Israel Shamir

Ideas that will Derail the descent to Barbarity

Interview d’Israel Shamir par Maria Poumier

Traduction et transcription: Marcel Charbonnier

http://www.egaliteetreconciliation.fr/Entretien-avec-Israel-Adam-Shamir-7930.html

Israel Adam Shamir, vous avez déjà publié quatre ouvrages en français entre 2003 et 2010. Le principal sujet abordé était les exactions israéliennes à l’encontre de la Palestine et de nombreux autres pays et peuples. Quels sont, à vos yeux, les nouveaux facteurs susceptibles d’être utilisés afin d’affaiblir l’Etat juif d’Israël ? Pensez-vous qu’une réédition de la Flottille de la Liberté puisse être réellement utile, à cette fin ?

Non, je ne pense pas qu’une nouvelle Flottille changerait grand-chose… Vous savez, comme le disent les Français : « Tout change, mais rien ne change… » Un changement beaucoup plus important, c’est le fait qu’aux Etats-Unis, nous avons aujourd’hui un président et un gouvernement qui veulent, clairement, changer leur mode de relation (avec Israël) et en faire une simple relation (parmi d’autres relations interétatiques) et non pas la Relation par excellence. C’est là réellement un progrès. Quant aux développements dans les pays arabes, notamment et Egypte, c’est l’inconnue : nous savons d’où ces pays sont partis, mais nous ignorons encore ce vers quoi ces révolutions vont les amener. La réconciliation entre les factions palestiniennes n’est pas encore effective ; c’est quelque chose qui relève encore de nos espérances. La crise financière, avec ses rebondissements incessants, a pour effet que l’opinion publique s’intéresse de moins en moins au Moyen-Orient. En arrière-fond, nous avons aujourd’hui cet événement inouï, en Norvège. De mon point de vue, cela a été un véritable tremblement de terre, ne serait-ce que parce que cette tuerie a démontré ce dont des pro-israéliens fanatiques étaient capables, en Europe et ailleurs dans le monde.Nous sommes donc confrontés à une situation extrêmement dynamique, mais l’équilibre des pouvoirs n’a pas réellement changé.

Aujourd’hui, vous avez quitté Israël, et vous écrivez moins en anglais. Vous semblez renouer avec le russe, votre langue maternelle. Vous avez écrit, avec la facétie qui vous est coutumière « Il y a une vie après le sionisme (et après les batailles contre le sionisme) »). Quels sont les nouveaux sujets qui vous tiennent le plus à cœur ?

Vous savez, la façon de rester fidèle à sa ligne de pensée est quelque chose de compliqué, pour un écrivain. D’un côté, j’ai trouvé un soutien extraordinaire auprès de très nombreux lecteurs, c’est vrai. Mais on peut se retrouver tellement assiégé, tellement harcelé que cela en est parfois vraiment choquant : on empêche vos articles d’être publiés. Cette censure est très brutale et vous vous retrouvez dans une situation très difficile à supporter. C’est une des choses qui m’ont profondément affecté. J’ai redouté, à un certain moment, de devenir l’homme d’une seule cause, obsédé par une unique préoccupation ; c’était trop, pour moi. Je viens de passer près d’une année en Russie, et cela fut une expérience bien différente. Ma position sur les événements en Israël/Palestine est grosso modo la plus générale, que je me trouve en Russie ou en Grèce ou en Turquie; car ce problème fait l’unanimité partout, et cette unanimité est une des grandes différences entre l’Occident et l’Orient. Je n’avais donc pas à prêcher à des convaincus et je pouvais faire autre chose : j’ai pu observer ce qu’il se passe dans la société russe. Comme vous le savez, je suis né en Russie. Mais cela faisait une vingtaine d’années que je n’y avais séjourné aussi longuement. Cela a été particulièrement intéressant pour moi, car j’ai pu constater les changements très importants que ces deux décennies ont apportés en Russie ; c’est intéressant, la situation est très dynamique. La Russie est en train de réaffirmer son indépendance, c’est là quelque chose de très positif. Mais, d’un autre côté, ceux qui sont opposés à l’indépendance de la Russie sont eux aussi extrêmement actifs. Les sionistes sont actifs également en Russie. Oh, bien sûr, pas autant qu’en Europe ou aux Etats-Unis… A mes yeux, il est important de favoriser une interaction entre nos amis (antisionistes) en Occident et nos amis en Russie, de sorte que nos amis russes ne se sentent pas à nouveau abandonnés comme ils le furent il y a de cela vingt ans, époque où ils ignoraient encore qu’il y avait, aussi, en Occident, des forces anti-impérialistes, et pas seulement des néolibéraux.

