Israel Shamir

Ideas that will Derail the descent to Barbarity

La Troisième Force

traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

 

 

 [C’est le moment de nous redresser sur nos sièges et de prêter attention à ce héros de la culture en émergence qu’est Arcadi Gaydamak, ce Ross Perot israélien. Il a du cran, il est plein de bonne volonté et de compassion. Certes, les candidats de la troisième force sont généralement plutôt imprévisibles, mais on connaît la valeur des candidats consensuels : elle est nulle. Avec lui, Jérusalem en tant que Ville Unique peut devenir un modèle pour un Etat Unique. Mais cela dépend, dans une large mesur,e des Jérusalémites palestiniens. Israel Shamir]

 

« Afin de réduire les dépenses d’énergie, le gouvernement a éteint la lumière, au bout du tunnel », plaisantent les Israéliens. Le déjà-vu [en français dans le texte, ndt] est descendu sur la scène politique, la rendant tellement sombre que même un chat aurait besoin d’une lampe torche pour s’y promener. Des politiciens à la date de péremption dépassée et rejetés, tels Barak et Netanyahu, reviennent subrepticement au pouvoir, tandis qu’Ehud Olmert attend son tour d’être rejeté, après quoi il sera, lui aussi, recyclé.

 

C’est en cet instant de basses eaux qu’une forte personnalité, une personnalité nouvelle, est en train d’absorber le plus gros des feux évanescents de la rampe. Impossible d’ouvrir un canard israélien sans y lire son nom ; son visage vous scrute, depuis les affiches placardées dans les rues. Toute conversation, toute session de questions au Parlement, et tout débat télévisé vous le ramènent. J’ai nommé Arcadi Gaydamak, l’homme qui veut sauver Israël.

 

C’est un Ross Perot israélien. Petit rappel, pour les plus jeunes : Ross Perot, fils d’un modeste ramasseur de coton, avait « réussi » dans le business des données économiques, était devenu millionnaire et avait tenté de sauver les Etats-Unis en se présentant aux élections présidentielles dans ce pays. Rétrospectivement, c’est dommage qu’il n’ait pas gagné : Perot était en effet un patriote américain de tendance conservatrice-isolationniste modérée ; il était en faveur d’un enseignement de qualité, de la réhabilitation des villes américaines, contre les aventures militaires au Moyen-Orient et les délocalisations. Les démocrates et les républicains s’unirent pour l’enterrer, après quoi ils déferlèrent sur Bagdad en s’essuyant les pieds, au passage, sur son cadavre [politique].

 

Gaydamak parle souvent comme lui ; quand il s’en prend aux politiciens professionnels israéliens, leur reprochant leur corruption et leur absence d’empathie envers les citoyens ordinaires, et son message est reçu 5/5 – c’est à juste titre que les Israéliens tiennent leurs hommes politiques en piètre estime. Les politiciens lui revalent ça, sous la forme d’une hostilité sans mélange : il réussit, en effet, à unifier la droite et la gauche israélienne au moins autant qu’avait pu le faire la guerre contre le Liban. Les magnats, les Maîtres du Discours Israélien, le haïssent encore plus qu’eux, car ce n’est pas eux qui l’ont créé. Les journalistes et les reporters sont invariablement hostiles et carrément impolis avec lui, ne lui épargnant aucune accusation ni aucune insinuation. Mais il est extrêmement populaire chez hoi polloi [la masse des citoyens, en grec, ndt], auprès du vieux Yishuv pré-sioniste, c’est-à-dire chez les juifs séfarades et chez les familles juives orthodoxes déshéritées de Jérusalem, chez les communautés immigrées hors-élite – les Marocains et les Russes – ainsi que chez les Palestiniens de la Galilée. Ils aiment son panache, ils aiment sa générosité et sa compassion, ils aiment son discours direct. Mais ils l’aiment, avant tout, parce qu’il sponsorise des équipes de foot : le Beitar (séfarade) de Jérusalem et l’équipe arabe de Sakhnine [une ville de Galilée]

 

