révélé qu’il y avait eu injection de 150 000 dollars en campagnes publicitaires pour des entités pro-Kremlin entre 2015 et 2017, l’interférence US dans les récentes élections de Moscou a été vaste, puissante, et efficace. Les forces pro-US ont dépensé plus de soixante millions de dollars à Moscou seulement, selon les estimations les plus conservatrices, et probablement bien plus. Et ces fonds venaient de l’étranger.

L’idée d’une ingérence russe dans les élections US était flatteuse mais sotte. Les Russes ne jouent pas dans la même ligue en matière d’ingénierie politique. Les Américains maîtrisent la chose, s’étant entraînés dans un environnement concurrentiel. La seule chance pour les Russes d’avoir des élections honnêtes  était d’adopter une autre technologie     américaine, autrement dit de livrer bataille contre l’interférence étrangère. Le Kremlin pouvait et aurait dû contrôler les voies d’accès de chaque opération du gang Stein-Katz, et agir avec la même rudesse que les Américains avec l’interférence russe imaginaire. Mais est-ce qu’ils auraient voulu le faire ? J’en doute. Ceux qui ont mal manœuvré dans les élections feront tout ce qu’ils peuvent pour étouffer la chose. Pas un média russe important ne s’en est fait l’écho, sur ordre direct du Kremlin.

Nous avons des preuves de l’interférence US dans les élections russes : un aveu du coordinateur de Russie ouverte, une entité politique créée par Michael Khodorkovsky. Cet oligarque, jadis l’homme le plus riche de la Russie, a passé neuf ans derrière les barreaux en Russie pour évasion fiscale massive, escroqueries, crimes en bande organisée et complot pour commettre des meurtres, un vrai requin dans les eaux fangeuses des affaires et de la politique russe.

M Khodorkovsky était un agent d’influence américain depuis des années. Après avoir été pardonné par Poutine, il s’est installé à l’étranger et il est devenu le centre de la campagne clandestine pour un changement de régime en Russie. Avec d’autres oligarques exilés et recherchés, Nevzline, basé à Tel Aviv, et Chichvarkine, basé à Londres, Khodorkovsky achemine des fonds pour l’opposition pro occidentale en Russie.

Sa coordinatrice Maria Baronova était jadis très proche de Khodorkovsky mais s’en est séparée il y a quelque temps. Sur sa page Facebook elle admet que « Gudkov et Katz sont le projet secret de Khodorkovsky » tandis que d’autres éléments de l’opposition constituent le projet public de Khodorkovsky. En d’autres termes, toute la campagne avait été organisée depuis Washninglton, ou bien depuis Langley, la base aéronautique.

Comme nous l’avons appris par les câbles du Département d’Etat publiés par Wikileaks, c’est dans les habitudes de la CIA pour orchestrer des changements de régime: au lieu d’envoyer de l’argent directement à l’opposition, ils emploient les oligarques comme intermédiaires. C’est le canal utilisé en Syrie depuis 2006, tout comme au Liban, et maintenant  cela s’applique à la Russie.

Les gagnants des récentes élections municipales à Moscou n’étaient pas simplement les « bonnes têtes »  de la nomenclature, mais des agents stipendiés de l’Etat profond US. Ils ont mis en œuvre l’expérience US, et l’argent US. Elle est là, la vraie interférence, pleinement victorieuse, et les organisateurs s’en sont très bien tirés.

Le système politique post soviétique tel qu’organisé par les conseillers de Poutine devrait partager la responsabilité du désastre. Communistes, nationalistes de Zhirinovsky et socialistes de Mironov ont été domestiqués si efficacement qu’ils ont perdu toute espèce de culot, de volonté de pouvoir, de désir de victoire, et leurs électeurs de même. Les gens ne s’intéressent plus à eux. Le parti au pouvoir Russie Unie n’est guère en meilleur état : c’est un clone du CRSU inoffensif, le dernier   parti communiste soviétique qui avait été démantelé par Gorbatchev et Eltsine sans la moindre objection de la part de leurs millions d’affiliés. C’est un parti de gens qui veulent avoir le pouvoir et les privilèges afférents, c’est tout.

 

L’Ukraine avait été dirigée par un parti semblable, le Parti des régions. Dirigé par Victor Yanoukovitch, ce parti s’est effondré après le coup d’Etat, ses membres ont quitté le bateau qui sombrait aussi vite que possible. Russie unie prendra la fuite aussi, en cas de problème ; ils assisteront impuissants à l’entrée de Khodorkovsky au Kremlin, et ils applaudiront probablement. Les 70% de voix pour Russie Unie ne garantissent en rien leur soutien à la démarche indépendante de Poutine. Il vaudrait mieux pour Poutine s’appuyer sur des cadres en nombre plus réduit, mais fiables et dévoués à sa personne. Lénine disait : « un petit anchois vaut mieux qu’un gros cancrelat ». Cela vaut aussi pour d’autres pays, comme l’ont découvert Trump et Corbyn : ils ne peuvent absolument pas compter sur leurs grands partis. Ils feraient mieux de parier sur un petit parti solide constitué par leurs soutiens les plus fidèles.

Les porte-paroles du Kremlin se veulent rassurants en soulignant les pouvoirs très limités des députés élus. Selon la loi, ils ne peuvent gérer que les affaires strictement municipales. Cependant, il n’est pas rare que des entités de ce genre accroissent leur pouvoir dans une situation révolutionnaire. En France, en 1789, le parlement élu devait être simplement un organe de conseil pour le monarque, mais il a rapidement confisqué tous les pouvoirs et tranché la tête au roi. En URSS, en 1991, le parlement de la Fédération russe avait très peu de droits, et il était sous la coupe du parlement soviétique, mais il s’est attribué tous les droits, et c’est lui qui a brisé l’URSS.

Oubliez Navalny. Il va peut-être falloir nous habituer à l’idée que le prochain président de la Russie s’appelle Maxime Katz, et que Lucy Stein soit son Premier ministre. A moins que Poutine gagne des points lors des prochaines élections présidentielles.

Pour joindre l’auteur: adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Première publication en anglais: The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/le-gang-de-lucy-stein-est-entre-dans-moscou/feed/ 0
Qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos! http://www.israelshamir.com/french/quon-mapporte-la-tete-de-jeff-bezos/ http://www.israelshamir.com/french/quon-mapporte-la-tete-de-jeff-bezos/#respond Fri, 11 Aug 2017 22:55:12 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=article&p=3286 Voici l’appel que Donald Trump devrait lancer ce matin: “Qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos!” (1). C’est le bon moment frapper un bon coup dans la bagarre contre la Lügenpresse. Tous ses efforts pour retenir le vaisseau en perdition de la société US sont vains, tant qu’il prend l’eau par le fond. Si les Fake News applaudissent toutes les ordures qui le chahutent à chaque nouveau décret présidentiel, que restera-t-il de ses décrets : des curiosités pour collectionneurs. Des dépouilles bizarres de la présidence abrégée de Donald Trump. Les médias spécialisés dans les bobards ont si bien ridiculisé le POTUS que ce colosse à la belle mèche flamboyante a déjà rétréci à la taille d’un petit doigt lilliputien.

Trump ne peut pas pas s’en tirer par des initiatives en politique étrangère. Oubliez la Corée du Nord, qui s’y frotte s’y pique, c’est un hérisson, on ne sait pas par où l’attraper ni pour quoi faire. Tout ce que Kim veut signifier à Trump c’est « je ne suis pas une cible facile, va te faire voir ailleurs ». La Corée du Nord est-elle dangereuse ? Seulement pour ceux qui veulent lui marcher sur les pieds.

Le personnage de P G Wodehouse Mr Mulliner discutait avec le lobby anti-tabac: “Ils viennent me dire que s’ils mettent deux gouttes de nicotine sur la langue d’un chien, l’animal clamse aussitôt ; mais quand je leur demande s’ils ont déjà essayé ce truc enfantin : ne pas mettre de nicotine sur la langue du chien, ils n’ont rien à répondre. Ils sont abasourdis. Et ils repartent en marmonnant qu’ils n’y avaient jamais pensé avant ».

C’est un schéma tout à fait valable s’agissant de la Corée du Nord. Vous n’avez qu’à essayer le truc enfantin de ne pas interférer avec ces gens, de ne pas leur envoyer de troupes, de bateaux ni d’avions. Si vous voulez vraiment obtenir quelque chose de la Corée du Nord, déplacez vos troupes et envoyez vos flottes aériennes ailleurs, par exemple à Norfolk en Virginie ; elles seront bien plus appréciées là-bas. Et on vous félicitera pour votre sagesse, aussi bien chez les Sud-Coréens que chez les Japonais, sans parler de votre base sociale aux US.

Les média-menteurs vont sûrement dire que vous avez eu les pétoches et que vous avez pris la fuite devant le gros Kim. Mais ils vont dire quelque chose de répugnant de toute façon. Et si vous alliez déclencher un holocauste nucléaire sur la Corée, ils écriraient : il l’a fait parce que les agents du FBI de Mueller ont fouillé le domicile de Pul Manaforte et ont découvert que c’est un espion russe.

Donald, écoute : ils n’ont prêté aucune attention à la grande victoire que vous aviez remportée la veille, quand ton Secrétaire d’Etat et toi avez convaincu les Russes et les Chinois de voter pour le projet de sanctions contre la Corée au Conseil de sécurité. C’était une de ces victoires diplomatiques qui comptent, mais la Lugenpresse n’en a pas touché mot.

Venons-en au fait. Ton ennemi ce n’est pas Kim, ton ennemi, ce sont vos medias qui donnent le la. D’accord, ce ne sont pas les seuls, mais si cet ennemi-là, tu le terrasses, les juges obéiront, les députés rentreront dans le rang, Mueller retombera dans l’oubli. Il y a juste un problème, c’est comment maîtriser cet ennemi têtu.

Tu as essayé de créer la Trump TV avec de vraies actualités, et tu as été à juste titre ridiculisé de tous les côtés. Même si Kayleigh McEnany n’est pas désagréable à regarder, ce style de TV est démodé jusqu’en Arabie saoudite. Les Saoudiens préfèrent regarder les émissions interdites, sur al Jazeera.

Tu ne peux pas bombarder le quartier général du New York Times ou de CNN. Est-ce que ça veut dire que tu es vulnérable sur tous les flancs? Oui, bien sûr, tant que tu ne provoques pas une certaine trouille chez les Maîtres du discours et leurs alliés. Ton compère Poutine s’était trouvé jadis dans la même situation que toi maintenant, jusqu’au jour où il a fait arrêter l’oligarque  Mr Khodorkovsky, en 2003.Quand l’homme le plus riche de Russie s’est retrouvé en taule pour dix ans, ls seigneurs de la presse russe ont vu la lumière. Ils ont compris que le jeu devenait dangereux.

La classe médiatique américaine n’est pas différente. L’épouse du colonel et Judy o’Grady sont des sœurs sous leur peau, disait Rudyard Kipling. Montrez leur un patron de médias rossé à mort, et elles deviendront beaucoup, beaucoup plus raisonnables.

Et là, je me permets de te suggérer d’aller voir du côté de Jeff Bezos, avant toute chose et sans plus attendre. C’est lui, le père de la crise nord-coréenne, qu’il en soit la première victime. C’est lui qui a prétendu que les Coréens fabriquaient ces ogives nucléaires qui ont déclenché la crise. Et il a fait ça, le salaud, juste le jour de l’anniversaire de la pire atrocité de tous les temps, la crémation d’Hiroshima.

S’il doit y avoir une guerre nucléaire, on pourra l’appeler la guerre de Jeff Bezos.

Jeff Bezos est l’homme le plus riche de la planète. S’il y a quelqu’un qui mérite d’être haï, c’est bien lui. Saute-lui dessus, Donald, fais-lui la peau. C’est une cible facile, grâce à la Corée du Nord. Un nouveau-riche, sorti de nulle part. Pas de vieille fortune chez ses aïeux, pas de vieille camaraderie d’anciens copains de promo. Qui voudra le soutenir ? La CIA ? Coupe donc dans le budget de la CIA, prélève la somme exacte qu’ils paient à Bezos, et les barbouzes comprendront le message.

