Israel Shamir

The Fighting Optimist

Entre la Victoire (des uns) et la défaite (des autres)

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier, membre de Tlaxcala, le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique (www.tlaxcala.es). Cette traduction est en Copyleft.    Nous entrons dans une période absolument cruciale. Nous sommes en effet à la croisée des destinées – nous allons connaître des temps où nos actions (ou nos inactions) seront susceptibles de déterminer notre futur et celui de nos enfants, pour des années. Des combats, sans doute les plus acharnés, se déroulent en ce moment même au Liban : une petite force de la Résistance – deux mille hommes au commencement de la guerre, et sans doute beaucoup moins aujourd’hui – se tient prête dans ses retranchements face à l’assaut d’une armée suréquipée forte de trente mille hommes, qui passe à l’offensive en dépit de la résolution de l’Onu imposant un cessez-le-feu. A elle seule, la survie des hommes de la Résistance signifiera leur victoire.
 
 

La résolution de l’Onu – écrite par les Etats-Unis, et approuvée par Israël – est profondément injuste : les troupes de l’Onu seront stationnées, non pas en Galilée, afin de protéger le Liban de la furie juive, mais au Sud Liban, afin de protéger le puissant voisin… C’est l’agressé, qui tente de se défendre, qui sera désarmé, et non pas l’agresseur. C’est injuste. Mais, injuste, ça ne l’était sans doute pas encore suffisamment, aux yeux des juifs : à peine cette résolution venait-elle d’être adoptée, que l’armée israélienne fonçait, afin de s’emparer d’autant de terrain possible avant l’heure officielle du cessez-le-feu. C’était là un tour pendable, violant totalement l’esprit de la résolution de l’Onu, mais qui en respectait scrupuleusement la lettre. A propos de ce genre de magouille, les juifs disent : « C’est casher, mais ça pue ! »

 

La décision prise par le gouvernement israélien a été authentiquement orwellienne, voire schizophrénique : accepter le cessez-le-feu TOUT EN poursuivant à fond la caisse la conquête du Sud Liban ? ! ? D’après les éclaircissements donnés par le commandant de l’armée israélienne pour la région Nord, Israël a l’intention d’encercler le Sud Liban et d’y continuer le combat y compris APRES le cessez-le-feu. Il a appelé ça : « la nécessité de nettoyer les terroristes ». Sayyed Nasrallah, le chef du Hizbullah, a juré de son côté de combattre l’envahisseur sur le terrain, tout en acceptant le cessez-le-feu.

 

Dès lors, il y a peu de chances que l’invasion israélienne du Liban et les combats qui en ont découlé prennent fin de sitôt. Aujourd’hui, Israël a bombardé la dernière route qui reliait encore le Liban à la Syrie sa voisine, et les civils libanais ont de ce fait perdu leur dernière chance de s’échapper. Cette mesure, associée à un largage massif de troupes parachutées au bord du Litani, vise à couper les voies d’approvisionnement nécessaires aux combattants libanais terrés sur le champ de bataille, tandis que les troupes israéliennes, elles, bien entendu, sont réapprovisionnées en permanence par Washington. La participation américaine à la guerre ne se limite pas au soutien diplomatique total et aux fournitures militaires apportés par Washington à Israël : allant jusqu’à mettre ses propres troupes en Irak en danger, le Pentagone a déplacé ses satellites espions géostationnaires de la verticale de Bagdad jusqu’au ciel du Liban, cette manœuvre ayant nécessité un transfert massif de soldats états-uniens vers Bagdad.

 

De plus, d’importants juifs américains amis d’Israël, à Washington, ont appelé le gouvernement israélien à se battre pour vaincre, car un Israël non-victorieux, l’Empire n’en a nul besoin. L’éditorialiste du Washington Post Charles Krauthammer a ainsi écrit, cette semaine : « … La quête d’une victoire à bon marché par Olmert a mis en danger non seulement l’opération au Liban, mais tout autant la confiance placée en Israël par l’Amérique. » Max Boot, membre du Conseil des Relations Extérieures, a écrit, dans le Los Angeles Times : « La Syrie est faible, et elle est juste à côté. Pour sécuriser ses frontières, Israël doit frapper le régime [du Président Bashar] al-Assad. » Les juifs américains exigent la guerre, et la victoire d’Israël : « La juiverie américaine [doit] se comporte[r] comme un Etat totalitaire communiste, dès lors qu’il s’agit de guerres juives », a pu écrire un éditorialiste de Tikkoun, une publication jadis réputée progressiste.

