Israel Shamir

Ideas that will Derail the descent to Barbarity

Cuba au miroir de WikiLeaks Sempiternelle obsession américaine

traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

 

Des centaines de milliers de documents émanant du Département d’Etat des Etats-Unis sous la forme de dépêches en provenance de centaines d’ambassades et de consulats du monde entier nous donnent une image saisissante des intérêts et des activités américains ; c’est sans précédent. Plus étonnant encore : lorsqu’on parcourt ces câbles qui font la chronique des multiples facettes changeantes de la diplomatie US, une constante émerge : l’obsession US pour Cuba.

 

 

Absolument partout, de Douchanbé à Paris en passant par les montagnes du Tadjikistan, de Kiev, en Ukraine jusqu’à Sidney, en Australie, les diplomates américains sont tout à leur affaire : ils sont là à épier une petite île au milieu de la Mer des Caraïbes avec une malice obsessionnelle. Comme un coureur de jupons professionnel qui se serait fait envoyer paître par une beauté d’une petite bourgade de province, l’Oncle Sam ne semble pas en mesure d’oublier l’affront. Les diplomates suivent les moindres activités de Cuba, ils prennent note de la moindre déclaration cubaine et ils font état du moindre migrant cubain entraperçu avec l’enthousiasme de l’ornithologue épiant l’oiseau rare. Il semble que les Etats-Unis n’ont rien perdu de leur passion héritée de la guerre froide pour Cuba.

 

Ainsi, dans le lointain Ouzbékistan, l’ambassadeur américain fait la promotion de la plaidoirie américaine contre Cuba, il en fait dûment le rapport à Mme Clinton :

 

UNCLAS TASHKENT 000524 SIPDIS DEPT FOR WHA/CCA E.O. 12958: N/A TAGS: PHUM, KDEM, PREL, UZ OBJET : OUZBEKISTAN/JOURNEE DE SOLIDARITE AVEC LE PEUPLE CUBAIN REF: SECSTATE 46997 (U)en marge d’une rencontre, le 5 mai, avec le ministre des Affaires étrangères ouzbek Norov, l’Ambassadeur a informé le gouvernement ouzbek de plans US visant à marquer notre solidarité avec le peuple cubain, le 21 mai. De plus, l’Ambassade a publié un encart, dans Dostlik (Amitié, ndt), la newsletter de l’Ambassade, afin de marquer cette date, ajoutant une brève déclaration à ce sujet sur son site Internet. NORLAND.

 

Dans quelques jours, les diplomates US « célèbreront une journée de solidarité avec le peuple cubain ». « Ambassade Tachkent continue promouvoir et préparer en vue solidarité avec peuple cubain 21 mai. Avons soulevé ces points responsables officiels ouzbeks niveau approprié et avons placé informations à cette fin sur notre site Internet et dans nos publications trimestrielles en anglais, ainsi que dans la publication en langue ouzbèke Dostlik.

 

Eh bien, voilà un truc qui me ramène aux années Soixante-dix ! Du temps de Brejnev, nous autres, les Soviétiques, nous étions régulièrement sommés d’exprimer notre solidarité avec « le peuple cubain », avec « le peuple vietnamien » ou avec « le peuple coréen », etc. et cela a fini par nous raser aux larmes. L’Union soviétique a été abandonnée à son triste sort largement en raison de cet ennui et voici que les Ouzbeks (et tous les autres) se voient offrir le même refrain lassant, sauf que cette fois-ci, « le peuple cubain » n’est rien d’autre que le code secret désignant les agents de la CIA à Miami.

 

L’Ouzbékistan ayant établi des relations diplomatiques avec Cuba, l’ambassadeur américain avait confié ses sentiments froissés à un message confidentiel. Commentaire de l’ambassadeur : « L’Ouzbékistan n’a que des relations diplomatiques minimales avec Cuba, mais nous considérons qu’il était important que nous fassions cette démarche afin que nos interlocuteurs ouzbeks vissent bien que le gouvernement US soulève les questions de droit de l’homme dans le monde entier, et pas seulement avec le GOU » (= le gouvernement ouzbek, ndt).