Vos lecteurs occidentaux ont été surpris par votre défense et illustration de Staline, ainsi que par la tendance spirituelle religieuse que vous prêtez au communisme. Le Parti Communiste connaît-il une renaissance, en Russie ? Comment l’industrie russe peut-elle se développer en l’absence d’immigration, avec les pertes démographiques que connaît ce pays, et de tels immenses espaces vides de toute population ? La recolonisation du Birobidjan par des gens qui sont en train de quitter Israël serait-elle à vos yeux une bonne chose ?

En ce qui concerne une (nouvelle) émigration juive vers le Birobidjan, je n’y crois pas. Il est vrai que de nombreux juifs russes émigrent en Russie à partir d’Israël, mais ces juifs n’ont pas l’intention de créer un clone de l’Etat juif en Extrême-Orient. A ce que j’en sais, ils s’installent dans nombre de villes russes de province, ainsi que dans les deux métropoles de la Russie, Moscou et Saint-Pétersbourg. Ce sont des gens très déterminés à travailler et à s’intégrer. Beaucoup d’entre eux ont connu des temps très durs en Israël, où ils ont fini par comprendre que le discours selon lequel les juifs seraient tellement à part, tellement différents, ne tient pas la route. Donc, aujourd’hui, ces juifs russes rentrent en Russie et ils s’installent majoritairement dans les villes où ils avaient vécu avant d’émigrer en Israël et, globalement, leur situation s’améliore (sauf, pour certains d’entre eux, à Moscou, une métropole gigantesque où la vie est extrêmement chère). Je ne peux donc imaginer un seul instant que ces juifs qui reviennent vivre en Russie auraient un intérêt quelconque à créer un Etat juif (ou plutôt un mini-Etat) au Birobidjan… Le Birobidjan aurait à la rigueur eu une raison d’être à l’époque de sa création, mais ça n’est absolument plus le cas, aujourd’hui. A propos de votre question sur l’industrie et l’immigration, je dois dire, hélas, que l’industrie russe continuer à décliner. Mais non pas à cause du taux de natalité très bas et du taux de mortalité très important en Russie ; depuis 1991, la Russie connaît une désindustrialisation constante. C’est un phénomène massif : des millions de personnes travaillaient dans l’industrie et aimaient leur travail. Or, ce que ces travailleurs fabriquaient a été jugé inutile, en 1991, par les néoconservateurs arrivés au pouvoir en Russie. Depuis lors, la majorité de leurs productions ont été supplantées par des produits importés, de Chine ou d’ailleurs. Donc, l’industrie russe continue à chuter et elle ne manifeste aucun signe de reprise. Il n’est donc pas question, en Russie, d’immigration rendue nécessaire par les besoins en main-d’œuvre d’une industrie aujourd’hui en plein marasme. Mais beaucoup de gens migrent, en Russie, en particulier à partir des régions orientales : il s’agit d’une migration interne. On ne peut parler à ce propos d’immigration (si vous aviez beaucoup d’arrivées de Corses, à Paris, vous ne parleriez pas non plus d’immigration… en tous les cas, pas aujourd’hui, deux siècles après Napoléon…). Mais, pour les Russes, cela ne passe pas inaperçu ; il s’agit notamment de la migration de citoyens russes qui quittent le Nord du Caucase (c’est là également, encore une fois, quelque chose de douloureux).

Quid du Parti communiste, en Russie ? Connaît-il une renaissance ?