Mets le grappin sur ses annonceurs publicitaires. Chasse ses reporteurs de la Maison blanche. Demande, que dis-je, exige du FBI qu’il fasse une enquête sur ses agissements. Un type riche comme Bezos a forcément commis des tas de saletés, aucun doute là-dessus. Si le FBI n’est pas capable de les découvrir, ses crimes, saque le chef du FBI, et prends quelqu’un qui saura y faire. Attire sur sa tête toute la haine du monde. Et quand il sera en route pour la prison, tu le découvriras : les autres vont devenir bien plus prudents, et  tenir leur langue. Et encore mieux : confisque-lui ses profits mal acquis et reverse-moi tout ça dans un bon système de soins pour chaque Américain. Ça devrait suffire. Il est probable que tu pourras payer tous les loyers des étudiants au surplus. Et là, tu seras en mesure de procéder à tes réformes si nécessaires.

Mais le plus grand crime de Bezos ne relève pas de la loi. Il a fait main basse sur le Washington Post, massacré la réputation du glorieux journal de jadis, le journal de Bernstein, de Woodward, de Seymour Hersh et de tant d’autres magnifiques journalistes et reporteurs américains. Il a fait d’un vénérable quotidien un torchon de propagande en nommant un chef de campagne à la place d’un professionnel. Si Lenovo n’a pas le droit d’utiliser le nom d’IBM, alors qu’ils ont acheté la firme, Bezos ne devrait pas être autorisé à utiliser le nom de ce bon vieux Wash Post. Il n’a qu’à l’appeler le Bezos Post

On l’aura compris, la campagne contre Bezos, ce n’est pas contre la liberté de la presse, au contraire, c’est pour sauver la presse de la pompe à phynance.

Allez, Donald, démarre donc chacune de tes journées avec un grand cri : « qu’on m’apporte la tête de Jeff Bezos ! »

(1) Jeff Bezos est le patron d’Amazon. Or les chercheurs liés à Bob Sanders sont en train de nous révéler les liens solides qui unissent Amazon à la CIA: amazon soutient les crimes de guerre,la propagande de guerre et la suppression de la liberté d’expression. Voici le dossier à suivre de très prês: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/aou2017/ama1-a17.shtml , et la deuxième partie: https://www.wsws.org/fr/articles/2017/aou2017/ama2-a18.shtml

Pour joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction et note: Maria Poumier

Original publié par The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/quon-mapporte-la-tete-de-jeff-bezos/feed/ 0
Poutine entre Cersis et Daenerys http://www.israelshamir.com/french/poutine-entre-cersis-et-daenerys/ http://www.israelshamir.com/french/poutine-entre-cersis-et-daenerys/#respond Mon, 07 Aug 2017 23:04:13 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3288 Signera, signera pas? Les clients du John Bull à Moscou se sont essayés à deviner la décision que prendrait le président US. Ce bar sur le Boulevard Nikitsky au centre de Moscou est une bonne mare aux canards fréquentée par les sous-officiers du Foreign Office et intelligentsias diverses. – Il ne va pas signer sa propre reddition, disait avec ferveur un buveur de bière. Impossible, il ne voudrait pas devenir un appeau pour les chasseurs au bout de sept mois à peine à la Maison blanche. Il a la constitution pour lui. – Oh que si, il va signer, insistait un autre, plus habitué au gin. Il ne peut pas aller contre la volonté du Congrès. Pour la constitution, les tribunaux lui ont retiré son droit à prendre des décisions sur l’immigration, et maintenant c’est le Congrès qui met le grappin sur la politique étrangère. Il va juste avoir à décider où prendre ses prochaines vacances, c’est tout.

Et c’est exactement ce qui s’est passé, comme chacun sait. Donald Trump a docilement signé, en grinçant des dents, le renforcement des sanctions, et il a choisi d’aller jouer au golf dans le New Jersey, pour ses vacances, tandis que son ex-copain Poutine partait pêcher en Sibérie, et a même harponné un brochet géant au bout de deux heures de poursuite dans un lac glacé. Pas aussi grand que celui qu’il avait capturé il y a quatre ans, mais ça, c’était avant les sanctions US.

Le décret n’était pas assez rude pour qu’il file se mettre à l’abri dans un bunker. Peut-être que c’est l’insistance de Rex Tillerson qui avait réussi à le calmer ; d’après celui-ci, la législation devrait être considérée « comme un signe que les Américains veulent que la Russie améliore ses relations avec les US », et quoi de plus apaisant qu’un bon canular? Les propos de Tillerson ont certainement été aussi hilarants que la réplique culte “Ne courez pas, nous sommes vos amis”, dans le film Mars attaque. Les grands films hollywoodiens annoncent souvent des évènements à venir.

Question cinéma, c’est Games of Thrones qui semble le plus indiqué pour rendre compte de la situation. Le président Trump contre le marais, c’est la bataille ultime pour la domination, comme entre Cersei et Daenerys. La Russie de Poutine est un outsider qui ne veut pas vraiment se retrouver mêlé à l’empoignade, juste applaudir le vainqueur. Poutine ne veut pas plier le genou ni devant le collectif Clinton ni devant Trump, même si ses sympathies, et celles de bien des Russes, allaient plutôt à Trump. Si la sympathie et la préférence  constituent une interférence, alors les Russes ont interféré dans les élections US, dans le cas contraire c’est non. Nous l’avons appris de source sûre : c’est Seymour Hersh qui le dit, le journaliste le plus fiable des US, ici.

Le Premier Ministre Medvedev a résumé la situation dans un message bref et judicieux sur sa page Facebook, rédigé en russe et en anglais : « d’abord, la loi sur les sanctions met fin à tout espoir d’amélioration des relations de la Russie avec la nouvelle administration US. Ensuite, c’est une déclaration de guerre économique a tout-va contre la Russie. Enfin, l’administration Trump a fait la preuve de sa faiblesse totale en cédant le pouvoir exécutif au Congrès de la façon la plus humiliante. Ceci change complètement la balance dans les cercles politiques US. »

Les opinions du Premier Ministre comptent beaucoup. Ce n’est pas le maillon faible que l’opposition nationaliste russe croit voir en lui. Tandis qu’il était président et chef suprême des forces armées, le 888 (le 8 août 2008) il avait ignoré les appels US et l’opinion publique russe divisée, avait expédié les chars au-delà des monts du Caucase, et mis en déroute les arrogants Géorgiens, avec leurs instructeurs israéliens et américains, le tout en une guerre éclair. C’est bel et bien un libéral, son gouvernement met en œuvre une politique libérale, et il ne recherche pas la confrontation. S’il dit que c’est la guerre, même s’il s’agit d’une guerre économique, alors c’est bien une guerre que les US ont déclarée à la Russie.

Mais une guerre plus importante est en cours entre l’establishment et le président, et elle n’est pas finie. Trump s’est fait humilier, c’est vrai, il a perdu une bataille, mais non la guerre. Il est trop tôt pour le passer par pertes et profits, comme le suggère Medvedev.

Le président Poutine l’a bien compris, car il a signé son ordre d’expulsion des diplomates US avant que Trump n’ait signé le décret, alors qu’il avait d’abord dit qu’il ne le ferait qu’une fois que le décret serait entériné. Si Poutine avait attendu quelques jours, l’expulsion aurait été considérée comme une réponse à la signature de Trump. Mais Poutine a préféré rendre le Congrès responsable de cette riposte.

Le président Trump était bien d’accord avec Poutine quand il a touité: “Nos relations avec la Russie sont au plus bas, et la situation est très dangereuse. Vous pouvez féliciter le Congrès”. Le sénateur John McCain qui cherche à piéger la Russie a répliqué : « Vous pouvez remercier Poutine », mais cette accusation ne mène à rien.

Trump est dans le pétrin, mais jouit quand même de soutiens solides. Je ne parle pas du peuple, je parle du secteur du business américain. Le marais s’est nourri de l’économie virtuelle de Google, de Microsoft, de Facebook, des médias de masse, de la Réserve fédérale, et des agences d’espionnage. Leurs ennemis, les gens qui font la véritable industrie, soutiennent Trump, et ils n’ont pas l’intention de capituler. Le conflit a traversé l’Atlantique, et il fait rage en Europe, maintenant, où les soutiens du collectif Clinton se retrouvent dans une situation fort embarrassante.

Ils perdent de l’argent, parce que le business américain ne veut plus les soutenir. Les élites suédoises, qui appuyaient solidement le collectif Clinton, l’ont découvert à leurs dépens. Leur grande firme TNC Ericsson a subi de lourdes pertes l’année dernière. Quad ils ont essayé de faire certaines affaires avec des firmes américaines sur la base de leurs contacts précédents, ils ont découvert que les hommes d’affaire américains étaient déçus et les avaient renvoyés chez eux sans avoir signé l’accord (voir ce que j’ai écrit à ce sujet ici). Ce genre de signaux laisse des impressions durables.

Il est arrivé à Moscou ces derniers jours des émissaires pour demander à Poutine de choisir son camp dans la bataille, de se débarrasser de l’aile libérale dans son gouvernement. Mais Poutine n’est pas chaud. Les libéraux russes continuent à jouer le jeu, ils n’interfèrent pas dans son action. Poutine préfère garder la Russie en dehors du champ clos; s’il n’y parvient pas, ce ne sera pas faute d’avoir essayé.

Les sympathies de Poutine et de son camp vont toujours à Trump, aux nationalistes américains, parce que nous pouvons imaginer un accord qu’ils peuvent trouver ensemble, un accord qui permettra à la Russie de vivre paisiblement dans sa propre niche, en termes de marché et de géopolitique. Il est passablement difficile d’imaginer une entente avec des dévots de la globalisation qui veulent refaire le monde en y incluant une Russie formatée selon l’idée qu’ils s’en font. Mais Poutine ne cherche pas à être mêlé aux querelles intestines américaines. Ce qu’il pouvait faire de mieux et au plus près, c’était de patienter six mois avant d’agir en représailles à l’expulsion datant de décembre des diplomates russes. Nous entrons maintenant dans une nouvelle étape, celle de la guerre froide à fond de train.

Et là, j’avoue que ce n’est pas mauvais du tout pour le monde. Une grande harmonie entre Trump et Poutine, ce serait encore mieux, comme je l’ai écrit, mais la guerre froide est certainement la meilleure solution après celle-là.

Il y a trop de menées agressives de la part des US de par le monde. Avant 1990, ils étaient partiellement bloqués par l’URSS. Depuis lors, les US ont pu faire tout ce qu’ils voulaient, avec des résultats désastreux. Leurs interventions en Afghanistan, au Panama, en Irak et ailleurs n’auraient jamais eu lieu s’il y avait eu un contrepoids face à eux. Et la Russie de Poutine ne voulait pas endosser le rôle de principal contrepoids. Les Russes n’agissaient que dans les limites de leur territoire et de leurs moyens limités, jusqu’à maintenant. Ils ont sauvé la Crimée, qui aurait dû devenir une base militaire de l’Otan ; ils ont mis un terme à la destruction de la Syrie. C’est très bien, mais on est très loin d’une prise en main de la résistance mondiale contre l’Empire. Au mieux, ils refusaient de coopérer avec les desseins américains.

Si la guerre froide s’intensifie, la Russie sera forcée d’en faire plus. Paul J. Saunders, expert de la politique étrangère US, qui a été membre du Département d’Etat, nous en fournit un indice : « Il y a des différences considérables entre refuser de coopérer avec les US, et travailler de façon positive pour résister à la politique US et faire du tort à l’Amérique. Les Américains sont-ils prêts pour une Russie qui renverse la situation en Afghanistan, en fournissant aux Taliban des missiles terre-air pour descendre les hélicoptères US et les jets ? Ou une Russie qui signerait de nouveaux accords commerciaux avec la Corée du Nord et qui travaillerait à consolider l’économie du régime de Kim ? Ou encore une Russie qui fournirait équipement et entraînement à des groupes terroristes anti-américains ? »

Etrangement, de telles actions seraient à peine symétriques des actions US. Les US ont fourni à Al Qaeda en Afghanistan et en Syrie (où la chose s’appelle Al Nusra) des missiles terre-air qui ont abattu des avions russes et même syriens. Les US travaillent pour consolider le régime pourri de Kiev. Les US ont fourni équipement et entraînement aux terroristes anti-russes dans le Caucase, en Syrie et en Ukraine.