 

Une délégation cubaine s’étant rendue en visite en Ouzbékistan, à l’ambassade US, on épia, comme des amants rejetés. Les Ouzbeks leur ayant dit de s’occuper de leurs oignons, l’ambassadeur tricard télégraphia à la maison : « Le refus opposé par le ministère ouzbek des Affaires étrangères de discuter de cet événement avec l’Ambassade [US] est particulièrement risible : il n’y a qu’une poignée d’employés qui  travaillent au Bureau de l’Amérique et ces mêmes officiels, qui étaient soi-disant « dans l’incapacité » de nous  donner une information quelconque, avaient vraisemblablement participé, à tel ou tel degré,, à l’organisation de la visite de la délégation cubaine ». Où l’on voit qu’il y a des gens qui sont infoutus de comprendre que « non », cela peut aussi, parfois, signifier « non » !

 

Congelées depuis belle lurette, l’idéologie et la langue de la Guerre froide sont toujours de rigueur au Département d’Etat, comme on peut le constater dans ce câble expédié depuis l’Ukraine :

 

La chef de la Commission des Droits de l’Homme du parlement ukrainien (connu sous le titre d’Ombudsman des Droits de l’homme) Nina Karpachova était vraiment en forme durant le congrès du parti des Régions, au mois de décembre. Au cours d’un discours très enlevé, elle a déclaré que le pire moment qu’elle eût connu sur le plan professionnel avait été celui, durant la session 2005 de la Commission des Droits de l’Homme de l’Onu à Genève, où le gouvernement ‘orange’ de l’Ukraine lui avait donné l’instruction de voter « contre Cuba, un petit pays insulaire, qui nous avait [pourtant] aidés ». Pressée, le 16 janvier, de s’expliquer sur cette remarque lors d’une rencontre avec l’Ambassadeur, au cours de laquelle celui-ci a remis à Mme Karpachova des informations concernant le dossier lamentable des droits de l’homme à Cuba, celle-ci s’est lancée dans une défense interminable du régime de Castro, rendant un hommage appuyé au dictateur cubain pour avoir, entre autres choses, éradiqué l’illettrisme à Cuba et mis sur pied des camps de vacances pour des enfants ukrainiens affectés par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, en 1989. Mme Karpachov est même allée jusqu’à accuser l’embargo des Etats-Unis d’être à l’origine de la situation économique très difficile de Cuba, après quoi elle a plaidé en faveur de sa levée.

 

Boudeur, l’ambassadeur ne s’avouait pas vaincu : il « exprima sa surprise qu’une représentante d’un parti qui se targue de croire à la liberté des marchés puisse ignorer que c’est la politique socialiste du régime Castro qui est la cause première des problèmes économiques que connaît Cuba ».

 

Pincé en train de recruter des espions en Bolivie, l’ambassade US dans ce pays câble à Washington : « L’étudiant boursier Fulbright Alex van Schaick a signalé au ministère bolivien des Affaires étrangères, le 7 février, que l’Officier Adjoint de Sécurité Régionale du Poste (diplomatique US) lui avait demandé de donner à l’Ambassade des infos sur ses contacts [personnels] avec des ressortissants vénézuéliens et cubains. En fin de compte, les Américains ont dû présenter leurs excuses et le diplomate US en cause a été prié de faire son baluchon.

 

Les Etats-Unis s’entêtent à exercer des pressions sur l’Onu pour le contraindre à prolonger l’embargo US contre Cuba, vieux de plusieurs décennies, mais tous ces efforts sont vains. Tous les télégrammes diplomatiques relatifs à l’Onu comportent ces mots particulièrement parlants : « En ce qui concerne l’embargo contre Cuba, nous restons isolés ». La liste des échecs américains à faire adopter des résolutions contre Cuba par l’Onu est encore plus lamentable que leurs tentatives moyen-orientales. Cuba est la seule question sur laquelle les Américains sont totalement impuissants ; ils se heurtent immanquablement à des résolutions contrant leur politique.

 

A Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, l’ambassadeur US a tenté de draguer le ministre azéri des Affaires étrangères afin de l’inciter à soutenir l’embargo américain [contre Cuba], mais il s’est attiré cette réplique sans appel : « En ce qui concerne une résolution à propos de l’embargo contre Cuba, Mammadyarov a dit que l’Azerbaïdjan a toujours « fait partie des 184 pays [opposé à cet embargo, ndt.] » Mammadyarov a ajouté que plus de mille Cubains ont fait leurs études en Azerbaïdjan durant la période soviétique, principalement à l’Académie du pétrole et à la faculté de droit international et qu’une importante diaspora azérie vit à Cuba. Il a également dit que l’Azerbaïdjan ne peut avoir beaucoup d’ambassades en Amérique du Sud, parce qu’il y a très peu d’hispanisants dans son pays et que, par conséquent, Cuba était un pays important pour l’Azerbaïdjan, ainsi que le Mexique et le Brésil. Répondant à la question de l’ambassadeur s’enquérant de savoir quel intérêt pouvait bien avoir Cuba d’ouvrir une ambassade à Bakou, M. Mammadyarov a répondu que ce serait la première ambassade cubaine dans la région du Caucase, ajoutant que Cuba disposait de plus de 145 ambassades à l’étranger, essentiellement de tout petits postes diplomatiques, avec seulement de un à deux diplomates. »