Son nouveau parti, Justice Sociale, est une nouvelle Troisième Force, potentiellement puissante, dans la structure politique israélienne. Les électeurs israéliens sont en général mécontents des partis politiques existants (ne le sommes-nous pas, nous tous ?), mais (par opposition à ce qui se passe en Angleterre et aux Etats-Unis) le système électoral israélien permet que l’insatisfaction soit exprimée dans l’urne électorale. Ainsi, un parti de troisième force mit un terme à la longue domination du parti travailliste, en 1977, et, tout récemment, un Parti des Retraités a fait, lui aussi, une percée considérable. Même le parti Kadima au pouvoir est un parti de « troisième force », se positionnant entre le parti travailliste et le Likoud. Aussi est-il tout à fait possible que M. Gaydamak trouve à l’avenir une place éminente au sommet, que ce soit au gouvernement, ou – comme il dit – à la barre de Jérusalem, où il est extrêmement populaire. Jérusalem pourrait bien être le point de départ de son ascension vers le poste de Premier ministre – Ehud Olmert était d’ailleurs maire de Jérusalem, avant de devenir Premier ministre d’Israël. Le moment est venu de nous redresser sur nos sièges et de prêter attention à l’ascension de M. Gaydamak, car c’est l’homme qui pourrait éventuellement en finir avec l’impasse actuelle. Il a du cran, il a de la bonne volonté et de la compassion, là encore, comme Perot. Certes, les candidats de la troisième voie sont plutôt imprévisibles. Mais on connaît la valeur des candidats consensuels : elle est nulle !

 

Les partis en compétition, de gauche et de droite, travaillent d’arrache-pied à saper sa légitimité : ça n’est pas quelqu’un de facile-facile à contrôler ; il a un esprit indépendant, et il n’est pas susceptible d’être acheté. La droite dit qu’il est un « Arab-lover » (une accusation similaire à celle de « nigger-lover », dans le Sud profond des Etats-Unis) ou un espion russe, envoyé par Poutine, quant à la gauche… Eh bien, la gauche israélienne, il faut le savoir, est un groupe aristocratique élitiste, comme les Filles de la Révolution Américaine, et ses caciques sont toujours prêts à suriner quiconque n’aurait pas navigué sur le Mayflower sioniste. Le politicien de gauche Ran Cohen – un colonel – a déposé une loi contre Gaydamak, qui a bien failli bannir celui-ci, personnellement : il était opposé à ce qu’un homme utilise son fric directement, au lieu de le faire via un homme politique servile. Gaydamak a retourné la situation en sa faveur : il a accusé Olmert d’avoir déclenché la guerre contre le Liban à seule fin d’améliorer ses sondages calamiteux. Bien que vous puissiez lire des choses à ce sujet dans Counterpunch, vous n’entendrez que très rarement exprimer ce genre d’opinion en Israël.

 

L’origine de notre homme fournit la clé tant de l’hostilité de l’élite à son endroit que de sa popularité auprès des masses. Gaydamak est venu en Israël en 1972, immigrant russe sans le sou, qui pouvait tout au plus espérer décrocher un job temporaire de énième catégorie. Israël, pays en plein marasme et soumis aux restrictions, n’était pas l’endroit idéal pour un homme prêt à en découdre, et le dynamique jeune homme de vingt ans reboucla donc ses valises, et partit pour la France. Après moult aventures couronnées d’une Légion d’Honneur faisant foi, il a « réussi » ; il est devenu milliardaire, il est retourné pour quelque temps dans sa Moscou natale. Puis, deux ans après, il est revenu en Israël.

 

En Israël, ce fut la tornade blanche. Tout d’abord, nous vîmes en lui un gars du coin, qui avait réussi son coup ailleurs, et qui revenait en Israël pour y rouler les mécaniques. Une sorte de Great Gatsby à l’israélienne. Tiré à quatre épingles, svelte, rapide comme un tennisman, il s’établit à Césarée, un quartier résidentiel et balnéaire peuplé de riches aristocrates, à mi-chemin entre Tel Aviv et Haïfa, il a organisé un tas de réceptions somptueuses, soutenant généreusement de nobles causes.

 

Mais Israël n’a rien des Etats-Unis à l’époque de Scott Fitzgerald ; sous des manières démocratiques et sans-façon, c’est l’ordre strict, autoritaire, d’une société tribale particulièrement primitive qui règne dans ce pays. Tant que vous n’avez pas un tas de scalps d’Arabes sous votre ceinture, vous n’êtes personne ; même chose, si votre pôpa n’a pas fait son service au Palmach ou dans l’Irgoun, ces bandes armées de la guérilla sioniste d’avant 1948. Un gentleman fortuné avec une touche de philanthropie, c’est en Angleterre, qu’il doit aller se faire adouber Lord, pas en Israël ; Gaydamak fut aussi rejeté par l’élite sociale israélienne qu’un cul-terreux américain dans un roman d’Henry James. Il finit par se faire admettre, mais son expérience, hautement traumatisante, a probablement influencé son évolution ultérieure :

 

Il n’a pas suivi le parcours d’autres juifs opulents, qui viennent souvent en Israël, voire même s’y installent – il n’était pas satisfait de sa vie de nabab sur la côte, de se retrouver en compagnie du Premier ministre, de visiter des colonies et des bases militaires, de couper de rubans et de donner son nom à des buildings, même s’il a fait tout ça. Il a découvert que la société israélienne est malade, et il a commencé à dire ce qu’il avait sur le cœur, et à agir d’une manière tout à fait inhabituelle.