Le Parti communiste est toujours le parti politique le plus important en Russie (le plus important parti politique digne de ce nom, je veux dire…). Mon opinion peut être accusée de parti-pris en faveur du Parti communiste… Mais un journaliste russe très connu, M. Vitaly Tretiakov, qui fut rédacteur-en-chef de la Nezavissimaïa Gazeta (laquelle fut le quotidien le plus important de Russie des années durant) et qui est un des publicistes en vue en Russie actuellement, a donné une conférence, récemment, à Washington, que j’ai écoutée. J’ai été estomaqué lorsqu’il a dit, à propos du régime russe, que si Poutine cessait d’intervenir comme il le fait dans la vie politique russe, le Parti communiste serait en mesure de remporter les élections. Etonnant, de la part d’un anticommuniste comme l’est ce M. Tretiakov… Par conséquent, oui, l’idée communiste peut encore s’imposer en Russie et les gens au pouvoir dans ce pays le reconnaissent d’ailleurs ouvertement ; c’est d’ailleurs la raison pour laquelle ils s’efforcent de briser le mouvement communiste au moyen de multiples lois et en répandant des mensonges infamants sur leur compte. La direction communiste russe, de nos jours, est extrêmement modérée (bien trop modérée, à notre goût…) : cela est également problématique. La situation étant celle-là, la présence communiste n’est pas quelque chose qui se serait matérialisé jusqu’ici. Les communistes ont véritablement été brisés en 1993, et même déjà en 1991, cela fait donc aujourd’hui vingt ans, et ils n’ont pas réussi à recouvrer leur autorité et leur pouvoir, quand bien même ceux-ci sont réels, car ils sont intégrés au gouvernement. Il faut savoir que les communistes russes sont très différents, très éloignés, de leurs homologues occidentaux. Il existe un véritable schisme entre le communisme occidental et le communisme oriental. Cela a pour effet que le communisme russe est aujourd’hui très isolé ; il est très mal compris en Occident, où les mouvements communistes sont devenus extrêmement faibles, en l’absence de l’URSS. Mais même ces communistes occidentaux désormais particulièrement affaiblis n’ont pas trouvé le moyen de communiquer avec les communistes russes…

Pour en revenir à l’Occident, quid de Julien Assange et de son travail d’information, avec WikiLeaks ? Pensez-vous qu’il ait réussi à introduire un changement dans nos modes d’information ? Que pensez-vous, un an après, de ce coup de théâtre médiatique ?

Il est très difficile de répondre à cette question. L’ordre informationnel régnant en Occident est bien trop établi pour avoir été réellement ébranlé par la révélation de ces indiscrétions. Bien sûr, il est important de connaître aujourd’hui avec certitude les menées répugnantes des Américains par le passé. Donc, oui, c’est sûr, ces révélations ont ajouté quelque chose à notre compréhension du monde. Par ailleurs, je dois mentionner qu’il y a eu beaucoup de déconvenues, dans toute cette histoire. Notamment le fait que les grands quotidiens (The Guardian, The New York Times) ont réussi à tuer dans l’œuf l’effet détonnant de ces révélations en réussissant à s’en faire les vecteurs uniques, et ils ont bien évidemment totalement falsifié le message. L’autre déception, c’est le fait que la révélation des télégrammes secrets du Pentagone n’a eu aucune conséquence réelle. Il faut le reconnaître, il faut le dire. Assange a été trop occupé, à mon avis, par le procès qui lui a été intenté (ce que je peux comprendre ; je sais que tout être humain est vulnérable, face à la « justice »), si bien que le flot des révélations a fini par se tarir.

Passons à la désinformation, après l’élimination de Ben Laden. Pouvez-vous nous parler des nouvelles stratégies de désinformation adoptées par les officines de la propagande occidentale (il y avait bien eu maintes annonces de la mort de Ben Laden avant cela, non ?).

