Israel Shamir

The Fighting Optimist

Le massacre du vendredi 22

Un aspect bizarre dans la vision du monde de l’assassin de masse Breivik, c’est son extraordinaire anticommunisme. En tant qu’idéologie, l’anticommunisme est mort au moins depuis 1991, mais probablement même plus tôt. Aujourd’hui c’est quelque chose qui peut mobiliser quelques ringards à Washington DC, et encore.

Alors qu’il est admis que l’URSS a perdu la Guerre froide et a été brisée, Breivik écrit:

“Les USA mais plus particulièrement l’Europe occidentale ont perdu la Guerre froide parce que nous n’avons pas pourchassé les marxistes après la Seconde Guerre mondiale. Si nous avions exécuté chaque marxiste, un par un, et banni les doctrines marxistes (pas seulement en matière économique, mais aussi culturelle, l’internationalisme, le féminisme extrême, l’égalitarisme extrême, l’anti-élitisme, l’anti-nationalisme) nous ne serions pas dans la situation actuelle. Mais nos dirigeants traîtres et faibles d’esprit ont permis aux marxistes d’infiltrer graduellement bien des strates de la société après la guerre, particulièrement nos universités et nos media (voir le début de mon livre pour la description complète de ce processus). Les premiers pionniers marxistes léninistes ont eu le feu vert pour endoctriner la génération de 68, ceux-là mêmes qui sont aux commandes aujourd’hui.”

Le recueil de Breivik débouche sur la conclusion inattendue que tant l’Union Européenne que les USA sont désormais des Etats “socialistes” voire même “communistes”, l’EURSS et l’USSR”, organisés selon les enseignements de Marx. Je ne savais pas que Marx envisageait une société avec des centaines de milliardaires et des millions de pauvres. Il faudrait être fou pour décrire les USA et l’UE en termes de “dictatures communistes”, car ces sociétés sont extrêmement inégalitaires, les travailleurs sont tout en bas de l’échelle, alors que les super riches ont un style de vie ostentatoire inouï, même par comparaison avec le temps de la splendeur des Medici à Florence.

La raison de cette conclusion démente c’est que Breivik choisit ses mots pour leur faire dire ce qu’il veut, comme dirait Lewis Carroll. Pour lui, le marxisme léninisme nest pas l’idéologie dominante de l’Union soviétique et de la Chine, mais l’idéologie occidentale néo-marxiste de Fromm et Adorno, Marcuse et  Lukacs. Sans vouloir vexer quiconque, rappelons que la Guerre froide n’avait rien contre eux, mais que c’était une guerre contre l’URSS et ses alliés, une guerre avec ses facettes géopolitiques et idéologiques. Mes néo-marxistes occidentaux se sont conduits plutôt en alliés de l’Occident capitaliste dans cette guerre, et leur contribution à la chute de la citadelle orientale du communisme a été considérable, puisqu’ils ont réussi à miner la foi des élites russes dans leur propre idéologie. Les marxistes occidentaux qualifiaient leurs frères de l’Est de “staliniens” et ce sont eux qui ont bricolé la dénonciation de Staline à courte vue par Kroutchev en 1956.

Breivik souligne les origines communistes des fondateurs de l’Ecole de Francfort, de Theodor Adorno et de Georg Lukacs, mais les néo-conservateurs aussi, étaient des rejetons  plus ou moins rouges, à l’époque, ou des trotzkystes actifs, avant de virer de bord. Gramsci rêvait bien de l’hégémonie culturelle, comme le moyen pour parvenir au socialisme. Il pensait qu’un nouvel “homme communiste” pouvait être façonné avant toute révolution politique. Mais il se trompait. La théorie de Gramsci a été utilisée pour prêcher la voie non-révolutionnaire, pour éviter la prise violente des banques et des usines. L’idée a été mise en œuvre par les Eurocommunistes, et après l’effondrement de l’Union soviétique elle a disparu aussi vite que les partis eurocommunistes.

Lénine avait raison, et Gramsci avait tort: il faut retirer aux capitalistes à la fois leurs carnets de chèques et leurs usines, leurs armes et leurs journaux, leur parlement et leur gouvernement, sans quoi ils retourneront n’importe lequel de vos mots d’ordre à leur profit. Un communiste peut être d’accord avec la critique de l’école de Francfort, mais il faut être un doux rêveur pour s’imaginer que c’était le vivier des ennemis de l’Occident pendant la Guerre froide.