Mais pourquoi s’arrêter à de telles mesures? A la guerre comme à la guerre : les Russes pourraient réinstaller leurs ICBM à Cuba et les déplacer au Venezuela, encourager les milices blanches du Montana, soutenir activement l’indépendance du Texas et de la Californie, et cela resterait de l’ordre du reflet en miroir des actions US. Qui plus est, ces mesures et d’autres seraient excellentes pour les peuples du monde, y compris pour les citoyens américains !

En votant pour le président Trump, le peuple américain a manifesté sa volonté d’en finir avec les guerres étrangères, avec l’immigration chez eux,  de démanteler l’Otan (le président Trump l’avait qualifiée d’obsolète), d’en finir avec la pratique des changements de régime. La volonté du peuple américain devrait aboutir.

Les évènements des six derniers mois aux US ont le niveau d’un coup d’Etat. Le président élu a été pourchassé, persécuté, dépouillé de ses pouvoirs par le gang des néocons et des marchands de canons. Ils ont usurpé le pouvoir dont le président avait été investi par le peuple américain. Ce serait excellent si la Russie devait aider le peuple américain à restaurer la démocratie dans son pays.

Puisque les usurpateurs veulent lâcher leurs chiens de guerre sur la Corée et le Venezuela, sur la Syrie et sur l’Iran, puisqu’ils tiennent à maintenir leur occupation illégale de l’Afghanistan et de l’Irak, de l’Allemagne et de la France, et puisqu’ils interfèrent dans les élections dans chacun des Etats européens et latino-américains, en bloquant toute liberté commerciale pour les Russes et les Européens, il serait bénéfique de résister à leur politique, ce serait en fait moral et légal au sens le plus élevé du terme. Et la Guerre froide donnera à ceux qui résistent aux usurpateurs le bouclier nucléaire et l’épée nucléaire.

Une guerre froide peut sauver le Venezuela, l’Iran et la Corée des interventions US qui les menacent, elle peut faire reculer les forces d’occupation US. Ce sera tout bénéfice pour le monde.

Et ce sera merveilleux pour les Américains. Le pire de ce que Poutine pourrait rêver de faire aux US serait de forcer les US à fermer leurs bases militaires, d’en finir avec leurs interventions et leurs changements de régimes, de détruire la Réserve fédérale et la position du dollar dans le commerce international : tout cela, ce sera bon pour vous, les Américains. Votre pays va cesser d’envahir tout le monde pour aussitôt inviter tout le monde chez vous. Les Américains retrouveront du travail, un travail qui ait du sens. Votre pays refleurira.

Ce sera bénéfique aussi pour les Russes, mais pas au sens où vous l’entendez. Le régime autoritaire de Poutine a donné aux nouveaux Russes l’anoblissement par l’argent et une marge de manœuvre dans l’Etat. Ils se sont fait construire les plus grands yachts, ils ont jeté l’argent par les fenêtres comme jamais, tandis que les Russes ordinaires avaient un niveau de vie très très modeste. Igor Shugalov, porte-parole de l’Assemblée nationale, promène les corgis de sa femme dans son jet privé  et possède des biens immobiliers pour 100 millions de dollars, alors que le salaire moyen en Russie (à l’exception de Moscou et de St Pétersbourg) tourne autour de 200 dollars par mois. Avant les sanctions, les Russes riches n’avaient pas un regard pour leurs compatriotes moins fortunés. Ils allaient en vacances sur la Côte d’Azur, envoyaient leurs gosses faire leurs études à Oxford et à Yale. Ils étaient aussi loin des Russes ordinaires que les nobles de Tolstoï.

Les sanctions ont déjà porté des fruits. Certains des officiels autour de Poutine se sont vus interdits de voyage et ont été obligés de découvrir les modestes inconforts de leur mère-patrie. Si la Guerre froide pouvait les priver de leurs propriétés en Occident et réduire à néant leurs magots offshore, ils contribueraient un peu plus à l’essor de leur pays.

Ils n’en ont aucune envie, certes; c’est la raison pour laquelle les nouveaux riches de la Russie de Poutine constituent la force qui refuse la guerre froide. Ils appellent déjà à la soumission complète aux US. La nouvelle guerre froide rendra ces gens insignifiants, comme les communistes US étaient devenus insignifiants dans le rude climat de la Première Guerre froide.

Le décret sur les sanctions n’est pas une mauvaise chose non plus pour l’Europe. En se mêlant des élections européennes, les US ont créé une classe politique compradore. Ces toutous aveugles des libéraux à la  « jt’envahis et après jt’invite chez moi » ont été un vrai désastre pour les Européens. Avec l’arrivée de Trump, le sevrage a commencé pour eux. Les sanctions vont toucher les Européens à leur ventre mou, leur porte-monnaie. Ils sont déjà consternés parce qu’ils considèrent comme illégale  la législation extra-territoriale de l’Amérique, appliquée sous forme de lourdes amendes aux banques européennes pour avoir fait des choses interdites aux US, mais parfaitement légales en Europe, comme de commercer avec l’Iran. L’attaque US contre leurs importations de gaz russe moins cher pourraient bien les libérer de leurs principes américains, ce qui est aussi très positif.

Bref, cette nouvelle Deuxième Guerre froide est une  excellente affaire. Certes, une harmonie totale, ce serait encore mieux, mais en attendant, donnez-nous une bonne Guerre froide !

* * *

P.S. Je ne voudrais pas conclure sur cette note enjouée, mais comme je ne suis payé ni par Poutine ni par Trump, j’ajouterai que nous n’en sommes pas encore là. Poutine, malgré ses manières macho, est un homme politique très précautionneux. Il n’a nulle hâte de se confronter aux US plus que de juste. Il est prêt à attendre tout ce qu’il faudra…

On l’a vu dans l’affaire des diplomates. Obama avait expulsé 35 diplomates, Poutine a attendu patiemment sept mois. Pendant ce temps, il s’est souvenu de sa dette plusieurs fois. Mais c’est seulement mis au pied du mur américain qu’il a décidé d’agir, et alors il a expulse vingt fois plus de diplomates (le nombre exact n’est pas encore clair, mais cela tourne autour de 700 porteurs de passeports diplomatiques).C’est ça, le style russe. Les Russes traînent des pieds, prennent du retard, reportent, et quand vous croyez qu’ils ont oublié ou lâché l’affaire, alors ils foncent et en rajoutent.

Maintenant, après les sanctions, la Russie de Poutine a voté aujourd’hui 5 août au Conseil de sécurité de l’Onu pour le train de nouvelles sanctions voulues par les US contre la Corée du Nord. Le projet de résolution US interdit à la Corée du Nord d’exporter du charbon, du fer, su minerai de fer, du plomb, du minerai de plomb et des produits de la mer. Il interdit aussi à chaque pays d’augmenter le nombre de travailleurs nord-coréens embauchés à l’étranger, interdit tout nouvel accord de partenariat avec la Corée du Nord, et tout nouvel investissement de même, selon l’agence Reuters. De sorte que la Russie se punit elle-même (la Russie est importatrice de produits coréens, emploie des travailleurs coréens, et il y a un certain nombre de partenariats russo-coréens) et sanctionne donc son allié coréen en cédant au caprice américain.

C’est une décision que je regrette, mais Poutine est comme ça: il ne veut pas aggraver le contentieux entre Russie et US. Il est prêt à lancer une contre-offensive, mais il n’est pas pressé d’enclencher l’apocalypse. Il ne veut pas offrir une occasion à Cersei et à Daenerys de s’unir contre lui.

Il préfèrera plutôt se donner encore un délai, le temps que les deux reines en décousent. J’aimerais mieux, pour ma part, une bonne guerre bien froide, avec beaucoup de glaçons et une rondelle de citron, certes, mais ce n’est pas moi qui ai pris en chasse un brochet pendant deux heures dans les eaux sibériennes glacées.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/poutine-entre-cersis-et-daenerys/feed/ 0
Ils se sont parlé! http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/ http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/#respond Mon, 10 Jul 2017 20:49:20 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3261 Leur rencontre, tellement attendue, a été bien plus riche que tout ce que les uns ou les autres avaient pu prédire. L’anxiété était à son comble, et les attentes aussi basses qu’un lourd plafond de nuages juste avant l’orage, d’autant plus que Trump venait de passer par Varsovie, où il avait docilement repris les platitudes de la Guerre froide dictées par ses mentors. Il avait été expédié à Hambourg par l’establishment de Washington avec toutes les mises en garde de rigueur pour une novice au couvent à la veille d’une rencontre regrettable mais inévitable avec un don Juan. Ils ne faisaient pas confiance à un pareil débutant, et insistaient : il ne devait parler à Vlad que sous bonne garde, en présence d’adultes responsables tels tante Fiona Hill (conseillère de Theresa May) ou oncle H.R. McMaster (conseiller à la sécurité nationale US), tous deux bien connus pour leur aversion envers les Russes.

Ils l’avaient prévenu que, à deux pas d’une frappe nucléaire, toute autre réaction serait considérée une trahison envers la « Cité étincelante sur une colline » de Ronald Reagan. Chaque néocon et fanatique de la Guerre froide en Occident y était allé d’un petit avertissement au président : comment faire pour humilier Poutine et le remettre à sa place, plus bas que terre. En fait ils ne l’avaient pas autorisé à avoir une vraie rencontre avec Poutine, en lui bricolant un ordre du jour minutieusement surchargé, avec des conseillers et des ministres, et le tout ne devait pas prendre plus de quelques journées, format Camp David ou approchant. Et ils ont profondément raté leur coup.

La rencontre en marge du G20 était devenue le centre de tout, le G20 est devenu un rassemblement en marge du sommet Trump Poutine. Aucune pause, à partir du moment où ils se sont rencontrés : une grande sympathie réciproque se trahissait dans chacun de leurs sourires. Au début, Poutine était plutôt réservé ; il s’était endurci d’avance en cas de rejet, d’affront, toujours possible, et même d’insulte. Mais Trump a su le mettre à l’aise avec tact.

A la place de la demi-heure prévue, ils sont restés à parler pendant deux heures ; même la tentative de la femme de Trump pour remettre le grappin sur son mari n’a pas été couronnée de succès. Ils ne pouvaient pas s’arracher l’un à l’autre, c’est tout. Après quelques mois de séparation forcée par l’action des duègnes auto-désignées, ils étaient là, ensemble, comme deux compères, à la fin.

Les médias occidentaux, mettant en œuvre tous leurs maléfices pour empoisonner le courant entre les deux hommes, ont parlé de victoire de Poutine, les Russes sont devenus « les patrons », le chien qui a le dessus. Réaction typique, celle du Centre pour le Progrès de l’Amérique (Center for American Progress Action Fund), qui a déclaré que Trump s’était « tout simplement couché devant la Russie, unilatéralement ». Ils espéraient que Trump le vaniteux serait vexé d’être dépassé par Vlad. Nous n’allons pas nous joindre à leurs légions en concédant la victoire à Poutine. Ils ont gagné tous les deux, et c’est nous qui y avons gagné, avec eux.

D’un tel évènement, il est difficile d’attendre des résultats tangibles. Ces choses-là prennent plus de temps. Si cela a créé les conditions pour du travail à deux, cela devrait suffire. Et même à ce niveau, il y a eu des avancées notoires.

.

Je me permets de vous suggérer de voir le film d’Oliver Stone « Conversations avec Mr. Poutine », un film long mais qui ne vous décevra pas, comme préambule aux rapports sur la rencontre historique. Dans le film, Oliver Stone pose des questions à Poutine sur les accusations d’ingérence cybernétique dans les élections US, et Poutine lui donne une réponse complète et explicite. Il dit qu’il avait offert à Obama un traité sur la cybersécurité, décrivant précisément ce que les Etats peuvent et ne peuvent pas se faire les uns aux autres dans le cyber espace.

