Israel Shamir

Ideas that will Derail the descent to Barbarity

Vade retro, [Sat]Abbas!

Traduit de l’anglais par Marcel Charbonnier

 

Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité Nationale Palestinienne, est à deux doigts de faire une énorme connerie. Si énorme qu’elle sera un motif de regrets pour de nombreuses années à venir. Il a décidé d’imposer un référendum sur la question de savoir si les Palestiniens sont d’accord avec « Le Document des Prisonniers ». Ce Document des Prisonniers a été rédigé et co-avalisé par les dirigeants du Fatah, du Hamas et d’autres formations actuellement détenus en Israël, afin que l’on puisse être amené à penser qu’ il s’agirait d’un document bilatéral et non controversé. De fait, il s’agit d’un document très clair : il affirme que les Palestiniens sont prêts à conclure une paix avec l’Etat juif à trois conditions : a) tous les prisonniers de guerre doivent être libérés ; Israël doit b) se retirer jusqu ‘aux frontières d’avant 1967 et c) reconnaître le droit au retour des réfugiés palestiniens de 1948. Ces trois conditions sont entièrement basées sur les résolutions de l’Onu et sur les normes du droit international, et il ne fait pas le moindre doute que le gouvernement Olmert ne va certainement pas les remplir.

Le Rav Akiba, un sage juif du deuxième siècle après Jésus-Christ, étant entré en extase et ayant déclaré Messie d’Israël un commandant militaire de ce qui était alors une Intifada juive contre Rome, ses collègues lui renversèrent un seau d’eau sur la tête, disant : « Nous verrons de l’herbe te pousser sur les joues avant de voir le Messie ! » Ils avaient raison : Akiba fut exécuté, son commandant-prophète fut tué et si de l’herbe poussa quelque part, ce fut sur leurs tombes ! Les paroles de ses condisciples sont parfaitement adaptées au Document des Prisonniers : aucun gouvernement sioniste de l’Etat juif n’acceptera jamais de satisfaire aux conditions qu’ il énumère, aussi gros soient les mensonges qu’ils sont prêts à proférer pour dissimuler cette réalité !

Bon. Alors : qui a besoin de ce référendum ? Bientôt, les chats vont proposer un référendum, eux aussi : la paix avec les clébards, à condition qu’ils cessent de leur courir après ! Si tous les Palestiniens répondent « oui », cela fera-t-il trembler l’Etat juif, cela l’obligera-t-il à accepter les conditions ? Non, non et encore non ! Le Fatah et le Hamas le savent ; Abbas, lui aussi, le sait pertinemment, et néanmoins il insiste pour qu’on procède à son référendum absurde. Il ne le fait qu’afin de mettre dans l’ embarras le gouvernement palestinien légitime, car le Hamas et le Fatah diffèrent sur ce qui se passerait au cas où ces conditions impossibles à remplir seraient remplies : une trêve éternelle, ou une paix totale. Cette différence est aussi peu importante, en matière de Realpolitik, que celle qu’il y a entre entamer un oeuf cuit dur par le bout rond ou par le bout pointu, comme dans les Voyages de Gulliver. Elle a même encore moins d’ importance : les Lilliputiens ont bel et bien mangé des oeufs ; alors que le Hamas et le Fatah n’auront jamais la moindre chance de mettre à l’épreuve leur différend théorique dans la vraie vie. Non que les trois conditions ne puissent être satisfaites ; mais dans ce cas, Israël ne serait plus un Etat juif, il ne serait plus dirigé par un gouvernement sioniste et la différence entre le Hamas et le Fatah aurait perdu pratiquement toute importance.