Les néo-marxistes de l’Ouest se sont comportés comme cet homme proverbial qui cherchait sa pièce de monnaie sous le lampadaire. Il l’avait perdue ailleurs, mais on y voyait mieux au pied du lampadaire. Ils ne savaient pas interagir avec les travailleurs, et préféraient travailler avec les minorités, les étudiants, les féministes. C’était plus facile, mais cela ne conduisait nulle part, comme nous le constatons aujourd’hui. Les travailleurs d’Espagne et de Grèce se sont soulevés le mois dernier, mais les néo-marxistes se sont fait remarquer par leur invisibilité. Ils n’ont pas pris la tête d’une véritable révolte populaire, parce qu’ils ont servi à faire de la révolution un joujou sémantique.

Les dirigeants de l’école de Francfort et leurs compagnons ont renoncé à la révolution, au socialisme, aux travailleurs, et en échange ils ont préféré travailler à ce qu’aucun “nouvel Holocauste ne puisse avoir lieu”. Kevin McDonald de l’université d’Etat de Californie a écrit qu’ils avaient choisi de s’en tenir à leur agenda juif plutôt à celui du communisme. Breivik n’a pas lu McDonald le terrible, ou en tout cas n’en a jamais fait mention, parce que c’est un bon élève des mandarins juifs. L’explication KMD lui était interdite. Il a juste entonné la ritournelle selon laquelle ce que ces gens-là avaient fait est à proprement parler le communisme.

Il faudrait rappeler au lecteur que ce n’est pas ça, le communisme. Nous n’avons pas avancé d’un pas vers le communisme en faisant avancer le mariage gay et le multiculturalisme. Combattre le christianisme et la famille ne fait rien avancer non plus. Toutes ces dynamiques, le capitalisme se les est appropriées, et les a utilisées contre les travailleurs. En fait, les objectifs d’une révolution socialiste et le slogan “plus jamais d’Holocauste à aucun prix” s’excluent mutuellement. Pour le premier objectif, il nous faut des hommes braves et audacieux, et pour le deuxième, ne mentionnons aucun type d’homme, car les hommes sont imprévisibles.

Une preuve que Breivik dit des absurdités (même selon ses propres critères) se trouve dans sa compilation, où il range les Etats européens selon leur degré d’acceptation du politiquement correct et d’autres éléments de ce qu’il appelle “marxisme culturel”. Sans surprise, la Russie et d’autres pays du bloc communiste sont les plus libres de ce dogme, alors que l’Allemagne, la Suède et la Norvège y sont les plus soumis.

Certes, les théories occidentales néo-marxistes destructives n’ont jamais été populaires à l’Est, où le capitalisme a été démantelé au sens propre, et où on n’éprouvait aucun besoin d’une pseudo-idéologie soi-disant communiste pour couronner une économie capitaliste.

Et pour ce qui est de 68, ce n’était pas, comme le dit Breivik, le jour de la victoire pour le marxisme, mais le début du virage vers le talon d’acier. Nos libertés ont connu leur zénith juste après cette lointaine année 1968. 1968 a été un point de non-retour pour l’Amérique. En 1968, les Américains les plus riches contribuaient à hauteur de 90% de leurs revenus à soutenir l’Etat, alors que maintenant cela ne dépasse pas 30%. Et n’en tenez même pas compte, puisqu’il y a les boucliers fiscaux, fonds de placement et autres astuces. C’est en 1968 que le salaire minimum de l’ouvrier américain a connu son point culminant, en termes réels. Si l’on regarde en arrière, 1968 est le moment historique où l’humanité a été le plus proche du firmament.

Nous les enfants de la révolution vaincue de 1968 étions libres de fumer, d’aimer, de penser et d’agir. Nous pouvions voyager et prendre l’avion sans nous retrouver à poil dans chaque aéroport, et on ne nous confisquait pas nos petites ribotes. Nous pouvions faire l’amour et fumer dans les bistrots. Depuis lors, c’est la chute libre: plus le droit de fumer, et la libre pensée a été incarcérée par le politiquement correct, tandis que l’action politique se limite maintenant à rejoindre un groupe sur facebook.

Aux USA, comme me le disait Noam Chomsky, le virage avait eu lieu juste au moment de la grève des enseignants à New York, qui a rappelé aux juifs que leurs intérêts bien compris n’étaient pas forcément servis au mieux par les tactiques progressistes et révolutionnaires. En conséquence, les idéologues révolutionnaires de 68 acceptèrent d’apaiser les masses, et les chances d’un nouvel holocauste ou simplement d’une perte d’influence ont certainement diminué.

Pour Breivik et ses mentors juifs, c’était quelque chose d’impossible à comprendre. Il préférait appeler à une nouvelle croisade contre les marxistes.

Traduction: Maria Poumier

 

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