Obama n’a pas saisi la balle au bond, parce que les US croyaient avoir une grande supériorité sur le terrain, et ne voulaient pas se priver de leur avantage. « Selon les déclarations au gouvernement US d’un officier d’intelligence à la retraite, l’administration US avait pénétré le réseau électrique russe, leurs réseaux de télécommunication et les systèmes de commande du Kremlin. Le piratage présumé signifiait que des parts critiques des infrastructures russes étaient dès à présent vulnérables à une attaque par des cyber-armes secrètes américaines », selon l’agence de presse australienne.

Certes les récriminations contre les « piratages russes » sonnent faux, compte tenu que la NSA espionne tout le monde dans le monde entier, y compris la Russie. Des millions d’appels russes sont interceptés par les services secrets US tous les ans, nous a appris Snowden. L’idée de rédiger et de conclure des traités interdisant le piratage agressif arrive au bon moment, c’est une bonne idée. Lors de la rencontre de Hambourg, le président Trump en a convenu,et les présidents ont décidé de nommer une commission bilatérale pour mettre en œuvre un projet de traité. Ce sera bon pour toutes les nations, pas seulement pour les Russes et les Américains, parce que la NSA espionne jusqu’aux alliés des US, comme Mme Merkel en personne.

Le traité permettrait aussi de gérer des virus réellement dangereux, comme le Stuxnet qui a été lancé contre l’Iran, et ses versions les plus récentes, comme WannaCry. Julian Assange nous a révélé l’origine des virus ; ils viennent de l’arsenal de la NSA, et ils ont déjà causé des dégâts, depuis les banques russes jusqu’aux hôpitaux britanniques. La fabrique de virus de la NSA devrait être mise sous contrôle grâce au traité.

L’interférence dans les élections, voilà aussi un autre sujet abordé par les deux présidents. Non pas les sottises proférées sur une interférence russe dans les dernières élections américaines, mais l’histoire bien réelle de l’interférence américaine dans les élections russes, françaises, et partout ailleurs. Le président Trump a apparemment approuvé l’idée que cela devrait relever du traité, et être interrompu. Les guerriers du froid étaient alarmés : comment peut-on comparer l’ingérence russe dans notre processus démocratique occidental ? Cela me rappelle une vielle blague juive, juste avant la Première guerre mondiale :

– Allez, on va se faire quelques Turcs !

– Oui mais s’ils ripostent ?

– Pourquoi feraient-ils une chose pareille ? On ne leur a rien fait!

« Comment pouvez-vous comparer » est une rengaine de prédilection chez les juifs, habituellement brandie chaque fois qu’on compare l’assassinat d’un Juif et l’assassinat d’un Palestinien. Je n’ai jamais pu comprendre : s’il n’y a rien à redire à l’ingérence US dans les élections russes, pourquoi est-ce que les Russes ne pourraient pas s’immiscer dans des  élections US ? Peut-être que les deux présidents se mettront d’accord pour mettre fin à leurs ingérences, mais je n’en mettrais pas ma main au feu.

Ils ont fait un pas un avant sur la Syrie, aussi, en approuvant l’accord préparé par leurs équipes à Amman en Jordanie. Pour la première fois, cet accord contient une déclaration en faveur de l’intégrité territoriale d’une Syrie une et indivisible ; c’est un succès important pour la Russie. S’il a des suites, cet accord entraînera un cessez-le-feu au Sud-Ouest de la Syrie, dans la zone adjacente à la frontière jordanienne, et jusqu’à la ligne d’armistice avec l’Israël sur les hauteurs du Golan.

Dans un élan qui a surpris, Trump a accepté que la zone soit patrouillée par la police militaire russe. Cette suggestion, les Israéliens l’avaient combattue de toutes leurs forces. Malgré leurs visites fréquentes à Moscou, ils ne font confiance qu’aux US. Il devrait y avoir des troupes américaines sur le terrain en Syrie, et il est inacceptable d’avoir des troupes russes sur nos lignes, disaient les politiciens israéliens. Si la police militaire russe vient à patrouiller sur le terrain, dans la région, les Israéliens vont devoir avaler une sacrée couleuvre.

Nuance supplémentaire : la police militaire russe en Syrie a un état-major tchéchène, car ce sont de bons combattants, musulmans de confession, et entièrement dévoués au président Poutine, malgré le fait qu’il les avait combattus et battus, et a su les ramener sous la férule du Kremlin. Il y a eu une époque où les ennemis de la Russie professaient leur amour pour les Tchétchènes, mais c’est bien fini. Maintenant leur dirigeant Ramzan Kadyrov, jadis rebelle et fils de leur président rebelle précédent, soutient ardemment Poutine, et il fait l’objet de campagnes d’exécration parmi les libéraux occidentaux autant que chez les nationalistes russes. L’installation des Tchétchènes dans la police militaire en Syrie est un succès de la politique intérieure de Poutine, particulièrement significatif à la lumière des derniers évènements.

Cette semaine, les autorités russes ont bloqué l’accès public au site de l’extrême-droite nationaliste Spoutnik et Pogrome, comme en rend compte mon perspicace collègue Anatoly Karline. Ce site tirerait son nom des deux seuls mots russes qui sont entrés dans les dictionnaires d’anglais, dit-on. Ce sont des sympathisants des nazis, comme les nationalistes ukrainiens, et cela n’est pas populaire du tout en Russie, le pays qui a porté tout le poids de la guerre contre les nazis. Leur rédacteur en chef a publié un édito le 22 juin, disant que tous les bons Russes s’étaient réjouis quand les Allemands avaient envahi leur pays.

Ils sont aussi extrêmement anti-communistes, et cela n’est pas non plus un point de vue populaire en Russie. Ce site a été monté avec l’aide des services secrets occidentaux afin de semer la discorde entre citoyens russes d’origine ethnique différente, exactement comme la Radio Liberté financée par les US à l’époque soviétique, et par les Allemands pendant la guerre aussi. Ils poussent à l’hostilité entre Russes et Ukrainiens, comme entre Russes et Caucasiens.

De façon typique pour ces organisations politiques, malgré le nom du site (un « pogrome », après tout, c’est un soulèvement contre les juifs) ils sont tout à fait projuifs et ce sont des prosionistes fervents. Autrement, la CIA ne daignerait pas les soutenir. Mais ils ont toujours quelque chose à reprocher à Poutine (ils le détestent), aux Tchétchènes et à leur dirigeant.

A présent, nous constatons que Poutine a eu raison d’encourager les Tchétchènes à se battre pour la Russie. C’est vraiment une bonne idée d’utiliser des musulmans sunnites comme force de police dans cette zone hautement  musulmane et sunnite en train de se libérer de Daech, et les Tchéchènes sont réputés être des combattants féroces auxquels personne n’a envie de se frotter. Il vaut vraiment mieux les avoir du côté de Moscou plutôt que du côté des ennemis, et c’est vraiment aussi utile que de bloquer Spoutnik et Pogrome, toute considération morale mise à part.

Les deux présidents ont parlé de la Corée du Nord. Il y a quelques années, les Russes avaient soutenu les sanctions contre la République populaire démocratique de Corée, nom officiel de la Corée du Nord, et les Américains n’avaient pas eu de mal à faire passer une résolution pour le renforcement des sanctions au Conseil de sécurité. C’est fini. Le mois dernier, les Russes ont pris un virage décisif : maintenant ils sont fermement opposés aux sanctions qui pourraient étrangler économiquement le pays et résolument hostiles à toute action militaire là-bas. La position russe s’est donc bien rapprochée de celle de la Corée du Nord, et, étonnamment, elle est bien plus proche que celle des Chinois, malgré le fait que le commerce des Chinois avec la Corée dépasse largement celui des Russes avec la même Corée. Si les Américains veulent que les Nord-Coréens arrêtent leurs essais nucléaires, a dit Poutine à Trump, ils devraient arrêter de faire des exercices militaires d’envergure. Les Russes veulent aussi encourager le dialogue entre Coréens du Nord et du Sud. Ce dialogue avait été très populaire et productif à une époque, mais les US s’étaient alors mis à interférer dans les élections sud-coréennes, et avaient bloqué les politiciens pro-dialogue. Mais les dirigeants du Nord aimeraient que le dialogue reprenne, ils ne perdent pas de vue la réunification de la Corée. Les Russes et leurs alliés chinois s’opposent grandement à l’installation du système de missiles défensif THAAD en Corée du Sud.

Sur l’Ukraine, les deux présidents ont été d’accord pour instaurer des communications par un canal bilatéral spécial, entre l’envoyé spécial des US et son homologue russe. Ils ont aussi confirmé leur confiance dans les accords de Minsk, et c’est une victoire diplomatique importante pour les Russes. Malheureusement, ces accords n’ont pas empêché les troupes de Kiev de bombarder les villes du Donbass.

Bref, Poutine et Trump se sont débrouillés pour arriver à leurs fins, contre toute attente. Leurs victoires immédiates sont certes modestes, mais ils ont planté le décor pour des progrès. Les prochaines étapes dépendront surtout de l’habileté de Trump pour résister aux pressions, pour se libérer de ses mentors. C’est le premier président américain à faire l’expérience d’attaques médiatiques aussi constantes, et il tient le coup. Il semblerait que ses conseillers le pressent de capituler devant ses ennemis dans les médias et au Congrès, mais c’est quelqu’un de têtu. Il  a aussi découvert que Vladimir Poutine peut être un partenaire et un ami véritable.

Le monde a bien changé : dans les années 1980, les Russes étaient bien contents parce que leur dirigeant Mikhaïl Gorbatchev avait rencontré Ronald Reagan et que les médias occidentaux l’admiraient et l’encensaient. Ils trouvaient tout à fait naturel que Gorbatchev admire Reagan. A l’époque, le soutien occidental était un vrai atout pour un homme politique russe. Gorbatchev était arrivé au pouvoir avec la bénédiction de Margaret Thatcher.

De nos jours, les Russes sont contents d’avoir un dirigeant capable de résister à toutes les pressions, un chef qui est admiré pour sa solidité. S’il est détesté en Occident, ils ont l’impression qu’il fait quelque chose de bien. Il se pourrait bien que les médias occidentaux, s’ils veulent déstabiliser Poutine, commencent à se répandre en éloges dithyrambiques.

Israel Shamir peut être joint  à l’adresse adam@israelshamir.net

Traduction: Maria Poumier

Publication originale : The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/ils-se-sont-parle/feed/ 0
Ce que dirait Poutine à Trump http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/ http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/#respond Mon, 03 Jul 2017 17:32:36 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3256 Le premier rendez-vous est décisif, comme nous l’avons appris au collège, en courtisant Alice ou Nancy. La prochaine première rencontre entre deux présidents qui sont les super héros de notre génération, va planter le décor pour les prochaines années. Comment cela va se passer, qu’est-ce qu’ils vont se dire ? Les conséquences en seront heureuses ou fatales.

Tous les deux sont les meilleurs dirigeants que deux grands pays aient produits depuis bien des années. La Russie n’avait pas eu de dirigeant de cette stature, et avec un tel soutien populaire depuis Staline ; un sondage récent l’atteste : pour choisir la personnalité la plus  haute dans l’histoire, des Russes très divers ont placé Poutine et Staline en tête, avant Pouchkine, le poète russe qui occupe la place que les Anglais réservent à Shakespeare. Trump, avec toutes ses carences, est un grand et bon dirigeant ; dès le démarrage de sa carrière d’homme d’Etat, il dépasse d’une bonne tête ses prédécesseurs depuis Richard Nixon.