Le Hamas a raison de rejeter l’appel d’Abbas. Ce n’est absolument pas le moment de se colleter à une question purement théorique sur un hypothétique avenir. « Suffise à ce jour le mal que l’on a par-devers soi » [Mathieu 6 :34] ; autrement dit : à chaque jour suffit sa peine. Bien qu’il se réfère au Document des Prisonniers, il vise en réalité autre chose : il est prêt à convenir d’une « paix » si certains prisonniers sont libérés, si Israël se retire de certains lieux jusqu’à la frontière de 1967, et si un certain nombre [symbolique] de réfugiés [alibis] sont autorisés à revenir chez eux. C’est là également une position légitime ; mais les Palestiniens ne sauraient l’avaliser ni la refuser tant que les détails complets d’un tel accord avec Israël ne seront pas connus. Aujourd’hui, en l’absence d’un tel accord, le référendum est non seulement prématuré : il est trompeur. Qu’ Abbas dise franchement : « Je veux faire la paix avec l’Etat juif et régner sur une Palestine constituée de trois ou quatre cantons, sans Jérusalem, avec la libération alibi de prisonniers alibis. Quant à votre histoire de Retour : oubliez-la ! » – après ça, aucun référendum ne sera plus nécessaire, les dernières élections ayant donné la réponse du peuple.

Ce référendum ruinerait une des grandes réalisations du gouvernement Hamas : le retrait de la reconnaissance inconditionnelle de l’Etat juif par Arafat et le Fatah avant Oslo. Tout accord doit être basé sur la réciprocité : les Palestiniens pourront reconnaître Israël, dans ses frontières de 1967, si et seulement si Israël reconnaît la Palestine dans les frontières de 1967. Sinon, Israël verrait dans ses frontières de 1967 un point de départ vers de futures conquêtes. Le Hamas a ramené le dialogue judéo-palestinien à des bases saines en introduisant le concept de réciprocité : et voilà qu’aujourd ‘hui Abbas veut renoncer à cette exigence tout à fait raisonnable, en reconnaissant inconditionnellement l’Etat juif.

Les juifs ont eu recours à une « pression physique modérée » [c’est ainsi qu ‘on appelle la torture, en shabakais], afin d’obtenir cette reconnaissance : ils assiègent la Palestine, ils volent l’argent des Palestiniens, ils bloquent les entrées et les sortie des Palestiniens et des marchandises ; sur leurs ordres, aucune banque usaméricaine ou européenne n’ose conclure des marchés ou transférer de l’argent en Palestine. Les juifs veulent que les Palestiniens se rendent, et le référendum risque d’être perçu par eux comme un signe de reddition. Aussi aurait-il des conséquences terribles : la légitimité du Hamas serait remise en question par son propre électorat ; la liberté de manoeuvre si nécessaire pour mener des négociations avec un gouvernement tel celui d’Ehud Olmert serait sévèrement limitée ; la fracture à l’intérieur de la société palestinienne deviendrait un fait accompli.

Les sionistes tentent Abbas en lui faisant miroiter plus de pouvoir que celui qui lui revient légitimement ; la possibilité d’interférer dans le choix légitime du peuple ; celle de ne tenir aucun compte de l’élection du Hamas. Abbas a mordu à l’hameçon : il a succombé à la tentation sioniste. Il a oublié qu’il est le président de tous les Palestiniens et il a préféré devenir le roi du Fatah. Il a oublié que, voici seulement quelques mois, Sharon et Olmert le proclamaient « hors jeu » et « non partenaire » – et le voilà, aujourd’hui, qui revient au pas de course vers des négociations vides de sens ! Cet appel au référendum est accompagné par le renforcement de l’ armée privée personnelle d’Abbas. Dans ses rêves les plus fous, Israël aspire à une guerre civile entre les formations palestiniennes, et cette mesure abrupte d’Abbas est un premier pas sur la voie conduisant en enfer. Il devrait se rappeler que le fait de saper le Hamas ne résoudra pas le problème ; cela ne fera que saper la légitimité de sa propre Autorité Nationale Palestinienne. Avant qu’il ne soit trop tard, Abbas devrait se ressaisir, se montrer à la hauteur de ses responsabilités, faire rentrer au bercail ses sbires et ravaler ses exigences.

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