 

Par contraste, l’Arménie, après moult prévarication, a accepté de soutenir les Etats-Unis, et l’ambassadeur à Erevan écrivit que c’était là, de sa part, « un geste important ».

 

Les échanges diplomatiques avec Cuba sont confrontés de manière routinière à des tentatives américaines de sabotage. Ainsi, l’ambassadeur US à Vilnius rapportait, non sans fierté :« L’an dernier, nous avons réussi à contrer l’effort déployés par d’aucuns, en Lituanie, de reconnaître Cuba. »

 

En dépit de ces efforts de sabotage incessants de la part des Américains, les câbles diplomatiques montrent que le vent du changement est en train de tourner à l’avantage de Cuba. Ainsi, un câble secret expédié de Brasilia détaille une rencontre de l’ambassadeur US avec un conseiller du Président (Lula) : « L’ambassadeur a demandé ce que Garcia pensait des conséquences d’une levée de ses sanctions (contre Cuba) par l’Union européenne. Gardia a répondu qu’il ne voyait pas Raul Castro faire une quelconque concession sous la pression étrangère et que l’initiative de l’Union européenne était un signe que la perception que les Européens ont de Cuba est en train de changer. Il a noté qu’au Brésil, aussi bien les patrons d’entreprises que la presse (qui étaient très critiques pour la politique brésilienne vis-à-vis de Cuba) ont changé de ton. Les entreprises cubaines sont désormais intéressées par les investissements à Cuba et l’on relève moins de critiques à l’encontre de Cuba dans la presse brésilienne ».

 

 

Nous sommes en train de travailler l’Espagne au corps

 

Le ministre espagnol des Affaires étrangères Dezcallar ayant été en visite à Cuba, il a immédiatement été interrogé par l’ambassadeur US à Madrid. Les câbles montrent que les Espagnols ont tenté de se concilier les Américains en prétendant que ce voyage à Cuba n’avait pas immédiatement apporté grand-chose à l’Espagne, mais qu’à travers son nouvel engagement, l’Espagne serait en mesure d’exercer plus d’influence et de promouvoir à Cuba les « valeurs occidentales », tandis que la transition cubaine irait de l’avant.

 

Dezcallar a exhorté l’Américain à prendre du recul, à regarder le long terme et prôné une coordination permanente et discrète entre les Etats-Unis et l’Espagne. Mais l’ambassadeur n’en est pas apaisé pour autant. Dans les câbles, il « soulignait la profonde déconvenue ressentie par Washington après ce voyage, qui fut non seulement une surprise, mais quelque chose d’assez spectaculaire, le ministre des Affaires étrangères de l’Espagne, une puissance mondiale, s’étant rendu à Cuba et en étant revenu les mains vides. Il notait que Moratinos n’avait pas rencontré de dissidents et qu’il n’avait même pas tenté de corriger les propos tenus par le ministre cubain des Affaires étrangères, qui avait qualifié les dissidents cubains de « mercenaires » stipendié par les Etats-Unis ». En voilà autant pour l’indépendance de l’Espagne ; son ministre des Affaires étrangères se fait rabrouer comme un écolier !

 

Un câble envoyé de Pologne montre que la politique US d’isolement de Cuba s’érode rapidement : Szlajfer a dit qu’il y a un sérieux problème en ce qui concerne la politique européenne vis-à-vis de Cuba. Les Espagnols tentaient de réviser la politique de l’Union européenne vis-à-vis de Cuba depuis 2004 au motif que la politique dure de l’UE n’avait eu aucun résultat et que, par conséquent, il devrait y avoir un changement dans les relations de celle-ci tant vis-à-vis du gouvernement cubain que de l’opposition cubaine.