Ils sont extrêmement différents. D’abord par leurs expériences respectives. Poutine dirige son pays depuis environ dix-sept ans ; il a rudement appris les astuces et  ruses  de jeu du pouvoir, étant au départ le prête-nom des sept banquiers juifs qui avaient privatisé la Russie dans les années quatre-vingt-dix, puis devenant un autocrate pleinement indépendant, comparable à l’avant-dernier tsar Alexandre III, ou à Napoléon III. C’est un vrai dirigeant sage, selon les critères de Confucius, qui cache toujours sa volonté acérée dans un gant de velours, toujours modeste, modéré, tempéré, ne se laissant jamais aller à des accès de passion. Il ne perd jamais le contrôle de lui-même, et les sages nous disent que c’est la chose la plus difficile à contrôler, et la plus sublime. C’est aussi un homme d’Etat responsable et fiable ; sa parole vaut engagement : il a tenu les promesses ridicules qu’il avait faites à la famille de Eltsine. Et il est aussi très populaire parmi ses sujets.

Trump au contraire vient tout juste, dans son âge mûr, de s’embarquer dans un périple d’homme d’Etat, après toute une vie à rechercher les plaisirs et les succès en affaires. Il manque cruellement d’expérience, sa main mise sur le pouvoir est précaire. Il est entouré par des ennemis déclarés et cachés, par des gens qui prient pour qu’il se casse les dents. Ses propres services secrets sont dans l’opposition, ainsi que les médias et son propre parti. Et sa popularité n’est pas assurée.

C’est quelqu’un de passionné et de flamboyant, qui a tendance à donner libre cours à ses sentiments et émotions. Il est extroverti, tandis que Poutine est introverti. C’est un homme de scène, alors que Poutine avait travaillé dans l’ombre, en James Bond russe sur les bords.

De telles différences pourraient constituer le socle d’une belle amitié soudée par la complémentarité. Si ces deux personnages aux talents si différents devaient travailler ensemble pour un but commun, ils guideraient l’humanité  et nous sortiraient de l’impasse actuelle. Leurs différences sont celles de « deux durs face à face, venus des deux bouts du monde »[1].

Seulement voilà, tous les deux sont gravement handicapés. Trump par la campagne empoisonnée insinuant qu’il a été élu grâce à l’interférence russe, et qu’il fricote avec la Russie ; quelle que soit la conclusion, si elle ne débouche pas sur une frappe militaire, le New York Times et CNN vont croasser sur le mode : il a vendu les joyaux de la couronne. Poutine de son côté est handicapé par le fait que la Russie est plus faible que le US en tous sens sauf en matière d’armement apocalyptique. La Russie est encerclée par des bases militaires US, le budget militaire US est dix fois plus important que le budget russe. Poutine a très peu de marge de manœuvre pour un retrait et il pourrait bien répondre par la force à une provocation.

 

Si Poutine devait dire le fond de sa pensée à Trump, ce qui est très improbable, parce que leur conversation va certainement être sabotée, enregistrée et fuitée par la Nasa aux médias hostiles, voici ce qu’il lui dirait :

– Tu vas pouvoir réaliser tous tes vœux, Donald, rendre sa grandeur à l’Amérique, atteindre tous les objectifs réalistes des US, si tu t’inspires de ton grand prédécesseur Richard Nixon, le dernier président américain indépendant. Même aujourd’hui, après des années d’inflation, un ouvrier américain ramène à son foyer le même salaire que son père au temps de Nixon. S’il y a eu un  âge d’or pour les Américains, c’était bien à ce moment-là. Nixon a créé les bases de la prospérité, il a dessiné pour le long terme la politique étrangère des US, une politique qui reste valable et fonctionnelle, malgré les ajustements de rigueur, basée sur le commerce chinois et le pétrole arabe. Nixon a mis fin aux guerres en Asie du Sud Est, et a amorcé la détente.

Nixon a fait un virage complet  au Viet Nam. Il a mis fin à la guerre qui avait enflé pendant des années, sans la gagner : il a reconnu la futilité de la guerre. Toi, tu peux faire la même chose avec les guerres du Moyen Orient que ton pays livre depuis trop longtemps. Ce sont des guerres pour rien. Tout ce que tu veux obtenir en Syrie, tu peux le décrocher sans tirer un seul coup de feu, sans envoyer un seul soldat.

 

Je me disais cela en recevant la visite du nouveau président du Viet Nam, il y a quelques jours. Les US se sont battus au Viet Nam pendant des années, vous avez perdu 50 000 hommes et tué des centaines de milliers de Vietnamiens, et malgré tout cela, vous avez été battus et chassés d’Indochine. Et au final, qu’est-ce qu’on découvre? Les Vietnamiens sont les meilleurs amis des US, maintenant. Ils aiment mieux les Américains que nous les Russes, ou les Chinois, alors que nous les avons soutenus contre vents et marées pendant leurs guerres contre vous ou contre les Français. La guerre du Viet Nam, c’était pour quoi ? Les Américains te poseront la question dans quelques années : pourquoi nous sommes nous battus en Syrie et en Irak ? Et tu seras bien en peine de répondre.

Nixon a osé opérer le retournement de la politique de contention de la Chine communiste qui avait tenu toute une génération. Il a bâti des ponts avec la Chine, instauré la paix et la prospérité pour le peuple américain, et pour le peuple chinois aussi. Tu peux en faire autant avec la politique de contention de la Russie, de l’Iran et d’autres Etats indépendants plus petits. Jette donc des ponts, et ce sera la prospérité pour tous.

Prenons d’abord le cas de la Syrie. Qu’est-ce que les US veulent gagner, en Syrie ? Tu peux le dire, et l’obtenir, sans guerre, sans frais et sans problème. Et je ne parle pas d’y arriver dans un morceau d’une Syrie brisée et fragmentée sous occupation. Je parle  d’une Syrie entière et unie, avec Damas pour capitale, et Bachar al Assad pour président. Il n’y a rien dans les limites du raisonnable que le président Assad te refuserait, et je me porterai garant de ses promesses. Tu veux faire du commerce, produire, vendre, transiter par la Syrie. Bienvenue, Ahalan we Salahan, te répondrait Assad. C’est son vœu le plus cher !

Et cela vaut pour l’Iran. Ce grand pays si ancien tient à l’amitié américaine, aux échanges et aux investissements US. Ils ont élu un président très pro-occidental et néolibéral il y a à peine quelques mois. Ils ont accepté les conditions humiliantes de l’accord sur le nucléaire. Ils n’ont jamais envoyé le moindre terroriste aux US ni en Europe.

Et pour ce qui est des conditions à respecter, ce sont les mêmes que le président Nixon avait acceptées dans ses accords avec la Chine. Pas d’interférence dans les affaires internes du pays. Nixon n’a pas demandé à la Chine de désarmer, de renoncer au communisme, de vendre leurs industries et leurs ressources naturelles aux sociétés américaines ni même d’ouvrir complètement leurs marchés aux US. Toi aussi tu peux renoncer à l’ingérence,  arrêter de te mêler des affaires intérieures des autres pays.

L’Iran veut être une république islamiste et permet à ses prêtres, appelés ayatollahs, d’avoir un œil sur leur gouvernement. Eh bien c’est leur affaire. Ce n’est ni pire ni meilleur que l’idée arabo saoudienne qu’une seule famille, descendante des Saoud, devrait faire la loi et empocher tous les bénéfices ; ou que la méthode israélienne qui privilégie une croyance, ou encore la manière de faire des Européens : tout cela relève du choix de chaque peuple. Nous ne leur disons pas ce qu’ils doivent manger, comment ils doivent choisir leurs partenaires ou gouverner leur pays. Personne n’est parfait, comme il est dit dans Certains l’aiment chaud.

Il y a des gens qui adorent s’entremettre. Ils disent que les Alaouites ont trop de pouvoir en Syrie. Nous répondons : c’est leurs oignons. Ils ne vous disent pas que les Juifs sont trop de pouvoir chez vous, et vous n’avez rien à leur dire sur leurs Alaouites. Laissez donc les Syriens se débrouiller avec ça dans leur style propre.

Je ne m’en ferais pas trop pour le désarmement non plus. Nixon n’en faisait pas un fromage. S’il avait attendu que la Chine désarme, vous n’auriez pas de produits chinois dans vos magasins.

A présent votre budget militaire est plus élevé que celui de tous les budgets militaires réunis, de tous les Etats de la planète. Si le désarmement te tracasse, commence par faire des coupes dans le tien, de façon raisonnable, et d’autres Etats suivront.

D’accord, il y avait aussi Taïwan.  Taïwan revendiquait sa souveraineté par rapport à la Chine, avait su garder sa place au Conseil de sécurité, son puissant lobby bloquait toute tentative pour modifier ce statu quo. Richard Nixon a opéré un revirement complet aussi sur Taïwan. Il n’a pas « bradé » ou « lâché » Taïwan, comme hurlait le lobby taïwanais. Il a simplement remis Taïwan à sa place, lui restituant des proportions légitimes et raisonnables dans la politique américaine.

Taïwan a continué à prospérer, et a de bonnes relations fonctionnelles avec la Chine continentale, de bonnes relations avec tout le monde, d’ailleurs, et sa population a gagné en matière de liberté et de respect des droits de l’homme; mais Taïwan a dû renoncer à ses revendications déraisonnables par rapport à la Chine et à l’usage du veto en matière de politique US.

Il y a un Taïwan au Moyen Orient, et il s’appelle Israël. Ses prétentions à la supériorité et à l’ascendant au Moyen Orient sont la principale cause de vos guerres en Syrie, en Iran et en Irak. Tu peux gérer ça aussi comme Nixon l’a fait pour le problème taïwanais.

Je suis le dernier à vouloir du mal à l’Etat juif. J’y vais régulièrement, je paye les retraites de centaines de milliers de retraités israéliens, je reçois leurs dirigeants abondamment, j’ai des amis d’enfance là-bas. Je suis réputé là-bas pour mes égards envers le peuple juif. J’ai donné un mois de salaire pour restaurer le musée juif de Moscou, qui est le plus grand musée juif au mode. Notre communauté juive prospère. Le rabbin en chef, qui appartient à la même branche loubavitch que la synagogue dont ta fille Ivanka et son mari Jared sont membres, fait appel à moi et trouve toujours chez moi l’aide et le soutien souhaités.

Les juifs sont des gens merveilleux, qui en douterait. Cependant, tu ne devrais pas permettre à ces gens merveilleux de te monter dessus comme sur leur bourrin. Ce sont les termes de Lénine, et j’avais appris ça  en tant que jeune communiste. Lénine était extrêmement amical avec les juifs, il avait beaucoup de collègues juifs, mais il ne leur a jamais permis de s’assoir sur son dos, et moi non plus.

Un traitement à la taïwanaise correspondrait aux vrais intérêts des Israéliens. Depuis quelques années, des centaines de milliers d’Israéliens ont déménagé en Russie. Nous les acceptons, parce qu’ils ne sont pas heureux dans l’Israël réel. Débarrassés de leurs ambitions,  les Israéliens trouveront la paix au Moyen Orient, dans leur foyer national.

La Russie est une bonne amie de l’Iran et de la Syrie, et cela n’affecte pas notre amitié avec Israël. Les Israéliens comprennent que pour nous ils ont comme le Taïwan régional, le reste du Moyen Orient constituant la Chine continentale. Tu peux faire la même chose : fais la paix et retrouve l’amitié avec la Syrie et avec l’Iran, et tiens les rênes de l’amitié avec Israël. Ils comprendront ; ils vont peut-être geindre pendant quelque temps, mais ils finiront par trouver un nouveau modus vivendi.

Avant d’entrer en guerre, définis tes objectifs. Si tu le fais en ce qui concerne la Syrie, tu verras que tu te jettes dans une guerre pour les intérêts du commandement de l’armée, pour les intérêts de la banque internationale et pour les intérêts israéliens. A ta place, je respecterais ces intérêts qui sont parfaitement légitimes, mais ce ne sont pas les tiens, ce ne sont pas les intérêts du peuple américain.