Oui ; en effet, dans cette histoire, beaucoup d’éléments ne collent pas. Je vous donne un exemple : aujourd’hui, à Kiev, on peut voir un film pour la télévision très intéressant tourné en Argentine et au Chili, dans lequel on montre un endroit où Adolf Hitler est supposé avoir vécu jusqu’en… 1964 (!). Des photos nous le montrent, dans ces lieux, en Argentine. A tout instant, de nouvelles informations peuvent ainsi venir remettre en cause notre perception de l’Histoire. Hitler a-t-il pu survivre et s’enfuir en Argentine grâce à un de ses célèbres U-Boat ? Difficile à croire, mais néanmoins possible. Cela semble à priori très éloigné de ce que l’on est prêt à admettre, mais à la réflexion, ça ne l’est pas tant que cela. Mais cela change peu de choses quant à notre perception de l’histoire. Il en va de même en ce qui concerne Ben Laden. Celui-ci a-t-il été tué en 2001, ou en 2011 ? Est-il encore en vie, quelque part ? Pourquoi pas aux Seychelles, ou dans quelque autre villégiature de la CIA ? C’est certes intéressant, mais ça n’est pas fondamental. Ce que nous constatons, depuis pas mal d’années, c’est le fait que les mujahidîn de Ben Laden étaient, et restent encore aujourd’hui, des soutiens pour l’impérialisme américain : ce sont des alliés des Américains, ce sont des alliés d’Israël. Ce qu’ils font, essentiellement, consiste à assassiner des Chiites. Aujourd’hui, ils sont très actifs contre Kadhafi. Ben Laden a-t-il été un agent des Américains, ou bien a-t-il réussi à utiliser ces derniers ? Cela, nous ne le savons pas encore avec certitude. Ce que je constate, personnellement, c’est que Ben Laden et ce qu’il représente se sont mis au service des plans hégémoniques des Etats-Unis et d’Israël. Ils ne s’en sont jamais pris à Israël et ils ne s’en sont que très rarement pris aux intérêts américains. Pour moi, Ben Laden, mort ou vif, n’a pas l’importance qu’on lui accorde généralement. Chose curieuse : vingt-deux, sur les vingt-trois Marines qui ont pourchassé Ben Laden au Pakistan ont été tués. Quant au vingt-troisième, on ne sait pas au juste quel rôle il a bien pu jouer. Manifestement, quelqu’un a voulu étouffer ce qu’il s’est passé à Abot Abad. Nous finirons bien par l’apprendre, un jour… Mais : quand ??

Et les événements du 11 septembre 2001 ? Vous pensez que les gens ont compris tout ce qui là-dedans relevait d’un montage hollywoodien?

Des gens travaillent, comme par exemple Thierry Meyssan, à établir la vérité sur ce qu’il s’est passé le 11 septembre 2001 à New York et à Washington. Mais les choses resteront en l’état tant que nous n’obtiendront pas des informations de la part de gens qui ont effectivement participé aux attentats, car ces gens seront en mesure de nous livrer davantage que de simples théories.

Bien. Revenons au champ diplomatique. Les opposants à l’intervention de l’Otan contre la Libye semblent puissants, en Russie. Où en sont les Comités de solidarité avec la Libye ? Leur combat est-il populaire, en Russie ?

Oui, tout à fait. Les sondages montrent que 72 % des Russes soutiennent activement le colonel Kadhafi. A mon avis, c’est là un très bon résultat. Vous savez, après de si nombreuses années de diabolisation, Kadhafi est probablement le dirigeant le plus populaire aux yeux des Russes (tout au moins). Depuis longtemps, pour les Russes, c’est une question importante : Kadhafi pourra-t-il survivre à l’agression militaire de l’Otan ? Vous savez, partout dans le monde, les gens au pouvoir sont très pragmatiques. Les dirigeants russes ont eux aussi eu le sentiment, pendant un temps, que Kadhafi était cuit. Ainsi, au cas où il ne survivrait pas, prenons langue avec les forces émergentes, comme l’équipe de Benghazi… Mais il semble maintenant que Kadhafi, qui est un homme à la volonté extraordinairement forte, réussit à résister à l’offensive de l’Otan. Le peuple russe le soutient et les hommes politiques du clan Poutine le soutiennent également. Mais ils ne veulent pas aller trop loin, parce que l’Europe est très importante, pour la Russie, en tant que partenaire géopolitique. Le principal objectif, pour les Russes, c’est de briser le lien entre les Etats-Unis et l’Europe occidentale. S’il est une chose qui importe aux yeux des Russes, c’est bien d’avoir de très bonnes relations avec la France et avec l’Allemagne, et de faire en sorte que les Etats-Unis se retrouvent tenus à l’écart, très loin. C’est là, disons, un succès virtuel pour les Russes. Ils sont très antiaméricains, et ils sont très modérément antieuropéens. Ainsi, ils envisagent leurs rapports avec les pays du Maghreb à la lumière des conséquences qu’ils sont susceptibles d’avoir, en particulier pour la France. Aux yeux des Russes, la France reste plus importante que la Libye. Un échec de la France (en Libye) est susceptible d’amener à une France différente de celle de Sarkozy et de Bernard-Henry Lévy. Cette France sera différente ; elle sera nouvelle, elle sera plus amicale pour la Russie, sans que cela cause un nouveau conflit dans le Maghreb…

In-shâ’Allah… Vous semblez redouter que le Parti socialiste français ne soit pas mieux que Sarkozy ?