 

Le gouvernement polonais continue, officiellement, à s’opposer à toute prise de contact avec le « régime castriste » et à mettre le petit doigt sur la couture du pantalon devant le diktat US, mais dans ses câbles, Szlajfer notait que les temps étaient en train de changer : non seulement l’Espagne, mais aussi la France et la Grande-Bretagne sont susceptibles de jouer un jeu différent. Szlajfer ajoutait que le maintien de sa ligne dure à l’encontre de Cuba avait entraîné la diminution de l’influence de la Pologne dans ces pays et finissaient par affecter les opportunités commerciales de la Pologne dans la région. Concluant son câble sur une note positive, l’Ambassadeur Fried, du Département d’Etat, s’efforçait de remonter le moral des Polonais en leur assurant que les Américains « étaient en train de travailler l’Espagne au corps ».

 

La République tchèque continue à se plier aux ordres US. Comme d’autres avant-postes US en Europe orientale, ils font tout ce qu’ils peuvent pour isoler Cuba. L’ambassadeur US rapporte ainsi : Les Tchèques continuent à rechercher des moyens de rassembler des soutiens, au sein de l’Union européenne, à une position commune sur Cuba « qui ait des dents ». Des ONG tchèques mirent sur pied une conférence anti-cubaine, ce qui leur valut une tape amicale sur la tête de la part des câbles diplomatiques du Département d’Etat des Etats-Unis.

 

Autre pays-client des Etats-Unis : l’Estonie. Les dirigeants estoniens sont toujours prêts à faire plaisir à leurs maîtres américains. Un câble confidentiel expédié de Tallinn se fait le relai d’une condamnation de l’Estonie contre l’Espagne, coupable d’être trop coulante envers Cuba : Kahn [un diplomate estonien] a qualifié la position de l’Espagne, qui assure la nouvelle présidence tournante de l’Union européenne, d’à la fois « étrange et difficile à comprendre ». L’Espagne est en train d’essayer d’encourager les pays membres de l’UE à améliorer leurs relations avec Cuba aux dépens de leurs liens avec l’opposition cubaine. Par contraste, Kahn soulignait que le gouvernement estonien est en faveur de relations avec le gouvernement cubain, mais uniquement en tant que moyen d’inciter Cuba à aller vers davantage de démocratie. L’Estonie ne saurait accepter une quelconque politique oublieuse de l’opposition cubaine. Kahn énonçait ensuite trois éléments fondamentaux de la politique cubaine de l’Estonie : toutes les rencontres avec le gouvernement cubain doivent être contrebalancées par des réunions avec l’opposition démocratique ; Cuba doit libérer ses prisonniers politiques et Cuba doit être encouragé à entreprendre des réformes susceptibles d’apporter la démocratie, la liberté d’expression et la liberté de réunion.

 

Kahn notait, toutefois, que le GOE (gouvernement estonien) restant jusqu’ici très distant vis-à-vis de Cuba et recevant le plus gros de ses informations sur Cuba de la presse, l’Estonie ne peut être un supporter du changement démocratique à Cuba aussi ferme et actif que, par exemple, la République tchèque.

 

 

Dans un autre câble, l’Ambassadeur d’Estonie se voit demander, à propos de Cuba :

 

5) Le pays hôte (l’Estonie, ndt) propose-t-il ou assure-t-il une aide, humanitaire ou autre, au peuple cubain au lendemain des dégâts majeurs causés par les cyclones Gustav (le 30 août) et Ike (le 8 septembre ? – Non.

 

6) Quelle est la nature des investissements (et quels sont les noms des investisseurs, s’ils sont connus) que des entreprises du pays hôte (l’Estonie) effectuent à Cuba ? Quelles sont les entreprises estoniennes qui ont participé à la Foire Commerciale internationale de La Havane (le 3 novembre) ?

– Il n’y a aucun investissement étranger direct, ni dans un sens, ni dans l’autre, entre l’Estonie et Cuba. Aucune entreprise estonienne n’a participé à la Foire Commerciale internationale de La Havane.

 

7) Y a-t-il des accords commerciaux bilatéraux entre pays hôte (Estonie) et Cuba ?

– Non, il n’y a aucun accord commercial bilatéral entre les deux pays.

 

8) Y a-t-il des programmes d’échanges entre pays hôte et Cuba, incluant, mais ne se limitant pas à : des bourses d’études pour des ressortissants du pays hôte poursuivant leurs études à Cuba ; des voyages à finalité médicale payés par Cuba pour des ressortissants du pays hôte ; des médecins cubains exerçant dans le pays hôte ?