Les généraux adorent la guerre, c’est leur profession, ils en veulent toujours plus, et des plus gros budgets, et des médailles. Mais un bon dirigeant est celui qui commande à ses généraux, il n’est pas à leurs ordres. J’ai renvoyé les trois quarts de mes généraux, et ma popularité n’en a nullement souffert. Comment je m’y suis pris ? J’ai embauché un gars qui avait l’air idiot et qui n’était pas un professionnel, comme secrétaire à la Défense, avec pour mission de dégraisser l’armée. Il l’a fait et s’en est pris plein la figure. A la fin, je l’ai viré et l’armée ne m’en aime que plus !

Vous allez vraiment retrouver la prospérité et on t’appellera le meilleur président de tous les temps, si tu arrives à faire maigrir ton ministère de la Guerre. La Russie a eu beaucoup de bases à l’étranger, de Cuba jusqu’au Vietnam, d’Aden jusqu’à l’Arctique ; nous les avons toutes démantelées, et nous ne l’avons jamais regretté. Les bases coûtent cher, et il vaut mieux s’en passer.

Mes généraux, tu vois, ils me suppliaient d’envoyer des troupes en Ukraine, mais je ne l’ai pas fait. Nous ferons mieux de dépenser pour améliorer les conditions de vie de nos concitoyens. Maintenant nous avons quelques millions d’Ukrainiens qui ont voté avec leurs pieds : ils sont partis s’installer et travailler en Russie, parce que notre mode de vie leur plaît plus. Et n’oublie pas ceci ; l’Ukraine était la partie la plus riche de l’Union soviétique à l’époque de sa chute en 1991. Et maintenant les voilà pauvres. Il vaut mieux soutenir une économie que de livrer des guerres.

Les banquiers internationaux aussi adorent les guerres. Je respecte leurs désirs, mais je ne cherche pas à en faire mes obligés. Les juifs adorent les guerres, mais il n’est pas nécessaire de leur donner tout ce qu’ils souhaitent. Les US n’ont aucun intérêt véritable à défendre en Syrie ou en Ukraine au prix d’une guerre. Même chose pour l’Estonie. Je peux te le promettre : nos chars ne vont envahir les Etats baltes, même s’ils ont fait partie de la Russie pendant trois cents ans. Ôte simplement tes bases de l’Otan de notre voisinage. Si tu ne le fais pas, nous serons obligés de nous défendre  nous-mêmes.

Nixon avait fait aussi un virage à 180° dans sa politique avec la Russie. Il avait choisi la détente au lieu de la confrontation. C’était tellement effectif qu’en 1990, tous les Russes ont choisi de soutenir l’Amérique, de suivre l’Amérique et d’accepter le modèle américain. J’étais moi-même très pro-américain. Dans le film d’Oliver Stone, je le reconnais. J’ai été le premier à appeler le président Bush pour lui offrir mon aide au moment du 11 septembre. Je lui ai offert des facilités de passage quand il a décidé d’aller en Afghanistan. Il a fallu des années de soutien US aux rebelles terroristes dans le Caucase, d’implantation de l’Otan vers l’est, de vicieuses campagnes contre moi et contre notre mode de vie russe, d’attaques contre l’Irak, pour que je change d’avis sur l’éternelle bienveillance des US et j’en ai rendu compte dans mon discours de Munich.

Tu peux prendre ce virage toi aussi, passer de la confrontation à la détente en Russie, comme Nixon l’avait fait. Et tu trouveras en ma personne l’allié le plus ferme, le plus sûr.

Qu’est-ce que tu en penses, Donald, de cette offre?

 

 

Joindre Israel Shamir :  adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Publication originale dans The Unz Review.

[1] Rudyard Kipling disait aussi : « L’Est est l’Est, et l’Ouest est l’Ouest, et jamais ils ne se rencontreront » en 1889, dans son poème La Ballade de l’Est et l’Ouest, (ndt).

]]>
http://www.israelshamir.com/french/ce-que-dirait-poutine-a-trump/feed/ 0
Après un sombre hiver http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/ http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/#respond Thu, 22 Jun 2017 16:54:18 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3249 En règle générale, j’essaie de toujours voir mon verre à moitié plein, et je laisse à d’autres le soin de le considérer à moitié vide. Et voici quelques bonnes raisons pour un éternel optimiste de s’en tenir à un angle positif.

L’été a fini par arriver jusque dans le Nord. Le ciel est bleu, l’herbe est tendre et verte, les fleurs s’ouvrent, bref aucune raison de se lamenter. Si Dieu nous comble de ses merveilles, dans sa grâce généreuse, il ne nous abandonnera pas. L’été, il est bien plus difficile de se sentir laissé pour compte que sous une pluie tenace. Que Dieu siège là-haut et tout ira bien ici-bas.

Et avec le beau temps, voilà que c’est tout l’édifice néo-libéral qui s’effondre. Avec l’élection de Trump, je vous avais dit que le « siècle juif » (selon les termes de Slezkine) était sur sa fin. C’est bien le cas, même si la nuit n’est jamais plus noire que juste avant l’aube.

Vous vous sentiez écrasés par le politiquement correct, à juste titre. Vous avez le droit d’appeler un chat un chat, mais pas un juif un juif. Parce qu’ils n’aiment pas ça, et ne perdent pas de temps pour faire savoir que cela leur déplaît. C’est ce qu’a vécu Jeff Sessions, le Procureur général, qui avait mentionné « l’AIPAC juif ». Cela ne prête pourtant pas à controverse. Que peut-il y avoir de plus juif que le Comité pour les Affaires Publiques Américano Israéliennes, ou lobby israélien, ou encore lobby juif ? Cette organisation est membre de la Conférence des organisations juives. Ceux qui y participent sont des juifs ou des politiciens et des activistes que espèrent obtenir de généreuses gratifications juives. Et pourtant Jeff Sessions s’est fait traiter d’antisémite et de sympathisant du Ku Kux Klan.

Mais cela n’a pas eu l’impact que vous pourriez supposer. Pas d’excuses, pas de désarroi voyant. Un twit d’Andrew Joyce amplement relayé disait : « Jeff Sessions traité d’antisémite pour le crime d’avoir suggéré que l’AIPAC est juif. Les juifs sont en mode panique. »

Pourquoi la panique? Une part notable de la force juive est due à leur goût pour l’action furtive. On ne les repère pas, ils essaient de rester invisibles, et y arrivent souvent. Si un savant obtient le prix Nobel, ou une actrice un trophée, et qu’ils sont juifs, vous serez mis au courant. Si c’est un fils de bouseux, vous n’en saurez rien. L’AIPAC agit dans la pénombre : c’est un outil inestimable, mais qui a une réputation aussi puante que le Gengis Khan du Capitole. Si les gens le qualifient de juif, comme Sessions, qui sait ce qu’ils vont trouver de juif demain ? Le New York Times, peut-être?

Et nous arrivons à la seconde raison, capitale, de la panique juive. Le système des Maîtres du Discours (media, grandes gueules, faiseurs d’opinion) est en panne. Ils ne sont pas arrivés à couronner leur premier choix Hillary, ils n’ont pas réussi à stopper l’ascension de Jeremy Corbyn. L’establishment britannique a tout fait pour l’éjecter, les journaux ont prophétisé qu’il allait subir la plus grande défaite de toute l’histoire des travaillistes. Ce garçon tempéré a été présenté comme l’ennemi archétypique des juifs ; on n’arrête pas de rappeler qu’il fricote avec le Hamas et avec d’autres Palestiniens. Ils ont exigé des excuses, il fallait qu’il prouve qu’il n’était pas antisémite. Et ses pires ennemis étaient dans son propre parti. Le Guardian l’a attaqué sans répit. Les socialistes juifs voulaient l’écorcher vif. Les députés juifs travaillistes étaient vivement hostiles à Corbyn. Ils ont pris part à une tentative de putsch, quand ils lui ont refusé un vote de confiance. Corbyn en a appelé aux masses, et il a gagné.

Michael Foster est un typique juif-contre- Corbyn. C’est un multimillionnaire, sponsor de Blair, qui a rendu possible la guerre en Irak, son nom est indissociable de la corruption politique et des menées subversives dans le parti travailliste au temps de Blair. Il a publié une attaque féroce contre Corbyn dans le Mail puis dans Haaretz, traitant le nouveau dirigeant de « brute fatale pour la démocratie, pour la Grande Bretagne et pour les juifs britanniques ».

Il s’en est pris à Corbyn parce qu’il rajeunissait le parti. « Voilà qu’ils démocratisent, disent-ils, le parti travailliste en noaynt la vieille garde sous un afflux de supporteurs des classes moyennes et travailleuses, anti-establishment, plus verts et plus socialistes. Ils répandent un credo socialiste reposant sur le secteur public dont nous avons tous soupé, et qui a été complètement discrédité dans les sombres années 1970 »

Mais ces histoires de discrédit n’impressionnent plus les gens. C’est le contraire, tout ce qu’ils détestent, tout ce qu’ils condamnent, c’est ce pour quoi les gens votent. Il y a les objectifs véritables de Corbyn, pour commencer. Il ne s’agit pas vaguement de « redonner sa grandeur à la Grande Bretagne », mais de sa décision terre à terre d’en finir avec l’austérité, de revenir à l’inscription gratuite dans les universités, de garantir des logements pour les jeunes, de renationaliser les chemins de fer, la Sécurité sociale et d’autres outils. De prendre de l’argent sur le budget de la Défense et de le donner au peuple. Voilà ce que veut la population,  et c’est ce que Corbyn leur a promis, alors que les conservateurs ont promis plus d’austérité pour tous, et moins d’impôts pour les  riches.

Trump ferait bien de s’inspirer des recettes de Corbyn: il a organisé ses supporteurs dans un parti interne, le Momentum, quelque chose qui ressemble fort à l’idée que Lénine se faisait du  parti. Ils s’en sont pris aux équivalents de McCain, aux traîtres au sein du parti travailliste. Et ils ont si bien réussi que Michael Foster les a traités de « section d’assaut nazi », malgré le fait que leur chef est Jon Lansman, qui a grandi dans une famille juive orthodoxe, qui a vécu un temps dans un kibboutz israélien, et qui a de la sympathie pour la gauche israélienne (un fieffé antisémite, pour tout dire ; en fait un juif sincère est toujours bienvenu, dans toutes les mouvances, par opposition à ceux qui cherchent toujours à prendre pied dans les deux camps, pour garder le contrôle de l’opposition. Même Joseph Staline, qui n’a pas la réputation d’un philosémite, avait des camarades juifs à des positions clés dans le gouvernement et dans le parti, et ils lui sont restés loyaux alors que les autres trahissaient sa mémoire.

Vous pensez peut-être que les juifs détestent Corbyn pour ses positions sur la Palestine? C’est ce qu’ils voudraient que vous croyiez. Ils aiment être vus comme des patriotes israéliens, mais l’Israël n’est qu’un écran de fumée pour cacher leurs véritables intérêts. Ils sont contre les travailleurs et pour eux-mêmes, pour les propriétaires terriens et les valises bien garnies. Ils ont une bien meilleure raison de détester Corbyn que le Moyen-Orient. La question israélo-palestinienne n’est après tout qu’un indicateur politique.

Effectivement, Corbyn a appelé à la réquisition des maisons vides pour loger les survivants de l’horrible incendie du North Kensington. Il y a au moins 1500 maisons vides dans le coin, que les propriétaires ne veulent pas louer pour les vendre avec une belle marge le moment venu. Il y a aussi bien des logements vides qui appartiennent à des banques et à des sociétés d’investissement.

Voilà pourquoi les loyers sont si chers à Londres, avec des listes d’attente pour les HLM, et les Anglais de souche qui ne peuvent pas trouver à se loger dans le centre. Ce sont les gens qui peuvent payer des loyers exorbitants qui occupent les appartements, ou ceux qui sont prêts à vivre dans des boîtes à chaussures, comme la Grenfell Tower. Dans les deux cas, les propriétaires ne sont probablement pas anglais, mais très tentés de détester Jeremy Corbyn.

Tous les bailleurs anglais ne sont pas juifs, loin de là. Mais les juifs parlent pour eux et les soutiennent. La majorité des juifs anglais votent pour les conservateurs, et plus de 70 députés conservateurs sont des propriétaires terriens. Ils sont fiers que les électeurs juifs aient empêché Corbyn de devenir Premier ministre, contre la volonté du peuple britannique.