 

Alors que les personnalités publiques israéliennes et les hommes d’affaires juifs en visite en Israël se livrent habituellement à une surenchère férocement chauvine, Gaydamak, lui, a adopté un ton très différent : il en a appelé à l’égalité et à la prospérité pour tous les citoyens, qu’ils soient juifs ou Arabes. Il a dit que la solution réside dans la prospérité à la fois pour les Israéliens et les Palestiniens. En même temps, il se considère comme un juif croyant et pieux, et il fait souvent référence à la morale juive. Apparemment, Gaydamak a une lecture peu habituelle, mais tout aussi recevable, de la tradition juive. Dans une interview à Time magazine, il déclarait :

 

« Je crois fortement en une possibilité de paix. Certains ont mal compris mes références à la tradition juive, y voyant quelque mot de passe, quelque shibboleth nationaliste, quelque désir d’exclure les Arabes ou de les marginaliser. Il est impossible, pour les juifs, d’être heureux et satisfait, aussi longtemps que leurs voisins souffrent. Nous ne devrions pas pousser la population arabe entre les bras des extrémistes. A mon avis, c’est le niveau de vie des Palestiniens qu’il convient d’améliorer. Cela ne doit pas être fait sur le dos du contribuable israélien : les Palestiniens sont tout à fait capable de s’en sortir, pour peu qu’on cesse de faire obstacle à leur développement. »

 

Pour avoir dit cela, il a été accusé par les médias nationalistes d’avoir avoué que c’est bien Israël qui fait obstacle au développement des territoires palestiniens. Bien que l’armée israélienne étouffe toute activité dans les territoires occupés au moyen de blocs de ciments en travers des routes et d’autres barrages, ce fait est généralement nié par les officiels israéliens.

 

Moins commune fut, en revanche, sa compassion de Gaydamak pour le simple citoyen israélien. Durant la guerre du Liban, l’été dernier, époque où la gauche et la droite israéliennes parlaient de ratatiner le voisin du Nord, Gaydamak s’est préoccupé des nécessiteux : il a organisé – à ses frais – des camps de vacance pour des milliers d’habitants de la Galilée, qui préférèrent rester à l’écart d’une pluie mortelle de missiles. Il fut accusé de comportement antisioniste par les médias : un bon sioniste, expliquèrent ceux-ci, devrait plutôt préférer mourir que battre en retraite. Mais les citoyens ordinaires de la Galilée lui furent reconnaissants, car ils n’avaient nullement l’intention de mourir pour une question de « principes ».

 

Au sujet de la confrontation avec le Hamas, il adopta aussi une position inhabituelle. Alors que les hommes politiques israéliens exigeaient que l’on réduisît Gaza à l’état de ruines, Gaydamak s’occupa des habitants miséreux de Sderot, une petite ville frontalière que le Hamas bombardait. Il envoya des bus, et il emmena les habitants de Sderot qui le désiraient se reposer dans la luxurieuse villégiature qu’est Eilat. Cela mit Olmert en rage contre lui : Olmert, ainsi que les ministres, préfère récolter les bénéfices politiques de la souffrance d’Israéliens ordinaires. Gaydamak fut accusé de faire sa B.A. à seule fin de s’attirer les bonnes grâces du peuple ; mais les gens étaient très heureux de voir que quelqu’un, malgré tout, s’occupait d’eux.

 

Si Gaydamak fait peur à l’establishment israélien, c’est parce qu’il s’efforce de casser la baraque de la politique israélienne. Dans ces cas-là, dès lors qu’un outsider devient par trop visible, les chefs envoient la police. C’est ce qui s’était déjà passé avec l’éminent dirigeant séfarade Aryé Deri : la police a été sur ses trousses durant dix ans, jusqu’à ce qu’ils aient réussi à monter de bric et de broc un procès contre lui, et qu’ils l’aient mis en taule. D’autres leaders séfarades- le général Mordechaï (qui s’était dangereusement approché du fauteuil de Premier ministre) et l’ex-président Katzav – avaient été mis en disgrâce, eux aussi, par des moyens plus ou moins nets. Ce serait une erreur, que de croire que le système juridique puisse être à la fois malhonnête pour les Arabes, et honnête avec les juifs ! Même si cela a été le cas une fois ou deux, le système n’en demeure pas moins fondamentalement malhonnête. Les juges qui justifient les assassins juifs d’Arabes sont parfaitement capables de faire mettre en prison un juif considéré dangereux pour le régime. Reste que les accusations contre Gaydamak ne tiennent pas debout. Mais le système ne lâche pas le morceau…