– Il n’y a aucun programme officiel d’échanges entre l’Estonie et Cuba et entre Cuba et l’Estonie.

 

Les Estoniens sont empressés à soutenir les intérêts US et ils seront toujours du côté des US, même contre leurs collègues des pays membres de l’Union européenne. Dans un câble, le représentant des Etats-Unis à Tallinn, Goldstein, exprimait sa préoccupation au sujet de la visite du ministre espagnol des Affaires étrangères Moratinos à La Havane, au mois d’avril ». Il reçut une réponse extrêmement satisfaisante : « L’Estonie comprend totalement et partage la préoccupation américaine, et elle a soutenu sans état d’âme la République tchèque, la Pologne et d’autres pays membres de l’Union européenne partageant ses vues lors des différents forums européens. Mme Juhasoo-Lawrence ajoutait que l’Estonie comprend ce que sont des dictateurs tels que Castro et le mal qu’ils peuvent faire à leur peuple, et il ne voit aucune raison de relâcher la pression sur lui en ce moment. L’Union européenne, poursuivait-elle, est divisée, sur cette question, entre les anciens et les nouveaux Etats membres ».

 

En revanche, la Biélorussie est bien trop indépendante au goût des Américains. L’ambassadeur US à Minsk rapporte, chagriné : « Une délégation cubaine dirigée par le ministre Ricardo Cabrisas est venue en visite en Biélorussie et, durant sa visite, le représentant de Cuba a signé un accord comportant l’achat par Cuba de cent autobus produits par l’Usine automobile de Minsk (la MAZ), et discuté d’éventuels achats de matériel agricole et de camions à la Biélorussie ».

 

Ensuite, les câbles notent : « Dans un message de vœux envoyé en juillet 2007 par Alexandre Lukashenko à Fidel Castro à l’occasion du « Jour de la Rébellion » de Cuba, le président biélorusse qualifiait Cuba « de principal partenaire de la Biélorussie en Amérique latine ». Ils reconnaissent que « des milliers d’enfants biélorusses affectés par la catastrophe nucléaire de Tchernobyl (qui s’est produite dans le pays voisin, l’Ukraine, ndt) ont été envoyés à Cuba pour s’y reposer et être soignés, depuis 1991 ».

 

Ces liens sont aussi de nature politique. Un câble expédié depuis Minsk reconnaît que la Biélorussie œuvre activement à remettre au goût du jour le mouvement des Non Alignés et à proposer Lukashenko en éventuel successeur du leader cubain Fidel Castro en tant que prochain « Pape » du bloc anti-occidental. Lukashenko est en effet le leader anti-globaliste idéal : il est jeune (51 ans), il est dynamique, audacieux et il dirige une économie en pleine croissance et stable (jusqu’à présent), au cœur de l’Europe.

 

Serait-ce la raison de l’hostilité véhémente des Etats-Unis envers la Biélorussie ? Dans un accès de rage verte, les Etats-Unis ont refusé à Lukashenko de faire escale en Islande (pour faire le plein de kérosène) tandis qu’il rentrait du sommet des Non Alignés, en 2006. L’ambassadeur avait câblé à Washington afin de l’informer qu’il avait vérifié si l’Islande avait reçu une demande d’autorisation d’atterrissage de la part du président biélorusse Lukashenko, dont on avait appris l’intention de faire escale en Islande afin de faire le plein de kérosène sur son trajet de retour du sommet des Non Alignés. Gudjonson avait répondu que l’Islande n’avait pas reçu une telle demande et il avait donné l’assurance que toute demande à cet effet recevrait une réponse négative du gouvernement islandais.

 

Le câble continue, révélant que les Etats-Unis et l’Union européenne ont imposé une interdiction des visas et gelé les avoirs des officiels les plus odieux du gouvernement biélorusse. Quand le USG (gouvernement américain) et le Canada) ont refusé une autorisation d’atterrissage pour faire le plein de kérosène à une délégation biélorusse rentrant de Cuba en Biélorussie, Lukashenko a annoncé que son pays procéderait à des rétorsions en refusant les autorisations de survoler le territoire biélorusse aux avions transportant des délégations gouvernementales américaine et canadiennes. Plus récemment, le GOB (gouvernement biélorusse) a annoncé qu’il allait geler les avoirs du président Bush et de la Secrétaire d’Etat Condoleezza Rice déposés dans des banques biélorusses. Ces annonces demeurent ambigües, voire comiques »… ; c’est sans doute ce qu’elles avaient toujours eu l’intention d’être !