Corbyn appartient au parti travailliste traditionnel des années 1970. En ce temps-là j’habitais à Londres, je travaillais pour la BBC. Londres et l’Angleterre m’influençaient beaucoup. Mon écrivain préféré est Wodehouse, pas Dostoïevski. Mon fleuve préféré est la Tamise, pas la Volga ou le Jourdain. J’ai une vive nostalgie pour cette Angleterre travailliste. Cette ville magnifique pleine de vie était abordable même pour un jeune journaliste. Nous avions pu, ma femme et moi, acheter un appartement de taille convenable à Kensington, et payions des traites très raisonnables. Le logement était abordable parce que les travaillistes donnaient la priorité aux locataires, non aux bailleurs. Les gens à la rue ou simplement les jeunes nomades squattaient des propriétés luxueuses de millionnaires étrangers qui étaient vides. Et ils ne pouvaient pas expulser leurs locataires ou augmenter les loyers librement, et ils finissaient par vendre leurs propriétés à leurs locataires. Ce n’était vraiment pas enviable, d’être propriétaire dans l’Angleterre travailliste. Les propriétaires-occupants étaient devenus la majorité des habitants de Londres.

A cette glorieuse époque, les financiers étaient lourdement taxés, tandis que les mineurs de charbon recevaient des aides. C’était avant que la méchante sorcière Thatcher ferme les mines et fasse de l’Angleterre des ouvriers le paradis des financiers, avant qu’ils inventent le réchauffement climatique pour tuer le charbon. Et c’est l’Angleterre à laquelle veut revenir Jeremy Corbyn. C’est pour cela que les juifs britanniques le détestent si passionnément.

Et les juifs ne le seraient pas s’ils devaient soutenir un seul parti. Ils les soutiennent tous et les rendent semblables entre eux. Ils ont soutenu les travaillistes, et ce sont devenus des conservateurs, voués aux banquiers et contre les travailleurs ; ils ont soutenu les conservateurs, et ceux-ci ont renoncé à leurs idées conservatrices, pour s’acoquiner avec les juifs et le politiquement correct, et ils ont amené des étrangers du Tiers monde et de l’Europe de l’Est par chargements entiers. Et voilà que Corbyn arrive, réinvente le travaillisme de jadis, mettant à mal tous leurs efforts pour embourgeoiser le parti.

Le parti de Corbyn n’a pas gagné franchement si l’on en croit les sondages, mais il y a de fortes chances qu’il le fasse d’ici un an peut-être. Les rédacteurs juifs comme Nick Cohen (scoop : il a essayé de me démolir pour ma collaboration avec Julian Assange et Wikileaks) vont manger leur chapeau ; ils avaient prévu la déroute de Corbyn, et c’est eux qui sont en panne.

Je vais vous donner un autre exemple de l’effondrement du politiquement correct qui a lieu en Europe. En Suède, merveilleux pays frappé par une abnégation collective quasi suicidaire, se pose la question des « mineurs non accompagnés » parmi les réfugiés. Ce sont en général des gaillards afghans ou syriens qui arrivent en Suède et qui revendiquent le statut de mineurs non accompagnés. On les accueille et on leur fournit tout le confort minimal. Même s’ils commettent un crime, on les traite avec bonté, s’agissant de mineurs. Ils ressemblent souvent à des jeunes de vingt ou trente ans. Et c’est vrai qu’il peut être difficile de déterminer l’âge d’une personne  qui vient d’ailleurs, les Orientaux ont souvent l’air plus âgés que les gens du Nord. En général, ces « enfants » n’ont pas de papiers fiables. Jusqu’à maintenant c’était considéré comme de la haine raciste de mettre en doute leurs déclarations. Quand un journaliste écrivait qu’ils avaient une bonne vingtaine d’années, il était stigmatisé comme nazi, et perdait son boulot. Des journalistes sérieux, dans des journaux sérieux, parlaient à ce propos de « légende urbaine ». Et puis il y a eu un changement d’attitude. Les « démocrates suédois», le parti nationaliste d’extrême droite, jumeau suédois du FN français, est devenu, selon les sondages récents, le deuxième parti du pays. Et les libéraux ont compris que leurs idées ne pouvaient plus être bannies ou marginalisées, que l’allusion aux nazis ne fait plus peur à personne, que ça ne marche plus.

On a assisté alors à un changement de paradigme. Le journal libéral qui donne le la, celui-là même qui stigmatisait les opposants comme nazis, a publié un édito affirmant que les enfants non accompagnés n’en sont nullement, que 80 ou 85% d’entre eux ont plus de vingt ans. Ce n’est plus une légende urbaine, comme ils disaient auparavant, mais la réalité. Et ils ont proposé d’éliminer la catégorie des enfants réfugiés selon leurs déclarations. C’était une réclamation nazi jusqu’alors, les braves gens étaient censés croire ce que disaient ces jeunes gens. Et puis voilà que soudain les choses ont changé. Les braves gens ont le droit de croire ce qu’ils voient, et d’envoyer un gaillard chez le docteur pour déterminer son âge véritable. Donc la bataille contre les gens dont les stratèges du gouvernement mondial se servent pour favoriser le grand remplacement des populations a porté ses fruits.

Cela  veut-il dire que les démocrates suédois peuvent gagner les élections ? J’en doute, parce qu’ils n’ont pas de réponse sur d’autres questions, en dehors de l’immigration. Est-ce que la Suède doit rester dans l’UE ou la quitter ? Est-ce que les ouvriers suédois devraient avoir la sécurité de l’emploi, ou rester abonnés à la précarité ? Ils n’ont pas de réponse, et pour cette raison, on a du mal à croire qu’ils puissent gagner. Mais ils ont déjà fait un excellent travail en sabotant le  politiquement correct et en permettant le libre échange d’idées.

On peut tromper beaucoup de gens un temps, mais pas tout le monde tout le temps. La grande invention juive du politiquement correct et leurs médias n’impressionnent plus personne.

S’il en est ainsi, me direz-vous, pourquoi est-ce que l’opposition n’a pas gagné en France ? C’est parce que l’extrême-droite, le FN, avait certaines bonnes idées, mais ne se bat pas pour les questions de fond : l’austérité, les salaires, les loyers, la sécurité de l’emploi. C’est très bien d’être contre l’immigration, mais ce n’est pas la question la plus urgente pour laquelle les gens veulent des réponses. Corbyn a promis d’en finir avec les CDD et de revenir aux CDI, mais Marine ne l’a pas fait.

Aux US c’est très différent. Même si les jeunes sont coincés dans des contrats courts et peuvent être virés en cinq minutes, même s’il faut payer des milliers de dollars pour les études et les soins médicaux, on y est habitué et on trouve ça naturel. Il n’y a jamais eu de démocratie sociale, les syndicats n’existent pas. Pour eux la gauche ce sont ceux qui défendent les juifs et les noirs, pas ceux qui vous défendent vous. Un vrai militant de gauche, quelqu’un qui se bat pour les travailleurs, finirait probablement lynché en tant que rouge, là-bas.

Quoi qu’il en soit, prenons conscience qu’un vent nouveau se lève, désormais, le vent du changement. On peut voir cela comme un retour aux années 1970, après des décennies de néo-libéralisme nourri par la CIA. Comme les US ont toujours été différents de l’Europe, ils trouveront aussi des chemins bien à eux.

 Israel Shamir

Traduction : Maria Poumier

Première publication: The Unz Review.

source: http://plumenclume.org/blog/261-apres-un-sombre-hiver-le-changement-de-paradigme-arrive

]]>
http://www.israelshamir.com/french/apres-un-sombre-hiver/feed/ 0
Vladimir Ilitch Trump? http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/ http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/#respond Wed, 17 May 2017 19:02:54 +0000 http://www.israelshamir.com/?post_type=french&p=3236 Que dieu bénisse Donald Trump pour s’être débarrassé de James Comey! Quelques jours avant ce pas décisif, Justin Raimondo avait qualifié James Comey d’homme « le plus puissant de l’Amérique ». C’est Comey qui poussait les US à une guerre innécessaire avec une Russie réticente. Répondant à une question de Lindsey Graham, belliciste notoire, il avait dit que les Russes constituent « la plus grande menace pour n’importe quelle nation, étant données leurs intentions et leurs capacités. » Ce qui déborde quelque peu de l’agenda du FBI, certes. Il revendiquait le droit de décider de la politique étrangère des US, et de décider qui sont les médias légitimes, les MSM (main stream), par opposition à Wikileaks. Il avait vu trop grand, et il a pris une déculottée.

En saquant Comey, Trump a franchi une première étape pour regagner le terrain perdu. Nous l’avions vu reculer précédemment : il avait viré Bannon, bombardé la Syrie, promu sa bêtasse de fille et son coquin de mari, les hissant presque à un statut présidentiel. Les résultats étaient bien tristes. Il se retrouvait traité comme un canard boiteux, pas seulement une cible à abattre. Le comportement de Comey était particulièrement insultant. Si la politique extérieure doit être décidée par le FBI et le New York Times, nul besoin d’avoir un président.

J’applaudirais encore si Trump lâchait quelques drones tueurs, dans le style Obama, pour en finir avec John McCain et Lindsey Graham. J’imagine le spectacle géant : au-dessus d’un superbe gâteau au chocolat, regarder les drones foncer droit sur ces deux  salopards. Mais Trump n’est peut-être pas de cette trempe-là, il n’a qu’à inventer un moyen moins spectaculaire pour se débarrasser des traîtres.

L’initiative suivante, consistant à inviter M. Serguëi Lavrov à la Maison Blanche, était tout à fait justifiée aussi et utile, singulièrement dans le contexte du cri de ralliement de Comey : Sus à la Russie menace universelle ! De sages cerveaux ont cru bon de suggérer qu’il avait choisi un mauvais moment pour ce faire, et qu’il risquait de prendre des coups. Elle est bien bonne ! Il se serait fait attaquer de toute façon, tôt ou tard. En faisant ce qu’il a fait au moment où il l’a fait, Trump a prouvé qu’il en était capable, c’est tout. Malgré l’incroyable diabolisation de la Russie, malgré la stupide accusation d’être à la botte de Poutine, il a rencontré le Premier Ministre russe. Un geste viril, oui, « il en a », et a tout lieu d’en être fier.

Les va-t-en-guerre ont riposté avec l’accusation ridicule « il livre des secrets stratégiques à Lavrov. »

Ridicule, mais qui en dit long: l’idée est d’installer un réflexe conditionné chez les politiques et les hommes d’Etat, le genre de choses que faisait Pavlov avec les chiens. Ses chiens commençaient à saliver en entendant la cloche habituellement associée avec le repas, ou bien prenaient la fuite au son qu’ils avaient associé avec une raclée. Un politicien bien conditionné devrait changer de trottoir chaque fois qu’un diplomate russe est en vue, ce qui mettrait fin au danger de paix.

Jusqu’à maintenant, les schémas pavloviens les plus épurés, c’était le lobby israélien qui les produisait. Les juifs sont excellents pour vous conditionner. Tellement de journalistes et de politiques ont été formatés pour jurer allégeance au dogme juif. Au moindre haussement de sourcils, ils rampent à quatre pattes et clament leur amour pour Israël et/ou les juifs. Feu Joe Sobran, spirituel journaliste de Washington, les comparait aux vaches qui broutent dans un pré entouré d’une clôture légèrement électrifiée. Si elles essaient de s’en approcher, elles reçoivent une petite décharge très désagréable. Il n’en faut pas plus pour que la majorité du troupeau reste prudemment à sa place.

Et quand un politicien est formaté, on peut le mener partout où cela convient au berger. De fait, le premier à avoir murmuré que Trump « passait des secrets » à Lavrov, c’est Alan Dershowitz, le sioniste adorateur de la torture, qui a su former tellement de politiciens à l’amour d’Israël ou de ses avatars.