 

Une campagne fait rage contre lui, dans les médias, d’un genre particulièrement odieux. S’il est russe, disent-ils, alors, c’est assurément un agent du KGB. S’il est riche, alors, c’est sûrement un escroc ! S’il se trouve en Israël, c’est certainement qu’il a besoin de se réfugier quelque part ! Mais ce n’est pas quelqu’un de fragile, ce Monsieur Gaydamak ! J’ai eu le réel plaisir de le voir, voici quelque temps de cela, à la télévision

[http://www.keshet-tv.com/VideoPage.aspx?MediaID=20064&CatID=345 ].

Il avait été invité à cette émission exactement comme on invite un taureau à une corrida ; mais ce furent les matadors qui finirent évacués de l’arène, étendus sur des civières. Depuis que Galloway a envoyé chier un journaliste de la chaîne SkyNews hyper-remonté contre lui

[http://news.sky.com/skynews/video/videoplayer/0,,31200-galloway_060806,00.html ], je n’avais plus vu une telle capacité à repousser une attaque en règle sur les ondes. Face à lui, il y avait l’infâme Matti Golan, ancien rédacteur en chef du Ha’aretz, qui s’illustra jadis en déclarant qu’il haïssait tous les Allemands, sans distinction. Il s’est avéré qu’il hait tous les Russes, aussi. Il se demandait, plein d’aigreur, pour quelle raison y avait-il quelqu’un pour s’intéresser à ce Gaydamak, dès lors que celui-ci n’appartient pas au Sel de la Terre (car telle est l’appellation que se donnent les Israéliens certifiés !)

 

Cette curée médiatique fut plutôt contreproductive, car elle fit de Gaydamak un ‘underdog’, un chien dominé, ce qui lui attira énormément de sympathie. « C’est un criminel, non ? » s’évertuait à demander un reporter, auquel il était répondu : « Non ; nous ne le pensons pas ! ». De fait, beaucoup d’accusations pèsent sur Gaydama ; toutefois aucune n’a reçu confirmation. Pour nous, aucune n’a d’ailleurs la moindre importance. On l’accuse d’armer le gouvernement légal de l’Angola, en lutte contre Savimbi, l’homme de la CIA, et son Unita, armée par l’Afrique du Sud. Gaydamak nie ; mais même si c’était vrai, je considère que ce serait une bonne action. Savimbi était un type horrible, violant en permanence les accords de pays et plongeant l’Angola dans un bain de sang. On accuse Gaydamak de faire preuve de générosité et de charité à des fins politiques ; mais on peut en dire autant de la plupart des philanthropes. On l’accuse de garder son argent à l’abri des mains chapardeuses de la justice israélienne, mais ce n’est là qu’élémentaire prudence…

 

Pendant ce temps-là, il continue à prodiguer sa charité. Il a donné un hôpital aux juifs religieux dans la nécessité. Son capital politique ne cesse de s’accroître. Il vient de tourner une pub pour une compagnie de téléphones mobiles, où il est campé un sioniste socialiste russe, qui fonda le mouvement kibboutzique, voici de cela un siècle. Dans ce clip, il se débarrasse de ses costumes élégants, et il rejoint la classe laborieuse. Avec ce clip, il est devenu un véritable Héros de la Culture. « C’est indigne ! Jamais Netanyahu n’aurait fait une chose pareille ! », s’étranglèrent les médias. [ http://news.nana10.co.il/Article/?ArticleID=510986&TypeID=1&sid=126]. Et Gaydamak de rétorquer : « Je suis Monsieur Tout-Le-Monde ; je suis l’homme de la rue » ! 