 

L’Ukraine ne se plie d’ores et déjà plus aux exigences américaines. Un câble daté de Kiev dit qu’en dépit d’une démarche américaine, un diplomate ukrainien a dit à l’ambassadeur que Cuba continue à apporter une aide substantielle aux enfants de Tchernobyl et que l’Ukraine est hostile à l’imposition d’un embargo commercial à Cuba par les Etats-Unis. Elle soutiendra la déclaration de l’Union européenne sur la résolution de l’Assemblée générale de l’Onu introduite par Cuba condamnant l’embargo économique imposé par les Etats-Unis à Cuba. Dans un autre câble, l’ambassade US à Kiev indique : Le parlement ukrainien vient d’adopter une résolution condamnant l’embargo contre Cuba. L’Ukraine est reconnaissante envers Cuba pour l’aide médicale que ce pays continue à apporter aux victimes de Tchernobyl.

 

Cuba est connu dans le monde entier pour son extraordinaire engagement à aider tous les pays qui en ont besoin, sans faire la moindre différence pour des motifs politiques. Après un tremblement de terre survenu au Pérou, l’ambassade US au Pérou fut contraindre de reconnaître, dans un câble diplomatique : l’on indique (ici) que l’aide cubaine a été bien ciblée et efficace, bien qu’elle n’ait pas été coordonnée avec celle des ONG. Cuba a envoyé au minimum deux hôpitaux de campagne, qui ont offert des services de qualité en matière de traumatologie d’urgence, indiquent les observateurs. Dans un camp de survivants où une équipe américaine de l’association Medrete avait envoyée afin d’assurer des secours, celle-ci a constaté qu’ une équipe cubaine avait déjà été mise sur pied.

 

Cuba n’est plus seul. Les câbles diplomatiques indiquent aussi que lors d’une visite officielle au Pérou, le Président bolivien Evo Morales a critiqué les accords de libre échange entre l’Amérique latine et les Etats-Unis, et il en a appelé à poursuivre la lutte contre le colonialisme, l’impérialisme et le néolibéralisme. Il a par ailleurs salué en Fidel Castro un « père » et il a salué la présence de l’Alliance Bolivarienne pour les Amériques (LBA) d’Hugo Chavez au Pérou.

 

 

Les relations russo-cubaines : davantage de contrats rentables

 

La Russie n’a pas encore réussi à réparer les pots cassés avec Cuba, mais indéniablement, elle s’efforce  de le faire : le Premier ministre Poutine a exhorté la Russie à reconquérir ses positions à Cuba. L’Ambassadeur US à Moscou rapporte plusieurs événements à venir entre le GOR (le gouvernement russe) et Cuba, en 2010 :

 

– la Russie sera l’hôte d’une réunion préparatoire à la Commission intergouvernementale russo-cubaine sur la Coopération économique, commerciale, scientifique et technique, qui doit se tenir en avril 2010.

 

Le ministre russe des Affaires étrangères Lavrov participera à la 9ème Exposition des Livres annuelles de La Havane, en tant qu’invité étranger d’honneur. M. Lavrov sera à la tête d’une délégation incluant les directeurs du ministère russe de la Culture et de l’Agence de Presse russe.

 

Cuba sera l’hôte d’une réunion de la Commission intergouvernementale russo-cubaine. Le vice-premier ministre Igor Sechin dirigera vraisemblablement la délégation russe. La dernière visite de M. Sechin a Cuba s’est déroulée en juillet 2009 ; elle a eu pour résultat la signature de plusieurs accords, dont l’octroi d’un prêt d’un montant de 150 millions de dollars à Cuba pour aider ce pays à acheter des engins agricoles de fabrication russe.

 

La Russie fournit actuellement de l’aide humanitaire à Cuba sous la forme de chargements de blé, des projets prévoyant d’en envoyer à Cuba, cette année, 100 000 tonnes. Par ailleurs, le GOR envisage d’augmenter le nombre des bourses universitaires accordées à des étudiants cubains ; cent étudiants cubains ont bénéficié de telles bourses en 2009 pour étudier dans les universités de la Russie.