 

Les exhortations belliqueuses venues de la mouvance du Jinsa sont liées à la chute d’une première victime juive américaine du conflit. En effet, Joseph Lieberman, un belliciste démocrate éminent, vient de perdre les élections primaires, dans l’Etat du Connecticut. Les ondes sismiques émises par sa défaite ont menacé la base bipartisane du soutien à Israël au Congrès. Le Président Bush a exprimé sa sympathie à ce soi-disant « démocrate » totalement dévoué à Israël et à la guerre au Moyen-Orient. Les forces pro-guerre, aux Etats-Unis, flairant le danger, ont intensifié leurs efforts visant à étendre la guerre à l’ensemble du Moyen-Orient.

 

Ces forces ont de nombreux alliés en Israël, dont le leadership est en train de ressasser sa déculottée militaire dans ce qui était supposé devoir être une brillante campagne éclair, et cherche un bouc émissaire. Les généraux blâment le gouvernement, qui leur aurait dénié leur totale liberté de mouvement, et ils bougonnent, évoquant un coup d’Etat ; des ministres blâment l’armée ; des officiers du renseignement affirment – contre toute vraisemblance – qu’ils avaient prévu ce qui allait advenir. Le Premier ministre Olmert doit partir, a exigé Ari Shavit, un des principaux éditorialistes du quotidien Ha’aretz, devenu un néo-fasciste « né deux fois », et qui a accusé le libéralisme israélien de la responsabilité de la défaite ; tandis qu’un encart payé, à la une du Ha’aretz, ce quotidien réputé progressiste, exhorte « Ehud [Olmert] et Amir [Péretz] à vitrifier l’Iran ! »

 

Cette requête risque malheureusement encore d’être satisfaite, même si le blitzkrieg n’a pas si bien marché que cela, au Liban. Les missiles du Hizbullah représentaient une contre-menace pour Israël : ils risquaient d’être activés en cas de déclenchement d’une attaque israélo-américaine contre l’Iran et la Syrie. Désormais, la menace de ces missiles étant écartée – et après un repos et un réarmement réparateurs – les Israéliens risquent de continuer la mise en application de leurs plans visant à rayer Damas et Téhéran de la carte. Telle est, en tout état de cause, la seule raison vraisemblable de leur acceptation d’un cessez-le-feu.

 

Le cessez-le-feu, c’est l’arme secrète d’Israël. Dès lors que « Tsahal » prend sa baffe, les juifs mettent en branle l’arme secrète et gagnent une mi-temps, et une opportunité de reprendre les combats, à leur convenance, après s’être réarmés et reposés. L’arme du cessez-le-feu avait été utilisée pour la première fois en 1948, les Nations Unies le déclarant à deux reprises, associé à un embargo sur les armes. Les deux fois, l’Etat juif naissant a tiré un maximum de profit de ces deux cessez-le-feu : les livraisons d’armes aux Palestiniens étaient frappées d’embargo, tandis que les juifs recevaient des cargaisons d’armements sophistiqués du gouvernement (à déguisement stalinien, mais très largement juif) de Prague. Réarmés et rafraîchis, les juifs reprirent leur offensive, quand ils furent prêts pour cela, et ils écrasèrent la résistance palestinienne.

 

Le cessez-le-feu fut à nouveau déclenché en 1973 : il sauva alors l’Etat juif d’une défaite annoncée, en permettant à l’administration américaine, sous la houlette de Kissinger, de réarmer les Israéliens, tout en les autorisant à violer ledit cessez-le-feu dès lors qu’ils le jugeraient opportun. La stratégie du coup du lapin à base de cessez-le-feu a été intégrée dans les plans de guerre israéliens dès le début de la Guerre au Liban – Le Retour. Les juifs ont bombardé les civils, au Liban. Si le massacre de Cana est le plus notoire, il y a eu des dizaines de Canas, de la même manière qu’en 1948 le massacre de Deir Yassin n’a été que le plus célèbre de toute une série de massacres [perpétrés en Palestine]. La population civile israélienne a souffert, elle aussi, mais ce sont les Palestiniens de la Galilée [les « Arabes israéliens »] qui ont le plus souffert, parce que l’artillerie israélienne bombardait le Liban depuis leurs villages quasiment dépourvus d’abris, en espérant (et en causant immanquablement) des tirs en retour, à la grande joie des nationalistes juifs.