Absolument, absolument… Comme partout, le choix consistera en un non-choix. C’est ce qu’Ahmadinejad a dit, voici de cela quelques jours, lors d’une interview accordée à la chaîne télévisée Euronews. Il a dit : « Vous parlez de démocratie… Quel genre de démocratie avons-nous aujourd’hui, dans le monde ? De fait, il n’y a pas de différence marquante entre les partis politique ». C’est exact. Nous le savons ; c’est effectivement la réalité »…

Et la Turquie, ce pays très important susceptible de jouer un rôle entre l’Islam et la chrétienté. Comment voyez-vous ses évolutions récentes ?

En effet, je suis de près l’évolution de la Turquie. Je pense qu’il est très positif que le parti islamique AKP ait accédé démocratiquement au pouvoir et qu’il ait réussi à renforcer sa position, y compris une fois au pouvoir. Je suis très satisfait de la position du gouvernement turc sur la Palestine et sur Israël, ainsi que de ses bonnes relations avec l’Iran. La Turquie est en effet à mes yeux un pays très important…

… bien qu’elle appartienne toujours à l’Otan ?

… oui, certes, la Turquie est toujours membre de l’Otan, mais c’est sans doute trop compliqué, pour elle, d’en sortir, en particulier en des temps où la France, elle, s’y réintègre… Mais l’on peut considérer que la Turquie joue un rôle positif à l’intérieur de cette organisation, à l’instar d’ailleurs de la Grèce (mais, à l’évidence, la Turquie est beaucoup plus importante, stratégiquement, que cette dernière). Bien entendu, on pourrait souhaiter que la Turquie soit encore plus audacieuse…, mais il faut comprendre que la force de la Turquie, même s’il s’agit d’un grand pays, avec ses près de cent millions d’habitants et son économie puissante et florissante, n’est pas encore suffisamment développée, suffisamment efficiente pour pouvoir s’opposer seule (à l’impérialisme).Il serait éminemment souhaitable qu’elle renforce ses relations avec la Russie, avec l’Iran et avec la Chine, afin que ces pays construisent ensemble un nouvel avenir. Mais c’est là encore un objectif lointain : nous n’en sommes pas encore là aujourd’hui. Bien sûr, la Turquie a un problème important, aujourd’hui, avec la Syrie, à ses portes ; et c’est là un problème grave et difficile à solutionner…

Vous avez acquis une grande importance en Occident après avoir abandonné le judaïsme et vous être converti au christianisme. Vous avez déclenché un processus très important. Pensez-vous que nous ayons touché le fond de la déchristianisation ? Pensez-vous que les choses sont en train de changer dans le bon sens, de ce point de vue, en Occident ?

Je pense que les graves événements qui se sont produits en Norvège sont une conséquence de la déchristianisation. J’ai consacré beaucoup de temps à lire ce qu’a écrit copié collé le terroriste ; le plus important, dans ses écrits, c’est le fait qu’il voulait édifier le troisième temple juif pour en faire une sorte de lieu d’adoration symbolique à Jérusalem. Il s’agit donc essentiellement d’un antichrétien. Dans la chrétienté orthodoxe, il est tout à fait évident que quelqu’un qui veut reconstruire pour la deuxième fois le temple juif ne peut qu’être un suppôt de l’antéchrist. Il est particulièrement éclairant de constater que le terroriste norvégien est un suppôt de l’antéchrist. Bien sûr, il est terrible qu’il faille de tels crimes pour mettre en évidence la déchristianisation. En Russie, à l’évidence, la situation est bien meilleure, de ce point de vue, même si le ré-enchantement des Russes pour l’Eglise orthodoxe renaissante est désormais un peu dépassé, nous assistons à une nouvelle réévaluation. En Russie, les communistes voient d’un très bon œil l’Eglise orthodoxe. Je n’irais pas jusqu’à affirmer qu’ils sont pratiquants, mais…

En France on en est loin… A propos du massacre du vendredi 22 juillet (2011) en Norvège, votre ami philosophe Marek Glogosowski a écrit que « l’anaconda sioniste est en train d’étrangler les gens à l’esprit libre » ? C’est terrible, n’est-ce pas ??