 

Gaydamak est probablement, aujourd’hui, la personnalité israélienne la plus populaire à avoir des opinions humaines. Il veut amener au pouvoir la coalition des sans pouvoir : les séfarades, les Russes, les Palestiniens, les ouvriers, les juifs religieux, toute la masse des hoi polloi, des plébéiens. Personne n’a réussi jusqu’ici à lui extorquer une dénonciation des Arabes, ni son soutien à une attaque contre les Palestiniens, bien que cela soit considéré comme ‘de rigueur’ chez les gens comme il faut, en Israël. Il est aux antipodes de Lieberman, un autre politicien russe, qui s’est fait un nom ‘grâce’ à son nationalisme outrancier. Gaydamak est aussi une brebis galeuse, aux yeux des oligarques russes (oups : juifs russes), étant donné qu’il conserve ses bases à Moscou, mais sans combattre Poutine, comme le font Nevzlin et Berezovsky. Enfin, il veut sauver Israël ; il l’a déclaré, à la télévision. Dieu sait, Israël a peut-être besoin que quelqu’un le sauve de sa déréliction ?

 

Un sauveur improbable, ce fédérateur des sans-le-sou roulant en Cadillac ? A y repenser, un pauvre ne serait pas en mesure de se faire entendre. Il est plus facile, à un chameau, de se faufiler à travers le chas d’une aiguille… Mais qui a besoin qu’un chameau aplati ? C’est plus difficile, pour un riche, mais cela reste possible. A mes yeux, la richesse n’est pas un péché capital et irrémissible.

 

Sa décision de se porter candidat à la mairie de Jérusalem nous donne une chance de tenter l’instauration du modèle d’Etat Unique dans notre Cité Unique. Nos bons amis Noam Chomsky et Michael Neumann font la promo de la « solution » à deux Etats, tandis que nos amis qui sont de notre côté, Virginia Tilley, Roger Tucker et encore bien d’autres, parlent d’un Seul Etat – mais probablement ni les uns ni les autres n’ont compris que ce n’est là en rien une simple question théorique. La population de Jérusalem inclut entre 30 et 40 % de Palestiniens susceptibles de participer aux élections municipales. Ils sont susceptibles de voter, mais ils ne le font pas : on leur a raconté qu’il allait y avoir Deux Etats, et que Jérusalem Est ferait partie intégrante de la ‘Palestine’… Alors ils ont attendu, patiemment, pendant quarante ans. Et, pendant ce temps, Jérusalem devenait de moins en moins hospitalière pour eux. Les Palestiniens auraient un moyen de se défendre : participer aux élections municipales, et voter. Mais ils n’utilisent pas ce moyen, au grand soulagement des extrémistes juifs.

 

Voici, de cela, quelques années, au cours des dernières élections, j’ai parlé avec plusieurs Jérusalémites éminents au sujet de leur participation ; mais aucun d’entre eux n’osa casser le moule. Ils ne croyaient pas qu’ils étaient en mesure de changer les choses, et ils continuaient à espérer que l’Autorité Nationale Palestinienne les mènerait à la liberté. Peut-être qu’aujourd’hui, maintenant que Mahmoud Abbas a tourné casaque et a fait de l’Autorité Palestinienne une branche de la sécurité israélienne, comprendront-ils leur erreur et voteront-ils massivement ? Ils sont en mesure de former un tiers du conseil municipal, tandis qu’un deuxième tiers serait constitué par les séfarades pauvres et les juifs religieux.

 

En la personne de Gaydamak, les Palestiniens ont une occasion de provoquer un changement cosmique et de conquérir la ville – non pas seulement pour eux-mêmes, mais également pour eux-mêmes. Gaydamak n’est pas un révolutionnaire. Il n’est pas même un radical. Mais cet homme plutôt conservateur a une idée positive de l’égalité et du fair-play, il a le sens des affaires et des capacités organisationnelles hors du commun. Ayant été formé en Union soviétique, il n’a aucun préjugé raciste, ni aucun préjugé religieux. Avec lui, les Palestiniens peuvent mettre à la retraite le bon Jeff Halper, et rendre inutile son Comité Contre les Démolitions de Maisons [ICAHD : Israeli Committee Against House Demolitions]. Sans lui, ils sont condamnés à souffrir.

 

Cet homme nous offre vraisemblablement la meilleure chance d’un changement vers une vie prospère et paisible dans une Ville Unie, et cette chance est susceptible de nous conduire à un Unique Etat.

 

Ne la gaspillons pas !

 

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The Third Force

By Israel Shamir

www.israelshamir.net

03.09.2007

This is right time to sit up and pay attention to the new rising culture hero, Arcadi Gaydamak, an Israeli Ross Perot. He has guts and he has good will and compassion. True, Third Force candidates are rather unpredictable, but the mainstream candidates are a sure thing – worthless. With him, Jerusalem as One City can become a model for One State: but much depends on the Palestinian Jerusalemites. [IAS]

 

In order to cut energy costs, the government turned out the light at the end of tunnel, say the Israelis. Déjà-vu descended on the political scene, making it so dark that a cat needs a torch to get around. Shop-soiled once-rejected politicians Barak and Netanyahu creep back to power, while Ehud Olmert waits for his turn to be rejected and re-cycled later.