 

Dans un câble secret/non-destiné à des étrangers (NOFORN), l’ambassadeur US à Moscou informe le Département d’Etat du fait que la Russie n’a pas de préférence, elle est prête à travailler aussi bien avec Raul qu’avec Fidel Castro. En ce qui concerne la tendance générale, les relations cubano-russes sont en train de se renforcer, mais ces relations n’ont pas changé de manière significative depuis l’accession au pouvoir de Raul Castro en 2008.

 

Ce câble se poursuivait par un rapport d’un universitaire russe : la Russie a perçu une différence entre les deux frères Castro quant à la manière dont ils envisagent les relations cubano-russes. Raul a passé plus de temps en Union soviétique puis en Russie que Fidel, et il comprend, de ce fait, mieux la Russie. La Russie pense que Raul est le plus pragmatique des deux frères, d’après Davydov ; et qu’il a plus fait pour encourager les investissements étrangers à Cuba, à partir d’un certain nombre de pays sources, dont la Russie. Le ministère russe des Affaires étrangères a confirmé le fait que la Russie et Cuba recherchent ensemble des opportunités d’investissements mutuellement bénéfiques à Cuba.

 

Le Président cubain Raul Castro était en visite à Moscou du 28 janvier au 4 février 2009. Raul Castro et Medvedev ont signé un certain nombre d’accords… La Russie s’est engagée à envoyer deux cargos de blé, respectivement d’une capacité de 25 000 et 100 000 tonnes métriques, pour une valeur de 37 millions de dollars américains. Cuba s’est engagé à acheter ou à louer en leasing sept avions de ligne fabriqués en Russie. De plus, la société Kamaz, qui est le plus grand fabriquant de camions de Russie, s’est dite d’accord pour envoyer ses camions à Cuba et pour installer à Cuba une ligne de montage en coopération avec la société cubaine Tradex. Les principaux produits russes exportés vers Cuba sont les avions, les machines outils et les équipements. Les principales exportations cubaines vers la Russie sont le sucre, les produits pharmaceutiques, l’équipement médical et les cigares.

 

Le vice-premier ministre russe Igor Sechin a négocié une série de marchés de coopération économique avec des responsables du gouvernement cubain, à Moscou. Un consortium sous direction Gasprom, créé en 2008 afin de développer l’exploitation des champs pétrolifères et gaziers du Venezuela a signé un accord de coopération avec la société Cuba Petroleo pour travailler ensemble à l’exploration, à la production et au raffinage. La société russe Norilsk Nickel s’est engagée à financer l’exploration de réserves de minerai de nickel à Cuba, dans la perspective de les exploiter à l’avenir. Le constructeur automobile russe AvtoVAZ a signé un marché au terme duquel elle assurera la maintenance de ses voitures vendues à Cuba. Le rôle joué par Sechin dans l’accouchement des relations russo-cubaines reflète vraisemblablement l’intérêt personnel qu’a Poutine pour une réaffirmation de la présence russe dans l’hémisphère occidentale.

 

Certains câbles diplomatiques débattent aussi de la possibilité d’une coopération militaire renforcée entre la Russie et Cuba. Le vice-président de la Commission de la Douma pour les Affaires internationales Andrei Klimov a déclaré à l’agence de presse RIA-Novosti que « si l’Amérique installe des missiles antibalistiques (ABM) à proximité de la frontière russe, la Russie pourrait, elle aussi, déployer son système de missiles dans les pays qui seront prêts à les recevoir ». Leonid Ivashov, président de l’Académie des Problèmes Géopolitiques, a dit à RIA-Novosti que l’Occident était en train de créer une « zone tampon » autour de la Russie et qu’en réponse, la Russie pourrait étendre sa présence militaire à Cuba, ou dans d’autres régions du monde.

 

Ces câbles diplomatiques [ultrasecrets divulgués par WikiLeaks] montrent que le besoin de soutenir Cuba reste d’actualité. Les Américains feraient bien de demander à leur gouvernement de cesser de gaspiller leurs ressources dans cette lutte d’arrière-garde contre une petite île perdue au milieu de la Mer des Caraïbes…

 

[Autres articles dans lesquels Israel Shamir a déjà évoqué Cuba :

 

Green Lizard

http://www.israelshamir.net/English/Green_Lizard.htm

(texte traduit en français par mes soins sous le titre Le Lézard vert) 

 

Continue à briller, ô Cuba : Introduction illustrée :

http://www.israelshamir.net/French/Fr37.htm ]

 

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