 

Quand la conscience mondiale exigea qu’il fût mis fin au massacre des innocents, Israël posa son ultimatum, par l’intermédiaire de sa superpuissance alliée, les Etats-Unis, disant, en substance : « Si vous voulez que les tueries s’arrêtent, alors, s’il vous plaît, faites notre [sale] boulot à notre place : désarmez la résistance, imposez l’embargo à ses fournitures d’armes, re-colonisez le Liban, afin que, quand nous serons en mesure de reprendre la guerre, le Liban nous tombe entre les mains, comme un fruit mûr. »

 

Seuls la ténacité et le courage des combattants du Hizbullah ont amené les Français à améliorer un tout petit peu le projet de résolution israélo-américain ; néanmoins celui-ci est à peu près aussi généreux que les conditions du prêt stipulées par Shylock [allusion au tristement célèbre personnage de Shakespeare, dans Le Marchand de Venise, ndt].

 

Le Conseil de Sécurité m’a fait penser à cet arbitre d’une nouvelle brève de Jack London – Le Mexicain :

 

Le personnage principal de cette nouvelle, un garçon mexicain souple et agile, Rivera, doit combattre un grand boxeur catégorie poids lourds, Danny, une sorte de  Tyson de l’époque, afin de remporter un prix richement doté qui lui permettra d’acheter des fusils pour la Révolution. Au début, Rivera attaque : « On ne saurait qualifier cela de combat. Ce fut une boucherie, un massacre. Danny, à n’en pas douter, montrait ce dont il était capable – splendide démonstration. Le public était tellement sûr de son pronostic qu’il ne remarqua même pas que le jeune Mexicain tenait encore debout. Le public avait carrément oublié Rivera… Il faut dire qu’il ne le voyait que de temps à autre, tellement il était enveloppé par l’attaque anthropophage de Danny. C’est alors qu’il se produisit une chose stupéfiante : Rivera était debout. Mais seul ! Danny, le redoutable Danny, était sur le dos. L’arbitre faisait des va-et-vient entre eux deux, et Rivera put soupeser à quel point les secondes qu’il comptait étaient interminables. Tous les Gringos étaient contre lui, arbitre compris. A « neuf », l’arbitre repoussa Rivera d’un geste brusque. C’était injuste, mais cela permit à Danny de se relever. » Puis, à chaque occasion, « l’arbitre s’affaira, décollant Rivera de Danny afin que celui-ci puisse le rouer de coups de poing, donnant à Danny tous les avantages qu’un arbitre partial est en mesure d’accorder », poursuit Jacques London. Pourtant, en dépit de ces avantages, Tyson fut battu. La ténacité et la pugnacité du svelte Mexicain lui permirent de vaincre son adversaire avant que l’arbitre et les policiers n’aient pu lui voler la victoire.

 

Les Libanais et les Palestiniens peuvent encore remporter la victoire, malgré la puissance énorme d’Israël et de l’Amérique. Mais, dans la « real politique », il est inutile de pousser à la victoire : nous pouvons nous satisfaire d’un modus vivendi. De plus en plus d’Israéliens sont en train de dessaouler, y compris le mouvement La Paix maintenant !, qui a soutenu la guerre depuis le début. Le principal danger continue à provenir des sionistes extrémistes américains, qui sont prêts à se battre, depuis leurs chaises longues, jusqu’au dernier Israélien. Il faut absolument que leurs concitoyens leur jettent un seau d’eau froide, pour les ramener à la raison. En Israël, l’intoxication belliqueuse est certes en train de s’évaporer, mais pas encore suffisamment vite. Les destructions, au Liban, sont indescriptibles : des reporters israéliens les comparent au Berlin de 1945. Des dizaines de combattants israéliens et libanais, et beaucoup de civils israéliens et libanais sont en train de mourir, en ce moment même, à cause de la tentative désespérée de marquer d’ultimes points déployée par les dirigeants israéliens. Les Israéliens meurent en vain, envoyés à la mort par leurs dirigeants.