Oui, bien sûr. Mais je pense que la crise économique que nous connaissons est en train de tuer ce fameux « anaconda » ; les gens commencent à reconnaître le pouvoir de ces ultra-riches qui ne leur laissent pratiquement pas de quoi survivre. De ce point de vue, je pense vraiment que le pouvoir des Mammonites prendra bientôt fin. Il est difficile de prédire quand cela se produira, et de quelle manière, mais toutes les économies sont tellement liées au dollar que nous verrons si l’effondrement de cette devise, qui semble désormais imminent, changera l’état des choses ou non. La spiritualité a elle aussi besoin d’un espace pour se manifester. En Russie, elle s’est développée après l’effondrement de l’idéologie communiste. De la même manière, il est possible que les peuples de l’Europe occidentale adoptent eux aussi le Christ après avoir été dé-mammonisés. L’effondrement du dollar permettra peut-être une renaissance du christianisme…

Vous n’excluez pas une situation révolutionnaire, même si la classe ouvrière et les héros de la classe ouvrière ne sont guère visibles… Parlons maintenant, si vous le voulez bien, de la domination sioniste, toujours aussi pesante. Vous avez expliqué que le discours holocaustique vise à faire en sorte que les juifs continuent à être des serviteurs obéissants d’autres juifs autrement plus puissants. Cela signifie-t-il que les pires ennemis des juifs pourraient bien être des juifs appartenant à une certaine élite ? Comment décrivez-vous ce phénomène, comment l’expliquez-vous ? Pensez-vous que ce soit là le principal problème auquel sont confrontées les personnes d’origine et/ou de culture juives ?

Vous savez, certaines personnes d’origine juive ont un comportement tellement horrible que je ne pense pas qu’elles se comporteraient mieux si elles coupaient leurs liens avec leur communauté… Pour vous l’expliquer, je vais prendre l’exemple des pays du tiers-monde : dans tous ces pays, il y a des communautés qui soutiennent l’impérialisme. Nous le constatons, par exemple, en Palestine, dans le petit village ancien d’Abu Ghosh, situé non loin de Jérusalem. La population de ce village soutient toujours le vainqueur, contre tous les autres. Elle a soutenu les Turcs contre les Palestiniens, à l’époque de l’Empire ottoman, elle a soutenu les Britanniques, sous le mandat, puis les juifs, et, aujourd’hui, elle soutient les Israéliens. Il a de tout temps existé des groupes tels que cette population d’Abu Ghosh, des gens qui décident de soutenir en permanence les puissants, les gens au pouvoir. En Afrique de l’Est, les Masaï ont toujours fortement soutenu la domination coloniale britannique. Au Maghreb, certains Touaregs soutenaient le colonialisme français. D’une certaine manière, les juifs sont eux aussi un de ces groupes marginaux qui, historiquement, soutiennent l’impérialisme. Non que les juifs n’aient eu une position qui leur fût propre. Mais, très souvent, ils ont soutenu le pouvoir en place. Il faut garder à l’esprit cette propension des juifs à seconder les pouvoirs en place, qui peuvent offrir richesse et pouvoir. En Russie, les juifs ont perdu peu à peu leur connexion avec l’univers juif (en URSS, les employés de banque juif avaient des postes d’exécution, sans prestige et sans influence). Leur assimilation à la société russe est-elle en train de se poursuivre ? Il est trop tôt pour le dire.

Que doit-on faire pour les gens ordinaires, qui sont généralement fortement influencés par la propagande holocaustique ? Comment préserver les gens de cette propagande qui est une marque de colonisation ?