 

At this low point, a powerful new personality is soaking up much of the waning limelight. You can’t open an Israeli newspaper without reading his name; his face looks at you from posters on the streets; every conversation, every Parliamentary hearing or TV debate brings you the man. He is Arcadi Gaydamak, the man who wants to save Israel.

 

He is an Israeli Ross Perot. A reminder for young people: Ross Perot was the son of a Texas cotton-picker, who “made it” in the data business, became a billionaire and tried to save the US by running for the presidency. In hindsight, it is pity he did not win: Perot was an American patriot of a soft conservative-isolationist ilk; he was for quality education, repairing US cities, against Middle East military adventures and outsourcing. Democrats and Republicans united to bury him and marched to Iraq over his [politically] dead body.

 

Gaydamak often sounds like Perot, when he attacks Israeli professional politicians for their corruption and lack of concern for ordinary people, and his message is well received – Israelis justifiably hold their politicians in low esteem. The politicians repay him with unmitigated hostility: he succeeds in uniting the Israeli right- and left-wing just as did the Lebanese war. The pundits, the Masters of Israeli Discourse, hate him even more, for he was not created by them. The journalists and reporters are invariably hostile and outright rude to him, never sparing an accusation or innuendo. But he is extremely popular with the hoi polloi, with the pre-Zionist Old Yeshuv, that is, with Sephardi Jews and the poor Jewish Orthodox families of Jerusalem, with non-elite immigrant communities – Moroccans and Russians, and with the Palestinians of Galilee. They like him for his panache, for his generosity and compassion, for his straight talk, but first of all for his sponsorship of soccer teams, of the Jerusalem Sephardi Beitar and of the Galilean Arab Sakhnin.

 

His new party called Social Justice is a new and potentially powerful Third Force in the Israeli political structure. Israeli voters are usually dissatisfied with existing parties (aren’t we all?), but (as opposed to the UK and the US) the Israeli election system allows for this dissatisfaction to be expressed in the voting booth. Thus, a third force party broke the long Labour Party rule in 1977, and quite recently a Retirees Party also made considerable inroads. Even the ruling Kadima party is a “third force”, positioned between the Labour and Likud. Thus it is quite possible that Mr Gaydamak will find a prominent place at the top, whether in the government or – as he says – at the helm of Jerusalem, where he is extremely popular. Jerusalem could be the starting point for his rise to the PrimeMinistership – Ehud Olmert was mayor of Jerusalem to start with. This is right time to sit up and pay attention to the rising Mr Gaydamak, for he is the man who could break the present impasse. He has guts and he has good will and compassion, again like Perot. True, Third Force candidates are rather unpredictable, but the mainstream candidates are a sure thing — worthless!

 

Competing parties of the left and right work hard to undermine his legitimacy: he is not an easy man to control; he has an independent mind and he can’t be bought. The right says that he is an Arab-lover (an accusation similar to ‘nigger-lover’ of the Deep South) or a Russian spy sent by Putin, the left… Well, the Israeli left is an aristocratic elitist body like the Daughters of the American Revolution, and they are always ready to knife anybody who did not sail with the Zionist Mayflower. Left-wing politician Colonel Ran Cohen introduced a bill against Gaydamak, which stopped just short of banning him personally: he objected to a man using his money directly instead of doing it via an obedient politician. Gaydamak returns the fight: he accused Olmert of starting the Lebanon War in order to improve his falling ratings. Though you can read of that in Counterpunch, you rarely hear such views being expressed in Israel.

 

The man’s origins provide a key to both the elite hostility and the mass popularity. Gaydamak came to Israel in 1972 as an impecunious Russian immigrant who could only hope for low-end temporary jobs. Stagnate and restrictive Israel was not the place for a man on the go, and the dynamic 20-year old moved on to France. After many adventures capped with a Légion d’honneur ribbon as proof, he “made it”, became a billionaire, returned for a while to his native Moscow, and some two years ago came back to Israel.

 

He took Israel by storm. At first, we saw him as a local boy who made it good elsewhere and came back to show off. An Israeli Great Gatsby, of sorts. Wonderfully dressed, lithe, fast as a tennis player, he established himself in Caesarea, a villa beach community of wealthy aristocrats halfway between Tel Aviv and Haifa, threw a lot of lavish receptions, and generously supported worthy causes.