 

Il ne faut pas que le gouvernement israélien soit récompensé pour son inconduite. Les résolutions du Conseil de Sécurité sur le Liban appellent au désarmement des forces non autorisées par le gouvernement de Beyrouth. Aussi les dirigeants libanais devraient-ils intégrer le Hizbullah dans leur Etat et dans leur appareil militaire, ce qui couperait court immédiatement au complot sioniste. Les Libanais peuvent prendre de la graine du précédent de 1948, année où les organisations terroristes juives (Palmach, Haganah, Etzel, notamment) avaient été incorporées et intégrées à l’armée israélienne. Le Hizbullah a démontré sa puissance, sa capacité de combattre l’ennemi et de cacher son jeu, en serrant ses cartes sur sa poitrine. Il s’agit là de qualités non négligeables.

 

Cela, le Président maronite du Liban, Emile Lahoud, l’a bien compris, lui qui a répondu aux jérémiades sionistes habituelles d’un journaliste occidental d’une manière très favorable au Hizbullah : « Le Hizbullah, c’est cette force qui a été capable de libérer les territoires du Sud du Liban, en 2000. Notre armée est une armée nationale, or la résistance est une résistance nationale. Vous voudriez que l’armée de la Nation désarme la résistance nationale, laquelle est complémentaire de l’armée, même si elle opère à partir d’une autre salle de commandement des opérations ? Pas question ! »

 

Mais il est une autre grande victoire du Hizbullah, qui est d’avoir su cicatriser la querelle entre Sunnites et Chiites, cette querelle qui a été suscitée et entretenue par Al-Qa’ida. Ce groupe nébuleux, basé en Afghanistan, créé par les Etats-Unis afin de combattre les Soviétiques dans les années 1980, était restée dans la naphtaline, jusqu’en 2001, année où les décideurs de la politique américaine ne le ressuscitent au moyen des attentats du 11 septembre, même si encore aujourd’hui – bientôt cinq années après – son implication dans ces attentats n’a pas été démontrée. Quels que soient les auteurs des attentats contre les Tours Jumelles du World Trade Center et contre le Pentagone (et on ne sait pas qui ils sont), ils se sont attiré une vague de sympathie auprès des désenchantés du Nouvel Ordre Mondial, de Paris à Téhéran et de Moscou jusqu’en Oklahoma. Les Maîtres du Discours s’inquiétaient du fait que cette immense moisson ne risque de tomber aux mains d’un groupe capable et dangereux (pour eux) (non nécessairement musulman) et ils ont préféré l’offrir à leur création domestiquée : Al-Qa’ida. Depuis lors, Al-Qa’ida a montré qu’elle était un outil précieux pour les Américains : elle n’a pourtant rien fait de particulièrement digne d’être mentionné : elle a décapité des touristes, en filmant leur décapitation ; elle a fait de son pire afin de susciter une guerre de religions entre Sunnites et Chiites en Irak, faisant sauter des bombes dans des mosquées et tuant des pèlerins. Elle a su attirer des jeunes gens valeureux et audacieux, sur la base de ses états de service en septembre 2001 – mais elle les amenés à leur perdition.

 

L’ascension du Hizbullah est venue défier ces petits arrangements entre soi. Au lieu de se battre contre ses coreligionnaires musulmans, le Hizbullah se bat contre l’Empire judéo-américain. Diamétralement opposé à cette fausse qu’est Al-Qa’ida, le Hizbullah est une résistance authentique, qui mène une vraie guerre : il ne s’arrête jamais de combattre pour poser devant les caméras de télévision. Les jeunes hommes inspirés, désireux de combattre pour une juste cause, se sont par conséquent tournés vers Nasrallah.

 

Les pantins sans âme d’Al-Qa’ida ont appelé leurs ouailles à combattre le Hizbullah, mais en vain. La querelle intestine entre Sunnites et Chiites s’estompe, et la majorité sunnite du monde arabe a préféré Sayyed Nasrallah, le Défenseur des Opprimés, à ces imposeurs de loi islamique (shari’a) que sont Ben Laden et Al-Zarqâwî.

 

Quant au Complot des Poudres d’Heathrow, il ne s’agit apparemment que d’une tentative désespérée déployée par les patrons d’Al-Qa’ida afin de redorer la gloire défraîchie de leurs créatures en tentant de démontrer qu’ils ne sont pas totalement éteints.

 

La bonne raclée administrée par le Hizbullah [à l’armada sioniste] aura de sérieuses conséquences bien au-delà du Liban : elle va réunifier l’Orient, contre l’Empire.

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