C’est pour cela que je préfère les hommes politiques qui prouvent qu’ils n’ont pas été effarouchés ou conditionnés par les juifs. Telle la merveilleuse Cynthia McKinney, qui a perdu son poste de députée sur la colline du Capitole, mais ne s’est pas rendue. C’est ce que j’appellerais le premier test pour un homme politique. Si les juifs peuvent vous faire plier, ils le feront. J’ajouterai, pour vous réconforter : il n’est pas nécessaire de combattre les juifs, il suffit de ne leur faire aucune concession, vous obtiendrez qu’ils fassent ce que vous voulez. C’est pratiquement la même chose que lorsqu’on promène un gros chien. Laissez-le choisir son chemin une fois, et c’est lui va vous tirer sur des kilomètres; tenez-lui la laisse courte, et il obéira.

J’ai vu cette qualité  chez le président Trump, justement. Il a rejeté l’appel juif à s’excuser pour l’étoile à six branches collée à l’image d’Hillary, il a envoyé promener ceux qui insistaient pour qu’il mentionne l’Holocauste, et même quand il l’a fait, il n’a pas même mentionné les juifs, ce qui les a consternés. Après il a filé doux pour un temps, bombardé la Syrie et fait quelques bruitages pro-israéliens, il a envoyé son Ivanka en faire plus selon la routine pro-juive, et on l’a cru en déroute. Et puis il a invité Lavrov, espérons que cette fois-ci il va garder les rênes bien en main.

Je suis quelque peu embarrassé d’encenser le président US pour des gestes aussi minimes comme de renvoyer un directeur du FBI ou de rencontrer  le ministre des Affaires étrangères d’un Etat important. La prochaine fois, il va falloir que je chante ses louanges pour avoir croqué une pomme ou s’être lavé les mains (“ah, le bon garçon!”). Mais c’est qu’on sent bien qu’il a besoin de nos encouragements pour faire quelque chose de bien. En tant que père de trois garçons, je le sais : les garçons ont besoin d’être encouragés. Et s’il n’y a pas de grands exploits à fêter, qu’ils se lavent les mains avant de passer à table, c’est déjà ça.

Ce qui attend Trump, c’est une tâche herculéenne : dérouter le navire de guerre America pour éviter la collision alors que tous les gens importants se trouvant à des postes importants veulent absolument mettre les gaz et foncer tout droit. Ils s’imaginent que l’autre, en face, se déviera le premier ; mais le « vaisseau ennemi » est un phare signalant un écueil. C’est le rocher de l’île-monde et de son cœur battant. Pourquoi est-ce que tellement d’Américains, de Britanniques et d’Européens voudraient tenter le diable en allant au-devant de la guerre et de ses désastres ?

Il y a cent ans exactement, Vladimir Ilitch Lénine avait découvert que le système auquel nous avons affaire produit nécessairement des guerres mondiales. Ce n’est pas une question de gentillesse ou de méchanceté, un affrontement entre des méchants et des  gentils, c’est le système qui veut ça. Il l’a expliqué dans un ouvrage concis, L’impérialisme, stade suprême du capitalisme [de 1916, publié en 1917] mettant radicalement Marx à jour. L’idée c’est que le capitalisme évolue depuis la production dynamique et compétitive vers la mainmise du capital financier, alors que le capital financier mène inévitablement aux guerres. Si ce sont les financiers qui commandent, la guerre est inévitable, disait-il, parce qu’ils sont insatiables.

Industriels, bâtisseurs, fermiers peuvent s’arrêter aux limites de leur territoire, et le souhaiter, tandis que les financiers en  veulent toujours plus, parce qu’il n’y a pas de limite naturelle à leur expansion. Ils veulent coloniser encore plus de pays, soumettre plus de nations et pomper leur substance. La seule façon de sauver le monde des horreurs de la guerre (souvenez-vous que Lénine écrivait après Verdun et la bataille d’Ypres), c’est de se débarrasser de la domination par le capital financier (exactement la conclusion à laquelle était arrivé Jésus quand Il avait chassé les marchands du Temple).

La même année, Lénine réalisait sa grande expérience pour délivrer la Russie, son pays,des banquiers et autres exploiteurs, ce qui le vouait à subir leur haine éternelle (et des tonnes d’histoires mensongères sur sa cruauté sanguinaire, en supplément). L’histoire a démontré qu’il avait partiellement raison : les pays qui ont suivi la voie ouverte par Lénine n’ont jamais déclenché de guerre, n’ont jamais colonisé d’autres pays, mais ont prêté main-forte à d’autres qui voulaient chasser les sangsues et l’interférence occidentale. La Russie soviétique est un exemple : c’est un pays donateur pour tous les autres Etats socialistes, de la Géorgie à l’Afghanistan. Peut-être que les communistes étaient trop bons pour ce monde. Après la décommunisation de la Russie, les revenus de la Russie ont grimpé, tandis que ceux de presque tous les Etats ex-soviétiques dégringolaient, s’ils n’étaient pas soutenus par l’Europe. Et ils n’ont pas connu de guerre.

De l’autre côté, les Etats qui sont restés sous la férule des banquiers sont entrés en guerre de plus en plus fréquemment. Ils ont colonisé ou ont été colonisés. Probablement aucun plus que les US, la patrie de la Réserve Fédérale, du dollar et de tant de grandes sociétés financières.

Pour l’Amérique, la prochaine guerre mondiale est inévitable, à moins que les Américains se débarrassent de leurs financiers, et de leurs domestiques dans les médias et autres institutions d’Etat. Ma sympathie pour le président Trump se base sur son antipathie envers les hommes d’argent. A partir du moment où il a attaqué la Réserve Fédérale et Wall Street, j’ai été conquis, et vous aussi peut-être.

Seulement je ne suis pas un vrai marxiste. Je m’explique. Les marxistes considèrent les capitalistes de la finance comme une sorte d’exploiteurs progressistes. « Progressiste » n’est pas synonyme de meilleur ; c’est juste plus avancé, comme lorsqu’on parle d’une maladie à un stade avancé. Les marxistes classiques croient que le bonheur de l’humanité arrivera après la victoire totale du capitalisme financier progressiste. Lénine, lui, arrivait à la conclusion qu’il n’y avait pas de raison d’attendre leur victoire : les ouvriers peuvent tout faire en mieux. Tout dépend de ceux qui décident de s’y mettre, et comment, pour combattre le capital financier.

Le capitalisme financier a deux sortes d’ennemis : les progressistes et les réactionnaires ; les progressistes sont ceux qui veulent aller plus loin, éliminer le règne de l’argent, instaurer une joyeuse fraternité entre tous les hommes, le travail libéré, le développement humain, dans un monde sans maîtres et sans esclaves. Ces gens sont les travailleurs, et ils sont heureux de travailler à condition de ne pas être escroqués. Ils ne veulent ni exploiter ni être exploités. Julius Evola et Guénon, les penseurs phare de la droite extrême détestaient la modernité et croyaient qu’on pouvait revenir en arrière. Ils souhaitaient le retour du féodalisme ou de formations encore plus anciennes.

Nous ne réalisons pas complètement que le capitalisme industriel des années 1950, avec ses capitaines d’industrie et les gens qui ont fait l’économie réelle, celui des magnats du pétrole et des grands bâtisseurs, appartient aussi désormais au passé. Ils sont encore riches et puissants, mais les ducs et les rois aussi, et ils ont été battus aussi par des hommes d’argent très élégants.

Les marxistes croient que les progressistes vont gagner, tandis que les réactionnaires sont condamnés à la défaite. Lénine n’était pas un marxiste classique, parce qu’il croyait au grand potentiel des « réactionnaires », autrement dit des paysans. Il ne pensait pas que les gens doivent attendre que les banquiers mettent le grappin sur le monde entier. Il y a des raccourcis possibles, et les exploiteurs, on peut et on doit les battre.

Pour ma part, toujours optimiste et d’un caractère sujet à l’espérance, je ne suis pas même un vrai léniniste, dans la mesure où j’ai de la sympathie pour tous les ennemis des banquiers, révolutionnaires ou réactionnaires, d’extrême gauche ou d’extrême droite, qu’ils soient ouvriers, fermiers, aristos ou fondamentalistes religieux, gens à l’esprit libre, magnats du pétrole ou promoteurs immobiliers comme Trump. Je ne peux pas exclure la possibilité que Trump lui-même réussisse là où la gauche a échoué : réussisse à détruire la Réserve Fédérale, à tenir les banquiers en laisse, à donner aux Américains du travail productif, à les conduire vers la prospérité universelle et à les sauver d’une guerre horrible. L’idée du déterminisme historique est une idée fausse qui renie notre liberté de vouloir.

Trump comme vous peut voir que le monde peut être amélioré si les énormes ressources drainées vers la guerre sont redirigées vers la paix. Justement maintenant, la Chine vient de tenir une conférence internationale pour la Route de la Soie (OBOR) avec la participation active de la Russie, de la Chine, de la Turquie. Ils ont en tête un grand projet d’infrastructures qui permettra à de nombreux pays de se développer à côté les uns des autres. Les US n’y ont aucunement pris part, tandis que les Allemands objectaient que les Chinois  ne leur avaient pas permis d’acheter des firmes chinoises « comme eux le font en Allemagne ». Les Chinois ont bien raison ; il n’y a aucune raison de vendre ses propres firmes qui produisent. Qu’elles produisent dans l’intérêt de la nation. Cela devrait constituer une solution recevable pour Trump.

Dans bien des pays, les gens sont en train de chercher une issue à l’impasse actuelle. C’est ce que fait Jeremy Corbyn, le dirigeant des travaillistes anglais. Son problème est semblable à celui de Trump. Dans son parti, même si les organisations de base soutiennent Corbyn, les chefs ont été mis en place et promus par Tony Blair. Deux fois, Corbyn a su déjouer leurs tentatives de putsch. Et pourtant, les médias, surtout le Guardian, journal du parti dirigeant travailliste-libéral, veulent sa peau. Chaque jour, ils publient des oraisons funèbres pour la politique de Corbyn, en espérant, par quelque œuvre de magie noire, causer sa démission. Ils viennent de pré-publier un Manifeste travailliste de Corbyn révélant ce qu’il projette de faire après la victoire. Ils pensaient que cette publication serait le coup de grâce, et c’est tout le contraire qui s’est produit : les gens sont tout à fait favorables à son plan de dépenser des milliards pour revenir sur les privatisations de Thatcher et Blair. Le peuple anglais retrouverait son NHS (Service national de santé) qui était le meilleur au monde. Ils reprendraient en main leurs chemins de fer qui se détériorent, parce que les propriétaires privés écrèment les bénéfices et demandent aux contribuables de payer les charges.

Au demeurant, ces plans coûteront toujours moins cher que l’alternative conservatrice, parce que Corbyn veut éliminer l’arsenal nucléaire britannique et en finir avec l’argent  jeté par les fenêtres pour l’armement,  alors que les conservateurs veulent en dépenser encore plus en nouvelles armes. Mon petit doigt me dit que s’il gagne contre toute attente, les Russes seront accusés d’interférence en sa faveur. Ces accusations ne font pas mouche avec les candidats, mais encore moins avec les Russes, qui sont fiers d’être considérés comme aussi puissants.

Gardant à l’esprit que les travaux de Lénine ne sont pas populaires aujourd’hui, et comme son nom a été outrageusement sali, je vous recommande un nouveau livre qui vient de sortir en Russie, une biographie gigantesque rédigée par Lev Danilkine. C’est très bien écrit, ce n’est pas trop révérenciel, mais respectueux, et c’est écrit pour les lecteurs modernes, avec une radiographie de la vie de Lénine depuis son enfance sur les bords de la Volga et ses errances dans les villes d’Europe, jusqu’à sa mort à Moscou. Ce n’est pas encore traduit, mais je suis sûr que ce livre aura un grand retentissement dès que ce sera fait.

Joindre Israel Shamir : adam@israelshamir.net

Traduction : Maria Poumier

Original publié par The Unz Review.

]]>
http://www.israelshamir.com/french/vladimir-ilitch-trump/feed/ 0