 

But Israel is not the US of Scott Fitzgerald days; under its easy-going democratic ways there is the strict authoritarian pecking order of a more primitive tribal society. You are nobody unless you have a lot of Arab scalps under your belt; you are nobody if your father did not serve in Palmach or Irgun, the Zionist guerrilla bands of pre-1948. An impeccable wealthy gentleman with a philanthropic touch would be knighted in modern England; Gaydamak was as soundly rejected by the Israeli upper class as an American upstart in Henry James’ novels. Eventually he got in, but this traumatic experience probably influenced his next steps:

 

He did not follow the route of other wealthy Jews who often visit or even settle in Israel — he was not satisfied with his comfortable life at the Mediterranean Sea, with rubbing shoulders in the company of Prime Minister, with visiting settlements and military bases, with cutting ribbons and naming buildings after himself, though he did all that. He discovered the illness of Israeli society and began to speak his mind and act, and to act in quite unusual manner.

 

While Israeli public figures and visiting Jewish businessmen usually compete in ferociously chauvinist rhetoric, Gaydamak struck a completely different tone: he called for equality and prosperity for all citizens, Jews and Arabs alike. He said that the solution lies in achieving prosperity for both Israelis and Palestinians. At the same time, he considers himself a believing and pious Jew, and often refers to Jewish ethics. Apparently Gaydamak has an unusual, but also possible reading of Jewish tradition. In an interview to the Time magazine he said:

 

“I am a great believer in possibility of peace. Some people misunderstood my reference to Jewish tradition as a nationalist shibboleth, as a desire to exclude and marginalize Arabs. Nothing could be further from truth. I believe in humanism of Jewish tradition. It is impossible for Jews to be happy and content as long as their neighbours suffer. We should not push the Arab population to be under the extremist influence. In my view, it is the Palestinian living standards that should be increased. It does not have to be done at the Israeli taxpayer’s expense: the Palestinians are able to cope if we don’t block their development.”

 

For these words, he was accused by nationalist media for admitting that Israel blocks the development of Palestinian territories. Though Israeli army strangulates all activity in the occupied territories by means of roadblocks and other blockades, this is usually denied by Israeli officials.

 

More uncommon is his compassion for the ordinary Israeli. During the Lebanon War last summer, when the Israeli left and right spoke of beating the hell out of the Northern neighbour, Gaydamak attended to the needy ones: he organized and paid for a summer camp for thousands of Galilee residents who preferred to stay far away from the deadly missile rain. He was accused by media of anti-Zionist behaviour: a good Zionist, they say, should rather die than retreat. But the ordinary people of Galilee were grateful, because they had no intention of dying in order to make a point.

 

In the confrontation with Hamas, he also took an unusual line. While Israeli politicians demanded the ruin of Gaza, Gaydamak took care of poor residents of Sderot, a small border town bombed by Hamas. He sent coaches and ferried the inhabitants to take a rest in the luxurious resort of Eilat. This made Olmert mad at him: Olmert, and the government, prefers to reap political benefits from the suffering of ordinary Israelis. Gaydamak was accused of doing his good deeds in order to ingratiate himself with the people; but the people were happy that somebody cared for them.

 

 The Israeli establishment fears him because he is trying to upset the apple cart of Israeli politics. In such cases, whenever an outsider becomes too visible, the bosses send for the police. This was the case with prominent Sephardi leader Arye Deri: police followed him for ten years, until they succeeded in patching together a case against him and putting him in jail. Other Sephardi leaders: General Mordecai (who was dangerously close to the PM seat) and ex-President Katzav were also disgraced by means fair and foul. It is a mistake to believe that the legal system can be dishonest for Arabs and honest for Jews: if it was permitted once, the system stays dishonest. The judges who justify Jewish killers of Arabs are perfectly able to imprison a Jew who is considered dangerous for the regime. Meanwhile, accusations against Gaydamak do not stick, but the system does not relent.

 

There is a media campaign against him, of rather crude kind. If he is Russian, they say, he’s got to be a KGB agent. If he is wealthy he’s got to be crook. If he is in Israel, he’s got to be in need of refuge. But he is not fragile, this Mr Gaydamak. I had the real pleasure of watching him some time ago on TV <http://www.keshet-tv.com/VideoPage.aspx?MediaID=20064&CatID=345> : he was invited to appear on a show the same way a bull is invited to a bullfight; but it was the matadors who were carried out from the arena on stretchers. Since Galloway’s fighting of a hostile reporter <http://news.sky.com/skynews/video/videoplayer/0,,31200-galloway_060806,00.html>  from SkyNews, I have not witnessed such ability to withstand an attack on the air. The man on the other side was the infamous Matti Golan, ex-chief editor of Haaretz, who said once that he hates all Germans. It turned out he hates all Russians as well. He was complaining about why anybody would attention to Gaydamak at all, as he does not belong to the Salt of the Earth (this is the appellation for real true-blue Israelis).