Il est terrible de constater que cette propagande continue de plus belle ; elle touche aujourd’hui y compris l’Europe de l’Est. Il y a eu une visite remarquée de grands-prêtres américains du culte holocaustique à Moscou. Ils ont été très bien reçus ; ils se sont déclarés très satisfaits de leur visite. Ils vont construire un musée de l’holocauste également à Moscou (aux Etats-Unis, chacun des Etats a le sien ; en revanche, il n’y en avait aucun en Russie). Mais les Russes sont mécontents. Ils ont tellement souffert de la Seconde guerre mondiale qu’ils n’ont aucune envie d’y repenser et ils trouvent scandaleux que les juifs veuillent privatiser cette tragédie. A mon avis, il n’y a aucun avantage à se la remémorer… La meilleure chose que l’on puisse faire, à son sujet, c’est l’oublier. Je le dis et je le répète dans tous les pays où cela est permis. Mais, comme vous le savez, formuler cette opinion en Allemagne peut vous valoir la prison. J’ai toujours été très prudent, ce qui est interdit c’est de saper les bases factuelles du dogme, et l’aspect factuel du révisionnisme historique de l’holocauste ne m’intéresse pas particulièrement. Mais aujourd’hui, si vous ne participez pas à leurs commémorations, vous êtes soupçonné de ne pas être tout à fait de leur côté ; c’est là quelque chose qui devient grave. Oui, je suis d’accord avec vous : il faut, en effet, mettre un terme à cette propagande. Non pas parce qu’elle serait basée sur quelque chose de faux. Mais bien parce que les actions menées à ce sujet devraient être radicalement différentes.

Vous êtes toujours aussi courageux! Pensez-vous que le lobby sioniste ait passé un accord secret avec certains think-tanks chinois en Californie, pour se débarrasser d’Obama ? Si tel est le cas, devons-nous redouter un « impérialisme oriental » ?

Je ne sais pas ; je ne sais pas… Malgré toute ma sympathie pour Obama, dont je reconnais les bonnes paroles, celui-ci n’a pas encore réussi à tenir la moindre de ses promesses. Il se dit contre la guerre en Syrie, contre la guerre en Libye, contre la guerre en Irak, mais la guerre se poursuit. Je pense que la déception, à propos d’Obama, est générale. Telle est la situation actuelle…

Merci. Avant de terminer, pouvez-vous nous donner un conseil, à nous autres Français : que devons-nous faire, qu’est-ce qui est le plus urgent, parmi les multiples actions que nous devons impérativement mener ?

A mon avis, la chose la plus urgente et importante, c’est de construire une nouvelle pensée politique échappant à la domination des deux frères ennemis que sont les socialistes et les néogaullistes. Quelle orientation la France va-t-elle prendre ? Il est très difficile de le prédire. L’esprit gaullien d’indépendance de la France reste une grande idée, qu’il est encore possible de remettre à l’ordre du jour. Parmi les choses préoccupantes en France, je vois l’évolution de l’extrême-droite vers un soutien de plus en plus affirmé à Israël. Cela risque (comme en Norvège) de créer des monstres : les tenants de l’extrême-droite peuvent devenir de véritables judéo-fascistes. Tant qu’ils résistent à l’esprit judaïque, ils gardent leur âme chrétienne. Très important aussi : la France doit arrêter sa guerre en Libye. Seuls les Français peuvent obtenir qu’elle cesse ; ce ne sont ni les Libyens, ni les Britanniques, ni les Russes qui peuvent l’obtenir.

La Libye est très importante car, à son sujet, l’extrême-droite et l’extrême-gauche partagent une même analyse ; les anticolonialistes traditionnels et l’extrême-droite qui pense que la France doit veiller à ses intérêts propres se retrouvent, à ce sujet, n’est-ce pas ?

Oui. C’est d’ailleurs quelque chose d’assez général. Dès lors qu’elles ne sont ni l’une ni l’autre pro-sioniste, l’extrême-droite et l’extrême-gauche ont beaucoup de choses en commun. C’est ce que nous souhaitons voir : que les deux composantes les plus dynamiques de la société unissent leurs efforts. A ce sujet, la Libye est très importante. Il y a actuellement à Moscou (où je me trouve) une importante exposition de photos consacrée à la Libye. Beaucoup de groupes se rendent en Libye ; il y a un sentiment de solidarité avec les Libyens et de soutien au combat de la Libye. C’est très important, surtout en ce qui concerne les Russes, qui aiment les peuples capables de se battre ; c’est ainsi que les Russes ont soutenu les Vietnamiens qui luttaient pour conquérir leur indépendance. Les Russes ont été choqués et déçus par l’effondrement de l’armée irakienne, durant l’intervention américaine. Cette défaite a été si totale que les Russes avaient perdu toute considération pour les Arabes. Ils pensaient que Kadhafi s’effondrerait lui aussi au bout de seulement quelques semaines. Mais, comme ils le voient tenir bon et combattre, il monte dans leur estime, et cette estime ne s’adresse pas qu’à la personne de Kadhafi, mais à l’ensemble du monde arabe.

 

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