 

This media onslaught was rather counterproductive for it made him an underdog and brought him much sympathy. “He is a criminal!” a reporter would ask the public, and will get “We do not think so” in response. Indeed, there are many accusations against Gaydamak, though none is confirmed. For us, none is relevant. They accuse him of arming the legitimate government of Angola in its fight against CIA man Savimbi and his South Africa-armed Unita. Gaydamak denies it; but even if it were true, this qualifies as a good deed in my book. Savimbi was a horrible creature, always reneging on peace settlements and bloodying Angola. They accuse Gaydamak of being charitable for political purposes; but that can be said about any philanthropist. They accuse him of keeping his money outside of the grasping hands of Israeli justice, but this is just prudence.

 

Meanwhile, he continues to spread his charity. He provided the poor religious Jews with a hospital. His political capital grows. Now he starred in a commercial of a mobile telephone company, being modelled on a socialist Russian Zionist who founded the kibbutz movement a hundred years ago. In the clip, he drops his elegant attire and joins the working masses. With this clip, he rose to the status of Culture Hero. “This is undignified! Netanyahu would never do it!” – insisted media <http://news.nana10.co.il/Article/?ArticleID=510986&TypeID=1&sid=126> . “I am the man in the street”, he retorted.

 

Gaydamak is probably today the most popular Israeli personality with humane views. He speaks of bringing to power the coalition of the powerless: Sephardis, Russians, Palestinians, workers, religious Jews, the whole hog of hoi polloi. Nobody has yet succeeded in squeezing from him a denunciation of Arabs, or support for an attack on Palestinians, though it is considered to be de rigueur in the polite society of Israel. He is an opposite to Lieberman, another Russian politician, who made his name by extreme nationalist slogans. He is a black sheep in the company of Russian Jewish oligarchs as he keeps his foothold in Moscow and does not fight Putin, as Nevzlin and Berezovsky do. And he wants to save Israel, as he said in TV interview. God knows, Israel needs somebody to save her from her own deprivation.

 

An unlikely saviour, a leader of dispossessed in a white Cadillac? On the second thought, a poor man won’t be able to make himself heard. It is easier for a camel to squeeze through a needle’s eye, but who needs a squeezed camel? It is harder for a rich man, but still possible. Wealth is not a major and irredeemable fault in my book.

 

His decision to run for the mayor of Jerusalem gives us a chance to try the One State model in One City. Our good friends Noam Chomsky and Michael Neumann promote the Two States’ idea, while our friends on our side, Virginia Tilley, Roger Tucker and others speak for One State – but probably no one understands that this is not a theoretical question. Jerusalem’s population includes some 30 to 40 per cent Palestinians who are entitled to vote in the city elections. They are entitled, but they do not vote: they were told that there will be Two States, and East Jerusalem will be a part of Palestine. So they have waited for forty years, and meanwhile Jerusalem has become less and less hospitable for them. The City Hall carries on endless warfare against the Palestinians of Jerusalem. They have a means of defence: to vote in the municipal elections; but they do not use it, to great relief of the Jewish extremists.

 

A few years ago, during the last elections, I spoke to many prominent Jerusalemites about participating; but nobody dared to break the mould. They did not believe that they would be able to change the way of things and still hoped that the PNA will lead them to freedom. Maybe now, as Mahmoud Abbas has turned his coat and converted the PNA into a branch of Israeli security, they will understand their error and vote en masse. They can form a third of city council, while another third will be formed by poor Sephardis and religious Jews.

 

With Gaydamak, they Palestinians have a chance to cause cosmic change and win the city – not for themselves only, but for themselves as well. He is not a revolutionary, he is not even a radical, but this rather conservative man has a positive idea of equality and fair play, a flair for business and uncommon organisational ability. Being brought up in the Soviet Union, he has no racist or religious prejudice. With him, the Palestinians may retire the good-hearted Jeff Halter and make redundant his Committee against House Demolitions. Without him, they are doomed to suffer. Probably this man offers us the best chance for a change, for a good life in One City, and this chance may lead to One State. Let us not waste it!

 

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